X. — Les betteraves à sucre hâtives
Ainsi que le Journal W fait connaître, le Comice de l'arrondissement de Saint-Quentin (Aisne) a organisé, en 1892, des expériences sur la culture des betteraves hâtives, c est-à-dire de variétés qui mûriraient de bonne heure, et dont les racines resteraint sans variations, depuis ce moment jusqu'à celui où l'on procède à l'arrachage. Le rapport très complet, rédigé sur ce concours, par M. H. Vivien, chimiste, renferme les [résultats analytiques complets des échantillons prélevés sur une dizaine de variétés en expériences les 31 aoiit, 15 septembre et 3 octobre, dans les champs d'expériences de la sucrerie de Lesdins et de MM. Demarolle, Cardon et Margerin du Metz. La discussion de ces analyses a conduit M. Vivien à des conclusions dont on lira certainement l'extrait suivant avec intérêt :
« La betterave à sucre est-elle susceptible comme le blé, l'orge, l'avoine, la pomme de terre, les haricots, etc., d'offrir des races hâtives et tardives? — Votre honorable et savant vice-président (M. Robert) le pense et il suffit délire son travail pour être convaincu que cette race doit exister.
« Ou bien, sachant que la ])etterave est une plante bien différente de celles que nous venons de citer, qui conserve son feuillage malgré l'époque avancée de la saison, malgré la neige, malgré môme un abaissement de température de quelques degrés au-dessous de zéro, faut-il en conclure qu'elle continue à se développer et à iaire du sucre pendant tout l'automne.
« Dans les plantes hâtives on voit le grain arriver à un développement complet à un moment de sa vie végétative; les céréales mûrissent, la tige se dessèche, le grain est sec et on peut procédera la récolte.
« Pour les légumineuses un pareil fait se produit. Pour les pommes de terre les tiges se dessèchent, les feuilles tombent et le tubercule cesse de croître. Ces phénomènes de maturation sont bien marqués et on ne peut douter du moment où la récolte doit être faite.
« Mais toutes ces plantes sont annuelles, elles croissent et donnent leurs fruits l'année même où on les plante. En peut-il être de même pour |la betterave, plante rendue bisannuelle par la sélection et qui ne donne la graine que la seconde année de sa vie.
« Certainement des espèces cultivées au point de vue de la graine mûrissent avant d'autres et quand on fait la récolte de la graine on remarque que certains pieds sont mûrs, les feuilles séchées, la graine durcie, alors que d'autres pieds
contigus sout en pleine végétation. A ce moment on remarque qu'il y a des espèces plus précoces les unes que les autres et les producteurs de graines de betteraves auraient profit à choisir les variétés hâtives pour faire la récolte de graine de bonne heure et éviter les pluies d'automne. Peut-être y a-t-il là un moyen de trouver les variétés hâtives pour la betterave industrielle.
« Au point de vue de la culture de la graine de betteraves, il y a certainement comme pour les céréales des espèces précoces et tardives. Mais au point de vue de la culture de la betterave pour l'industrie, qu'on récolte au milieu de son existence, en est-il de même actuellement?
« Dans les expériences faites par les soins du Comice, on trouve des variétés qui paraissent hâtives si l'on considère le poids des feuilles, la pureté ou le quotient salin; elles cessent de l'être si on considère la densité et le rendement à l'hectare.
« Bref, tantôt une espèce apparaît comme hâtive, tantôt elle cesse de l'être ; cela dépend de la quantité d'eau tombée, de la température, de l'état du sol, etc., etc., de ces mille et un facteurs que rendent les expériences agricoles si difficiles. »
Les mêmes expériences seront répétées cette année. Des [recherches de cette nature, si elles peuvent aboutir, demandent beaucoup de temps et une grande habileté pour discerner les effets des nombreuses influences qui peuvent s'exercer d'une année à l'autre, et qui varient avec le caractère des saisons. iMais la tâche ne paraît pas être au-dessus d'observateurs habiles et persévérants, comme ceux du Comice de Saint-Quentin.