‹ Journal de l'agriculture (volume 3)Chapitre 194 sur 691 · VIII. — Questions viticoles · texte numérisé non relu

VIII. — Questions viticoles

La Société d'agriculture de la Haute-Garonne a organisé, en 1892, une série d'expositions et de concours viticoles, qui a débuté, au mois de mars, par un concours d'instruments propres à la culture de la vigne, et qui s'est continuée en septembre par une exposition de raisins, et en novembre par une exposition de vins. On alu dansnotreprécédent numéro (page 268) unextraitdurapport deM. de Lapeyrouse sur cette dernière exposition ; nous avons sous les yeux un autre rapport sur l'exposition des raisins. Ce rapport est dû à M. de Malafosse. La plus grande partie en est consacrée à une étude ampélographique des vieux cépages de la région et des nouveaux cépages qui y ont été récemment introduits; les uns, parmi ces derniers, y sont encore à l'état d'étude, tandis que d'autres, comme le Portugais bleu, y occupent déjà une place sérieuse. Les cépages américains figuraient aussi à cette exposition; on lira certainement avec intérêt l'extrait suivant du rapport de M. de Malafosse, qui se rapporte aux producteurs directs et aux hybrides recommandés tant comme porte-greffes que comme producteurs de raisins :

« Eux aussi (les producteurs directs américains) ont eu leur heure de gloire, leur agio, leurs réclames pompeuses et, sous peu, la plupart d'entre eux figureront au catalogue des morts; un peu plus loin, vers le début du siècle où nous touchons presque, ils formeront l'archéologie viticole.

« A leur décharge, il me faut dire que la réclame en avait trop tôt fait des merveilles ; beaucoup n'avaient rien mérité « ni cet excès d'honneur, ni cette indignité. » Ne les jetons pas tous dans le gouffre de l'oubli, et sur les cent et quelques espèces exposées, j'en retiendrai sept, cjui ont place, même à côté des français, ou dans nos vignobles ou dans nos jardins.

« VOthello, gros producteur et vigoureux cépage, possède une telle couleur que, n'eût-il que cela, il mériterait une petite place. Il la prend assez large dans les terres argilo-calcaires, qui lui conviennent à merveille, tandis qu'il faiblit en terrain maigre ; et c'est surtout le plant du petit paysan, qui ne veut pas donner trop de soins. Si nous ajoutons qu'il est très facile kdéfoxer, soit avec les levures ou un bon pied de cuve, nous lui ouvrirons encore une plus longue carrière. Il est très répandu et se répandra encore. Bien peu d'exposants n'avaient pas ce cépage, qui offrait de très belles grappes.

« Il a un rival moins connu dans le Black- Dé fiance, gros producteur d'un vin peu foxé, qui n'a que l'inconvénient d'une maturité un peu tardive. Il est, plus que rOthello, résistant aux maladies cryptogamiques et mériterait de prendre place dans les vignobles peu soignés dont je viens de parler.

« Le Noah, père d'une bonne eau-de-vie, ne peut avoir l'extension de l'Othello. Certaines régions spéciales l'utilisent, et, malgré son fox, nous ne devons pas l'oublier,

« Que n'a-t-on pas dit su" VHerbemontl II a encore bien des défenseurs. Il est certain que, si ce n'était sa tardive maturité dérangeant l'ordre des vendanges, il peut, par sa robuste racine et sa belle résistance aux rots, rendre d^s services dans les pays calcaires. On ne peut le propager, mais on ne peut songer à l'expulser, là où il a montré production et résistance.

« Ne soyez pas étonnés si je cite le Canada parmi les plants à conserver. Petit producteur et faible devant le phylloxéra; dussions-nous le greffer, nous pouvons l'utiliser. Il donne au vin, dès la première année, un bouquet spécial qui.., rappelle beaucoup le Médoc. Ne riez pas. En pleine Gironde, à Fronsac et i Libourne, j'ai vu de notables plantations de Canadas greffés qui devaient servir tout simplement à faire des Fronsac et des Saint-Emilion avec 19 vingtièmes dt^ vin de palus. N'appelez pas le Canada un falsificateur. Il tient ce parfum de la.

nature. S'il devaaîo le G iberriel-Sauvignoa ea l'imitaQl, laissez-le aux buveurs pressés de la première année. ^

« La. Duchess elle Secr^tar;/ ?>onl trop délicats pour être hasardés en plein champ Mais greffés ou en toaiiellc. ea un jardin, ils donnent un raisin qui se conserve très longtemps. C'est un mets d'arrière-saison. Si je jouais sur les mots, je dirais d'arrière-garde.

« Et c'est tout? Je crois que c'est tout. Peut-être un sourire vient-il sur les lèvres de plus d'un d'entre-vous en se souvenant que votre rapporteur, brochant en une page la biologie des producteurs directs, les a plus d'une fois défendus devant vous. J'en défends certains encore, vous le voyez, mais rassurez-nous; j'ai aussi le ferme espoir que, dansces croisements venus sur des croisements, demain (peut-être est-il né déjà) naîtra ce phénix, ce plan idéal qui unira le fruit savoureux aux racines indemnes. Oui; ce que l'on peut appeler le plant de l'avenir est là, et peut-être avant vingt ans, la greffe sera-t-elle réléguée parmi les procédés arriérés. Quel nom portera ce vainqueur? Oh! je puis vous le dire ; un nom très composé, à moins que le public banal ne lui en donne un fort simple qui fera oublier l'autre.

« Puisqu'ils occupaient une place dans notre exposition, il me faut bien citer les plants mixtes qui, excellents porte-greffes, tentent de faire des raisins. Ce sont le Gamay-Couderc. les Bouriscou-Rupeslris, le Rup-Othello, le Chasselas-Rupestris, le Cognac, etc.

« Votre rapporteur lui-même était parmi les audacieux qui avaient osé montrer cesgrapillons à côté des Aramons ou des Morterilles. Oh! à titre documentaire, seulement.

« Il sera bon de rappeler que les pépinières de pieds- mères fournissant d'excellents porte-greff"es, pourront, avec ces cépages, auxquels on laissera un long cep, qui ne sera pas perdu, donner une faible vendange d'un vin très noir, qui servira toujours à remonter les piquettes. Peut-être aussi dans certains terrains déshérité, où l'inculture semble prescrite par l'économie et la pauvreté du sol, pourrat-on hasarder ces robustes hybrides indemnes du phylloxéra, qui donneront quelques bois et un semblant de récolte, là où la greffe périrait et où l'Othello ne trouverait pas à se défendre. »

Les analyses de raisins faites à l'occasion de cette exposition ont paru présenter trop de lacunes pour qu'on pût les joindre au rapport. Toutefois, M. de Malafosse ajoute une observation intéressante à l'occasion des effets de la grêle; c'est que tous les vignobles frappés par la grêle, dont des grappes figuraient à l'exposition, dénotaient une réelle perturbation dans l'économie générale du cep ; les mêmes espèces accusaient jusqu'à 2 et 3 degrés de moins que celles de l'ensemble des autres vignobles, et le rapport entre l'acidité et le degré saccharimétrique était des plus irréguliers. « Presque partout, ajoutet-il, les vieilles vignes françaises, non atteintes par le phylloxéra, ont donné des degrés plus hauts que les vignes nouvellement greffées ; c'était reconnu; mais cette régularité était à noter. »

Aux nombreux travaux qui ont été publiés sur le greffage de la vigne, nous devonsjoindre le « Catéchisme du greffeur » de vignes par M. Landa, à Chalon-sur-Saône (Saone-et-Loire). Ce petit manuel de greffage est consacré principalement à la greffe à l'anglaise ; il est destiné surtout aux propriétaires vignerons; il se termine par l'exposé de la méthode de préparation des greffes due à M. Landa, dont le Journal a donné récemment la description, et par les résultats de l'application de cette méthode en 1892.

Page 1