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XIV. — Tuberculose et morve

A diverses reprises, nous avons signalé les excellents résultats que l'on a obtenus par l'usage de la tuberculine pour diagnostiquer la tuberculose chez les bêtes bovines, et nous avons fait connaître les efforts poursuivis par M. Nocard, professeur à l'Ecole vétérinaire d'Alfort, pour propager ce moyen efhcace de combattre cette maladie terrible. Voici encore quelques observations importantes sur ce sujet, présentées récemment par M. Nocard à la Société centrale de médecine vétérinaire :

« Evidemment, la tuberculose n'est pas plus grave aujourd'hui qu'autrefois; elle l'est plutôt moins, l'hygiène des étables étant meilleure et les animaux séjournant moins longtemps dans ces étables; à coup sûr, autrefois comme aujourd'hui, l'étable infectée restait définitivement infectée, et tous les animaux y devenaient successivement tuberculeux. Mais ce qu'on nesaurait contester, c'est qu'aujourd'hui le nombre des étables infectées est bien plus considérable qu'autrefois ; les relation commerciales sont devenues bien plus actives; la circulation du bétail a décuplé, multipliant aussi les occasions d'infection pour les étables demeurées saines ; — il est certain que le cultivateur ne se préoccupe guère de la tuberculose ; c'est une maladie à évolution très lente, longtemps compatible avec toutes les apparences de la santé ; longtemps les animaux peuvent travailler, engraisser, donner du lait; ce n'est qu'à longue échéance que ses effets deviennent apparents, et le cultivateur s'applique volontiers le dicton : « Qui a terme, ne doit rien. » Mais réfléchissez bien, et vous verrez que la tuberculose est chose plus grave que vous ne paraissez le croire ; vous savez mieux que nous, qu'à une certaine période, elle rend l'engraissement difficile ; que les vaches tuberculeuses deviennent souvent taurelières ; que beaucoup d'entre elles avortent ; enfin, quand la tuberculose est généralisée, si grasse que soit la hôte, la loi interdit d'en livrer la viande à la consommation. — • Additionnez ces pertes et ces manques de gain, et vous verrez que la tuberculose n'est pas chose négligeable, môme au point de vue de l'intérêt particulier ; — quant à l'intérêt général, on ne peut nier qu'il soit gravement menacé par les progrès incessants que fait la tuberculose bovine tant en France qu'à l'étranger.

« Je vous ai déjà cité quels chiffres effrayants donnent les statistiques officielles des abattoirs surveillés de la Saxe et du Danemark. En Saxe, le nombre des

tuberculeux s'élève à 17.5pour 100 des animaux abattus ; en Danemark la tuberculose était restée inconnu!^ jusqu'en 1840; elle y fut importée avec des animaux reproducteurs achetés en Suisse et dans le Holstein; elle s'y est si bien propagée depuis, qu'en 1890 le chiffre des animaux trouvés tuberculeux dans les abattoirs dépassait 16 pour 100 des bovidés abattus.

« Une statistique récente d'une grande valeur montre qu'en Angleterre le mal est y)resque aussi grave. Vous n'avez pas oublié l'admirable énergie qu'apportent les anglais dans leur lutte contre la péripneumonie contagieuse; ils abattent, non seulement les malades et les suspects, mais encore tous les animaux qui ont été en contact avec les malades; en 1891, on a abattu de la sorte plus de 900 malades et près de 9,000 contaminés; — on a donc abattu, en chiffres ronds, 10,000 bovidés répartis sur tout le territoire de l'Angleterre et de l'Ecos'^e; chacun dû ers 10,000 bovidés a fait l'objet d'une minutieuse autopsie; tous les tuberculeux ont été signalés ; leur nombre dépasse 1,200; ainsi donc, en Angleterre, près de 12.5 pour 100 des bovidés sont tuberculeux! Et dans certains comtés, très populeux, dans le Middlothian, par exemple, le pourcentage des tuberculeux atteint 25 pour 100 de la population totale.

« Eu Hollande, on n'a de renseignements que pour les abattoirs des grandes villes, et l'on sait que les statistiques des abattoirs, en Hollande, comme en Saxe, en Danemark et surtout en France, donnent des chiffres très inCérieurs à la réalité, les propriétaires se gardant bien de faire tuer dans les abattoirs surveillés les animaux suspects à quelque titre que ce soit. Eh bien! en Hollande, les statistiques d'abattoir portent de 5 à 6 pour 100 le nombre des bovidés tuberculeux. « En France, nous n'avons pas d'éléments d'appréciation suffisants pour évaluer appi-oximativement le nombre des animaux tuberculeux; nous savons que certaines régions de la France sont à peu près complètement indemnes; rien n'est plus rare, par exemple, que de trouver un Salers tuberculeux; mais nous savons aussi, hélas! que dans nombre de régions la tuberculose bovine fait des ravages considérables; la Bretagne, la Champagne, le Nivernais, le Béarn, sont gravement infectés. J'ai trouvé, dans le rapport du vétérinaire délégué de la Haute- Garonne, pour l'année 1890, des chiffres particulièrement proL)ants à ce sujet : en 1889, sur 13,507 Jjovidés sacrifiés à l'abattoir de Toulouse, 1,254 (soit 9.28 pour 100) étaient tuberculeux; en 1890, sur 12,694 abattus., on n'en trouvait plus que 340, soit 4 fois moins! Pourquoi cette différence? C'est que, pendant l'année 1889, l'inspecteur avait appliqué à la lettre les prescriptions du décret du 28 juillet 1888 et saisi tous les animaux atteints de tuberculose généralisée. Instruits par l'expérience, les propriétaires se gardèrent bien, en 1890, de conduire à Toulouse ceux de leurs animaux qu'ils suspectaient; ils les firent abattre dans les tueries non surveillées des villages suburbains.

a Vous voyez combien la situation est grave, même en France. Les faits nouveaux que je vous ai communiqués tout à l'heure, vous ont convaincus, je l'espère, que nous possédons dans la tuberculine un moyen simple, d'une précision et d'une siireté merveilleuses, de faire le diagnostic delà tuberculose bovine, dès son apparition, alors qu'elle n'a produit que des lésions très limitées, très peu graves, — on pourrait dire insignifiantes. L'application méthodique delà tuberculine, dans toutes les exploitations infectées ou suspectes, constitue donc le moyen prophylactique le plus sûr, le plus simple, le moins onéreux.

« Toutes Icsbêtes qui réagiraient à la tuberculine, seraient riaroureusement isolées des bêtes saines; on ne serait pas forcé de les sacrifier immédiatement; on pourrait encore les faire travailler; on devrait surtout les engraisser rapidement pour les livrer le plus tôt possible à la boucherie ; reconnues malades dès la première période du mal, elles engraisseraient aisément et la perte en résultant serait ainsi réduite au minimum ; livrées de bonne heure à la boucherie, leurs lésions seraient trop limitées pour provoquer la saisie; — qui oserait demander la destruction de la viande fournie par les animaux dont je viens de vous présenter les lésions?

« Séquestrer les animaux dénoncés par la tuberculine; désinfecter à fond l'éta'ble où séjournent les animaux sains ; n'introduire d'animaux nouveaux qu'après les avoir soumis à l'épreuve de la tuberculine, tels sont les moyens simples, pratiques et complètement efficaces, de réaliser la j^rophylaxie de la tuberculose bovine.

« C'est ce que j'ai proclamé sous cette formule : les agriculteurs pourront,

quand ils le voudront^ se débarrasser et se mettre définitivement à l'abri des ravages de la tubercidose. »

Il en est de la morve des chevaux comme de la tuberculose des bêtés bovines : la raalléine, administrée en injections hypodermiques, permet de diagnostiquer la maladie, quand celle-ci ne se manifeste pas encore par des signes extérieurs. M. Laquerrière, vétérinaire, a soumis jusqu'en décembre dernier, 156 chevaux à l'épreuve de la malléine, dont 1 2 seulement existent encore aujourd'hui. « De ces 1 56 chevaux, dit-il, quelques-uns ont présenté des symptômes cliniques de morve; un petit nombre également n'ont accusé que des symptômes de suspicion des plus légers; par contre, la grande généralité des animaux n'a offert d'autres indices de suspicion que ceux résultant de la contamination qu'ils avaient subie. Chez tous ces animaux, la malléine a été le coup de baguette magique permettant d'affirmer que les uns étaient sains, et que les autres, au contraire, étaient frappés de morve, w Voilà des études qui ne doivent pas rester stériles, et dont on doit apprendre à profiter. He.xry Sagnier.

Saint-Jeaii-d'Ataux, le 10 janvier 1893.

Si le mois de novembre avait donné co nme caractéristique une température chaude et humide, on peut affirmer que la tendance au froid et au temps couvert s'est accentuée en décembre; -f- 13 degrés comme température la plus élevée, — 9° comme la plus basse, avec une moyenne de H- 3°, 46 pour tout le mois, indiquent les caractères d'un hiver rigoureux. Au moment où nous écrivons ces lignes, il commence à y avoir détente, mais les jours qui ont précédé ont été fort rudes; il a ^elé dans les bâtiments, et les produits qui n'étaient pas suffisamment garantis ont sensiblement souffert.

On a profité de l'état du sol pour faire des transports de fumier, de bois et de bruyère, ainsi que des composts destinés à la plantation de la vigne, cet objectif qui préoccupe sérieusement nos cultivateurs grands et petits ; car la vigne, il faut le reconnaître, occupera toujours une place importante en Périgord, région particulièrement favorisée par le climat, la nature variée de son sol et l'aptitude naturelle de ses travailleurs, qui aiment la vigne comme le produit le plus rémunérateur. E. DÉ Lentilhac.

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