LA MALADIE DE LA PULPE
Nous avons signalé les observations intéressantes faites par M. Arloing, directeur de l'Ecole nationale vétérinaire de Lyon, sur la maladie de la pulpe. La conclusion à laquelle il était arrivé était que l'addition de sel marin aux pulpçs distribuées comme aliment, à la dose de 0 gr. 20. à 0 gr. 25 pour 100, devait avoir pour résultat d'enrayer cette maladie. Cette conclusion est aussi celle du mémoire complet sur la question publié par M. Arloing dans le dernier fascicule des Annales agronomiques. Elle a été combattue, dans une note présentée à la Société d'agriculture de Meaux, par M. Butel, vétérinaire habile, qui a indiqué, en même temps, la méthode quil conseille pour combattre cette maladie. Voici un extrait de cette note :
ce La conclusion, si précise et en même temps si rassurante, du rapport de M. Arloing, qui conseillait le sel marin comme moyen préventif et même curatif de la maladie de la pulpe, m'avait vivement surpris. Je me rappelai avoir conseillé le sel marin, à diverses reprises, dans l'espace de quelques années, pour enrayer la maladie de la pulpe, sévissant sur des moutons, et cela sans aucun résultat. J'attendais doûc impatiemment une nouvelle occasion d'expérimenter cet agent afin d'être définitivement fixé sur sa valeur. Par un hasard heureux pour moi, cette occasion m'a été donnée tout récemment dans une ferme des environs de Meaux et chez un cultivateur particulièrement soigneux. Là encore, le sel marin n'a été d'aucuue efficacité et je me suis vu obligé d'ordonner la cessation complète de la pulpe infectée pour arrêter la mortalité sur le troupeau de moutons. Les pertes s'élevaient déjà à huit animaux. Mon opinion, à moi aussi, est donc Lien nette et et je conclus que, dans la pratique, le sel marin n'est ni un moyen préservatif, ni un moyen curatif de la maladie de la pulpe, lorsque celle-ci sévit sur les moutons.
« Le désaccord formel, qui existe entre les faits de la pratique et ceux du laboratoire, tient très probablement : 1" à ce que M. Arloing, s'est vu obligé, par raison d'économie, d'expérimenter sur des lapins; 2" à ce que l'injonction du liquide suspect était faite dans les veines.
« Quand à moi, voici les remarques qu'il m'a été donné de faire sur la production de la maladie. Vous verrez que si ces remarques se confirmaient, il existerait un moyen bien simple d'empêcher la pulpe de produire ses effets pernicieux.
« Chaque fois que j'ai vu la maladie delà pulpe sévir sur un troupeau, la pulpe provenait infailliblement d'une fosse dont les parois étaient devenues imperméables et c{ui contenait dans son fond une grande quantité de liquides. Jamais par contre je n'ai vu la pulpe, mise en silos sur la terre, occasionner d'accidents parce qu'alors la pulpe s égoutte parfaitement et que le liquide surabondant qu'elle contient s'infiltre dans le sol.
« Le liquide qui stagne dans les fosses est, pour moi, un milieu extrêmement favorable au développement des microbes; c'est pour ainsi dire un véritable bouillon de culture, dans lequel ces infiniment petits se trouvent en nombre prodigieux. On a ainsi l'explication de la maladie déterminée par la pulpe de fosses, lorsqu'il se forme un véritable marécage à leur partie inférieure, et au contraire l'utilisation sans danger de la pulpe qui provient des silos faits simplement sur la terre.
« J'ai même la tendance à croire que la pulpe provenant d'une fosse infectée, et dont l'usage donne la maladie, n'est pas également dangereuse dans toutes ses
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parties. Je peuse que la partie supérieure de la pulpe, c'esi-à-dire celle qui est iDien égoullée, n'est pas nocive et qu'elle peut être impunément consommée; tandis que par contre la pariie inférieure qui baigne dans le liquide est éminenment pernicieuse.
« Il est possible en ce moment de soumettre ces vues à un contrôle expérimental, si la Société veut bien m'en faciliter les moyens, puisque j'ai à ma disposition une fosse infectée. Cette démonstralioD aurait un grand intérêt pour les cultivateurs do Seine-et-Marne et ne chargerait pas beaucoup notre budget.
« En résumé, je conseille aux cultivateurs qui veulent se prémunir contre le danger de la consommation des pulpes ensilées de ne jamais les mettre en fosse, mais au contraire d'établir les silos sur la terre ordinaire de manière à ce que la pulpe soit parfaitement cgouttée^ au moment où on la fait consommer. ^^
Il est à souhaiter, comme nous l'avons dit à diverses reprises, que la méthode de dessiccation des pulpes se généralise dans les sucreries. C'est, en effet, la méthode la plus rationnelle pour tirer le meilleur parti de ces résidus. H. S.
I;es Linières, le 28 mars 1893.
C'est avec une température estivale pendant le jour que les travaux de printemps s'achèvent. ^Malheureusement le vent du nord froid et desséchant contrarie la végétation. Les blés principalement souffrent de cet état de choses, et sont jaunes presque partout.
Un peu de pluie serait nécessaire, et permettrait aux avoines qui sont en grande partie terminées de germer.
Les semailles de printemps se seront faites dans d'excellentes conditions, et cependant presque partout les cultivateurs ont renoncé à faire des blés de mars, aussi y aura-t-il des grandes quantités d'avoine cette année, un tiers du blé n'ayant pu être faite l'automne dernier.
Les pommiers et les poiriers sont splendides, et la récolte sera abondante, si le mois de mai peut se passer sans gelée.
Seules les prairies souffrent de la sécheresse, aussi le foin est-il monté dans le Perche à des prix inconnus jusqu'à ce jour. (taston de Vaux.
Séance du 29 mavfi 1893. — Présidence de M. Tisserand.
M. le Ministre de l'agriculture transmet ampliation du décret approuvant l'élection de M. Develle, comme membre associé national dans la section hors cadre, et de l'arrêté approuvant l'élection de M. Arloing, comme correspondant.
La correspondance imprimée renferme une brochure de M. Grandeau, intitulée : La fumure des champs et des jardins. Cette petite brochure très pratique renferme des instructions précises sur l'emploi des engraii commerciaux (nitrates, phosphates, sels potassiques).
M. Hilgard, directeur de la Station agronomiquede Californie, présente quelques considérations sur les terrains salants et alcalins en Amérique.
M. Levasseur communique une note sur le prix du froment aux Etats-Unis depuis 1867 jusqu'à ce jour, avec les modifications culturales comme superficie et rendements.
M. Risier communique une note de M. Japy relative à l'emploi des pulvérisateurs pour la désinfection des locaux contaminés par la fièvre aphteuse. M. Saint-Yves-Ménard croit qu'il serait surtout intéressant de désinfecter les animaux, car c'est surtout par contact qu'a lieu la contamination.
M. Louis Passy annonce à la Société qu'il s'est chargé de centraliser les souscriptions pour le jubilé de MM. Lawes et Gilbert, de Rothamsted. Il fait appel à ses collègues, aux directeurs de stations, aux agronomes de France. Une note sera prochainement insérée dans le Journal.
M. Cornu offre de la part de M. Descloseaux un volume intitulé : Code des fahificaliom agricoles, industrielles et commerciales.
La Société se forme ensuite en comité secret pour entendre la lecture des rapports sur les titres des candidats à une place de correspondant dans la section de sylviculture.
La section présente : en première ligne, M. D'Ârbois de Jubainville ; en 2'' ligne, M. de l'Epée et en 3' ligne, M. Caquet. L'élection aura lieu le 5 avril. Georges Marsais.
(1" AVRIL 1893) I. — Situation générale. La faiblesse a continué sur les cours des blés; les orges et avoines sont mieux tenues sans grandes variations de prix. La belle apparence des prairies naturelles fait baisser les cours des fourrages. Les sucres ont eu nn mouvement de hausse sensible depuis huit jours. Les huiles, les vins, les spiritueux sont calmes. La verdure se vend bien ; les produits de basse-cour aussi. Le veau se vend assez facilement; mais les autres sortes de bétail ont un placement laborieux.