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IX. — Le prix du blé en Angleterre

Le Ministère de l'agriculture d'Angleterre vient de publier le relevé statistique de la production agricole pendant l'année 1892. Nous y trouvons des documents intéressants sur la baisse constante du prix du blé pendant les vingt dernières années en Angleterre et dans le pays de Galles. Le relevé des prix moyens annuels permet d'établir la comparaison suivante :

Le prix moyen de l'hectol. a été pendant la période 1872-75, de 23 fr. 28 ;

— — 1876-79, de 20 fr. 80;

— — 1880-83, de 19 fr. ;

— — 1884-87, de 14 fr. 22;

— — 1888-91, de 14 fr. ;

Le prix moyen de l'hectolitre est descendu, en 1892, à 13 fr. 03; la moyenne hebdomadaire la plus basse a été de 1 1 fr. 40 ; c'est celle de la fin de l'année. Ces faits suffiraient pour justifier la profonde agitation, dont nous avons signalé les principales manifestations, et qui a forcé le Gouvernement anglais, malgré ses répugnances, à décider l'ouverture d'une enquête agricole qui sera peut-être le prélude d'une évolution dans le régime économique du pays.

X. — Concours de la Société royale d'agriculture d'Angleterre.

Le concours de la Société royale d'agriculture d'Angleterre se tiendra, cette année, à Chester, du 17 au 23 juin. Les déclarations pour les exposants d'animaux devront parvenir au siège de la Société à

Londres avant le 1" mai, celles pour les exposants d'instruments et de machines avant le 1" avril. Quoique les exposants français n'aient pas l'habitude de prendre part à ces concours, il peut être bon cependant qu'ils connaissent ces dates.

XL — Stations agronomiques.

Le Journal officiel fait connaître qu'un concours sera ouvert le 13 mars, à l'Institut agronomique, à Paris, pour l'emploi de directeur de la station agronomique de Lézardeau (Finistère). Le titulaire de l'emploi aura également à professer le cours de physique et de chimie à l'école pratique d'agriculture. Il recevra un traitement annuel de 3,000 francs. Ce concours comprendra trois natures d'épreuves : r deux compositions écrites : la première sur un sujet de chimie appliquée à l'agriculture; la seconde sur un sujet de physique; 2" une leçon sur un sujet du cours de chimie à professer à l'école pratique d'agriculture; 3" deux épreuves pratiques de chimie, l'une sur l'analyse qualitative, l'autre sur l'analyse quantitative ; 4° une épreuve pratique sur l'emploi du microscope. Le jury fixera le temps accordé aux candidats pour ces trois épreuves pratiques.

Xlli — Questions viticoles.

Ainsi que nous l'avons dit précédemment, c'est dans la région du Rhône que les froids exceptionnels qui ont sévi au milieu de janvier, paraissent avoir causé surtout des dé'gâts dans les vignes. M. Pulliat donne, à ce sujet, dans La vigne américaine^ des renseignements dont il résulte que le mal y serait considérable : « Dans le Lyonnais, ditil, en terrain de plaine ou de coteau, jusqu'à une altitude de 250 mètres, vallées de la Saône et du Rhône, le thermomètre est descendu, suivant les différentes situations, de 22 à 30 degrés au-dessous de zéro. Les terrains humides, les sols profonds et argileux ont surtout souffert de ces froids exceptionnellement rigoureux. De nombreux vignerons ne voient aujourd'hui en perspective qu'une récolte absolument nulle et, sur beaucoup de points, on redoute fort que la souche même de la vigne soit compromise. C'est un désastre terrible, surtout pour ceux qui ont fait à grands frais des reconstitutions considérables et qui se trouvent sans revenus, au moment même où tout leur promettait une superbe récolte. Et ce qu'il y a de triste, c'est que cette gelée a rendu nulles toutes les précautions qui, ordinairement, préservent des ravages de la gelée ou du moins les atténuent. Nous avons vu déjeunes vignes en cordons, parfaitement buttéesjusqu'à quelques centimètres de ces cordons, complètement gelées, malgré une couche de neige de 25 centimètres de hauteur, tombée dans la nuit du 15 au 16, deux nuits avant les grands froids du 17 (22 à 23 degrés au-dessous de zéro). »

M. Joseph Dufour, viticulteur à Ecully (Rhône), a fait récemment, sous les auspices du Comité d'agriculture de Beaune (Côte-d'Or), une conférence sur un nouveau système de greffage de la vigne, appelé greffe lyonnaise et pratiquée par M. Perrier, jardinier à Charbonnière. D'après la description succinte que nous avons sous les yeux, il s'agirait de la greffe par approche ; celle-ci a été préconisée et essayée dès le début de la reconstitution des vignobles, et elle a été abandonnée

comme ne donnant pas les résultats sur lesquels on comptait, du moins sous la forme où elle était pratiquée alors.

M. Ricaud, vice-président de la Commission administrative des hospices de Beaune, vient de communiquer à la Société horticole et vigneronne de l'Aube une note très intéressante sur la qualité exceptionnelle devins fins déjeunes vignes greffées. Voici un extrait de la partie principale de cette note :

« Voici ce qui vient de se passer : nous avons récolté celte année, aux Hospices de Beaune, environ 350 litres (une demi-pièce et un quartaut) de vin rouge provenant de vignes greffées, cru de Santenot-sur-Meursault. Ces vignes ont 2, 3 et 4 ans de plantation, soit une moyenne de 3 ans. Notre première pensée a été de ne pas comprendre ce vin dans la vente et, en effet, il n'a pas figuré au tableau. Mais ne voulant pas priver le public de cette occasion d'apprécier les vins de greffe, nous en avons permis la dégustation, d'autant plus que nous avions constaté que le vin en question dépassait comme bouquet, couleur, corps et même degré alcoolique, toutes les autres cuvées de vieilles vignes. L'impression du public a été si favorable que nous n'avons plus hésité, et la demi-pièce mise en vente a atteint le prix invraisemblable de 825 francs, soit 750 fr. l'hectolitre. Si ce fait n'est pas absolument probant, il fait dans tous les cas faire un grand pas à la question et j'ai pensé qu'il vous intéresserait.

« Le prix atteint par cette demi-pièce de vin de greffe a une importance d'autant plus grande que, cette année,. les adjudications des vins des Hospices de Beaune ont été suivies avec animation et que les lots de vins rouges ont été adjugés à des prix très élevés, variant de 1,660 à 3,250 francs la queue de 456 litres, tandis que, en 1891, les enchères n'avaient pas dépassé ^,600 francs la queue, et, en 1890, 1,540 francs. Le lot qui a réalisé le prix maximum de 3,250 francs est un lof de Pomard. L'hectolitre de ce vin a donc été vendu 612 francs, c'est-à-dire 38 francs de moins que le vin de greffe.

ce Ce résultat ne suffirait pas seul à établir la supériorité des vins obtenus avec des greffes de plants français sur pieds américains. Mais il vient grossir le nombre déjà considérable des succès obtenus avec la culture des vignes américaines dans le Beaujolais, dans le Médoc, sur les côtes du Rhône, dans les Gharentes, etc., et il constitue ainsi un précieux encouragement pour les vignerons de la Bourgogne qui ont le souci de conserver à leurs vins leur antique réputation. »

Dans la dernière séance de la Société régionale de viticulture de Lyon, M. Vermorel a présenté des observations sur les soins à donner aiix vins de la récolte de 1892. Il ressort d'un assez grand nombre d'observations, que si les vins du Beaujolais de la dernière récolte sont absolument remarquables au point de vue alcoolique, ils manquent un peu du fruité (acidité) tant recherché dans ces produits et aussi d'astringence, c'est-à-dire qu'ils sont peu corsés et faibles en tannin; quelques-unes ont conservé une proportion notable de leurs sucres naturels non transformés en alcool; ils présentent des prédispositions aux fermentations secondaires et s'éclaircissent difficilement. Pour obvier à ces inconvénients, M. Vermorel conseille de recourir à des soutirages plus fréquents que de coutume, et à l'addition au vin, en le soutirant, d'acide tartrique et de tannin, dans la proportion de 30 gramnes d'acide tartrique et de 15 grammes de tannin par hectolitre de vin. Pour enrayer la maladie de la graisse quand elle se manifeste, il conseille le soutirage au broc pour bien aérer le vin, qu'on fait suivre d'un collage.

XHL — Le commerce des engrais.

Le Syndicat des agriculteurs de la Vendée a émis le vœu, dans une réunion récente, que la loi du 4 février 1888, relative à la répressioa

de la fraude des engrais, soit appliquée dans ce département. Ce vœu est motivé parce fait que la vente de certains produits falsifiés, notamment des phosphates verdis, a pu prendre des proportions considérables par suite de la non application de l'article 3 de cette loi. XIV. — U agriculture en Allemagne.

Dans la dernière chronique (page 289), nous avons signalé la grande réunion agricole organisée à Berlin, le 18 février. Plusieurs milliers d'agriculteurs y ont pris part. Notre excellent correspondant, M. le docteur Ladislas Laszczyïiski, nous envoie le texte des vœux adoptés :

P Protection douaQière suftisatite pour tous les produits agricoles.

2° Abstensioa des traités de douane (surtout avec la Russie) qui pourraient amener un abaissement des tarifs existants.

3° Ne pas surcharger d'impôts les industries agricoles.

4" Interdire les importations du bétail des pays soupçonnés de l'existence d'épizoolies.

5" Adoption du bimétallisme.

6° Représentation légale de l'agriculture par l'institution de Chambres agricoles.

1° Surveillance renforcée de la Bourse des produits, de la part du Gouvernement, pour empêcher la spéculation d'influencer à volonté les prix des céréales, etc.

Ces vœux constituent le fond du programme de l'Alliance ou ligue agricole de l'Allemagne.

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