XIV. — Les boissons alcooliques à Paris
On sait que la Chambre des députés est saisie d'une proposition tendant à établir la rectification des alcools par l'Etat. Celte proposition, discutée depuis longtemps, est sujette à des objections diverses sous le rapport des intérêts des producteurs ; mais elle serait certainement bien accueillie en ce qui concerne l'hygiène, l^^a Commission de la Chambre des députés chargée de l'examiner s'est livrée à une enquête sur la nature des liquides alcooliques vendus par les débitants de Paris ; elle est arrivée à des résultats réellement curieux que son rapporteur M. Guillemet résume dans les termes suivants :
« La Commission a voulu se rendre compte de la qualité des alcools qui sont bus chez les débitants de Paris. Elle s'est livrée à cette expérience avec toutes les garanties possibles. Elle a prélevé des alcools dans un très grand nombre d'établissements, depuis le bouge où s'attablent les rôdeurs de barrière, iusqu'au café luxueux des boulevards. Tous les échantillons soumis à l'analyse sont revenus avec la mention dangereux ou mauvais. Tous sont imparfaitement rectifiés.
« Soutiendra-t-on que c'est le bas prix auquel on livre l'alcool qui oblige le détaillant à falsifier sa marchandise? Non, car les plus mauvais alcools ne sont pas toujours ceux qui se vendent le meilleur marché.
« La Commission ne peut naturellement pas indiquer les établissements dans lesquels elle a prélevé des alcools ; cependant elle a le droit de déclarer que la fine Champagne prise dans un café-restaurant des plus connus et vendue à raison de 1 franc le petit verre a été reconnue par le chimiste chargé de l'analyse, à la limite des alcools impropres à la consommation (échantillon n» 122).
« Le cognac prélevé dans les restaurants genre bouillon, préparé par le coupage d'un trois-six avec de l'eau de rivière, coloré avec du caramel et additionné d'une sauce contenant des éthers et des substances végétales pour donner de la saveur et du bouquet, est assez bon (échantillon n" 100).
« Ce cognac est le moins mauvais de tous ceux qui ont été examinés. C'est le seul qui soit acceptable.
« Si du bouillon nous passons au débit fréquenté par des ouvriers, des cochers, des débardeurs et des cantinières de régiment qui y achètent l'eau-de-vie qu'ils vendent aux soldats, nous constatons que l'alcool provient d'un trois-six impur, contenant 3 . 6 d'alcool amylique, et, par suite, dangereux.
a Enfin, si descendant toujours plus bas, nous pénétrons dans les bouges les plus mal famés de la capitale, dans ces bouges si souvent décrits de la rue des Anglais ou de la rue Gallande, nous y trouvons des eaux-de-vie contenant du méthylène (échantillon n" 236) ou contenant 2.97 par 1000 d'alcools supérieurs (échaiitillon n° 163); ce sont des breuvages à saveur acre et caustique, mais qui, chimiquement parlant, ne sont pas plus nuisibles que certains cognacs vendus à 75 centimes et à 1 franc le verre dans quelques grands établissements où on a soin, avant de les servir aux consommateurs, de les mettre dans des bouteilles portant l'étiquette et le bouchon d'une marque connue.
CHRONIQUE AGRICOLE (11 MARS 1893j. 369
« Telle est, en résumé, l'expérience à laquelle s'est livrée la Commission. Nous avons pensé qu'il était utile de la communiquer à la Chambre, car elle constitue un argument des plus sérieux en faveur d'une législation qui assurerait la rectification complète des eaux-de-vie livrées à la consommation. »
Les faits relatés dans ce rapport sont éminemment tristes ; mais il était utile qu'ils fussent connus. M. Guillemet a soin, d'ailleurs, d'ajouter que cette enquête s'applique exclusivement aux débitants; les consommateurs peuvent se procurer d'excellentes eaux-de-vie en s'adressant directement aux producteurs ou à leurs représentants. Mais il faut ajouter que la majeure partie de la consommation se fait chez les détaillants, et c'est là qu'il faut réprimer les fraudes éhontées qui se commettent constamment. Henry Sagnier.
I. — Décret relatif à la composition et au fonctionnement du Conseil supérieur
de l'Agriculture.
Le Président de la République française.
Vu les décrets des 11 janvier et 25 juillet 1882, instituant un conseil supérieur près le ministère de l'agriculture;
Sur le rapport du ministre de l'agriculture, Décrète :
Art. 1". — Le conseil supérieur de l'agriculture comprend des membres de droit et des membres nommés par le Président de la République.
Art 2. — Font partie comme membres de droit du Conseil supérieur de l'agriculture :
Le directeur de l'agriculture,
Le directeur des haras.
Le directeur de l'hydraulique agricole.
Le directeur des forêts,
Le directeur général des douanes,
Le chef du cabinet du ministre de l'agriculture,
Le directeur de l'Institut national agronomique,
L'inspecteur général des écoles vétérinaires,
Le directeur de l'Ecole forestière de Nancy,
Le président de la Société nationale d'agriculture.
Le président de la Société nationale d'encouragement à l'agriculture.
Le président de la Société des agriculteurs de France,
Le chef du secrétariat du ministère de l'agriculture, secrétaire du conseil.
Les membres de droit n'entrent pas dans le chiffre maximum des membres du conseil fixé par décret du 25 juillet 1882.
Art. 3. — Le conseil supérieur de l'agriculture se réunit en session plénière au moins une fois par an, à l'époque du concours général agricole, sous la présidence du ministre assisté de deux vice-présidents nommés par arrêté ministériel.
Art. 4. — Dans l'intervalle des sessions, une commission consultative permanente prise dans le sein du conseil supérieur de l'agriculture et nommée par arrêté ministériel est chargée de donner son avis sur toutes les questions renvoyées à son examen par le ministre.
Art 5. — Il sera rendu compte au conseil supérieur de l'agriculture, dans sa session annuelle, des travaux de la commission permanente.
IL — Décret nommant des membres du Conseil supérieur de l'Agriculture.
Le Président de la République française,
Vu les décrets en date des 11 janvier et 25 juillet 1882, instituant un conseil supérieur de l'agriculture ;
Vu le décret en date de ce jour, réglant le fonctionnement du conseil supérieur de l'agriculture ; — Sur le rapport du Ministre de l'agriculture. Décrète :
Art. l". — Sont nommés membres du conseil supérieur de l'agriculture :
MM. Aimé-Girard, professeur au Conservatoire des arts et métiers, membre de la Société nationale d'agriculture.
Bénard (Jules), agriculteur à Coupvray (Seine-et-Marne), membre de la Société nationale d'agriculture.
Bertaux, membre de la Chambre de commerce de Paris, directeur de la régie du marché aux bestiaux de la Villette.
Eonduel, agriculteur, président de la Société des agriculteurs du Nord.
Boulanger, sénateur, président du conseil d'administration de la Compagnie générale des omnibus.
Boniface, agriculteur-distillateur à Changy (Loiret).
Caire (François), viticulteur, président delà Société départementale d'agriculture des Bouches-du-Rhône.
Cornu (Maxime), professeur de culture des plantes au Muséum, membre delà Société nationale d'agriculture.
Dehérain, membre de l'Institut, professeur de chimie agricole à l'Ecole nationale d'agriculture de Grignon.
Develle (Jules), député, ancien ministre de l'agriculture.
Dubar, publiciste agricole, ancien président de la société des agriculteurs du Nord.
Demiautte, agriculteur-éleveur, président de la société centrale d'agriculture du Pas-de-Calais.
Fortier, agriculteur, président de la Société centrale d'agriculture de la Seine- Inférieure.
Gilbert (Ernest), agriculteur à Montigny (Seine-et-Oise), membre de la Société nationale d'agriculture.
Grollier, agriculteur-éleveur, membre correspondant de la Société nationale d'agriculture.
Jamme, viticulteur, président de la Société d'agriculture de l'Hérault.
Legludic, député, vice-président de la Société des agriculteurs delaSarthe.
Linard, député, agriculteur-éleveur, président de la Société d'agriculture de Rethel.
Milochau, député, vice-président du Comice agricole de Chartres.
Sébline, sénateur, propriétaire-agriculteur.
Trannin, député, agriculteur-distillateur.
Art. 2. — Le Ministre de l'agriculture est chargé de l'exécution du présent décret.
Fait à Paris, le 4 mars 1893. Carmot.
Par le Président de la République : Le Ministre de l'agriculture^ Viger.
J'ai établi trois séries d'essais parallèles avec l'engrais n" 6 ^, avec cet engrais modifié en remplaçant le carbonate de potasse par du sulfate de potasse, et avec le plâtre. Les vignobles dans lesquels ces essais ont été faits occupent les coteaux des environs de Cbarlieu, arrondissement de Roanne (Loire). Ces vignobles sont établis en terrains assez forts formés d'un mélange d'argile et de silice sous forme de sable grossier et de graviers, de silex. Ces terrains à dominante d'argile sont assez' faciles à travailler et d'une aération suffisante à cause de la forme que revêt la silice qui entre dans leur composition. Dans tous les cas, le calcaire y fait absolument défaut.
Ces vignobles en grande partie ravagés par le phylloxéra sont en voie de reconstitution. Malheureusement beaucoup resteront encore longtemps peu productifs, car leurs propriétaires, quoique n'en étant plus à nier l'existence du phylloxéra, montrent encore la plus grande méfiance vis à vis des cépages américains.
Les essais ont porté sur des vignes reconstituées et plantées de Gamay greffés sur Riparia et sur Vialla. Ces vignes sont convenablement soignées et fumées au fumier. Aussi le sol sur lequel elles sont établies est-il riche en azote.
Pour bien me rendre compte des effets obtenus, comme M. Oberlin, j'ai fait employer parallèlement l'engrais n" 6 k et le plâtre dans une autre vigne voisine où, non seulement le sol était plus maigre, plus pauvre par sa nature, mais n'avait pas reçu de fumure depuis quelques années.
Tous ces essais ont été répétés par deux propriétaires dont les vignobles sont disséminés sur tout le territoire des environs de Charlieu. Chaque série d'essais a porté sur deux œuvrées et demie environ, soit 1 ,000 mètres carrés.
Conformément aux instructions de M. G. Ville, l'engrais n* 6 Jfc a été répandu dans une petite cuvette creusée au pied de chaque cep sur un rayon de 0 m. 40 environ et- une profondeur de 10 à 12 centimètres. La dose en a été de 1 00 grammes par souche, soit 1 ,000 kilog. à l'hectare. Ces applications ont eu lieu, partie à la fin de l'hiver immédiatement après taille, et partie par moitié à la même époque, et par moitié en juillet. La portion de l'engrais répandue à cette dernière époque a été simplement enfouie par un binage.
Les mêmes essais ont été répétés avec l'engrais modifié, dans lequel le carbonate de potasse avait été remplacé par du sulfate de potasse. Cette deuxième formule est plus économique que la première, et, comme on le verra en consultant le tableau ci-après, son application produit les mêmes effets. Cela se comprend facilement quand on voit que le carbonate de potasse est décomposé au simple contact des acides phosphorique et sulfurique du superphosphate; que sa décomposition devient complète après une pluie et que l'engrais que Ton a employé se trouve bientôt transformé en un mélange de sulfate de chaux, de sulfate de potasse et peut-être de phosphate de potasse ainsi que le pense M. Grandeau.
Le sulfate de potasse coûtant moins cher, il semble parfaitement inutile d'avoir recours au carbonate de potasse, puisque ce dernier ne persiste pas longtemps sous cette forme dans le sol.
Le plâtre a été essayé à différentes doses variant de 500 à 2,500 kilog. à l'hectare, en sol riche et en sol maigre. Afin de pouvoir déterminer le meilleur mode d'emploi de cet amendement stimulant, il était nécessaire de l'essayer : T répandu à la volée immédiatement après le premier labour à la fin de l'hiver ; 2° appliqué dans une petite cuvette au pied de chaque cep ; 3" dans des trous pratiqués en échiquier autour de chaque souche, et à 0 m. 30 de profondeur environ. Comme l'engrais chimique, il a été appliqué en cuvette. Dans les nouveaux essais que je tenterai Tannée prochaine, j'emploierai ces divers modes d'application. Enfin, afin de pouvoir juger des résultats obtenus, on avait laissé dans chaque catégorie d'essais, des parcelles témoins qui n'avaient reçu aucun engrais.
Pendant le cours de la végétation, les vignes ont reçu tous les soins d'entretien nécessaires : binages, sarclages, épamprages, traitements contre le mildiou. Quelques traitements préventifs avaient aussi été faits après la taille en vue de détruire les chenilles de la cochylis qui avaient hiverné sous les écorces, cet insecte ayant fait de grands ravages l'année précédente. Enfin, la plupart des vignes avaient été traitées préventivement contre l'anthracnose.
Ces divers traitements, appliqués en temps utile, ont permis de conserver la vigne et la récolte presque indemnes des ravages des parasites.
Le raisin a été récolté à maturité complète, et la récolte a été pesée avec soin. Les résultats sont consignés dans le tableau suivant :
Poids Dépense Uendement Valeur Différence
des engrais par par de la récolte en faveur
Nature des engrais. par hectare, hectare. hectare. par hectare. de l'engrais.
kilog. francs. kilog. francs. francs.
/l. Sans engrais » » 8,400 2,940.00 »