VIII. — Sériciculture
Les éducations de vers à soie sont actuellement en plein fonctionnement dans la région méridionale. Les éclosions ont été faites un peu plus tôt que dans les années précédentes, à raison de l'avance que les conditions climatériques ont donnée à la saison ; partout elles ont marché régulièrement, ainsi que les premières mues; mais ce sont les phases les moins critiques de l'élevage. La feuille du mûrier est très abondante et très belle partout ; on se plaindrait plutôt que la végétation marchât plus rapidement que les jeunes vers. Quant aux quantités de graines que l'on a fait éclore, elles paraissent être, en général, égales à celles de la campagne précédente.
IX. — Le commerce du beurre avec l'Angleterre. Nous avons rappelé dans notre précédente chronique (page 642) les plaintes que soulève la diminution des exportations de beurres français, et particulièrement des beurres de Normandie et de Bretagne, en Angleterre. Cette diminution est due, en majeure partie, à ce que certains négociants peu scrupuleux ajoutent de la margarine aux beurres d'exportation. La conséquence en est que les beurres français sont dépréciés sur les marchés anglais et qu'ils perdent une partie de la place qu'ils y occupaient. Ces faits ne ressortent pas directement de l'examen des documents officiels du commerce français, parce que ces documents ne peuvent pas donner les allures des marchés anglais. Il faut donc se reporter aux documents anglais pour se rendre compte de la perte réelle subie par notre commerce.
Jusqu'en 1884, les documents anglais enregistraient en bloc les importations de beurre etde margarine ; à partir de 1 885, ils ont inscrit à part le beurre et la margarine. Voici, année par année, de 1885 à 1892, les importations totales de beurre en Angleterre et les principales provenances; les quantités sont exprimées en quintaux anglais (le hundred-weight (cwt) vaut 50 kilog. 78) :
Importations de beurres en Angleterre (en quintaux anglais). Totales. De France. De Danemark. De Suède.
r^HRONIQUE AGRICOLE (6 MAI 1893'. 687
Ce tableau est éminemment suggestif. Il montre, en effet : \° que les importations de beurres en Angleterre ne cessent pas de s'accroître; 2° que cette augmentation se fait exclusivement au profit du Danemark et de la Suède (ce dernier pays était classé parmi les pays divers avant 1890) ; 3" que la France n'en a pas profilé; si la quantité des beurres français exportés en Angleterre ne paraît pas diminuer, la part proportionnelle de la France dans le total des importations a été constamment en s'abaissant, de 1 885 à 1 892, alors que celle des autres pays a été en augmentant. — Un autre fait, qui ne ressort pas de ce tableau, doit être mis en lumière : c'est la baisse de prix des beurres français, alors que ceux des beurres danois ou suédois se maintiennent; ainsi, les 535,196 quintaux (anglais) de beurres français importés en 1891, étaient évalués à 3,038,063 livres sterling, alors que les 542,687 quintaux importés en 1892 ont été évalués seulement à 3,027,648 livres. C'est là un fait d'une importance capitale, et qui justifie complètement les doléances des producteurs français et des commerçants honnêtes.