‹ Journal de l'agriculture (volume 3)Chapitre 200 sur 691 · EN HAUTE PRIMEUR SOUS LA RÉGION MÉDITERRANÉENNE · texte numérisé non relu

EN HAUTE PRIMEUR SOUS LA RÉGION MÉDITERRANÉENNE

La culture du fraisier forcée en haute primeur est l'une de celles qui demandent le plus de soins et de surveillance : elle exi^e beaucoup de lumière et d'aération , redoute l'humidité et les vents froids lorsque, par une aération mal comprise, au moment critique de la floraison, on soumet le fraisier à l'infUience des courants d'air à basse température. Ces exigences ont rendu cette culture l'une des plus minutieuses de celles pratiquées aux environs de Paris, en raison de l'absence du soleil souvent prolongée; dans ces conditions, la fécondation devient impossible ou incomplète, les fruits sont déformés et n'atteignent que des prix peu rémunérateurs.

Est-ce à dire que, sous la région du Midi, même sous la zone de Nice, où l'intensité de lumière et la température sont plus élevées que dans le Nord, tout marcherait à souhait et que l'on pourrait y obtenir beaucoup plus facilement des fruits susceptibles d'être vendus 40 à 50 centimes pièce, comme les beaux fruits de haute primeur obtenus dans les cultures des environs de Paris, en suivant méthodiquement les mêmes principes de culture observés sous cette région?

Assurément non ; autre climat, autre culture. Et de fait, tous les essais de ce genre entrepris dans le Midi, par des cultivateurs expérimentés du Nord, ont échoué, parce que, suivant exactement les mêmes principes, redoublant de soins et de vigilance, ils n'ont envisagé que le beau côté de la médaille, c'est-à-dire, soleil resplendissant^ haute température, qui furent précisément la cause de leurs déceptions ; — si cette culture peut devenir plus facile sous la région du Midi, il faut procéder tout différemment que dans le Nord.

Le fraisier est l'une des plantes qui, en culture forcée, exigent le plus impérieusement un repos absolu. Dans le Nord, ce repos s'opère tout naturellement par la baisse de la température, l'horticulteur n'a pas à s'en préoccuper. Mais lorsque, sous cette région, sous l'influence d'un hiver doux, les boutons à fleurs sont en partie apparents au moment de la mise en marche d'une saison, il sait d'avance que la récolte sera précaire s'il conserve ces trop \igilants indices d'une floraison hâtive; aussi a-t-il soin de les mettre au rebut, s'ils sont peu nombreux; si à cet état il s'en trouve un grand nombre, l'horticulteur les force quand même, mais l'expérience lui a appris que la suppression du premier rameau est nécessaire. C'est en effet le meilleur procédé à employer, car la plante n'ayant plus à faire un effort disproportionné, en raison de la faible quantité de radicelles actives qu'elle possède, continue d'émettre de jeunes racines qui, plus tard, stimuleront l'émission d'un rameau vigoureux, susceptible de produire de plus beaux fruits que le premier émis dans des circonstances anormales.

Ce fait est rare dans la région du Nord, pourtant nous l'y avons «onstaté plusieurs fois; mais dans le Midi il est constant, et même

trop accusé pour que la suppression du premier rameau produise de bons effets. Cependant, nous dira-t-on, des fraises, môme en janvier (ces remontages, pour employer l'expression des spécialistes), mûrissent parfaitement à l'air libre, dans certains endroits privilégiés du Midi, pourquoi ne mûriraient-elles pas sous bâches vitrées? Certainement qu'elles y arriveront à maturité; mais de même qu'il y a fagots et fagots, il y a fraises et fraises, et que celui qui paie en haute primeur un beau fruit 40 à 50 centimes pièce, exige une traise proprement dite, et non un rogaton dur et croquant, de forme et de couleur douteuses. Elles se vendent au prix de 30 francs le kilog. aux halles de Paris, nous objectera-t-on. C'est possible, surtout si l'on tient compte d'une complaisance très étendue de la part de l'acheteur; quant à nous, nous n'avons jamais vu, aux Halles de Paris, les fraises du Midi atteindre ce prix ; cependant nous avions le plus grand intérêt à nous préoccuper de la valeur de cette marchandise. Qu'un horticulteur du Midi dise qu'en janvier il a vendu à un étranger quelques fraises au prix de 30 francs le kilog., c'est probable; mais aux halles de Paris, c'est douteux, et plus tard cela devient impossible, car depuis mars, les cultures sous bâches des environs de Paris fournissent en quantité des fruits de qualité et de grosseur bien supérieures, tout en n'atteignant que bien rarement le prix de 30 francs cité plus haut.

Nous avons dit que sous la région du Midi, la culture du fraisier forcé en haute primeur pouvait être faite plus économiquement et avec de plus grandes chances de réussite que dans le Nord, en raison de l'intensité de lumière et de la haute température, mais que ces éléments indispensables devenaient eux-mêmes sous la région du Midi nn obstacle à la réussite en employant les procédés mis en pratique dans les cultures des environs de Paris ; afin de nous expliquer sur ce point, nous nous trouvons dans la nécessité d'examiner les méthodes de culture observées sous cette région.

Education des plants à forcer dans le Nord. — Des pieds-mères. — En octobre, des filets ou stolons enracinés sont plantés en lignes écartées de 1 mètre l'une de l'autre, sur un terrain bien défoncé et copieusement fumé. L'année suivante, jusqu'en juillet, on entretient la fraîcheur du sol par de copieux arrosages ; toute production est sévèrement supprimée, c'est ce qu'on appelle pieds-mères, uniquement destinés à produire des plants à forcer. La production supprimée, ces pieds-mères émettent de bonne heure des stolons; on passe fréquemment dans les lignes; ceux-ci sont distancés, le talon légèrement enfoncé dans le sol est maintenu par une petite motte de terre sans les détacher des pieds-mères; sur chaque stolon on ne laisse que deux plants, mieux vaudrait n'en laisser qu'un seul, il serait plus robuste ; traité ainsi, un pied-mère peut produire de 12 à 15 stolons qui s'enracinent très promptement ; au 15 juillet, ils ont acquis un assez fort développement pour être enlevés et mis en pépinière.

Quelques horticulteurs font l'élevage en godets ; voici comment ils procèdent. Des godets de 8 centimètres, bien drainés et remplis de bon terreau, mélangé par moitié avec de la terre de jardin, sont enterrés sur trois ou quatre rangs de chaque côté des pieds-mères. Dès le com-

mencement de l'émission des stolons, on en place un au milieu de chaque godet; cette opération ne peut se faire en une seule fois, on passe fréquemment dans les lignes, jusqu'à ce .que tous les godets soient munis d'un plant; on arrose copieusement; lorsque le racinage est complet, que les plants sont trapus, les cœurs bien développés, ils sont détachés des pieds-mères et mis en pépinière. Quelques horticulteurs substituent la mise en place par un rempotage définitif en pots de 16 centimètres. Ce procédé n'est recommandable que pour les saisons de haute primeur, en raison de la facilité qui permet d'observer une période de repos plus absolue par la suppression des arrosages avant la mise en marche qui commence ordinairement au 1" novembre; mais pour celles qui doivent succéder, le rempotage immédiat exige une assez grosse main-d'œuvre par rapport aux arrosages, et la terre se trouvant épuisée plus promptement les fruits obtenus par ce procédé sont souvent moins beaux que ceux produits par une mise en pépinière en pleine terre avant l'empotage définitif.

Pépinières. — Au 15 juillet, dans un terrain bien préparé et copieusement fumé, divisé par planches de 1 m. 30 de largeur, on trace six lignes; les stolons, qu'ils soient élevés soit en pleine terre, soit en godets, sont plantés à la distance de 20 à 25 centimètres. Il est urgent que la reprise s'effectue rapidement ; en conséquence, il est établi comme règle absolue de tenir constamment la surface du sol humide malgré le degré de sécheresse souvent très accusé à cette époque ; aussitôt que la plantation d'une planche est terminée, on donne un copieux arrosage et, à partir de ce moment, un homme ou deux, selon l'importance de l'établissement, ne cessent de bassiner les plants ; lorsqu'ils ont terminé d'un côté, ils recommencent de l'autre.

Par ce traitement, au bout de huit jours la reprise des plants est complète; on laisse ressuyer la terre, puis on donne un premier binage, de fréquents arrosages, et le sol est constamment tenu dans un état de propreté parfaite par des binages répétés.

Vers la fin de septembre, ces plants se sont développés avec vigueur; on procède alors à l'empotage. Un compost de terre est préparé, les plants sont arrachés de pleine terre en leur conservant une motte de moyenne grosseur; on supprime tous les cœurs qui se sont développés, à l'exception d'un seul, le mieux constitué; puis ils sont empotés dans des pots de 16 centimètres. Ces vases sont placés sur le sol en planches à l'air libre, dans un endroit ombragé si c'est possible^ ou mieux dans les bâches, quand celles-ci ne sont pas occupées par d'autres cultures, jusqu'au moment du forçage qui s'effectue de novembre à mars. Lorsque l'hiver est rigoureux, ces plants ne doivent pas rester constamment à l'air libre ; en attendant le forçage, ils sont mis sous bâches recouvertes de châssis suffisamment pourvus de litière ou de paillassons, pour que la terre des vases ne gèle pas avec trop d'intensité, ce qui pourrait détériorer les jeunes radicelles.

En décembre et janvier, sous la région du Nord, la température baisse considérablememt ; la plante est complètement inerte, c'est l'époque du 7'epos. Depuis juillet jusqu'en septembre, poussée à outrance par les arrosages et les engrais, elle a dû faire de grands efforts de végétation ; elle a donc gagné un repos bien mérité; si on le lui refusait.

un certain affaiblissement se produirait et la récolte serait peu abondante.

DansleJVlidi, sil'on procédait ainsi, ce repos si nécessaire, indispensable même, ne pourrait s'effectuer d'une manière suffisante. En effet, à l'automne sous celte région, les pluies deviennent très fréquentes, et, la haute température aidant, les plantes se maintiennent constamment en végétation ; ce repos devient complètement nul sous la zone de Nice.

Le fraisier forcé, dans la région méditerranéenne, ne peut supporter l'emploi du thermosiphon, disent les horticulteurs; — c'est une erreur, — ce n'est pas l'appareil qui peut être la cause du mal, c'est le défaut ou l'insuffisance de repos, et, pour vous en convaincre, faites venir des plants ayant été élevés dans le Nord, précisément au moment de la mise en marche, empotez-les ou mettez-les en pleine terre, sous bâches assainies par une couche de litière de 25 centimètres d'épaisseur, et vous verrez si dans ces conditions le thermosiphon leur sera nuisible. Cependant, il est de toute impartialité de tenir compte de ce fait, c'est qu'il est indispensable de faire venir chaque année du Nord les pieds-mères destinés à produire les plants à forcer. Les fraisiers ayant subi pendant deux ou trois ans l'influence du climat du Midi, se trouvent affaiblis par ces à-coups de végétation à contre-saison, et deviennent impropres à la production des plants à forcer. Vray.

(La suite prochairiement.)

Loi relative à la création d'une zone franche sur la frontière franco-belge.

Le Sénat et la Chambre des députés ont adopté,

Le Président de la République promulgue la loi dont la teneur suit :

Art. l*""". — Les cultivateurs établis en France dans un rayon de deux kilomètres au plus de la frontière, qui exploitent en même temps des terres sur le territoire belge dans un rayon de deux kilomètres, soit comme propriétaires, soit comme locataires, en vertu de titres réguliers et ayant date certaine, passés avant le l*^"" février 1892, seront admis à importer en franchise des droits de douane les produits provenant de cesdiles terres.

Art. 2. — Ces produits devront être présentés dans l'état où. ils sont récoltés, tels que céréales en gerbes, foins, fourrages verts, racines fourragères et autres produits agricoles tirés directement du sol.

Art. 3. • — Des dispositions réglementaires seront édictées pour assurer le contrôle des opérations résultant de l'application de la présente loi.

Fait à Paris, le 17 février 1893. Carnot.

Par le Président de la République :

Le ministre du coinmerce, de rindustrie et des colonies, Jules Siegfried Le ministre de fagricidture, Viger.

Pélrassin, par Arfeuilles, le 15 février. L'hiver cette année a commencé dans nos parages au lendemain de la Noël, par une température des plus rigoureuses de 7 à 8 degrés au -dessous de zéro et la nouvelle année, pour étrenne, débutaitpar — 14 degrés; le 2, même température, mais la neige ce jour commençait à couvrir le sol de son blanc manteau.; depuis l'année terrible de 1870-1871, il n'en était tombé une si grande quantité dont l'épaisseur avait atteint pour nos parages en rase campagne 40 centimètres. Les nuits les plus froides ont été les suivantes, 17, 18 où le thermomètre est descendu à — 18 degrés réaumur,le 19 et 20 janvier à — 20 degrés pour revenir le 21 à — 3 degrés, température prise à 8 heures du matin au nord d'un bâtiment. Le F"" février nous a amené enfin le vrai dégel; depuis nous avons eu encore des

310 SITUATION AGRICOLE DANS l'ALLIER.

intervalles de gelée et de dégel, et depuis quelques jours un temps très humide avec de violents coups de vent, qui nous empêche d'exécuter tous travaux de culture, car la terre n'est qu'une bouillie, ce qui ne sera pas fait pour nous avancer, surtout après un si long chômage. Peut-être qu'à l'avenir cet hiver fera prendre un peu plus de précaution à nos métayers ou du moins à tous ceux qui ont des bestiaux à l'engrais, pour faire en temps propice une bonne provision de topinambours; car c'est la racine par excellence dans nos parages pour l'engrais de tous nos animaux, et celle qui après la pomme de terre nous donne un haut produit, sur lequel on est toujours sûr d'avoir, quelle que soit la température de la saison, un abondant produit; mais l'on néglige trop malheureusement sa culture.

L'état de toutes nos céréales d'hiver, continue à être dans une bonne situation; elles ont été emblavées dans très bonne condition et ont profité de la température excessivement douce de novembre et décembre ; leur végétation était même

f)lus que luxuriante avant cet hiver; l'on commençait même à craindre que 'hiver, comme il en avait l'air, serait d'une excessive douceur, car elles se remplissaient de mauvaises herbes, principalement de ravenelles, qui est la plante maudite de nos sols siliceux, et qui récluit beaucoup le produit de nos céréales quand la température des hivers lui est favorable; heureusement que cette année les rigueurs de cet hiver sont venues à temps pour la détruire et avec elle une foule d'autres mauvaises herbes qui commençaient à pulluler, et sans causer grands dégâts à nos céréales.

Gomme l'hiver avait débuté sous des auspices d'une clémence extraordinaire, et que l'on ne s'attendait pas qu'il deviendrait tout d'un coup si rigoureux, il en a surpris plus que d'un, qui n'avaient pas mis une couverture suffisante de terre sur leurs silos de racines ou pas assez abrité celles contenues dans les caves et celliers, dont la gelée a causé celte année d'assez graves dégâts.

Tous nos produits en général continuent à se vendre à vil prix, surtout nos céréales, et nos charges de toute nature ne font qu'augmenter; aussi sommes-nous obligés de vivre dans la plus triste économie pour pouvoir joindre comme l'on dit les deux bouts, et encore heureux sommes-nous quand nous pouvons y arriver.

P. S. — Jusqu'ici nous n'avons pu encore commencer les travaux de nos vignes, dont le bois est cette année excellent. J'oô're aux viticulteurs les variétés suivantes : P le Gramay-teinturier dit fertile, à cause de sa grande fertilité ; 2° le Gamay Nicolas du Beaujolais, variété très hâtive et fertile. Ma contrée n'est pas atteinte du phylloxéra, je puis donc donner de belle et magnifique bouture soit pour la plantation ou pour greffer. Nebout.

Les machines agricoles sur le terrain, par A. Debains, professeur de génie rural à l'Ecole nationale d'agriculture de Grand-Jouan. — Un volume in-8 de 192 pages, avec 70 figures dans le texte et 27 figures hors texte. — A la Société des études scientifiques, 4, rue Antoine-Dubois, à Paris. — l'rix : 5 francs.

Dans la préface de cet ouvrage, M. Debains explique qu'il s'est principalement préoccupé de fournir des renseignements pratiques sur la manière de se servir des instruments agricoles sur le terrain, et sur les services qu'on peut en tirer. C'est une méthode excellente, et qui sera certainement appréciée par les cultivateurs. Le livre qui paraît aujourd'hui est la première partie d'un ensemble qui devra embrasser toutes les espèces d'instruments; il est consacré exclusivement aux charrues. Des descriptions complètes des divers types de charrues et des parties qui les constituent sont données avec le plus grand soin; on peut se rendre compte, par l'étude de ces pièces, de leur agencement et de leur lonctionnement; le meilleur outil, quand il est mal réglé, exécute un mauvais travail, et l'on est facilement enclin à l'accuser de défectuosité, alors qu'on devrait seulement s'en prendre à son inexpérience. M. Debains s'occupe successivement des

charrues les plus simples, puis des appareils de grand labourage, des charrues à vapeur et enfin des treuils qui rendent des services de plus en plus appréciés pour les défoncements. Une étude détaillée du prix de revient des labours, suivant les moteurs employés, est jointe à ces descriptions et les complète d'une manière très heureuse.

La nutrition de l'homme eu des animaux domestiques, par M. L. Grandeau, directeur de la Station agronomique de l'Est, etc. — • Tome ["'. La iiutrilion animale. Un volume in-8 de 404 pages. — Librairie Firmin-Didot, 56, rue Jacob, à Paris.

Les questions complexes qui se rapportent à l'alimentation de l'homme et des animaux domestiques, ont fait, depuis un demi-siècle, l'objet de nombreux travaux. L'ouvrage qui leur est consacré dans la Bibliothèque de l'enseignement agricole, et dont le premier volume a paru récemment, ne sera certainement pas un des moins appréciés de cette collection importante. M. Grandeau a embrassé le problème de l'alimentation avec une grande ampleur. Ce premier volume est, en effet, consacré exclusivement à l'historique des recherches qui ont été poursuivies sur la nutrition animale, en France et dans les autres pays, par de nombreux physiologistes et chimistes depuis le commencement du siècle.

Ce sont d'abord les recherches écourtées de Lavoisier, puis celles de Magendie, qui sont passées en revue. Arrivent ensuite les expériences magistrales de Boussingault, qui a créé à Bechelbronn le premier laboratoire de recherches agricoles ; ces expériences ont servi de thème à la célèbre leçon de Dumas, en* 1841, sur la statique chimique des êtres organisés qui peut servir de point de départ d'information sur la situation de la science il y a un demi siècle. Après ces précurseurs, sont venus Liebig, Payen, Claude Bernard, Wolff, La wes et Gilbert, etc. Les recherches des uns et des autres sont exposées aA^ec de grands détails par M. Grandeau; mais c'est surtout aux études ■ poursuivies en Angleterre, pendant de longues années, par Lawes et Gilbert, qu'il donne la plus large place; on sait que ces recherches ont porté principalement sur la composition des différents éléments du corps des animaux, sur la formation delà graisse, sur les dépenses organiques qu'elle entraîne, etc. L'auteur arrive ainsi à l'examen des tables des équivalents alimentaires et aux expériences sur le rationnement des animaux, qui démontrent la faiblesse de ces tables.

Toutes ces étapes dans la science de l'alimentation sont utiles à connaître, et on doit savoir gré à M. Grandeau de les avoir exposées sous une forme claire et précise; elles serviront à éclairer la suite de l'ouvrage, en dégageant la genèse des règles scientifiques qui servent aujourd'hui de base à l'alimentation raisonnée.

Les plantes de grande culture, [idiV MM.Vilmorin-Andrieux et Cie. — Un fort volume grand in-8, avec de nombreuses gravures. — A la maison Vilmorin, 4, quai de la Mégisserie, à l'aris. — Prix : 3 fr.

Nous avons signalé, en leur temps, les excellents ouvrages publiés par la maison Vilmorin-Andrieux sur les plantes potagères, sur les meilleurs blés, etc. Un autre ouvrage du même genre a été publié dans ces derniers temps par la même maison; il est consacré aux plantes de grande culture, c'est-à-dire à celles qui sont l'objet des principaux soucis des cultivateurs : céréales, plantes fourragères, plantes industrielles ou économiques. Comme dans les autres publi-

cations qu'on vient de citer, ces plantes y sont étudiées sous un rapport tout à fait spécial ; on ne cherche pas à donner aux cultivateurs des renseignements sur les systèmes de culture à adopter, sur la place adonner à ces plantes dans les rotations, etc., mais à réunir et à comparer les qualités des diverses variétés de chaque espèce, afin de faire ressortir celles sur lesquelles il est plus avantageux de porter son choix. C'est un travail de sélection des variétés qui est mis ainsi à la portée de tous les cultivateurs et qui pourra leur être d'une très grande utilité. Des indications précises sur les caractères des variétés ou races de plantes, sur leurs exigences et sur leurs rendements, sont, en effet, extrêmement précieuses quand on veut s'adonner à leur culture. Cette notion étant donnée sur le but et la portée de l'ouvrage, il serait oiseux d'entrer dans déplus long détails, lesquels dépasseraient rapidement les limites d'une notice de ce genre. Dans la préface qui accompagne le livre, M. H. de Vilmorin ajoute que, destiné à être remanié et réédité de temps en temps, cet ouvrage pourra présenter toujours un tableau de l'assortiment agricole du moment, en mentionnant les races nouvelles actuellement recherchées à côté des bonnes variétés de fonds dont la valeur est établie depuis longtemps.

Séance du 22 février 1893. — Présidence de M. Tisserand.

M. Paul Genay adresse trois mémoires renfermant le résultat d'expériences faites en 1892 sur diverses variétés de blés, sur diverses variétés de pommes de terre et sur le pommier à cidre. Ces communications sont renvoyées à la section de grande culture.

M. Tiersonnier transmet un vœu de la Société départementale d'agriculture de la Nièvre demandant que la proposition de loi relative à la tuberculose bovine soit discotée le plus tôt possible. Renvoi à la section d'économie des animaux.

M. Chatin signale à la Société de la part de M. Guilloteaux, son nouveau correspondant, une note sur deux nouvelles variétés de pommes de terre, Saxonia et BrUania. La première a été obtenue en 1 883 de ïlmpcralor par M. W. Richter ; sa richesse en fécule est de 19.4 pour 100. La seconde provient d'un tubercule unique envoyé, il y a cinq ans, par Paulsen. C'est une pomme de terre panachée dune richesse en fécule de 2[).80 pour 100. Voici quelques rendements :

Rendement Richesse Fécule

. à l'Iieclare. en lecule. à l'hectaro.

Uichler's iiiiperalor 26,580 kiL 18.00 p. 100 4',784 kih

Blaue lliesen 31,460— 15.33 — 4 ,8'2-2 —

Saxonia , 32,ô40 — 19.40 - 6,312 —

Britania 30,415— 20.80 — 6,326 —

M. Cheysson offre à la Société de la part du Ministère des travaux publics, l'album statistique graphique de 1892.

M. Chatin offre, de la part de M. Jacquemin, un ouvrage intitulé : Etudes des perfectionnements apportés dans la culture et l'emploi des levures destinées à la production des boissons alcooliques.

M. Bénard fournit quelques renseignements sur la culture de la chicorée endive qui se sème fin mai à raison de 1 5 à 20 pieds par mètre carré. Le rendement est de 6,000 kilog. à l'hectare et le produit se vend 125 francs les 100 kilog. C'est une salade agréable.

M. Levassenr, au nom de la section d'économie, de statistique et de législation agricoles, rend compte d'un ouvrage présenté par M. Sérand sur le commerce des hlès.

M. Dehérain, revenant sur une communication de M. Dybowski, fait connaîtreque celui-ci a rapporté de son exploration des sels employés comme condiments par les peuplades de ces régions. Ces sels sont obtenus par linciaération de certaines plantes. On ne trouve aucune trace de soude ; ces sels sont du chlorure de potassium et du sulfate de potasse. M. Saint-Yves Ménard signale le même emploi de cendres de bois comme condiments par les habitants de la Terre de Feu.

M. Gréa entretient la Société du récent concours général agricole. Il constate le succès de cette exposition et surtout du concours d'animaux reproducteurs. Il signale la décroissance des concours d'animaux gras et l'extension sans cesse croissante de l'exposition des reproducteurs. Il voudrait voir changer la date du concours et la reporter plus près de Pâques ; il constate les mesures prises pour la désinfection. M. Doniol, au contraire, verrait avec peine la disparition du concours d'animaux gras ; il estime que l'on ne peut juger d'un animal que quand il va à la boucherie. M. Gréa croit que le reproducteur présente une importance bien plus grande au point de vue de l'amélioration de la race.

La Société se forme ensuite en comité secret pour entendre la lecture des rapports sur les titres des candidats à une place de correspondant dans la section d'économie desanimaux. La section présente : en première ligne, M. Arloing; en deuxième ligne, M. Galtier. L'élection aura lieu le mercredi l'' mars. Georges Marsais.

(25 FÉVRIER 1893) I. — Situation générale.

Les nouvelles des récoltes en terre sont toujours satisfaisantes; l'avance sur une année ordinaire est visible. Quant à la situation commerciale, elle ne change guère. Les grains ont toujours une tendance faible, sauf l'avoine. Les fourrages et les graines fourragères se vendent cher. Les vins ont bien de la peine à reprendre un courant ordinaire de transactions. Les huiles, alcools, sucres sont calmes. Les verdures sont abondantes pour la saison. Les produits de hassecour, beurres, œufs, volailles, sont dépréciés. Le bétail se vend mal.

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