‹ Journal de l'agriculture (volume 3)Chapitre 440 sur 691 · MORT DES JEUNES VEAUX. - CAUSE ET REMÈDE · texte numérisé non relu

MORT DES JEUNES VEAUX. - CAUSE ET REMÈDE

Il est arrivé à chacun de nous de perdre des veaux quelques jours après leur naissance, sans que la cause du décès ait pu être constatée. Quand ce fait reste isolé, on ne lui attache pas trop d'importance, mais il arrive parfois que ce mal prend un caractère épizootique, et menace la remonte de toute une année. Pour lors le cas est grave, et peut devenir ruineux, pour Téleveur, dautant plus s'il s'agit d'animaux d'élite.

Il va sans dire que pour trouver un remède efficace, il faut avant tout reconnaître la véritable cause du mal. Or c'est ce qui vient d'être constaté avant peu ; et comme j'ai eu lieu d'observer personnellement le fait dans l'étable de notre école d'agriculture, je crois de mon devoir de le porter à la connaissance des lecteurs du Journal.

Un veau très robusie, qui était venu à terme et dans les conditions les plus normales, se montrait triste le lendemain, refusait la mamelle de sa mère le surlendemain et était mort pendant la nuit. Le cas me' paraissant suspect, et ne sachant expliquer un décès si inattendu, je fis conserver le cadavre jusqu'à la prochaine leçon de médecine vétérinaire, professée ici par M. Walentowicz, professeur à l'université de Cracovie.»

Or, le savant docteur, ayant très minutieusement disséqué et étudié toutes les parties du corps de l'animal, reconnut comme cause unique du décès une violente inflammation de l'ombilic et des parties attenantes; il déclara en môme temps que cette inflammation ne pouvait évidemment provenir que d'une infection du cordon ombilical, pendant qu'il était tout frais, par des matières septiques du fumier.

La cause du mal une fois connue, rien de plus facile que de la prévenir en décimant toute possibilité d'infection; cela revient à empêcher le contact du fumier avec la partie ombilicale aussi longtemps qu'elle est fraîche.

Il s'agit donc d'effectuer immédiatementaprès la naissance du veau un lavage soigneux du cordon ombilical et de toutes les parties fraîches attenantes, à l'eau phéniquée (à 3 pour 100) ou à une dissolution de sublimé (à 1 pour 1 ,000) ; puis d'appliquer par dessus une couche de ouate désinfectée, soutenue par un bandage. Ce dernier reste en place jusqu à complète dessiccation des parties fraîches, ce qui a lieu au bout de quelques jours; dès lors toute infection est exclue.

J'ai lieu de croire, que cette petite communication sera bien accueillie des éleveurs, et surtout démon honorable collègue suisse, qui se plaint dans la boîte aux lettres [Journal n" 1376) d'avoir perdu 20 veaux en une année. Cette perte a été bien certainement occasionnée par l'inflammation en question, car la diarrhée n'atteint généralement pas des animaux de trois jours, qui soulTrent plutôt de l'obstruction. La diarrhée d'ailleurs a presque toujours une durée de quelques jours, et n'occasionne jamais une mort si subite.

D' Ladislas Laszczyinski.

La vesce velue : Ses titres à l'attention des agriculteurs. — Expériences de la Station dessais des semences. — Production des semences de vesce velue. — Enquête sur sa valeur agricole.

La Station d'essais de semences de llnslitut agronomique ne se borne pas à exécuter des analyses de semences pour les agriculteurs et les marchands grainiers : au champ d'expériences qu'elle possède depuis 1887, à Joinville-le-Pont, elle a entrepris l'étude d'un grand nombre de variétés de céréales et de plantes fourragères. Parmi ces dernières, il en est une sur laquelle elle a tout spécialement appelé l'attention des agriculteurs ; nous voulons parler de la vesce velue. Inconnue en France il y a quelques années, cette plante paraît devoir s'y propager très rapidement.

Voici ses principaux titres à l'attention des agriculteurs.

r Résistance aux froids les plus rigoureux. — L'hiver de 1890-1891 qui a détruit le trèfle incarnat jusque dans le midi de la France, a complètement épargné la vesce velue. Cette même année, dans de mauvaises terres siliceuses nous ne récoltions pas moins de 26,500 kilog. de fourrage vert à l'hectare. Du trèfle incarnat semé en comparaison fut complètement anéanti.

L'hiver dernier, chez M. Palluat de Besset, dans le département de la Loire, elle a supporté des froids de — 27 degrés.

2° Précocité remarquable. — En 1891-1892, nous constations une avance d'une quinzaine de jours environ sur le trèfle incarnat ; comme fourrage de première saison, elle est donc particulièrement intéressante.

3° Rusticité, — Elle réussit dans les terres les plus médiocres, pourvu qu'elles ne soient pas humides. Dans des terres siliceuses même très pauvres, j'ai obtenu des rendements très élevés. Cependant, si l'on désire obtenir un fourrage à la fois précoce et abondant, on fera bien de lui consacrer de bonnes terres et de ne pas ménager les engrais phosphatés et les engrais potassiques.

En terre riche en calcaire, nous n'oserions pas recommander d'en faire de grandes surfaces. Nous l'avons semée deux années de suite dans de la terre de Champagne : à la levée, la plante paraissait maladive et, plus tard, le développement n'en a jamais été satisfaisant.

4° Elle peut être cultivée indifféremment soit comme vesce dliiver, soit comme vesce de printemps. — Dans les terres saines et surtout dans les terres pauvres exposées à la sécheresse, les cultures d'hiver sont les plus recommandables. Dans les terres noyées pendant l'hiver, on recourra aux cultures de printemps.

Je rappelle sa composition comparée à celle du trèfle incarnat, composition déterminée par mon obligeant ami, M. Coudon, préparateur à l'Institut agronomique.

Vesce velue Trèfle incarnat

Matières azotées 22.78 Vl.l

— grasses '2.61 3.0

Extraclifs non azolés 39.03 32.6

Cellulose 23.25 »

Ainsi que la plupart des légumineuses spontanées récemment introduites en culture, elle renferme un principe amer qui n'empêche

eependant pas les animaux de la consommer, surtout quand on la leur présente au sortir de l'hiver ayant tout autre fourrage vert.

Voilà, résumés brièvement, les faits établis par les expériences que nous avons poursuivies au cours de ces dernières années.

A l'automne de 1892, nous avons cultivé à nouveau la vesce velue, à la fois en grande culture à la ferme de l'Institut agronomique et au champ d'expériences de la Station d'essais de semences.

Nous demandons au lecteur la permission de lui présenter dès à présent l'état de nos récoltes.

A la ferme de l'Institut, la vesce velue occupe 50 ares de terre siliceuse de très mauvaise qualité, terre qui n'a pas reçu d'engrais depuis 1891. Les semailles ont eu lieu le 9 septembre à raison de 100 kilog. de vesce pour 40 kilog. de seigle de Schlanstedt. Ces jours derniers, le 17 avril, elle mesurait 40 centimètres de hauteur et livrait, en chiffres ronds, 15,000 kilog. de fourrage vert à l'hectare.

Nous allons couper la vesce velue au fur et à mesure des besoins de la bergerie; fauchée un peu haut, la plante repoussera à moins d'une sécheresse persistante, et c'est sur la seconde coupe que nous ferons nos semences.

Du trèfle incarnat semé côte à côte, mesure à peine 8 centimètres et commence à se dessécher sous l'influence de la sécheresse, alors que la vesce, dont les racines pénètrent à une grande profondeur, présente une \igueur remarquable.

De la vesce d'hiver que nous avons également semée en comparaison avec la vesce velue a été totalement anéantie par le froid. Très belle avant l'hiver, il n'en reste plus un seul pied en ce moment.

Le chiffre de 15,000 kilog. déjà respectable, étant données les conditions dans lesquelles il a été obtenu, peut être grandement dépassé dans les bonnes terres.

M. Boitel qui, sur ma demande, a bien voulu essayer la vesce velue, récoltait, au T"" avril, 20, 000à25, 000 kilog.de fourrage vert à l'hectare. Il faut ajouter que l'expérience de M. Boitel a été poursuivie dans une excellente terre argilo-siliceuse. De plus, il a pris le soin de semer de très bonne heure, dans la deuxième quinzaine d'août, et assez dru, deux conditions essentielles à observer quand on vise une production à la fois précoce et abondante.

A Verrières, où la terre, naturellement fertile, est cultivée jardinièrement, M. de Vilmorin a récolté le 10 avril, 78,000 kilog. de vesce velue alors que le trèfle incarnat livrait 32,000 kilog. et la luzerne 10,000 kilog. de fourrage vert. Ce sont les chiffres que j'emprunte à une communication faite à la séance du 12 avril de la Société nationale d'agriculture.

MM. Hitier et Marcel Blanchard, répétiteurs à l'Institut agronomique, M. Boland, agriculteur à Courtillet (Oise), m'ont fourni sur leurs cultures de vesce velue des renseignements très favorables.

Dans les Dombes M. Couvert a également observé quelques parcelles de vesce velue qui excitent au plus haut point la curiosité des agriculteurs.

J'arrive aux essais établis au champ d'expériences de la Station. A ce champ d'expérieniîes, nous possédons les principaux types de terres

agricoles. Ces terres remplissent des caisses de un demi mètre carré de surface sur 45 centimètres de profondeur. Reposant sur un soussol très perméable, elles se trouvent dans la condition des terres parfaitement drainées. En voici la nature et la composition :

Acidfi Chaux. Magnésie. Azote, phosplioriiiiie. Potasse. Analjses. P. 1000, P.IOUO. p. 1000. p. 1000. p. 1(100.

Terre siliceuse des Landes du

ctemaine de M. Cliambrelenl. 1.7S 2.73 0.39 0.10 0.37 de M. Hilier. Terre argileuse des Doiribes du

domaine de M. deMonicauit.. (3.72 2.77 0.57 0.68 0.84 id.

Terre argileuse du Gault 2.83 2.70 1.34 0 38 4.42 de M. Aubin.

Terre granitique du Limousin.. 6 19 2.50 0.74 0 89 3.91 id.

Terre calcaire de Champagne . . 27 1 . 46 0.90 1.46 1.52 1.99 i.i .

Par ces chiffres, on remarque qu'il s'agit de terres plutôt pauvres que riches. Les plantes actuellement en terre succèdent à une première culture de vesce velue, faite au printemps dernier et pour laquelle nous avions employé à l'hectare :

Phosphate précipité 450 kilog.

Sang desséché 800 —

Chlorure de potassium 200 —

Plâtre 450 —

Ces doses étant très élevées, nous n'avons pas répandu d'engrais à l'automne dernier, car il restait dans le sol assez d acide phosphorique et de potasse, pour subvenir aux exigences d'une seconde récolte.

Le 14 avril dernier, nous avons récollé par mètre carré, en coupant la plante assez haut pour en assurer la repousse :

Terre argilo-siliceuse des Domhes, 2kil. 040, soit 20,400 kilog. à l'hectare.

— argileuse du Gault 1 kil. 528 — 15,280 —

— granitique du Limousin. .. . 1 kil. 400 — 14,000 —

— tourbeuse (sans engrais) ... . 0 kil. 768 — 7,680 —

— siliceuse des Landes 0 kil. 440 — 4,440 —

— calcaire de Champagne 0 kil. 200 — 2,000 —

Nous n'attachons pas aux rendements rapportés à l'hectare plus d'importance qu'ils n'en méritent; ce qu'il faut retenir seulement de ce tableau, c'est la vigueur avec laquelle la vesce velue a poussé dans les trois premières natures de terre. La terre tourbeuse étant très pauvre en potasse et en acide phosphorique, il ne fallait pas compter sur un rendement élevé. Dans la terre des Landes si déshéritée sous le rapport de la fertilité, terre que nous devons à l'obligeance de M. Chambrelent, de l'Académie des sciences, la récolte est médiocre sans Joute. N'était la sécheresse dont la plante a souffert, les rés^diats auraient été bien meilleurs. Les cultivateurs allemands désignent la vesce velue sous le nom de sandwicke, vesce des sables : c'est dire qu'on peu en tenter la culture dans les plus mauvaises terres siliceuses.

Dans la terre calcaire de Champagne, le foisonnement du sol sous l'action du froid a bien détruit quelques plantes, la sécbensse persistante a nui également à la vesce velue. Nous croyons que la nature minéralogique du sol prime ces deux influences; les terres très riches en calcaire ne paraissent pas convenir à la vesce velue. Des expériences en cours nous permettront de vérifier cette opinion.

En relatant dès à présent les observations auxquelles la vesce veluea donné lieu cette année, soit à l'Institut agronomicpie, soit sur d au-

672 UNE PLAA'ÏK rOURRAGERE D AVENIR

très points, nous nous proposons avant tout de mettre en lumière la précocité remarquable de la vesce velue, précocité qui la fera bien accueillir de tous les cultivateurs français. Partout où l'on cultive du trèfle incarnat et de la vesce d'hiver, la vesce velue pourra être consommée avant ces deux plantes; enfin, elle remplacera celles-ci dans les régions où les rigueurs do l'hiver en rendent la récolte aléatoire.

M. Uehérain a insisté bien souvent sur l'importance pratique des cultures d'arrière-saison destinées a prévenir l'entraînement des nitrates dans les couches profondes. Ace point de vue encore, la vesce velue me semble particulièrement intéressante, puisqu'après la vesce velue, on a le temps de faire des betteraves, des pommes de terre, etc.

Grâce à l'ensilage, il sera toujours facile d'utiliser ce que les animaux n'auraient pas pu consommer.

Je désirerais, en outre, ap;ieler l'attention des agriculteurs sur la production des semences. Très demandées l'année dernière, elles ont atteint un prix exorbitant. Il y a de grandes probabilités pour qu'il en soit de même celte année. Aux personnes déjà nombreuses qui possèdent de la vesce velue, je conseille de produire elles-mêmes leurs semences. Dans ce but, je les engage à couper la vesce au moment de l'épiage du seigle, ou même avant si c'est possible et assez haut audessus du sol. La plante repoussera, et sur cette seconde coupe, on récoltera autant de graines, et des graines mûrissant plus régulièrement que sur la première coupe.

Quant à celles qui voudraient essayer la vesce velue à l'automn.e prochain pour la première fois, elles feront bien de songer dès à présent aux semences qui leur seront nécessaires à cette époque. Jusque vers le milieu de mai, elles peuvent semer la vesce velue à raison de 60 kilog. à l'hectare, mélangée à 60 kilog. d'avoine, et récolter à temps pour les semailles d'automne. On la traitera comme la vesce de printemps. Il faut la cultiver de préférence dans une terre de moyenne fertilité. En terre riche, la vesce devient trop luxuriante et mûrit irrégulièrement. La vesce velue, il ne faut pas l'oublier, est une plante envahissante; au moment de la récolte des graines, il en tombe toujours une certaine quantité sur le sol, et si elles trouvent des conditions de développement exceptionnellement favorables, il est à craindre que la vesce devienne une mauvaise herbe.

Comme engrais, faire exclusivement usage d'engrais minéraux, phosphates et sels de potasse. Avec des engrais azotés, nitrates, sulfate d'ammoniaque, fumier, la végétation se prolonge et la maturité devient très inégale.

Les semences du commerce sont fréquemment de mauvaise qualité. Exiger expressément du vendeur d'en garantir sur facture la faculté germinative qui doit atteindre environ 90 pour 100.

— Aux nombreux lecteurs qui ont cultivé cetteannée la vesce velue, je serai bien reconnaissant de m'adresser à l'Institut agronomique, 16, rue Claude-Bernard, à Paris, les réponses aux questions suivantes :

1. Nature du sol où la vesce velue a été cultivée : a (Sol argileux, calcaire, etc.); 6 (Sol riche, pauvre, etc.); c (Solfrais, sec, etc.). Indiquer la composition du sol si on la possède.

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