La situation
La persistance intempestive de la sécheresse provoque les préoccupations les plus graves chez les cultivateurs. Si le mois de mars n'a donné que le quart de la quantité normale de pluie, la première quinzaine d'avril n'en a pas donné du tout, ce qui est vraiment trop peu. La conséquence naturelle en est que toutes les terres sont arrivées au maximum de siccité, ce qui est loin des conditions favorables à la végétation. A ces circonstances anormales se sont ajoutés, dans les derniers jours, des vents froids qui ont provoqué un hâle violent, dont l'influence s'ajoute, dans des proportions très pernicieuses, aux influences précédentes ; à des journées chaudes succèdent des nuits froides qui deviendraient facilement fatales. L'avance prise parla végétation est toujours considérable pour les cultures arbustives ; mais il n'en est pas de même pour les cultures herbacées. Les céréales d'hiver sont déprimées par la sécheresse ; celles de printemps ont germé irrégulièrement et ne poussent pas. Mais ce sont surtout les cultures fourragères qui sont le plus éprouvées : les trèfles incarnats, les vesces, la minette, le sainfoin, le trèfle restent malingres, et la récolte en est compromise; quoique moins atteintes, les luzernes poussent mal. Le développement des prairies est également arrêté. Après la déplorable récolte fourragère de 1892, un déficit, trop à craindre désormais dans le rendement de cette année, constituerait une véritable calamité. La situation est devenue précaire presque partout; mais c'est surtout dans les terres naturellement sèches, sur les plateaux calcaires, qu'elle apparaît menaçante. Les cultivateurs attendent partout, devant un ciel qui reste d'airain, des pluies chaudes et bienfaisantes qui rendraient à la végétation sa vigueur normale, mais surtout qui ne devraient plus tarder pour donner les résultats légitimes qu'on en attend.
Les Conseils généraux ont tenu, durant cette semaine, leur session de printemps. Parmi les questions intéressant l'agriculture qui y ont été agitées, celle du régime des boissons a été abordée presque partout ; des vœuy ;»pposés ont été émis suivant les régions; mais jusqu'ici la majorité des assemblées départementales paraît avoir approuvé la méthode suivie par le Sénat.
IL — Les prochains concours régionaux.
Les programmes des concours régionaux comportent un article sur lequel on doit fixer l'attention, cette année, d'une manière spéciale :
« Les exposants des espèces bovine, ovine et porcine devront produire un cer-
N» 1378. — TOME \^ DK 1893. — 15 avril.
tificat, délivré par un vétérinaire et dûment légalisé, constatant que les animaux déclarés sont parfaitement sains et que, dans les trois derniers mois, aucune maladie contagieuse n'a sévi dans un rayon de 10 kilomètres de la localité d'où viennent lesdils animaux.
« Au moment de l'arrivée, ils devront produire un nouveau certificat indiquant qu'au moment de leur départ il ne s'était déclaré aucune maladie contagieuse dans la localité depuis l'envoi de la déclaration. »
La fièvre aphteuse est répandue aujourd'hui dans un si grand nombre de localités qu'on ne saurait. prendre trop de précautions pour éviter les causes de dispersion de la maladie. Il est donc à souhaiter, dans l'intérêt agricole bien compris, que cet article du règlement soit appliqué avec une stricte ponctualité.
Dans notre précédente chronique (p. 522), nous avons fait connaître les dates des concours régionaux qui se tiendront à Albi et à Blois. Voici, comme nous l'avons fait pour les autres concours de cette année, l'analyse du programme du concours d'Albi :
Concours d'Albi, du 3 au 11 juin. • — Espèce bovine^ 7 catégories : 1° race d'Aubrac; 2° race d'Angles; 3" race garonnaise et croisements garonnais-limousins; 4° race de Salers; 5" races gasconne et carolaise; 6° race limousine; 7" race laitières françaises et étrangères. Trois prix d'ensemble : pour les 1", 2<= et 5'^ catégories, pour les 4" et 7'', et pour les autres. — Espèce ovine, 8 catégories: 1" race des causses du Larzac; 2° race de Lacaune; 3" race de la Montagne-Noire; 4° race lauraguaise ; 5° race des causses du Lot ; 6° races mérinos et métismérinos; 7° races françaises diverses pures; 8° croisements divers. Deux prix d'ensemble : pour les trois premières catégories, et pour les autres. — Espèce porcine, 3 catégories : 1" races indigènes; 2" races étrangères; 3" croisements entre races indigènes et races étrangères. Un prix d'ensemble et un objet d'art pour la petite culture. — Animaux de basse-cour, 3 catégories : 1" aviculteurs de profession et éleveurs-amateurs ; 2° agriculteurs exploitant 30 hectares et audessus; 3" petits cultivateurs. — Produits agricoles, 12 concours spéciaux : 1° vins rouges du Tarn, de Tarn-et-Garonne, du Lot, de la Haute-Garonne et de l'Aveyron (récolte de 1892) ; 2° vins rouges des mêmes provenances (récoltes antérieures à 1892); 3° vins blancs des mêmes provenances; 4° fromages de brebis à l'état frais; 5" fromages de Laguiole et du Cantal; 6" beurres; 7" produits de l'apiculture ; 8° produits de pépinières (arboricuhure et viticulture) ; 9** fleurs et plantes d'ornement; 10° expositions scolaires; 11° expositions collectives faites par les Sociétés, Comices ou Syndicats ; 12" produits divers. — Instruments et machines agricoles, 4 concours spéciaux : 1° appareils de défoncement à treuils actionnés par des animaux; 2" houes et grappins pour cultures en lignes; S" semoirs de céréales en lignes pour moyenne et petite culture , 4° appareils perfectionnés pour l'apiculture.
Les déclarations des exposants pour le concours d'Albi doivent parvenir au Ministère de l'agriculture, avant le 30 avril.
Nous analyserons de même le programme du concours de Blois, dès qu'il nous sera parvenu.
IIL — Concours spécial de la race bovine normande. Dans notre précédente chronique (p. 522), nous avons donné la liste des concours spéciaux de bétail qui se tiendront en 1893. Les dates de ces concours ne sont fixées jusqu'ici que pour un petit nombre : celui de la race de Salers, à Salers, le 2 juillet; celui de la race flamande, à Bergues, les 1" et 2 juillet. — Nous recevons le programme du concours de la race bovine normande, qui se tiendra à Saint-Lô (Manche) les 16, 1-7 et 18 juin. En voici les principales dispositions. Tous les éleveurs français pourront prendre part à ce concours. Les animaux, nés et élevés en France, devront appartenir aux exposants
depuis le 1*"" janvier, ou avoir été achetés au dernier concours général de Paris. La valeur totale des prix à distribuer est de 21,000 fr.; ces prix sont au nombre de 116, dont 46 pour les mâles et 70 pour les femelles; ils consisteront en sommes 100 à 500 fr., accompagnées de médailles de vermeil pour les premiers prix et de médailles de bronze pour les autres prix. Un prix d'ensemble, objet d'art de la valeur de 500 fr., sera attribué au meilleur lot composé d'un mâle et de quatre femelles. Les animaux seront répartis en sections d'après l'état de la dentition. Les animaux primés devront être conservés pour la reproduction pendant un an après le concours. Les déclarations des exposants devront parvenir à la préfecture de Saint-Lô (Manche), avant le 20 mai.
Aux termes de l'art. 1 1 du règlement, le jury sera nommé par le préfet, les exposants élisant un juré dans chaque section. C'est une méthode qu'on ne saurait approuver. Il est difficile aux exposants de comprendre pourquoi la nomination du jury pour un concours auquel sont appelés les éleveurs de toute la France est laissée aux soins du préfet du département dans lequel se tient le concours. Les inconvénients de ce mode de nomination sont apparents et connus de tous; on s'expliquera difficilement que le Ministère de l'agriculture, qui alloue 15,000 fr. de primes sur 21 ,000 fr. décernés à ce concours, ait abandonné cette partie importante de la direction des concours spéciaux.
IV. — Encouragements à la production mulassière. On se souvient que, lors de la discussion du budget devant le Sénat, M. Forest, sénateur de la Savoie, a signalé la situation spéciale faite à la production mulassière, pour laquelle aucun encouragement n'est donné par le Ministère de l'agriculture. En effet, les attributions delà Direction des haras sont fixées par la loi de 1874, et celles de la Direction de l'agriculture ne prévoient pas d'encouragements en faveur de l'industrie mulassière. M. Forest demandait que cette situation cessât, et que l'industrie mulassière fût rattachée à la Direction de l'agriculture. M. Viger, ministre de l'agriculture, promit alors d'entrer dans cette voie; le Journal officiel tait connaître que, par arrêté en date du 8 avril, les encouragements à décerner à la production mulassière sont placés dans les attributions de la Direction de l'agriculture (3* bureau).
Nous recevons la liste des élèves diplômés de l'Ecole nationale d'agriculture de Grandjouan à la suite des examens de sortie en mars :
1, MM. Louis-Pierre Fossey (Manche). — 2, Thimothée Sarazin (Vendée). — 3, G-ermain Farçat (Haute-Savoie). — 4, Augustin Roy (Charente-Inférieure). — 5, G-eorges Guyonnet (Charente). — 6, Joseph Messager (Finistère). — 7, Abel- Adam Pairemaure (Charente). — S, Paul Péan (Maine-et-Loire). — 9, Théodore Bonfils (Loire-Inférieure). — 10, Gabriel Biray (Seine-Inférieure). — Pierre Lambert (Saône-et-Loire). — 12, Louis Georget (Indre-et-Loire). — 13, Eugène Crouzet (Loire-Inférieure). — 14, Maurice-Jean Décamps (Gironde). — 15, Gaston Bastaert (Seine). — 16, Armand Boutet (Vienne).— 17, Antoine Lygnos (Turquie dAsie). — 18, Charles Servant (Vienne). — 19, Georges Le Fur (Morbihan).
Cette liste porte à 101 le nombre des élèves diplômés des écoles nationales d'agriculture en 1893.