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LES FONDS HUITRIERS DE LA SEUDRE

Il y a un an à pareille époque, nous avions l'honneur de faire à la Société nationale d'agriculture, une communication sur les dangers qui menaçaient notre si prospère et si enviée industrie de l'huître de Marennes.

Nous rendions compte d'expériences que M. Morin fils, ostréiculteur à Chatressac, venait de terminei* sur la destruction de la pholade et la pousse de l'huître de choix, c'est-à-dire le mollusque de 4 ans pesant de 110 à 120 kilog. le mille, et se vendant à Billingsgate, grand marché au poisson de Londres, jusqu'à 180 francs.

Les faits que nous avions eu l'honneur de faire connaître n'ont pas seulement attiré l'attention de la Société, mais aussi celle de l'opinion publique, si nous en devons croire les rapports dont ils furent l'objet dans la presse. C'est donc pour répondre aux désirs de voir s'infirmer ou se confirmerces intéressants résultats, que M. Morin a recommencé les expériences que cette note a pour but de faire connaître.

Sans entrer dans les détails de la mise en train de cette seconde épreuve dont la condition prescrite était de se refaire dans les mêmes milieux que la précédente, M. Morin prit les deux claires de l'expérience de 1891, appartenant comme les 212 autres qu'il possède, au même système d'aménagement, y ajoutant comme témoins deux

l. Voir numéros 921, 1159, 1276 du Journal.

OSTRÉICULTURE. 131

autres prises dans de nouvelles créations, c'est-à-dire dans des terrains neufs sur lesquels avaient passé lea vents de septembre mettant la claire en chaleur et qui avaient vu naître à la suite des chaudes pluies de l'été le moussillon.

En vue de compléter, selon les désirs exprimés par la Société nationale d'agriculture, nos expériences de 1891, nous écrit M. Morin, nous avons pris cette année quatre claires :

1° Les deux premières de l'année dernière;

2° Deux autres récemment creusées.

Ces nouvelles claires sont souvent improductives pendant les premières années qui suivent leur établissement. On compte une moyenne de trois ans avant leur bon rapport ou plus souvent un rapport satisfaisant. Cesclaires étaient précisémentà cette troisième année d'exploitation. En outre, les deux que nous désignerons par A' et B' sont placées à une altitude inférieure à celle des claires A et B dans lesquelles eurent lieu les expériences de 1891 .

Par conséquent, le renouvellement de l'eau y est plus fréquent, puisqu'elles boivent à toutes les iharées de sizygie alors que les premières étaient et sont quelquefois un mois et demi sans avoir de nouvelle eau.

Le 6 juin dernier, nous faisions étendre dans la claire A, 40 kilog. de chaux vive et 190 kilog. dans la claire A'. Le 18 juin, on plaçait :

Claire A, 2,000 huîtres pesant 85 kilog. ; Claire B, 2,000 huîtres pesant 85 kilog.; Claire A', 4,000 huîtres pesant 152 kilog. ; Claire B', 4,000 huîtres pesant 152 kilog.

La différence des quantités correspond à la différence des surfaces immergées; sans cela elles avaient subi en même temps les mêmes opérations de nettoyages et de réparations, et se trouvaient en outre dans les mêmes conditions de température et de pluie.

Les huîtres déposées étaient de même qualité et même provenance, et toutes âgées de 3 ans. M. Morin avait à dessein pris des huîtres d'Arcachon de deux ans qui avaientdéjà fait leur pousse dans un de ses parcs de l'île d'Oléron.

Durant tout l'été, rien d'anormal ne fut remarqué dans les 4 claires mises en expérience.

A la pêche du 6 novembre, nous notons les résultats suivants. Dans notre communication du 2 décembre 1891 , nous avions constaté une augmentation de 34 kilog. dans la claire A, et une augmentation de 17 kilog. dans la claire B.

Pour les expériences de cette année, nous avons :

Claii-es. Chaus. Poids des huitres. Poids à la sortie.

A /iO kil. 85 kil. 109 kil.

Comme on le voit, le résultat a été sensiblement égal pour les claires déjà mises en expérience en 1891, mais bien autrement important pour les claires nouvelles de 1892.

Déduction faite de la différence des surfaces, M. Morin attribue cette augmentation de presque 40 pour 100 dans la pousse : 1° aux hautes

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et constantes températures de l'été dernier; T à la chaux dont l'effet n'aurait d'action que l'année de son épandage en détruisant les parasites causes des déceptions que l'on cherchait à connaître; 3" à la virginité des fonds sur lesquels eurent lieu les dernières expériences.

Tels sont les faits, auxquels nous n'ajouterons que deux mots.

Coste, en 1854, prenait l'ostréiculture produisant entre sept à huit millions de francs. Un document officiel (statistique des pêches du Ministère de la marine) porte pour 1890 la production à 1,407,390,000 huîtres valant 13,250,206 francs.

Le hassin d'Arcachon passait, lui, dans ce même temps de 70,000 fr. à 4 millions avec une production de 762,816,000 huîtres.

Quand on se rend de Marennes à la Tremblade par ce nom jadis si maudit de la Cayenne et du canal de la Seudre, on comprend l'importance toujours grandissante de cette industrie de l'huître des claires de la Seudre. Plus un pouce de terrain émergeant n'est à cultiver, et par douzaines s'y construisent sans cesse les usines ostréicoles.

Cette industrie absolument française de Marennes ne saurait donc être trop encouragée, car, comme vous le savez par nos précédentes communications, elle était sérieusement menacée au moment où tout ne semblait que succès. Grâce au patriotisme éclairé et aux sacrifices de M. Morin, ce danger ne sera plus à craindre, car le remède est à la portée de tous et sera bientôt connu de tous.

Personnel, matériel, terrain, aménagement, ensemencement, soins durant les deux ans qu'auront duré ces expériences, tout est de l'initiative de ce laborieux et persévérant mscn'f qui n'a jamais demandé un sou, ni au Ministre de la marine, ni au département de la Charente- Inférieure qui seront les deux premiers à profiter des résultats que, pour la seconde fois, nous venons de faire connaître. Notre première communication était du 2 décembre 1891. Chabot-Karlen.

NOrVELLES ETUDES SUR LA POMOLOGIE

Traité de la culture du pommier cl de la fabrication du cidre, par G. Power, ingénieur des Arts et Manufactures, vice-président de l'Association pomulogique de l'Ouest. — Deux forts volumes in-8° avec gravures dans le texte, 36 planches en héliogravure et 12 planches en couleur. ^- Libraire Lecène, Oudin et Cie, 17, rue Bonaparte, à Paris.

L'art de reconnaître les fruits de pressoir (pommes et poires), par A. Truelle, pharmacienchimiste, correspondant de la Société nationnie d'agriculture de France. — Un fort volume in-li avec 62 figures dans le texte. — Librairie Garnier, 6, rue des Sainls-Pères, à Paris. — Prix:4fr.

Nous avons insisté, à plusieurs reprises, sur les progrès considérables réalisés depuis quelques années dans l'étude des fruits à cidre, et sur la part qui revient, dans ces progrès, à l'influence de l'Association pomologique de l'Ouest. Par les travaux qu'elle a su susciter et grouper, l'Association pomologique a justifié la confiance u'elle avait inspirée dès l'abord, confiance qui s'accroîtra encore par /es deux ouvrages considérables dont nous venons de reproduire les titres, et dont les auteurs sont deux de ses membres principaux et des plus assidus à ses travaux. Ces ouvrages sont à la fois les plus importants et les plus nouveaux qui aient été publiés depuis de longues années ; ils marquent, dans la pomologie, une étape nouvelle, grosse d'avenir; c'est l'introduction définitive des méthodes scientifiques dans l'étude des fruits de pressoir, et en même temps, c'est la consécration des méthodes de travail inaugurées depuis une dizaine d'années.

L'ouvrage de M. Power se divise en deux parties très distinctes que nous devons examiner successivement. La première partie est consacrée à la culture du pommier et à la fabrication du cidre. En ce qui concerne la conduite du pommier, il est désormais difficile de faire un ouvrage que l'on puisse présenter comme nouveau; si donc on ne doit pas dire que cette partie du travail de M. Power soit nouvelle, on doit reconnaître qu'il a su réunir et grouper, sous une forme très nette, ce que l'on doit savoir sur la reproduction du pommier, la culture en pépinière, la plantation, les soins à donner aux arbres, les parasites de ces arbres, le choix à faire des variétés, la récolte des fruits, leur conservation, leur analyse. Si l'auteur s'est aidé des travaux antérieurs, il a apporté sa part spéciale d'expérience comme pépiniériste et agriculteur ; les indications qu'il réunit, les conseils qu'il donne s'appuient sur cette expérience, doublée d'un grand esprit d'observation. Ajoutons que c'est la première fois, à notre connaissance, qu'un traité de la culture du pommier à cidre est accompagné de la description des méthodes d'analyses des fruits, ce qui lui donne un caractère tout à fait spécial. — Des observations de même nature sont à présenter, à l'occasion de ce qui concerne la fabrication du cidre, avec cette différence que la part personnelle à M. Power est ici plus considérable peut-être. Nos lecteurs se souviennent, sans doute, de la description que nous avons donnée de l'importante cidrerie qu'il dirige à Saint-Ouen-Thouberville avec une grande habileté, et dans laquelle il applique les meilleures méthodes de fabrication. C'est donc avec une science appuyée sur une longue expérience que M. Power décrit les méthodes d'achat, de transport et de broyage des fruits, la fabrication du cidre par pressurage ou par diffusion, la fermentation du cidre, ses maladies, et les moyens de l'améliorer et de le conserver, ainsi que la fabrication de l'eau-de-vie de cidre, et l'utilisation des marcs de pommes. On peut se fier à toutes les indications données par l'auteur.

Le deuxième volume est l'œuvre beaucoup plus personnelle de M. Power. Ce volume est consacré à la monographie des meilleures variétés de fruits à cidre. Un certain nombre de ces monographies sont accompagnées d'héliogravures qui représentent le port de l'arbre photographié à l'âge auquel sa forme est la plus caractérisée ; en outre, 60 variétés de fruits sont représentées par des planclies coloriées. Il y a là un travail considérable, dont une partie n'apparaît pas au premier abord ; car les descriptions ne s'appliquent qu'aux variétés soit de Normandie, soit de Bretagne, considérées comme les meilleures, et il a fallu procéder préalablement à une étude d'élimination qui ne représente pas la part la moins considérable d'etforts. Les monographies sont au nombre de 96, dont 91 pour les pommes à cidre et 5 pour les poires à poiré. Dans chacune, on trouve la description des arbres, celle des fruits, la date de la maturité, et enfin l'analyse des fruits et celle des moûts, ainsi que des observations sur les caractères de la variété. Les qualités indiquées par M. Power, tant pour les arbres que pour les fruits, ont été constatées par des expériences personnelles; aux analyses qu'il a faites, il a joint celles publiées par l'Association pomologique de l'Ouest. La somme des renseignements donnés sous une forme très condensée est ainsi extrêmement considérable.

Avec l'ouvrage de M. Truelle, nous abordons une œuvre absolument nouvelle. On sait que, depuis une quinzaine d'années, M. Truelle s'est livré à de nombreuses recberches sur les fruits de pressoir, et les lecteurs du Journal ont eu, à diverses reprises, l'exposé des résultats acquis, fait par le savant chimiste-pomologue. Son nouveau volume renferme, en quelque sorte, la synthèse de toutes ces recherches. La préface, écrite par M. Chatin, membre de l'Académie des sciences, en détermine le caractère comme il suit : « OEuvre de ce naturaliste sagace, de chimiste exercé, de praticien qui a vu sou- « vent et comparé entre eux les fruits à cidre dans leurs caractères « extérieurs et leur composition intime, le livre de M. Truelle fera « époque dans l'histoire de la pomologie. » Ce jugement se justifie par l'examen de l'ouvrage, que nous devons exposer sommairement.

Le but principal de M. Truelle a été d'établir une classification raisonnée des fruits à cidre. Mécontent des anciennes classifications qui donnaient de simples listes établies d'après l'époque de maturité des fruits, et non d'après leurs caractères propres, il a cherché à en établir une qui fût basée sur des signes nets et constants, permettant d'établir des rapprochements entre les variétés. C'est à l'exposé de la méthode nouvelle et qui lui est propre, qu'est consacrée la première partie de son ouvrage. Son classement rationnel des fruits à cidre les répartit : en classes, d'après leur coloration; en groupes, d'après leur volume; en catégories et en sections, d'après leur forme. C'est en partant de quelques variétés-types bien définies que ce classement a été ordonné; les groupes sont subordonnés les uns aux autres d'après l'importance relative de leurs caractères: les uns sont dominants, les autres secondaires. On trouvera dans l'ouvrage, avec dés détails que nous ne pouvons donner ici, les motifs, déduits avec clarté, de l'importance relative donnée à chaque caractère. Cette partie, que M. Truelle appelle systématique et qui donne, en effet, la clef de son système, se termine par une nomenclature de toutes les variétés qu'il a étudiées, et qui arrivent au chiffre formidable de 465 (368 de pommes et 97 de poires) après l'élimination des variétés qui étaient présentées sous des noms différents ; le dédale de la synonymie a été recueil des études pomologiques ; il tend ainsi à disparaître.

La deuxième partie de l'ouvrage est consacrée à la description de toutes ces variétés; elle est la résultante d'années de travail consciencieux et ardu ; elle constitue un monument qui fait le plus grand honneur à son auteur. Grâce à lui, on possède désormais une description méthodique des fruits à cidre, comme on possède des ampélographies pour la vigne. Pour chaque variété, M. Truelle indique la synonymie, la description, les propriétés physiques et organiques de la pulpe et du jus; il donne l'appréciation générale de la variété, ses affinités et ses caractères différentiels, les époques de maturation, la dissémination et l'habitat, l'analyse chimique. Pour un grand nombre, les descriptions sont accompagnées de coupes du fruit, faites dans le sens de la hauteur et dans celui de la largeur. Les meilleures variétés, celles qu'il convient de propager, se distinguent ainsi nettement; elles sont d'ailleurs indiquées dans une nomenclature alphabétique spéciale où l'on peut les retrouver facilement. Ce travail ne pré-

sente pas seulement un grand caractère scientifique, il possède aussi une utilité pratique spéciale; il permet, en effet, à chacun de se rendre compte de la valeur des variétés qu'il cultive, de la nature de celles qu'on lui propose.

Dans la troisième partie de son livre, qu'il appelle hypothétique, M. Truelle s'occupe des causes qui ont provoqué la création d'un si grand nombre de variétés de pommes et de poires. C'est ce qu'il appelle le domaine de l'hypothèse ; aussi est-ce la partie de beaucoup la plus courte. Il pense que l'on peut admettre neuf types primordiaux : Girard, Fréquin-rouge, Bouteille, Binet, Bédan, Aufriche, Mariin- Onfroy, Peau-de-Vache, Rousse; les autres variétés en seraient sorties, et pourraient se rapporter à l'un de ces types par des affinités plus ou moins rapprochées.

L'ouvrage de M. Truelle a remporté le prix d'honneur, alors qu'il était en manuscrit, au Congrès de l'Association pomologique de l'Ouest en 1891. Il n'est pas douteux que les suffrages des hommes compétents et de ceux qui sont soucieux de l'étude des fruits de pressoir consacreront ce légitime hommage. Henry Sagmer.

RECONSTITUTION DES VIGNES

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