I. — L'agriculture à Paris
Chaque année, Paris a sa semaine agricole : celle de 1 893 aura été particulièrement brillante. Le concours général agricole a présenté une importance exceptionnelle ; cette importance a été appréciée à sa juste valeur par l'immense foule qui en a rempli toutes les parties pendant toute sa durée. Toutes les classes de la société parisienne, sans compter les agriculteurs accourus en très grand nombre, ont paru prendre un intérêt égal à cette grande manifestation des forces de l'agriculture nationale : ce n'étaient pas de simples visiteurs accourus à un spectacle quelconque qui se sont pressés pendant quatre jours dans le Palais de l'Industrie, c'étaient des gens curieux de voir, de comparer et de s'instruire. Pour les profanes qui entendent souvent médire des agriculteurs ou qui voient des personnalités encombrantes essayer parfois de s'imposer à l'attention en leur nom, la leçon ne peut être que très utile; ils apprennent à connaître un peu les agriculteurs, à discerner quelque chose de leurs efforts persistants, et par suite à les estimer. C'est un des bons résultats de cette solennité.
Pendant ce temps, les grandes associations agricoles ont tenu leurs assises annuelles. Ces réunions ne retentissent plus des discussions vitales qui les ont absorbées pendant longtemps; une part plus large est faite aux questions techniques. C'est ce qui ressortira des comptes rendus qu'on lira ici, tant de la session de la Société des agriculteurs de France que de l'assemblée générale de la Société nationale d'encouragement à l'agriculture. De part et d'autre, la tendance se manifeste de plus en plus de consacrer de plus énergiques efforts aux études des questions qui touchent de plus près à la pratique de la culture et de l'élevage. Ce n'est pas cependant un motif pour abandonner les graves problèmes qui appellent toujours l'attention. C'est ainsi que la Société des agriculteurs de France a émis un vœu en faveur du maintien complet du régime douanier; elle a protesté, d'autre part, contre les dispositions relatives au régime des boissons adoptées par la Chambre des députés en ce qui concerne l'exercice des bouilleurs de cru et la surélévation excessive du droit sur l'alcool.
II. — Le budget du Ministère de Vagriculture. La discussion du budget du Ministère de l'agriculture à la Chambre des députés a présenté, cette année, un caractère particulier; elle a été plus approfondie et elle a abouti à quelques excellentes conclusions ;
N° 13G9. — TOME I" DE 1893. — 11 février.
202 GHRUNIQUE AGRICOLE (11 FÉVRIER 1893).
c'est pourquoi avant d'en donner la fin, nous reviendrons sur deux points que nous n'avons pu qu'indiquer dans notre précédente chronique (page 268).
Dans la discussion de son amendement relatif aux encouragements à la production ovine, M. Balsan a signalé avec raison l'influence néfaste des marchés à terme des laines, qui présentent simplement une des formes multiples du jeu. M. Yiger, ministre de l'agriculture, a déclaré qu'il acceptait très volontiers l'amendement, et qu'il étudierait immédiatement les moyens de fixer sous quelle forme on pourrait •le mieux donner ces encouragements. A cette occasion, M. Viger a déclaré qu'il était saisi de plusieurs demandes tendant à abroger certains articles du tarif douanier qui concernent les viandes abattues, mais qu'il était résolu à les repousser. « Le Ministre de « l'agriculture, a-t-il ajouté, ne sera ni assez peu loyal ni assez « maladroit pour combattre au ministère les idées et les opinions « économiques qu'il a défendues à cette tribune comme député. »
L'amendement relatif au rétablissement des trois concours régionaux supprimés pour 1893, a été défendu par M. Boissy d'Anglas avec tact et talent; il a parfaitement exposé que les visites des propriétés concourant pour les prix calturaux et la prime d'honneur, constituaient un commencement d'exécution, et que par suite ces concours avaient été indûment supprimés. M. Lascombes, l'adversaire annuel des concours régionaux, a bien essayé de protester; mais la Chambre a adopté, par 221 voix contre 210, l'amendement proposé; elle a décidé ainsi que les concours régionaux prévus en 1893 dans les départements de l'Ardèche, de Loir-et-Cher et du Tarn, auraient lieu comme dans les autres départements. On est en droit d'espérer que le Ministère de l'agriculture en publiera rapidement les programmes. Il a bien été dit que ce n'était que pour un an ; mais la pression de l'opinion des agriculteurs pourrait bien, s'ils le veulent, être tout aussi efficace pour la discussion du budget de 1894.
A l'occasion du concours général agricole de Paris, M. Cambe a insisté sur l'opportunité d'en changer la date et le lieu. M. le Ministre de l'agriculture a répondu que, en ce qui concerne la date, le jury du concours de 1892, consulté à ce sujet, avait répondu, à lapresque unanimité, qu'il convenait de maintenir le concours dans la semaine qui précède celle des jours gras; quant au transfert du concours à la galerie des Machines, au Champ-de-Mars, la ville de Paris s'y est opposée absolument jusqu'ici.
MM. Montant, de Soland, Labrousse, Coudreuse, Galpin, des Rotours, ont présenté des observations sur le règlement qui fixe à nne étendue minimum de 25 ares les surfaces ensemencées en lin et en cha;nvre, pour recevoir la prime attribuée à ces cultures. M. le Ministre de l'agriculture a répondu que cette limite serait abaissée à 10 ares, et que les délais de déclaration seraient fixés au 1" juin pour le lin, et au 1^' juillet pour le chanvre.
Des observations, intéressantes sans doute, mais qui n'ont pas donné lieu à des conclusions, ont été échangées à l'occasion de la police sanitaire, de la remonte des dépôts d'étalons, de la distribution des secours à la suite de calamités, notamment des pertes de bétail, etc.
Il en a été de même en ce qui concerne la nécessité d'accroître l'importance des travaux de reboisement en montagne. — On sait qu'en raison du conflit qui existe, dans quelques régions forestières, entre les marchands de bois et les bûcherons, l'Etat a décidé de pratiquer momentanément la régie directe dans ses coupes de bois; à la suite d'observations échangées à ce sujet, le crédit pour l'exploitation des forêts a été porté de 480,000 à 600,000 fr.
Enfin, un crédit spécial de .352,000 fr. a été voté au Ministère de l'agriculture pour l'Exposition universelle de Chicago. III. — Les boisso7is a V octroi de Paris.
On connaît aujourd'hui les résultats" de la perception des droits d'octroi à Paris, en 1892. Le total s'élève à 151,958,000 francs au lieu de 14^,703,000 francs en 1890; c'est un accroissement de 3,255,000 francs. Sur ce total, les droits d'octroi sur les boissons, autres que les boissons alcooliques, figurent pour 2,711,527 francs; ils représentent les cinq sixièmes de l'augmentation totale. C'est un fait utile à signaler, et dont il convient de dégager la cause. Celle-ci n'est pas difficile à pressentir : elle se trouve évidemment dans l'application des nouveaux tarifs de douane, (^^et accroissement correspond, en efYet, à plus de 140,000 hectolitres de vin, et il est peu probable que la consommation réelle se soit accrue d'autant; mais il paraît évident que les vins naturels ont pris une partie de la place des vins alcoolisés, qu'on dédoublait ensuite pour les livrer à la consommation. C'est, du moins, la seule explication plausible, et que nous tiendrons pour exacte tant qu'on n'en aura pas donné une autre qui la détruise. Quelque antipathie qu'on professe pour les octrois, il est bon de faire ressortir le fait que leurs résultats mettent en évidence aujourd'hui. IV. — Le commerce du blé.
Le Ministère de l'agriculture publie, au Journal of/lciel^ le relevé suivant des quantités de froment (grains et farines) importées et exportées du 1" août stu 31 décembre 1892, au commerce spécial :
Importations (quint, met.) Exportations (quint, met. Grains. Farines. Grains. Farines.
Du 1" août'au 31 décembre 1892.... 1,240,488 26,668 3,863 50,944
Première quinzaine de décembre 182,050 238 4'i7 1,604
Deuxième — 327,222 8,691 243 4,328
Totaux 1,749,760 35,597 4,533 56,876
Pendant la même période de l'année précédente, les importations s'étaient élevées à 12,595,000 quintaux pour les grains et à 498,000 pour les farines. Malgré cette énorme différence, les prix des blés sont toujours aux taux les plus bas sur nos marchés; les prix de vente sont, en effet, plus réduits qu'au moment le plus dur de la crise agricole.