I. — La situation
Le mois de mars s'achève dans des conditions exceptionnelles que nous avons signalées depuis plusieurs semaines; il aura été un mois remarquable par la chaleur et par la sécheresse. En effet, d'après les Bulletins quotidiens du Bureau central météorologique, la température moyenne, à Paris, du 1" au 30 mars, a dépassé 8^50; la moyenne normale du mois est de 6". 50; la température moyenne de mars avait été de 4°. 45, en 1892. On n'a compté que 5 jours pluvieux, qui ont donné une hauteur de 9millim. 6 de pluie, alors que la quantité moyenne de pluie du mois de mars est de 36 millim. 2 ; en 1 892, on avait eu 57 millim. de pluie en quatorze jours. Néanmoins, par suite du caractère humide du mois de février, on a enregistré, pendant le premier trimestre de 1893, environ 115 millim. de pluie, au lieu de 109 millimètres en saison moyenne. La végétation est toujours vigoureuse et en avance marquée ; on doit souhaiter que des phénomènes adverses n'interrompent pas ces conditions excellentes. IL — Le budget de l'agriculture.
Le Sénat a discuté et voté avec rapidité le projet de budget de l'exercice 1893 qui lui a été renvoyé au commencement de ce mois. Ainsi que nous l'avons dit précédemment, une des principales modifications apportées au texte voté par la Chambre des députés a été la disjonction des dispositions relatives au régime des boissons. Il a suffi au rapporteur, M. Boulanger, de quelques phrases pour justifier cette mesure ; il s'exprime comme il suit :
« Depuis le vote de la loi, un mouvement d'opinion s'est manifesté contre elle.
« Les marchands de vins en gros ont tenu des réunions publiques pour protester contre la réforme, et leurs syndicats nous font chaque jour parvenir leurs doléances.
« Les régions dans lesquelles le petit cultivateur a l'habitude de distiller en franchise ses fruits et de vendre le résidu de ses vendanges se sont profondément émues. Un nombre considérable de pétitions signées par 340,000 citoyens, ont porté devant le Sénat les plaintes de ces 600,000 petits propriétaires répartis dans plus de 30 départements.
« Enfin de tous les côtés s'élèvent des réclamations [contre l'élévation considérable du droit sur l'alcool et sur ses effets.
« Nous avons entendu sur tous ces points les doléances des représentants des syndicats les plus autorisés.
« Il s'en faut donc que le pays accueille avec la satisfaction presque unanime que l'on espérait la nouvelle réforme. Les plaintes qui s'élèvent de toutes parts nous font un devoir d'y porter toute notre attention. Le Sénat a, à un égal degré que la Chambre, le désir d'améliorer le régime des impôts et de coopérer à la
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réforme des boissons depuis si longtemps à l'étude, Mais il a aussi le devoir de le faire avec une entière maturité, afin qu'un projet dont tout le monde attend une amélioration et un progrès ne soit pas, au contraire, une cause de trouble de nature à compromettre la réalisation de la réforme. »
Le rapport sur le budget du Ministère de l'agriculture a été rédigé par M. de Verninac. Aux termes de ce rapport, les crédits alloués s'élèvent à la somme totale de 42,855,210 francs, en augmentation de 834,885 francs sur les crédits de 1892. Cet accroissement ne saurait être blâmé, car il a surtout pour objet de relever les subventions accordées aux institutions agricoles les plus utiles, comme les établissements d'instruction. La Commission des finances du Sénat a proposé d'adopter, sans cliangements, le budget du Ministère de l'agriculture, tel qu'il a été voté par la Chambre. C'est ce qui a eu lieu dans la séance du 27 mars. Mais des observations ont été échangées sur plusieurs points entre plusieurs membres du Sénat et le Ministre de l'agriculture. Ainsi, M. Darbot a insisté sur les bons résultats qu'on pourrait attendre, à son avis, de l'organisation d'assurances obligatoires pour les cultivateurs ; M. Claris s'est préoccupé de l'enseignement séricicole ; M. Forest s'est inquiété de la production mulassière ; M. Blavier, de la culture du chanvre et du lin. A M. Darbot, le Ministre de l'agriculture a répondu que les systèmes pratiques d'assurances (jbligatoires pour l'agriculture n'étaient pas encore trouvés ; à M. Claris, qu'il existe aujourd'hui trois stations séricicoles, à Montpellier, à Aubenas et à Manosque, et qu'il s'occupait d'en créer une à Alais ; à M. Forest, que les encouragements à la production mulassière seraient rattachés prochainement à la Direction de l'agriculture; à M. Blavier, que la limite des cultures de chanvre et de lin pouvant bénéficier des primes serait abaissée à 10 ares dès cette année, et que les dates des déclarations à faire par les cultivateurs seraient fixées au i" juin pour le lin et au l*"" juillet pour le chanvre. Toutes ces déclarations ont été accueillies avec faveur par la haute Assemblée.
IlL ■ — La culture du lin et du cha)ivre.
Le Journal officiel du 29 mars publie un décret en date du 18 mars, relativement aux encouragements à la culture du lin et du chanvre :
Article premier. — Les articles 1,3 et 5 du décret du 13 avril 1892 sont remplacés par les dispositions suivantes :
« Article premier. — Tout cultivateur de lin ou de clianvre qui veut bénéficier de la prime accordée par la loi du 13 janvier 1892 doit en faire la déclaration au plus tard le 1" juin de chaque année pour les cultures de lin, et le 1" juillet pour les cultures de chanvre.
« La prime n'est due qu'autant que la superficie cultivée en lin ou en clianvre est de 10 ares au moins.
V. Art. 3. — Le maire fait afficher le 10 juillet au plus tard, à la porte de la mairie, un état indiquant les noms des cultivateurs réclamant la prime et mentionnant les numéros des parcelles cultivées en lin ou en chanvre, ainsi que leurs superficies.
« Pendant un délai de quinze jours, un registre est ouvert à la mairie pour recevoir les observations.
« Art. 5. — Le préfet choisit, parmi les agents de l'Etat ou du département, les délégués chargés de vérifier, dans chaque commune, l'exactitude des déclararations des cultivateurs réclamant la prime. A l'issue de la vérification, le délégué dresse un procès-verbal de ses opérations et le transmet sans retard au préfet. »
CHRONIQUE AGRICOLE (!«'• AVRIL I893j. 483
Art. 2. — Le Ministre de l'agriculture est chargé de l'exécution du présent décret, qui sera inséré au Bulletin des lois et au Journal officiel.
Les mesures indiquées dans ce décret ont été prises en conformité des promesses faites par M. Viger, ministre de l'agriculture, lors de la discussion du budget devant la Chambre des députés et, comme on l'a vu plus haut, devant le Sénat.