La situation
"LdL fin de la dernière semaine a été marquée par une crise ministérielle survenue à l'occasion du retour du budget devant la Chambre des députés. On se souvient que le Sénat avait, fort judicieusement, décidé de disjoindre du budget de 1893 les dispositions relatives au régime des boissons. La Chambre des députés, dans sa séance du 30 mars, a décidé, par 242 voix contre 247, de repousser cette disjonction. Ce vote a entraîné la chute du cabinet présidé par M. Ribot, et elle a contraint le Gouvernement à recourir à l'expédient d'un nouveau douzième provisoire. La crise ainsi ouverte, dont la discussion budgétaire n'a été probablement que le prétexte, s'est dénouée, le 4. avril, par la constitution d'un nouveau cabinet présidé par M. Dupuy, qui prend le portefeuille de l'intérieur. Dans cette combinaison M. Viger est resté au ministère de l'agriculture, et M. Develle à celui des affaires étrangères; mais le ministère des finances a été confiée à M. Peytral, dont les théories et les tendances économiques et financières sont loin d'être rassurantes.
Entre temps, le Président de la République avait chargé M. Méline de constituer un ministère. L'éminent président de la Commission des douanes était sur le point d'aboutir, lorsque les clabauderies et les intrigues firent échouer son projet. La crainte de déplaire à certains politiciens pour qui les intérêts nationaux comptent peu, a fait reculer certains des collaborateurs qu'il avait choisis. Un ministère Méline aurait été accueilli avec une satisfaction intense par toutes les populations agricoles et par toutes celles qui travaillent, dans toutes les régions du pays. On peut et on doit en regretter l'échec. IL — - Les aménités de certains économistes.
Nous avons mieux à faire ici que de relever toutes les sottises qui ont été imprimées pendant quelques jours dans la plupart des journaux parisiens à l'occasion du projet de ministère Méline. Il est cependant une perle qu'il serait criminel de laisser perdre; elle a été trouvée par les fortes lêtes du Journal des Débats. On a pu y lire, en effet : « Bien que ce soit une question en économie politique de savoir si l on peut être 'protectionniste et honnête homme, on peut se hasarder à dire que M. Méline passe pour un homme fort honnête. » C'est le même journal qui se plaignait, il y a quelques mois, qu'on n'ait jamais « plus bêlé qu'aujourd'hui. » Ces anathêmes ne peuvent effrayer personne, ils montrent seulement où peuvent en arriver des grands-prêtres de petite église, réduits à brandir des foudres sans éclairs.
N" 1377. — TOME l" DE 1893. — 8 avril.