‹ Journal de l'agriculture (volume 3)Chapitre 195 sur 691 · IX. — La fabrication du cidre · texte numérisé non relu

IX. — La fabrication du cidre

M. Aimé Girard, professeur au Conservatoire des arts et métiers, vient de publier, en unebrochurespéciale,laleçon de soncoursdechimieindus-

trielle qu'il a consacrée au cidre le 21 décembre. Dans cette leçon fort intéressante, il passe en revue, avec un grand soin, les méthodes usitées dans la transformation des pommes en cidre, et il signale les progrès réalisés dans la connaissance des fruits. « La plupart des variétés de pommes, dit-il, ont été, dans ces derniers temps, l'objet d'études importantes, au premier rang desquelles il convient de placer celles qui sont dues à un savant dont le dévouement à la pomologie est inépuisable, M. Truelle, de Trouville, qui, chaque année et depuis plus de dix ans, analyse gratuitement, pour le compte des cultivateurs, plus de trois à quatre cents variétés de pommes. » Nous enregistrons avec plaisir cet hommage rendu à notre excellent collaborateur. X. — Etude sur les orobanches.

Chacun sait que les orobanches sont des plantes parasites dont plusieurs espèces s'attaquent à des plantes utiles, au point d'en entraver parfois la culture. Les espèces les plus répandues en France sont : la petite orobanclie, qui s'attaque au trèfle, et l'orobanche rameuse, qui s'attaque au chanvre et au tabac. M. Gaston Lavergne vient de publier, sous le titre : Contribution à lliistoire des orobanches (librairie Féret, à Bordeaux), une étude intéressante consacrée à l'examen des principales espèces d'orobanche et aux procédés employés en France et à l'étranger, où à employer pour combattre ces parasites. Il donne surtout des détails nombreux sur l'orobanche du tabac, et il préconise, pour combattre ce parasite; V un bon assolement qui n'admette la culture du tabac que tous les trois ans au plus tùt dans les même terrains; 2" de fortes fumures, permettant une végétation active et une maturité précoce, pour que la plante puisse mieux résister au parasite lors de son apparition ; 3" l'arrachage des hampes parasites avant leur maturité, le labourage des plantations aussitôt après la récolte, et la destruction par le feu des parties soulevées par la charrue et qui peuvent contenir des genres pernicieux.

XL — V agriculture en Allemagne.

Le Journal a signalé récemment l'agitation agricole qui se poursuit en Angleterre en raison de la crise provoquée par la baisse du prix des denrées agricoles. Une agitation non moins vive règne en Allemagne ; la principale cause en est dans l'abaissement du tarif douanier sur les céréales consenti depuis un an par le Gouvernement allemand en faveur des Etats-Unis et de l'Autriche- Hongrie; ce tarif a été abaissé de 5 marcs (6 fr. 25) à 3 marcs 50 (4 fr. 375) ; or, on parle beaucoup de concessions analogues projetées en faveur de la Russie. Les plaintes des agriculteurs ont été portées au Landstag prussien, par le docteur Arendt, et au lleichstag, par M\L de Manteuffel et de Kanitz, mais sans recevoir l'accueil sur lequel ils comptaient. En présence de cette situation, une Ligue des agriculteurs allemands, ayant pour principal objet de protester contre les traités de commerce, est en voie de formation; c'est par milliers que les adhésions lui sont arrivées rapidement. Elle a tenu à Berlin son assemblée constitutive le 19 février. Son principal objet est d'acquérir une grande inlluence en vue des futures élections, afin d'exiger des candidats l'engagement de soutenir les intérêts de l'agriculture. Henry Sagnier-

Séance du 6 février. — M. Michelin donne lecture du rapport présenté au nom de la section d'horticulture. Les lauréats sont : M. Jules Labitte, propriétaire à Glermont (Oise), médaille d'or: M. Power, ingénieur, pour son traité de la culture du pommier et de la fabrication du cidre, médaille d'or ; M. Truelle, pharmacien chimiste, pour son livre l'Art de reconnaître les fruits de pressoir., poires et pommes, médaille d'argent.

M. de Montrol présente, au nom de la section de l'enseignement agricole, les conclusions de son rapport sur le concours ouvert par cette section, entre les instituteurs s'occupant plus spécialement de travaux agricoles et développant les notions de l'agriculture dans le programme de leur enseignement.

Le frère Abel donne lecture de son rapport, présenté au nom de la section d'entomologie, sur le concours ouvert par cette section, sur le meilleur ouvrage faisant connaître un procédé pratique de destruction du parasite indiqué sous le nom de Chematobia brumata. Parmi les lauréats, M. Lecœur a présenté à l'étude de la section trois travaux à signaler. C'est d'abord une brochure de 22 pages in-S*^" dans laquelle, api es avoir exposé la propagation du fléau, il donne la description ou le cycle biologique de la chématobie. L'auteur rappelle ensuite le moyen de détruire le papillon de la chématobie, c'est la bande de papier goudronnée, qui enveloppe le pied du pommier à 1 m. 80 audessus du sol. Trois compositions gluantes sont indiquées. La première est la suivante : goudron de Norwège, 10 kilog.; huile minérale à graisser les essieux, 2 kilog.; huile de poisson, 2 kilog.; la renouveler sur la bande de papier tous les trois jours. Le deuxième travail présenté est une petite gravure, vulgarisant la connaissance de la chématobie. Le troisième expose les travaux récents de l'auteur. Après étude de ces trois travaux, la section accorde une médaille d'or à leur auteur M. Lecœur; en outre, une médaille de bronze, à M. Decaux, pour son mémoire sur les ennemis du pommier.

M. de Malafosse, entretient l'assemblée, de la question des tarifs douaniers franco-espagnols. — 11 rappelle la proposition ayant pour auteurs MM. de Villebois-Mareuil et Frache, députés, proposition tendant à l'augmentation du tarif du degré des vins devant l'invasion nouvelle des vins étrangers. Il y joint, en outre, un vœu au sujet du retour au tarif maximum pour l'Espagne en face du tarif prohibitif que cette puissance nous applique. Ce vœu a été déjà exposé au nom de la Société de la Haute-Garonne, devant l'assemblée des délégués. La section a nommé une commission composée de MM. le D"" Michon, président, Lugol, Bord, de Montbrison, Goste-Floret et de Malafosse, rapporteur. Cette commission a examiné les dangers de la jouissance actuelle du tarif minimum pour l'Espagne, auquel elle répond par un tarif prohibitif, dont voici quelques chiffres :

Chevaux, tarif maximum 180 fr. minimum 1 80 fr.

Mules — — 80 — 80

Vins lins .— — 130 — 100

Vins communs — 65 — 50

Devant ces chiffres, la Commission a été unanime à proposer de faire connaître au pays cette situation anormale et de faire demander, sous forme de vœu au Gouvernement, qu'il remette l'Espagne, comme la Suisse, au régime du droit commun, c'est-à-dire au tarif maximum qu'elle avait encore l'été dernier, au lieu du tarif minimum en retour duquel elle n'accorde aucune compensation. Elle propose donc le vœu suivant : « La Société des agriculteurs de France émet le vœu que le G-ouvernement revienne avec cette nation (l'Espagne) au tarif général qu'on lui appliquait avaut le mois de juillet, et qui n'avait été suspendu pour faire place au tarif minimum, que pour favoriser des négociations qui n'ont pas abouti. » Ce vœu est adopté.

M. Lejeune appelle l'attention de l'assemblée sur l'importance de la question monclaire. Les droits de douane sont annihilés par le change. Le change, dans la plupart des pays exportateurs de blé, est de 30 à 35 pour 100; le droit de 5 francs est un droit ad valorem d'environ 25 pour 100; il reste un bénéfice pour l'importateur de 5 à 10 pour 100. La situation monétaire est done, non le corol-

laire de la situation douanière, mais bien plutôt les tarifs douaniers ne sont qu'une conséquence ; ils viennent compenser et atténuer les trop gros bénéfices procurés par le change. La question est entrée dans la période d'action. Les votes de l'assemblée en font foi. Gomment et par quels moyens devons-nous agir, quel est le but précis à atteindre ? Le but à atteindre est la reprise de la frappe libre dans le plus grand nombre de pays possible ; le moyen, c'est de créer une agitation aussi considérable que possible et d'agir énergiquement sur le Gouvernement et la conférence de Bruxelles. L'orateur conclut en exposant le vœu suivant : « La Société émet le vœu : que le Conseil, assisté d'une commission nommée par lui, se mette en relation avec toutes les associations françaises et étrangères, dans le but de dénoncer la perturbation amenée sur les divers marchés du monde, par le régime monétaire en vigueur, et de provoquer un grand mouvement d'opinion destiné à éclairer le Congrès international de Bruxelles afin d'amener une prompte solution de la question par la reprise de la frappe libre de l'argent. » Ce vœu est adopté.

• M. Raveton aborde la question suivante : cadastre^ livres fonciers et réforme hypothécaire. Après une longue discussion entre l'orateur et MM. Bonnard et Gralinau, l'énoncé du vœu et son adoption sont remis à la séance suivante. L'exposé des considérants présenté par M. Raveton se résume ainsi. La réfection du cadastre entraîne une dépense excessive, si le cadastre est envisagé au point de vue de l'impôt foncier. Dans l'intérêt de l'agriculture, il est indispens- ble que le cultivateur s'attache au sol, et il serait profondément dangereux de mobiliser la propriété foncière.

Séance du 1 février. — M. de Glaye présente un rapport sur le concours ouvert par la section d'enseignement agricole, dans le but de récompenser les instituteurs de la Charente, ayant introduit dans leur programme les notions agricoles (concours Grodard).

M. Bertrand Geslin donne lecture de la liste des récompenses décernées aux gardes forestiers, au nom de la section de sylviculture. Les lauréats sont MM. Bajou, Truchet, Pillé, Gyel, Mouroux, médailles d'argent.

M. Tournyer reprend la discussion interrompiie à la dernière séance sur le cadastre et la réforme hypothécaire. — L'orateur rappelle les vifs débats auxquels a donné lieu la première discussion : il conclut par l'exposé du vœu suivant : « L'assemblée générale des agriculteurs de France émet le vœu qu'il soit E recédé le plus tôt possible à la réforme de notre régime hypothécaire sur les ases suivantes : transcription obligatoire totale ou partielle, de tous les actes opérant transmission, modification, démembrement ou diminution de valeur de la propriété foncière, suppression des hypothèques occultes, spécialité et publicité complète, pour les privilèges et les hypothèques, même des hypothèques légales, modification au système d'hypothèque judiciaire; simplification des formalités de purge, d'expropriation forcée, de distribution des prix de vente entre créanciers, ample réduction des droits de timbre et d'enregistrement pour les mutations de propriétés et autres actes relatifs à la réalisation du gage ou à la libération du prix, notamment quand il existe des créanciers hypothécaires. » Cette proposition est combattue par M. Bonnard, mais soutenue par M. Josseau. Le vœu est mis aux voix et adopté.

M. Jules Le Conte présente les conclusions de son rapport sur un concours ouvert par la section d'économie du bétail, pour récompenser le meilleur manuel traitant de l'élevage des veaux. Les lauréats sont : MM. Léouzon, Marlot, Desjouis, Barbe.

M. de Segonzac donne lecture d'un rapport sur l'excursion faite par la section de production chevaline, dans le Merlerault.

M. René Jacob donne lecture, au nom de la section de sériciculture, de l'énoncé d'un vœu tendant à donner aux apiculteurs la plus grande liberté possible, à charge pour eux d'être déclarés responsables des accidents pouvant survenir du fait de leur spéculation.

M. de Lorgeril entretient l'assemblée de la question de Y enseignement primaire agricole. Il propose le vœu suivant : « La Société émet le vœu que : les sociétés et syndicats agricoles affiliés à la Société des agriculteurs de France et qui n'ont pas jusqu'à présent organisé entre les élèves des écoles rurales, des concours-examens d'enseignement primaire agricole, veuillent bien ajouter aux

nombreux services qu'ils rendent déjà à la cause agricole, celui d'organiser dans leur sphère ces concours-examens. Déplus: la 10" section prie les sociétés et syndicats agricoles déjà entrés dans cette voie, ou qui vont y entrer, de vouloir bien lui adresser le rapport annuel des résultats obtenus par les concoursexamens. 5) M. Vacher, secrétaire de la Société d'agriculture de l'Allier, demande, en outre du vœu présenté, qu'il soit procédé, par les soins de la Société, ou tout au moins qu'elle aide à la création des bibliothèques agricoles, de façon qu'à la lecture, l'enfant se rende compte de ce qu'on lui apprend; on ouvre l'esprit de l'enfant par deux moyens : par la lecture agricole et les promenades agricoles. M. de Segonzac cite l'exemple de la Société d'agriculture de Compiègne qui marche sur la voie indiquée par M. de Lorgeril. Le vœu est mis aux voix et adopté.

M. Maurice Boucherie présente, au nom delà section d'économie du bétail, le vœu suivant : « Sur la proposition de la section d'économie du bétail, l'assemblée

speciE

dépendance du vétérinaire dans chaque département, celui-ci soit exclusivement chargé du service sanitaire et relève lui-même du service central ; 4" que les wagons affectés au transport des animaux soient désinfectés avec de la chaux additionnée d'une substance antiseptique, d'une efficacité connue, et que l'on applique la loi concernant la désinfection des wagons dans les petites gares, le pavage et le nettoyage des gares ainsi que le transport du fumier dans les gares; 5" que toutes les bêtes amenées sur le marché de La Villette et atteintes de fièvre aphteuse soient abattues sur place et les peaux désinfectées. En ce qui concerne le marché de La Villette, la Société émet le vœu, que les réexpéditions de ce marché, s'élevant à environ 33 pour 100 des animaux reçus, ne soient pas interdites, mais que toutes les précautions soient prises relativement aux réexpéditions pour empêcher la propagation des maladies contagieuses. »

M. Michaux, au nom de la section de sylviculture, propose le vœu suivant : « La Société des agriculteurs de France émet le vœu que l'ensejgnement forestier tienne de plus en plus compte des besoins actuels, ainsi que du revenu des bois en matière et en argent. «

M. Delalande présente le vœu suivant, au nom de la section de législation ; « que pour la défense de ses droits et de ses intérêts, l'agriculture soit placée sur un pied d'égalité complète avec le commerce et l'industrie et qu'en attendant la loi qui, réalisant cette réforme, donnera satisfaction aux vœux, sans cesse renouvelés par la Société des agriculteurs de Franco, les associations agricoles existantes soient obligatoirement consultées sur toutes les questions où les intérêts de la profession seraient engagés. »

M. RenéLavollée propose le vtt'U suivant, au nom de la section de législation : ce La Société renouvelle le vœu qu'elle a émis l'année dernière, en faveur de l'observation du repos dominical dans les exploitations rurales. Elle déclare en outre s'associer aux démarches qui sont faites, en vue d'obtenir la fermeture des gares de marchandises à la petite vitesse pendant toute la journée du dimanche. 5>

M. Raquet présente un vœu tendant à forcer les propriétaires de procéder au nettoyage de leurs pommiers, afin d'empêcher les insectes de trouver un refuge sous l'écorce de ces arbres. Ce vn'U, combattu par M. le marquis de la Jonquière, M. de Segonzac et M. Néron, est repoussé

i^éance du 8 févrieî\ — M. Vimont dit un rapport sur l'exposition des vins au Palais de l'Industrie. Les conclusions du rapport accordent une médaille d'or au Syndicat agricole et viticole du Haut-Beaujolais; une médaille de vermeil pour l'Union de centre des syndicats agricoleo et viticoles, une médaille d'argent au Syndicat de Cadillac.

M. Gouzot donne lecture d'un rapport sur l'élat dos travaux agricoles et viticoles dans le département de la Vienne. Lee conclusions accordent à M. Cesbron, sur le rapport de.M. le baron Duranteau, nue médaille d'or.

M. Lauras présente les conclusions d'un rapport sur l'ouvrage de M. Bernard, intitulé : Dosage du calcaire dans les terres arables. Il rappelle les travaux intéressants de l'auteur, et conclut en demandant un diplôme d'honneur pour M. Bernard.

M. Salle présente un rapport sur le séjour des ouvriers étrangers en France;

il indique les mesures qu'il croit utile de signaler à leur égard. Ge rapport donne lieu à une discussion à laquelle prennent part, MM. le comte de Mandat- Grancey, Sénart, Milcent, Delamarre ; sur la proposition de M. de Monicault, la question est renvoyée à une commission spéciale.

M. Salle présente, au nom de la section des industries agricoles, un vœu qui est le renouvellement du vœu proposé l'année dernière et relatif à la distillerie agricole à la ferme.

M. Delamarre présente, au nom de la section d'économie du hétail, un vœu relatif à la vente et à l'achat des animaux tuberculeux et tendant à assurer la sécurité dans les transactions. L'orateur conclut par l'exposé du vœu suivant. « La Société émet le vœu : 1° que le conseil de la Société choisisse dans le sein de la 2'= et de la 9*= sections, une commission mixte chargée d'étudier les modifications à introduire dans la législation sur la matière; 2" qu'un crédit provisoire soit inscrit au budget du Ministère de l'Agriculture et du commerce pour indemniser les propriétaires de bonne foi obligés d'abattre les animaux de l'espèce bovine atteints de la tuberculose. » Ge vœu est adopté.

Sur le rapport de M. Nepveu, le prix agronomique décerné par la section des industries agricoles est attribué à M. Jacquemin. P. Florent.

Il résulterait des études faites par M. G. Ville, sur l'emploi des engrais chimiques en viticulture, que la vigne, comme toutes les plantes à dominante de potasse, peut se passer d'azote, parce que ses feuilles peuvent absorber cet aliment dans l'air sans que le vigneron soit obligé d'en ajouter au sol sous forme d'engrais azoté.

A l'appui de ces théories on a lancé une formule spéciale qui constituerait le meilleur et le plus efficace des engrais pour la vigne. C'est un engrais incomplet, l'engrais n° 6 k d'où l'azote est absent et où la potasse abonde.

L'application de cet engrais a permis à M. G. Ville d'obtenir dans son champ d'expériences de Vincennes, 20,000 kilog. de raisin, soit 180 hectolitres devin par hectare.

D'autre part, les résultats de l'enquête faite en temps utile, furent aussi convaincants qu'il était permis de l'espérer. Parmi les centaines de lettres qui furent, à ce propos, adressées aux intéressés, deux seulement, paraîl-il, enregistrèrent un insuccès formel. On semble attribuer cet insuccès soit à la mauvaise qualité de l'engrais employé, soit à l'incapacité ou à la mauvaise volonté de ceux qui l'ont essayé.

Cependant d'autres expériences faites depuis ne furent pas toujours aussi concluantes. M. Oberlin, le grand viticulteur alsacien, a porté à la connaissance du public les résultats qu'il a obtenus, par plusieurs articles publiés par M. Grandeau dans Le Temps et par M. Paul Muller dans le Journal de l Agriculture.

M. Oberlin déclarait que la formule G. Ville donnait bien tout ce qu'elle promettait, quand on opérait dans certaines conditions. Aussitôt que ces conditions n'étaient plus remplies, les résultats étaient nuls.

Avec l'engrais n° 6 k mais à dose forcée, l'expérimentateur est arrivé même à dépasser les résultats annoncés par M. G. Ville ; il a récolté jusqu'à 20,560 kilog. de raisin par hectare. D'après lui ce n'est ni à la potasse, ni à l'acide phosphorique qu'il faut attribuer ce résultat formidable, car les nombreux essais entrepris avec ces deux éléments

fertilisants ne lui ont jamais fourni que des résultats peu appréciables.

M. Oberlin fit parallèlement, la première année, une deuxième série

d'essais avec du plâtre cru moulu. Il obtint les résultats suivants :

Plâtre employé... 240 kilog. Raisins récoltés... 22,680 kilog. à l'hectare.

On voit donc qu'avec une simple dose de plâtre de 240 kilog. par hectare, on arrive déjà à dépasser les résultats obtenus par M. G. Ville. Enfin avec la dose de 4,800 kilog. le rendement atteint le chiffre fabuleux de 42,000 kilog. de raisin par hectare, soit environ 315 hectolitres,

La dépense a été pour l'engrais n° 6 /? de 175 fr. par hectare; pour le plâtre de 30 fr. seulement.

Des doses croissantes d'engrais n" 6 k essayées comparativement au plâtre employé seul dans le même terrain, en sol abondamment pourvu d'azote par l'apport de fumier de ferme, ont donné les résultats suivants :

Récolte en raisin par iiectare.

Sans plâtre 4,640 kilog.

Engrais n» 6 fc (1 ,000 kilog.) 8 ,640

Plâtre 240 kilog 22,680

Ces chiffres démontrent l'influence prépondérante de la fumure azotée.

M. Oberlin ne manque pas de faire remarquer que ces essais ont été faits dans une terre riche en azote, fumée chaque année au fumier de ferme et à haute dose.

Mais d'après M. G. Ville l'engrais incomplet n" 6 k devait produire des effets beaucoup plus probants encore en terre maigre. Les expériences tentées dans ce sens ont donné des résultats absolument nuls.

Le fumier ou tout autre engrais organique riche en azote, étant nécessaire à la vigne, ses effets se trouvent considérablement activés par le plâtre. En effet le plâtre a un pouvoir nitrifiant considérable. Il retient l'ammoniaque provenant de la décomposition des matières organiques et contribue à la formation de l'acide azotique en conservant l'azote sous une forme facilement nitrifiable. Le plâtre et l'argile concourent simultanément à la conservation de l'azote sous forme ammoniacale. L'argile seule immobiliserait en grande partie l'ammoniaque et cesserait ainsi d'en fixer d'autre. Mais le plâtre lui enlève à l'état de sulfate en lui permettant d'en absorber une nouvelle dose.

Il convient cependant de ne pas abuser de cet amendement et M. Oberlin se résume ainsi : pas de fumier sans plâtre et pas de plâtre sans fumier.

En 1891,1e même expérimentateur a continué ses essais avec le plâtre. Il a obtenu les résultats suivants :

Première série, cépage nommé Blanc doux :

Sans plâtre 4,500 kilog. de raisins par hectare.

2000 kilog. de plâtre cru fin 9,200 — —

4000 kilog. — 16,000 — —

Deuxième série, cépage nommé Muscatelle du Bordelais :

Sans plâtre 15.000 kilog. de raisins par hectare.

2000 de plâtre cru fin 21.200 — —

4000 kilog. — 25.600 — —

SUR l'emploi du PLATRE EN VITICULTURE. 295

Comme les précédents ces chiffres sont concluants.

La dépense en plâtre comparée à celle qui a occasionné lemploi de l'engrais n" 6 /e est la suivante : les 1,000 kilog. d'engrais G. Ville, employés par hectare, ont coûté à M. Oberlin :

400 kilog. de superphosphate à 14 fr. 48 57 fr. 92 )

200 kilog. de carbonate de potasse à 52 fr. 50 , 105 00 [ 165 fr. 42.

400 kilog. de plâtre 2 50 1

Une dose décuple coûterait 1 ,650 francs par hectare, tandis que 2,000 kilog. déplâtre cru finement moulu ne reviennent qu'à 12fr. 50- J'ai pu. constater, ajoute M. Oberlin, que dans tous les essais que j'ai fais jusqu'à ce jour, la quantité de la récolte diminue quand la qualité augmente.

Si la potassse et l'acide phosphorique, ainsi que le dit M. G. Ville, ont une influence sur la qualité des produits, ce qui n'a pas été constaté, ce ne sont pas ces deux éléments qui jouent le rôle principal, mais c'est bel et bien l'azote.

En ce qui concerne l'absorption directe de l'azote de l'air par la vigne, M. Oberlin fait connaître qu'il a des preuves suffisantes et en grand nombre pour admettre que cette théorie de l'absorption directe de l'azote n'est pas vraie, et le serait-elle partiellement qu'il faudrait du fumier quand même. La meilleure preuve, dit M. Oberlin, c'est que plus nous en donnons, plus nous récoltons de raisins. Chacun sait que la vigne non fumée ne rapporte rien ou peu de chose. Si le fumier est nécessaire quand on veut obtenir de grandes récoltes, c'est dans le plâtre que nous trouverons le moyen d'activer son effet. Sans l'emploi de ce stimulant, le fumier reste quelquefois enfoui des années sans exercer une action visible sur la végétation, de sorte qu'une partie notable de l'azote s'en va en pure perle ou est assimilée par les mauvaises herbes.

Dans tous les essais l'engrais n° 6 k a, été employé suivant les prescriptions du maître, c'est-à-dire dans une cuvette autour du pied de chaque cep.

Quant au plâtre, M. Oberlin l'a employé de la façon suivante :

Des trous au nombre de cinq à six par mètre carré, sont pratiqués autour de chaque cep à l'aide d'une tige de fer de 1 m. 50 de longueur environ; le plâtre est versé dans ces trous à la dose de 150 à 550 grammes par trous. Ou bien la dose totale de plâtre par hectare, soit de 1 ,500 à 2,500 kilog. , est employée moitié dans les trous, l'autre moitié est répandue à la surface du sol et enfouie par le premier labour.

Dans tous les cas l'application du plâtre dans les trous a été faite dans le courant de l'hiver.

Le plâtre employé est du plâtre cru finement moulu. Le plâtre cuit n'a pas une valeur agricole plus grande que ce dernier au sortir des carrières et il coûte plus cher, car la cuisson à laquelle il est soumis augmente le prix.

D'après M. Grandeau la dose de 2,000 kilog. de plâtre par hectare doit avoir la préférence de la part des vignerons. Il ne peut y avoir qu'avantage à incorporer le tout ou une partie du plâtre au fumier, soit à l'étable, soit dans le tas ou dans les composts.

En ce qui concerne la quantité à ajouter directement aux composts et aux fumiers, elle dépend du mode adopté par les vignerons. S'ils partagent en deux parties égales, comme l'indique M Oberlin, les 2,000 kilog. à employer par hectare, ils en mettront moitié, soit 1 ,000 autres kilog. pour répandre à la volée avant le labour de printemps. S'ils renoncent à cette pratique, ils pourront incorporer les 2,000 kil. de plâtre cru fmsment moulu à la totalité des composts ou des fumiers à enfouir par hectare.

Le fumier de ferme fait parfois défaut dans les pays vignobles; de plus son transport à raison de son volume est souvent onéreux en terrain de côtes, il ne sera pas sans intérêt, pour certains vignerons, de substituer aussi économiquement que possible le nitrate de soude à l'azote du fumier.

En nous révélant l'action inattendue du plâtre sur la végétation et sur la fructification de la vigne plantée en sol abondamment tumé, M. Oberlin, ajoute M. Grandeau, ouvre un champ nouveau à de très intéressantes études. Les faits signalés par l'expérimentateur émérite, sont de nature à provoquer des vérifications qui conduiront à une interprétation du rôle du plâtre.

M'inspirant de ces idées, j'ai tenté cette année qiaelques essais qui ne sont que la répétition de ceux faits par M. Oberlin. Mes fonctions me mettant journellement en rapport avec les vignerons de ma région, j'ai facilement trouvé parmi eux quelques propriétaires intelligents, marchant conslamment de l'avant, qui ont répété les expériences sérieuses déjà faites en les complétant ainsi qu'il sera dit plus loin.

{La suite prochainement.) P. Hoc,

Professeur d'agriculture à Charlieu (Loire).

Page 1