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XV. — La sécheresse

Les conditions de la saison sont toujours aussi anormales; plusieurs ora'3^es, par ci par là, ont donné de l'eau dans quelques régions, mais dans des proportions restreintes et dans un rayon limité; partout ailleurs on souffre cruellement de la sécheresse. On nous affirme même que, dans la vallée d'Auge (Calvados), quelques fermiers en sont réduits à faire pâturer les blés et les seigles par les vaches auxquelles les herbages ne donnent plus rien.

On trouvera plus loin, à la partie officielle de ce numéro (page 709), une circulaire que ^L le Ministre de l'agriculure vient d'adresser aux professeurs d'agriculture, relativement aux moyens d'atténuer les effets de la sécheresse sur les fourrages. Cette circulaire fournit aux cultivateurs des indications qui leur seront certainement précieuses.

Henry Sagnier.

Recherches pour établir les basss d'une nouvâUe méthode destinée à reconnaître la falsification des Beurres par la Margarine employée seule, ou en mélange avec d'autres matières grasses d'origine végétale ou animale.

Les différences notables que j'ai obtenues à l'égard de la solubilité dans l'alcool, des beurres purs et des matières grasses qui servent communément à les faisifier, m'ont suggéré lidée de me servir de ces données pour reconnaître^ dans le beurre falsifié, la présence de la margarine qui est bien moins soluble dans l'alcool que les beurres. Mais notre éminent confrère, M. Duclaux, nous a initiés aux difficultés que présente la détermination de cette solubilité des matières grasses dans l'alcool. Aussi ai-je dû bien vite l'abandonner, comme étant trop peu pratique. Il n'en est plus de même si l'on substitue à la solubilité absolue, la détermination de la solubilité relative.

Le mode opératoire devient simple et rapide, et les rapports de solubilité de ces matières grasses apparaissent d'une manière frappante.

Il est évident en effet, que si ces deux matières grasses anhydres, beurre et margarine, sont dissoutes sous le même poids, dans le même volume d'alcool, d'une concentration invariable, et aune température déterminée, la limpidité de ces dissolutions cessera à une température d'autant plus élevée, ou d'autant plus basse, que la matière grasse sera moins soluble ou plus soluble. Et la température observée au moment où le trouble de la liqueur alcoolique sera suffisamment prononcé, pourra servir d'application à la solubilité relative des matières grasses, observée d'une façon comparative.

Afin de ramener l'intensité du trouble à un indice invariable, j'opère le refroidissement des dissolutions alcooliques et chaudes, dans des petits ballons à fond plat gradués, assez semblables à ceux dont on se sert pour l'essai du sucre, en ayant soin de déposer sur un point de la partie la plus renflée de ces ballons, une tache de la grandeur d'un pain à cacheter, faite avec de la peinture blanche très siccative, ou en amenant sur ce point le dépoli du verre par de l'acide fluorhydrique auquel on ajoute, pour augmenter l'opacité, un siccatif à base de baryte ou de plomb.

En opérant toujours sur le même poids de beurre filtré anhydre, pur ou falsifié avec de la margarine, dissous dans un même volume d'alcool extra fia, de concentration invariable, et chauffé à la même température, on a une dissolution limpide qu'on refroidit en agitant sans cesse la masse liquide avec un thermomètre exact. Aussi longtemps que la solution reste claire, on voit par transparence la tache blanche; mais il arrive un moment que, par le refroidissement, la solution, trouble, et l'indicateur cesse d'être apparent. C'est à ce moment précis qu'on observe la température indiquée par le thermomètre. On a donc ainsi ce que j'appelle le defjré de trouble du beurre. Je le répète, ce degré de trouble est bas ou élevé, selon que le beurre est pauvre ou riche en glycérides peu solubles.

La prise de ce degré de trouble est d'ailleurs susceptible d'une assez

1. Comniunicalion à lAccidéniie des sciences (séance du 1" mai).

grande précision. Trois opérateurs, en opérant sur le même échantillon de beurre pur anhydre, ont trouvé les chiffres suivants' :

ABC Beurre pur — Degré de trouble 62°. 0 62". 0 62". 1

L'apport frauduleux de la margarine (oléo-margarine, graisse de bouche) et en général des matières grasses, moins solubles que le beurre (huiles spéciales pour les fraudeurs), se reconnaît aisément par ce procédé très simple.

Exemple :

Degré de trouble.

Beurre pur anhydre 63°. 0

Même beurie falsifié avec 16 p. 100 de margarine 68 0

— 8 0/0 d'huile spéciale p. les fraudeurs. 65 4

Comme on a vu plus haut que l'erreur possible dans la prise du trouble ne dépasse guère 0".2, on voit qu'il est possible de reconnaître ainsi la margarine ajoutée frauduleusement à un beurre, alors que sa proportion ne dépasse pas 4 pour 100. Et comme chaque degré de trouble observé en plus de celui du beurre pur, correspondà environ 4 pour 100 de margarine ou d'huile, on a ainsi une base pour trouver approxim.ativement la proportion de ces matières grasses ajoutées au beurre.

On est donc en présence d'un moyen simple, soit pour établir un certain classement parmi les beurres, soit pour reconnaître rapidement si la marchandise fournie est conforme à l'échantillon.

Cette première épreuve est en outre éliminatrice : tant beurre de notre région qui ne sedissoul pas enlièremcnt dans l'alcool, d'après les conditions requises par la méthode, est un hearre falsifié.

Dans une dizaine d'échantillons de beurres suspects, soumis à notre examen, près de la moitié ont été ainsi éliminés comme falsifiés, ce que des examens ultérieurs et une enquête ont confirmé.

Si tous les beurres présentaient le même degré de troable., le problème si difficile de la recherche de la margarine dans les beurres falsifiés serait résolu.

Il n'en est pas ainsi. J'ai constaté de grands écarts dans la solubilité relative des beurres purs. Le degré de trouble peut varier au moins, pour les beurres de la Seine-Inférieure, de l'Eure et du Calvados, de 59" à TT— 72".

Bien plus, dans la même ferme, le beurre préparé avec le lait des mêmes vaches, peut en quelques mois, et même à dix ou quinze jours d'intervalle, présenter d'assez notables différences dans son degré de trouble.

Ce qui montre combien la question d'origine ne peut guère servir de point de repère pour établir, par voie de comparaison^ l'identité de composition des beurres suspects.

Il est donc indispensable de créer, avec les éléments naturels des beurres purs, un sorte de beurre type à degré de trouble invariable., auquel pourraient être comparés les résultats fournis dans les mêmes conditions d'expérience, par les beurres falsifiés.

1. Il est ulile de conurder le résultat de la première opération, eu éclàircissant à nouveau^la solution par la rlialeur. et en prenant une deuxième fois le degré de trouble. Assez souvent; "le résultat ditlère du précédent, d'environ un à deux dixièmes de degré seulement.

De là, l'idée de Vunification des beurres purs.

Unification des beurres purs. — La voie à suivre pour atteindre ce résultat était toute indiquée par mes observations piécédentes.

Puisqu'un beurre pur à degré de trouble élevé, doit cette propriété à une plus grande richesse en glycérides peu solubles qu'un autre beurre pur à faible degré de trouble, n'était-il pas possible, en éliminant partiellement ces glycérides peu solubles, d'arriver, de part et d'autre, à obtenir des beurres appauvris, qui présenteraient le même degré de trouble?

Cette unification se réalise en effet aisément sur les beurres purs les plus disparates quant à leur solubilité relative, en les dissolvant toujours sous le même poids à l'état anhydre, dans un volume déterminé du même alcool titré et chauffé à une température constante qui facilite leur dissolution. Les solutions alcooliques très limpides sont ensuite soumises à un refroidissement lent, dans une étuve à température invariable, mais bien inférieure à celle de la solution alcoolique, et sans se préoccuper d'ailleurs de réchauffement temporaire qu'apportent dans l'étuve ces solutions chaudes. Parce refroidissement les beurres purs se dépouillent de leurs glycérides les moins solubles, qu'on sépare par filtration dans l'étuve même, et où les entonnoirs et les récipients ont dû séjourner pour avoir la même température que l'étuve. L'évaporation de l'alcool fournit des beurres qui, ramenés à l'état anhydre par la dessiccation, se trouvent unifiés.

Exemple :

Degré de trouble^

Avant l'unificatiun. Après l'unification .

Beurre pur 59°.0 60". 0

Autre beurre pur fil o 60 0

Il est présumable que les beurres authentiques des autres régions de la France se comporteront de même. — C'est à vérifier.

Au cas, cependant, où certains beurres purs à degré de trouble élevé échapperaient à cette première unification, ce qui pourrait faire croire à leur nature frelatée, il est toujours possible de contrôler le résultat par une seconde unification.

A cet effet, on dissout dans l'alcool chaud, avec les précautions qui seront indiquées dans mon mémoire, un poids déterminé de cet extrait anhydre du beurre presque unifié, et on l'abandonne, comme pour la première unification, dans l'étuve réglée à une température fixe, et sans se préoccuper de l'élévation de chaleur qu'amène temporairement dans cette étuve, l'apport d'une dissolution plus chaude; on l'y laisse comme précédemment, jusqu'à ce que la température de la dissolution alcoolique s'égalise avec celle de l'étuve.

Par ce refroidissement lent, accompli dans des dissolutions plus concentrées que dans la première précipitation, il se dépose encore des glycérides moins solubles, qu'on sépare par la filtration dans l'étuve même. La solution claire est évaporée et le résidu entièrement desséché. On a ainsi des beurres plus appauvris en glycérides peu solubles, que ceux de la première unification, et qui présentent entre eux, lorsqu'ils sont purs, le même degré de trouble, alors que l'uu

69i; ..-v-uVELLE ÉTUDE POUR L'ANALYSE DU BEURRE.

d'eux n aurait pas été complètement unifié à la première précipitation. Exemple :

Degré de trouble Degré de trouble Degré de trouble du beurre normal. i" unification. 2° uniliiralion.

Beurre pur 59°. 0 60°. 0 4-2°. 0

Autre beurre pur 64 2 60 0 4-2 0

Enfin, la nouvelle méthode fournit encore les éléments précieux d'un autre genre de contrôle, celui donné par les acides volatils des glj'cérides qui constituent les beurres unifiés.

Le dosage se fait suivant le procédé connu, mais en modifiant la proportion de beurre et la composition de la soude titrée, pour les adapter aux besoins de la nouvelle méthode.

Exemple :

1" unilication.

Total des acides

Tolatils exprimés

Degré de trouble. en NaO titrée.

Ontimèlres cubes. degrés.

lieurre pur unifié tiO.O 23.6

Autre beurre pur unifié 6(i 0 23 6

— non unifié à la I'" précipitalion. 63 5 22 0

Ainsi, aux mêmes degrés de trouble correspondent sensiblement les mêmes proportions d'acides volatils.

D'autre part, en soumettant les matières grasses ordinairement employées dans la falsification des beurres (margarine, oléo-margarine, beurre artificiel, huiles, végétaline, etc.) à des traitements alcooliques anologues à ceux qui viennent d'être décrits, j'ai reconnu que ces matières grasses étrangères, suivant leur solubilité relative dans l'alcool, fournissaient, comme les beurres, des extraits plus ou moins solubles qui affectaient notablement le degré de trouble des beurres unifiés. De sorte que les moins solubles augmentaient le degré de trouble, tandis que les plus solubles l'abaissaient. De là, non seulement un moyen de reconnaître leur présence dans les beurres falsifiés, mais d'apprécier approximativement leur proportion, en même temps que de caractériser à quel groupe appartient la matière grasse étrangère ajoutée frauduleusement (groupe des insolubles : margarine et huiles ; — groupe des solubles : végétaline, etc*).

Exemple :

Degré de trouble Degré de trouble 1" unificacion. 2° unification.

Beurre pur 60°.0 42°.0

Même beurre falsifié avec 6 o/O de margarine (oléo).. 60 9 43 0

Autre beurre pur 60 G

Même beurre falsifié avec avec 8 O/U de margarine (oléo) 62 6

Autre beurre pur .. 60 2

Morne beurre falsifié avec 8 o/O de végétaline 59 0 41"'.0

La méthode fait donc bien ressortir la nature de la matière grasse étrangère ajoutée au beurre. Quand le degré de trouble est supérieure l'unification, c'est l'indice d'une fraude par la margarine, qui est moins soluble que le beurre; quand il est inférieur, c'est que le beurre a été additionné de végétaline, ou de toute autre substance plus soluble que le beurre.

l.Oii jieut également pour les beurres suspects qui ont subi l'unification, essnyer l'action des réactifs connus (nitrate d'ar^^ent, pliospfio niolybdate, soude, ctc ) déjà proposés pour reconnaître les matières grasses étrange, es.

Si d'autre part, nous arrivons à répondre de la prise du degré de trouble, à deux dixièmes de degré près, on voit qu'il sera possible de suspecter la présence de la margarine et de la végétaline, alors que leur proportion ne dépasserait pas 3 à 4 pour 100 du poids du beurre.

Ces faits sont d'ailleurs déjà réalisés, si Ion applique comme moyen de contrôle précédemment indiqué, le dosage des acides volatils aux beurres unifiés.

Exemple :

2° unillcation.

Acides volatils exprimés en sourte titrée.

Beurre pur 18". 3

Même beurre falsifié avec 6 pour 100 de margarine (oléo). ... 17 .5

Môme beurre falsifié avec 10 pour 100 de végétaline 16 .2

En supprimant dans ces dosages, les décimales comme erreur possible dans le titrage, et c'est un maximum, on voit que 6 pour 100 de margarine sont exprimés par 1 centimètre cube de soude titrée, et 10 pour 100 de végétaline par 2 centimètres de la même soude. Or, si les résultats déjà acquis se confirment dans nos expériences encore en cours, nous espérons bien reconnaître 3 pour 100 de margarine ou de vésrétaline.

On voit cependant que le dosage des acides volatils ne saurait caractériser si la matière grasse ajoutée frauduleusement aux beurres est de la margarine ou de la végétaline, ou les groupes auxquelles ces substances appartiennent au point de vue de leur solubilité dans l'alcool, ce que peut établir seule, dans des cas déterminés, la prise du degré de trouble. Mais cet inconvénient est racheté par un plus grand avantage dans la pratique. Il offre bien plus de sécurité.

En effet, j'ai pu faire des mélanges de margarine et de végétaline, en proportions telles que ces mélanges, ajoutés au beurre, fournissent des degrés de trouble semblables à ceux des beurres purs, môme des beurres unifiés. Mais alors, le dosage des acides volatils sur le beurre unifié mettait immédiatement en relief, la complexe falsification.

Exemple :

2° unification.

Arides volatils Degré de trouble. exin-imés en soude titrée.

Beurre pur 4^.0 18"«.0

Même beurre falsifié avec 10 pour 100 d'un mélange de margarine et de végétaline. 4'2''.l 16"'. 7

J'estime que 5 pour 100 seulement de ce mélange de margarine et de végétaline eussent pu être reconnus.

Quand certaines données expérimentales seront à nouveau contrôlées et complétées, j'espère tirer des faits exposés dans ce travail, les éléments d'une méthode airsez exacte et sensible.

C'est pour me réserver cette faculté et prendre date, que je publie dès aujourd'hui un résumé des lignes principales de mes recherches.

Je signale avec plaisir à l'Acaclémie le concours fort consciencieux que m'a prêté dans ce travail, M. Sprécher, préparateur de la Station agronomique de la Seine-Inférieure. A. Houzeau,

Directeur de la Station agronomique de Rouen, Correspondant de l'Institut.

Monsieur le directeur, à la suite d'une conversation que nous avons eue ensemble dernièrement au sujet de la fondation d'une banque de crédit agricole, vous m'avez invite à vous adresser une lettre dans laquelle je vous exposerais de nouveau mes idées sur le mode de création de cet utile établissement. Je m'exécute d'autant plus volontiers que le moment est on ne peut plus opportun pour aborder un sujet qui préoccupe à juste titre non seulement les intéressés, mais tous ceux qui, à un titre quelconque, ont souci de fournir à l'agriculture française le moyen de se développer. Â. l'beure actuelle nulle question, on peut le dire sans exagération, n'est plus agitée que celle dont je vais vous entretenir : tout le monde en parle, tous les corps élus demandent qu'il soit créé en France une banque de crédit agricole, mais comme chacun se rend parfaitement compte qu'on se trouve en présence d'un gros et difficile problème à résoudre, loin d'en cherclierla solution, on se contente d'émettre des vœux plus ou moins platoniques à l'adresse du Gouvernement avec l'espoir que celui-ci, sollicité de toutes parts, se décidera à présenter un projet qui aplanira les difficultés de l'entreprise. En cela on se trompe étrangement; l'Etat ne peut rien en pareille matière : qu'on ne lui demande pas de sortir de son domaine. Qu'il subventionne un établissement qui travaille dans l'intérêt du plus grand nombre, soit; c'est son droit et souvent son devoir; mais n'exigeons pas qu'il le crée et qu'ainsi il se substitue à l'initiative privée, laquelle a seule les moyens et la compétence nécessaires pour mener à bien une œuvre de cette nature.

Ceci admis, dans quelles conditions une banque de crédit agricole doit-elle être établie? C'est sur ce point délicat que je me suis permis d'appeler votre attention, et comme je considère que c'est un devoir pour tout homme qui pense avoir rencontré une solution juste, de la faire connaître à ses contemporains, je n'hésite pas à profiter de la gracieuse hospitalité que vous m'avez offerte dans votre Journal pour exposer à vos nombreux lecteurs les idées qui me sont venues après de longues méditations sur le meilleur mode à employer pour arriver à la constitution d'une banque agricole, répondant véritablement aux aspirations du pays et aux besoins d'une industrie qui, plus que toute autre, a droit à notre estime et à nos encouragements.

Pour qu'une banque destinée uniquement à servir l'agriculture puisse vivre et prospérer, il faut, au regard de sa clientèle, qu'elle se présente dans des conditions de solvabilité telles que, dès l'abord, elle lui inspire une confiance absolue. Un gros capital, sérieusement et solidement constitué, lui est donc nécessaire. Il faut, en outre, qu'elle puisse prêter à longue échéance, à douze mois au minimum, et à un taux d'intérêt que l'agriculture puisse aisément supporter. Une banque, fondée par des actionnaires ayant le légitime désir de retirer de leur argent un revenu suffisant, pourra-t-elle accorder à sa clientèle les avantages que nous venons d'indiquer ';* Assurément non. Une banque ne peut vivre que si, d'une part, elle prête à courte échéance, c'est-àdire à trois mois au maximum, et si, d'autre part, elle demande à ses

clients un intérêt qui lui permette de payer ses frais généraux, découvrir ses pertes et enfin de rémunérer convenablement le capital qui lui a été confié. Il faut également qu'elle puisse sans cesse renouveler ce capital, en escomptant elle-même à la Banque de France ou à des banquiers le papier que renferme son portefeuille ; autrement, son capital se trouvant rapidemen t absorbé par le fait des opérations qu'elle aura réalisées, elle se verra bientôt condamnée à une inaction al)solue qui durera jusqu'au jour de l'échéance des premières valeurs escomptées par elle.

Supposons que son capital soit de 10 millions et que, dans les deux premiers mois de sa gestion, elle escompte des effets à un an pour une somme équivalente : il lui faudra de toute nécessité attendre dix mois l'échéance des premières valeurs escomptées pour entreprendre des opérationsnouvelles. Qu'aura-t-elle gagné pendantson premier exercice? Pour nous en rendre compte, admettons : 1° que la durée moyenne des valeurs escomptées ait été de onze mois; 2" qu'elle ait demandé 6 pour 100 à ses emprunteurs, ce qui repj'ésenterait pour onze mois un intérêt de 5 et demi pour 100. La totalité des escomptes qu'elle aura perçus s'élèvera pour 10 millions à 550,000 francs. De cette somme il faudra déduire les frais généraux : on peut sans exagération les estimera 100,000 francs. Par mesure de prudence, il sera nécessaire de prévoir une somme quelconque pour les pertes et de prélever au moins 10 pour 100 pour la réserve statutaire. Estimons à 150,(i00 francs, soit 100.000 bancs pour les pertes et 50,000 francs pour la réserve, la somme que de ce chef elle devra conserver; nous arriverons à un total de 250,000 francs qui, déduit du montant des escomptes, laissera disponible une somme de 300,000 francs, représentant, pour la rémunération du capital, un intàrèi de trois pour cent. Qu'on veuille bien se rendre compte que nous n'avons rien exagéré dans l'estimation des charges incombant à cette banque ; qu'on remarque surtout que nous avons prélevé seulement 1 pour 100 du capital engagé pour couvrir les pertes probables; et qu'on se demande ensuite si la perspective de toucher un intérêt aussi faible déterminera les capitalistes à risquer leurs fonds dans une entreprise comme celle-ci, aléatoire au premier chef, et sûrement peu lucrative pour ses actionnaires. Et qu'on ne vienne pas nous dire qu'une banque de crédit agricole pourra opérer dans les mêmes conditions qu'une banque qui fait l'escompte des valeurs commerciales, car nous répondrions que son papier n'est pas banquable :

1" Parce qu'il ne porte que deux signatures, la sienne et celle de l'emprunteur ;

2° Parce que, nous l'avons dit, l'agriculteur ayant besoin d'un crédit d'un an, ce terme éloigné le rend, pendant neuf mois, difficile, . sinon impossible à négocier.

Enfin, dernière considération, l'agriculture, à laquelle cette banque prétend venir en aide, ne peut pas, sans courir le risque de se ruiner, subir un escompte dont le taux serait de 6 pour 100. Trop lourd pour le cultivateur, trop faible pour rémunérer convenablement le capital d'une société financière, cet escompte qu'on ne pourrait guère réduire, constitue le plus grand obstacle à la marche régulière et au développement normal d'une banque de crédit agricole.

696 SUR l'organisation DU CRÉDIT AGRICOLE.

Que conclure de cet exposé, sinon que toute banque créée dans le but de venir en aide à l'agriculture, par le fait même qu'elle ne peut pas opérer comme les banques ordinaires d'escompte, est forcément condamnée à périr? Que des ministres, amis du bien public, que des esprits élevés et généreux en poursuivent la création, que l'Etat luimême vienne à leur aide en leur promettant une large subvention, . nous le comprenons aisément; mais, qu'on nous permette de le dire, tous poursuivent, sans s'en douter, une véritable utopie, doublement dangereuse en ce sens qu'elle prépare la ruine des capitalistes qui participeront à la création de cette banque et qu'en même temps elle fait naître dans l'esprit des agriculteurs des espérances qui ne se réaliseront un instant que pour s'évanouir bientôt, en ne laissant après elles que des déboires cruels et de profondes misères. L'expérience du passé doit être plus que jamais la leçon de l'avenir. Jamais jusqu'à présent aucun crédit agricole n'a pu vivre en France; renonçons donc à en établir un qui ne serait pas plus viable que ceux dont nous avons gardé le souvenir, ou créons-le sur des bases entièrement nouvelles, susceptibles de lui assurer une existence longue et prospère.

Pour trouver ces bases, il importe d'abord de les cbercber ailleurs que dans la constitution des sociétés financières existant actuellement. Bien qu'un capital considérable nous paraisse nécessaire, ce n'est pas à des capitalistes que nous entendons le demander. Nous ne voulons pas avoir des actionnaires, venant prendre la plus grosse part de nos bénéfices, notre but principal étant de prêter à l'agriculture à un taux extrêmement bas, de façon à la servir et non à la ruiner. Pour la facilité de notre argumentation nous avons parlé plus haut d'un capital de 10 millions; mais qu'on veuille bien y réfléchir : si nous n'avions que cette somme à mettre à la disposition des agriculteurs de France, en vérité ce ne serait pas la peine de songer à la création d'un crédit agricole ; cinquante millions même ne nous suffiraient pas : c'est à partir de cent millions que notre banque commencera à rendre de véritables services à l'agriculture. Nous voulons en outre que notre établissement soit large dans ses prêts et qu'il accorde toute tacilitéde paiement à ses emprunteurs, si à l'échéance, par suite de mauvaises récoltes, ils se trouvent dans l'impossibilité de remplir leurs engagements. Nous désirons enfin constituer notre capital de telle façon que, s'il survient des pertes, ce qui est inévitable, elles soient supportées d'abord par les réserves, ensuite, s'il y a insuffisance, par le capital lui-même, sans que nul ne puisse être atteint dans sa fortune ou dans ses intérêts.

Mais, me dira t-on, comment pourrez-vous arriver à constituer un pareil capital sans recourir à la bourse des capitalistes? Ici permettezmoi, monsieur le directeur, de ne pas répondre, car je trahirais, en le faisant, un secret qui appartient à un ami, mon collaborateur. Qu'il vous suffise de savoir que le système, sur lequel est basée toute notre combinaison, a déjà été expérimenté par lui dans des conditions qui, pour être modestes, n'en sont pas moins concluantes. Le succès est donc certain^ à une condition cependant, c'est que l'Etat, auquel nous sommes prêts à livrer notre secret, nous prête un concours qui sera, nous tenons à l'affirmer ici, beaucoup plus moral que financier.

J'ajoute que le capital de notre banque, faible d'abord, s'accroîtra rapidement d'année en année, au point de former au bout de dix ans un total de 100 millions au moins; que de plus ce capital, assez semblable à celui des caisses d'épargne privées, comme celui-ci du reste, n'appartiendra à personne en particulier, mais à tous ceux qui auront contribué à le former, et en fin de compte à l'Etat, si jamais notre banque, pour une cause quelconque difficile à prévoir, se trouvait forcée de liquider.

Je terminerai enfin par une considération qui toucbera certainement ceux qui ont la pénible mission de dresser chaque année le budget de l'Etat. Si, au début de nos opérations, nous faisons appel au concours financier de l'Etat, en acceptant la subvention que lui-même a promise aux fondateurs de la banque de crédit agricole, il est certain que le jour où notre capital sera suffisamment élevé pour répondre aux besoins de l'agriculture, non-seulement nous ne lui réclamerons plus de subvention, mais encore nous l'aiderons à réaliser de sérieuses économies dans le budget du Ministère de l'agriculture.

En terminant cette lettre, que je regrette d'avoir faite si longue, permettez-moi de former le vreii que la sous-commission chargée d'étudier toutes les questions relatives à l'établissement d'un crédit agricole, nous invite le plus tôt possible à lui dévoiler le mystère qui plane actuellement sur les explications forcément incomplètes que je viens de vous fournir.

Agréez, etc. F.-E. Callot.

Les conclusions que nous formulerons dans le courant de ce chapitre ne présenteront qu'un caractère de probabilité. Cette remarque faite, nous allons aborder la discussion de nos résultats et voir qu'on peuten tirer des indications claires sur le besoin d'engrais delà vigne, et qu'avec les chiffres que nous avons trouvés comme quantité de matières fertilisantes enlevées au sol, on peut baser des formules d'engrais.

La moyenne des résultats pour l'Aramon et la Clairette est d'environ 45 kilog. d'azote et 45 kilog. de potasse, pour une récolte de 100 hectolitres de vin. Quant à l'acide phosphorique, nous avons montré que la restitution devra être un peu supérieure à la quantité enlevée au sol et nous avons élevé arbitrairement cette quantité à 15 kilog.

Nous pensons donc qu'on peut adopter les chiffres suivants comme représentant l'épuisement moyen du sol par hectare et pour une récolte de 100 hectolitres de vin, dans les vignobles de l'Algérie :

Kilog. Rapports.

Azote 45 3

Acide phosphorique 15 1

Potasse , 45 3

Il est digne de remarque que ces chiffres diffèrent fort peu de ceux qui représentent la composition de 10,000 kilog. de fumier de ferme. Cette constatation expérimentale est du reste tout à tait d'accord avec les faits observés dans la pratique. Beaucoup de vignobles, en effet,

1. Extrait d'un rapport sur les travaux de la Station agronomique d'Alger. — Voir le Journal, du 22 avrilj page 604.

aussi bien en France qu'en Algérie, se maintiennent à un taux de production élevé en employant seulement le fumier de ferme à la dose de 40,000 à 60,000 kilog. tous les quatre ans.

Pour une production voisine de 100 hectolitres, nous trouvons donc pour 1 d'acide pliosphorique, 3 d'azote et 3 de potasse.

Mais s'il s'agissait d'une récolte plus abondante, il est clair que ces rapports ne seraient plus les mêmes. La potasse se trouvant surtout dans les raisins, il en résulterait une augmentation dans sa proportion relative en même temps que dans sa valeur absolue, parce que le poids des feuilles et des sarments varie peu, ou tout au moins n'augmente pas parallèlement à celui des grappes. Il en serait de même, mais à un moindre degré, pour l'acide pliosphorique.

On peut donc tirer dès maintenant cette conclusion que l'addition au sol, des engrais phosphatés et potassiques doit se faire dans une plus forte proportion que celle indiquée lorsque l'on veut obtenir des rendements très élevés. L'azote, au contraire, semble moins utile audessus d'une certaine dose, dose qui est nécessaire pour constituer l'appareil végétatif (feuilles et sarments).

Jusqu'ici nous avons fait abstraction du sol, nous devons maintenant le faire intervenir et tacher de dégager l'influence de ce facteur dans le problème de la fumure.

L'action des engrais est subordonnée à la composition du sol et on ne saurait appliquer la même formule à toutes les terres sans s'exposer à de graves mécomptes.

Nous devons donc rechercher les modifications qu'il faut introduire dans la formule d'engrais, suivant la richesse du sol en éléments fertilisants.

On admet aujourd'hui que lorsqu'une terre donne à l'analyse effectuée par la méthode officielle, 1 pour 1000 d'azote, d'acide phosphorique et de potasse, il y a lieu de se borner à la restitution des éléments enlevés par les récoltes. C'est donc dans ce cas que la formule d'engrais que nous avons indiquée est appliquable.

Il peut arriver que bien qu'il y ait égalité entre les dosages de l'azote, de l'acide pliosphorique et de la potasse, le sol présente une grande richesse ou une grande pauvreté. Dans le premier cas, tout en conservant la même formule, on réduira les doses, voir même supprimer l'engrais. Dans le second, au contraire, on augmentera la quantité d'engrais.

Le dernier cas — et c'est certainement le plus fréquent - — est celui où la terre'est pauvre en un ou deux éléments, alors que l'autre élément ou les deux autres sont en proportion convenable, ou même présentent un taux plus élevé. Il y a lieu dans ces conditions de modifier la formule primitive. Prenons un ex.emple pour mieux faire ressortir l'importance de ces faits et supposons une terre donnant à l'analyse les résultats suivants :

Azote ] pour lÛUO

Acide phosphoriqiie 1 —

Potasse 3 —

Quelles sont les quantités d'engrais que nous devrons employer? 11 est inutile dans ce cas de donner à la terre la quantité de potasse

enlevée par la vigne, il faudra la réduire au tiers, voire même supprimer complètement cet élément. C'est à Texpérimenlation directe à trancher la question. Dans un pareil sol la formule à conseiller sera surtout une fumure phospho-azotée.

Il est entendu que ces chiffres ne doivent pas être reejardés comme ayant une signification pratique ahsolue; ils ne peuvent servir qu'à fixer les idées, l'analyse chimique étant insuffisante pour nous renseiner d'une manière précise sur la teneur en principes utiles du sol.

Nous pourrions multiplier les exemples, mais celui-ci suffit pour montrer comment on peut se servir des formules d'engrais déduites de la composition des plantes.

Les analyses de terres faites jusqu'à ce jour semblent indiquer que l'absence de la potasse est moins générale que celle de Tazote et surtout de l'acide phosphorique, d'où cette conséquence que les fumures phosphatées et azotées doivent être d'un emploi plus fréquent.

Mais d'un autre côté, nous savons que Tazote est l'élément le plus cher et le plus instable et que nous devons chercher à l'utiliser au maximum en donnant de l'acide phosphorique et de la potasse à discrétion.

Il y a enfin un troisième facteur qui peut modifier la formule d'engrais : c'est la différence entre les grains et les pertes du sol en éléments fertilisants^ par les causes naturelles.

Pour l'acide phosphorique et la potasse le gain est à peu près nul et les déperditions peuvent être négligées. 11 n'en est pas ainsi pour l'azole dont le stock du sol peut être augmenté : 1° par l'azote apporté par les eaux météoriques sous forme d'ammoniaque, de nitrates et de nitrites. Nous avons trouvé cette quantité égale à 8 kilog. pour l'année 1890-1891. 2" Ensuite il y a l'azote de l'ammoniaque de l'air qui peut être pris directement par les feuilles. 3° En troisième lieu nous avons l'absorption de l'ammoniaque aérienne par le sol. Nous avons enfin une quatrième source dazote dans la fixation de l'azote libre de l'air par les micro-organismes.

Toutes ces causes de restitution sont assez faibles et ne semblent pas devoir compenser les perles produites par l'enlèvement des nitrates par les eaux qui traversent le sol.

Comme d'un autre côté, d'après les expériences de M. Wagner, la vigne ne fait pas partie des plantes accumulatrices d'azote, nous sommes fondé à penser que les terres plantées en vignes s'appauvrissent en azote et qu'il serait dangereux de le supprimer dans la formule d'engrais.

Avec M. Georges Ville nous sommes en présence d une tendance très marquée à accorder à la potasse un rôle prépondérant dans la fumure, et d'après lui, quand on veut obtenir un rendement très élevé en raisins, c'est la dose de potasse qu'il faut forcer.

M. Degrully, professeur à Montpellier, et les viticulteurs du Midi voient au contraire, dans l'azote, le facteur le plus important pour obtenir une production abondante et conseillent surtout l'emploi des encrais azotés.

Les résultats que nous avons exposés et la discussion qui les accompagne nous dispensent de prendre parti entre les potasseurs et les

azotiers, parce qu'il s'en dégage nettement que c'est V engrais complet qu'il faut donner à la vigne, engrais complet dont la formule sera établie d'après la composition du sol. La richesse ou la pauvreté de ce dernier pouvant entraîner la réduction, la suppression ou l'augmentation de l'un ou plusieurs des composants.

On voit donc, d'après les considérations que nous venons de développer, qu'il est possible, en se fondant sur la composition de la plante et du sol, et guidé par la marche de l'absorption des principes nutritifs pendant la végétation^, de renseigner les agriculteurs sur les engrais qu'il doivent employer dans chaque cas particulier.

En résumé, si la terre contient une quantité moyenne de chacun des éléments de fertilité, nous lui restituerons simplement ce que la vigne lui enlève. Dans les autres cas, nous proportionnerons les doses de chaque élément fertilisant aux besoins probables du sol, besoins qui nous seront indiqués par l'analyse chimique de la terre.

P. DUGAST,

Directeur de la Station agronomique d'Alger.

CULTURE DE LTMxMORTELLE

Les plantes confondues généralement sous le nom d'immortelles sont l'objet d'une de nos plus anciennes et de nos plus importantes cultures de plantes d'ornement; la conservation indéfinie de leur coloris et de la forme de leurs capitules les ont fait rechercher depuis longtemps pour la confection des couronnes et d'autres objets destinés à la décoration des monuments funèbies.

Culture de limmortelle en Provence. — Cette culture se pratique sur de nombreux points de notre sol, mais elle a pris surtout une grande importance en Provence. Elle s'y est d'abord localisée dans deux communes du département du Var, celles d'Ollioules et de Bandols; dans ces dernières années, elle a gagné peu à peu les régions avoisinantes du Beaussetet de la Ladière.

Les premiers essais de culture de l'immortelle dans un but commercial eurent lieu à Ollioules, de 1815 à 1820, mais les fleurs récoltées en Provence ne se répandirent sur le marché de Paris que vers 1830. A partir de cette époque, les surfaces consacrées à cette culture s'étendirent rapidement, et, en 1835, le territoire d'Ollioules lui réservait de 25 à 30 hectares.

La commune de Bandols. jalouse de la prospérité de sa voisine, lui fit concurrence dès 1855, et ses plantations ont aujourd'hui une importance au moins égale. D'après une note du Journal de r Agriculture (T. I, 1886, p. 286), 1,200 hectares étaient consacrés, dans le Var, vers 1885, à la production de l'immortelle.

La culture de l'immortelle a donné naissance à une industrie qui s'est accrue parallèlement et dans de grandes proportions ; de nombreuses teintureries se sont élevées dans toute cette région, mais plus particulièrement à Ollioules, et elles ont donné à ce petit bourg un caractère vraiment industriel.

La variété cultivée en Provence a pour origine Vimmortelle d'Orient ou im7nor telle jaune, nommé encore immortelle des sables {Heliclu'ysum ou Gnaphalium, orientale ou arenarium) , composée vivace de la tribu

78 el 79. — Port de l'Iuimortelle jaune et ileur isolée.

des Inuloïdées, que l'on rencontre à l'état spontané dans les bois de la Provence. Par une culture continue dans les jardins, on a obtenu Vimmortelle jaune améliorée ou immortelle à boiiguels.

Cette plante ne vient pas dans les sols compacts et profonds ; elle préfère les sols calcaires friables, à sous-sol rocailleux ; elle craint beaucoup l'humidité, et résiste avec la plus grande facilité à une sécheresse prolongée. C'est sur les coteaux exposés au soleil qu'elle prospère le mieux et qu'elle atteint le plus brillant coloris.

Quelquesessaisde multiplication par semis ont été tentés à plusieurs reprises, et ils ont toujours échoué. Peut-être ont-ils été entrepris dans de mauvaises conditions, et avec des graines ayant perdu en partie ou même en totalité leur faculté gerrainative. Il y aurait certainement intérêt à les renouveler en les faisant précéder d'une étude morphologique et de recherches sur les propriétés spécifiques de la graine. Il serait surprenant qu'une sélection poursuivie avec méthode et persévérance ne parvienne pas à donner, pour cette plante, des résultats aussi avantageux que ceux qui ont été constatés pour la plupart des végétaux de nos grandes cultures.

Actuellement la multiplication de l'immortelle se fait uniquement par bouturage, opération qui a lieu pendant le mois d'août ; on arrache alors les vieilles plantes, et on en sépare les petites tiges dont on fera les boutures.

Les boutures, sur lesquelles on conserve généralement de deux à six yeux ou bourgeons, sont piquées dans des petits « carrés 5> de 1 mètre de largeur et de2 mètres de longueur, dont le sol a été défoncé au préalable à la pioche et à une assez grande profondeur^, puis fumé avec 8 kilog. de fumier de ferme ou 2 kilog. environ de tourteaux, par chaque carré; la terre est ensuite fortement arrosée, et les boutures sont plantées à une distance de 4 ou 5 centimètres au plus, en tous sens.

Un nouvel arrosage suit la plantation, et on recouvre ordinairement les carrés de paillassons, afin de garantir les boutures des effets du soleil, dont les rayons sont très chauds à cette époque.

Il est extrêmement important de tenir le sol de la pépinière toujours un peu humide; la moindre négligence sur ce point pourrait compromettre l'avenir de la pépinière.

Lorsque les boutures sont bien enracinées on s'occupe de la transplantation. Cette opération s'effectue à partir du 15 septembre, et surtout pendant le mois d'octobre, qui est généralement pluvieux; on ne dépasse jamais le 15 décembre, car l'immortelle est très sensible au froid, et les nouvelles plantations pourraient souffrir beaucoup des premières gelées. Afin d'éviter cet inconvénient, quelques cultivateurs ne repiquent qu'au printemps.

Le terrain qui doit recevoir les plants d'immortelles est défoncé à

702 GULTURP: de L'IMMORTELLE.

la houe à main, à une profondeur de 35 ou 40 centimètres. On y incorpore ensuite environ 40,000 kilog. de fumier de ferme par hectare, ou 10,000 kilog. de tourteaux, fumure considérable, mais qui s'explique par les procédés de culture et par la durée de la plantation. Cette durée sera en effet de trois à douze ans, suivant la vigueur des plants, et on ne donnera désormais au sol, certainement à tort, que des quantités insignifiantes d'engrais.

Les plants sont disposés en lignes distantes de 0 m, 60, et on laisse entre eux, sur les lignes, un écartement de 35 à 40 centimètres ; un hectare de plantation se compose donc, en moyenne, de 45 à 50,000 pieds.

Les soins culturaux et d'entretien donnés aux plantations d'immortelles sont des plus simples. Ils se bornent à un simple binage à la pioche ou à la houe à main dans le courant de février ; quelques cultivateurs, et ils forment peut-être l'exception, profitent de cette opération pour appliquer une légère fumure.

La récolte ou «. cueillette » de fimmortelle se fait du 1" au 20 juin. Les « brins » sont ensuite exposés au soleil pendant cinq ou six jours ; puis, lorsqu'ils sont complètement desséchés, ils sont triés avec soin et mis en bottes.

A Ollioules l'emballage pour la vente se fait par caisses de 25 kilog. renfermant 100 bottes de 100 à 120 brins chacune. A Bandols, les caisses sont du poids de 31 kilog., mais les brins ne sont pas triés; les caisses, quelle qu'en soit la provenance, sont vendues aux négociants aux mêmes prix.

Depuis quelques années les hivers ont été assez rigoureux, et un grand nombre de plantations ont eu à soufîrir des gelées; elles ont même été détruites en plusieurs endroits ; aussi les prix se sont-ils relativement élevés. Ils varient actuellement de 20 à 80 francs par caisse, suivant la qualité. Autrefois la moyenne des prix ne dépassait guère, habituellement, 20 à 30 francs.

Chaque plant produisant annuellement de 10 à 50 brins, on peut estimer comme il suit le produit brut par hectare, en se basant sur un prix moyen de 25 francs par caisse de 31 kilog. (récolte non triée) :

Plants par lu'Ctare. /i3,000 ^ 50,000

Production par pied. 10 Ijrins. 50 brins. lO brins. ju brins.

Produit Produit Produit l'roduit

(Par hectare). Caisses. brut. Caisses. bi'ut. (baisses. brut. Caisses. brut.

fr. fr. fr. fr.

Avec des boites de 100 hrins. 36 900 180 4,500 40 1,000 200 5,000

— 120 brins. 30 750 150 3,750 34 KôO 170 4,250

Comme nous le voyonf, le produit brut, et, par suite, le produit net, sont extrêmement variables, et les chiffres de notre tableau ne peuvent et ne doivent donner qu'une idée des variations du rendement en argent de cette culture.

L'immorlelle récoltée en Provence est de couleur jaune seriri ; les négociants de la région et quelques industriels de Paris lui donnent une teinte uniforme, ou différentes teintes superposées avec beaucoup d'habilité sur le même capitule, au moyen des couleurs d'aniline, après l'avoir décolorée complètement par l'hypochlorite de chaux. Ils

l'expédient ensuite dans le monde entier, principalement en Angleterre et aux Etats-Unis.

La culture de l'immortelle a perdu beaucoup de son importance depuis quelques années. Les habitants de la Provence ont cru en trouver la cause dans l'adoption de cette fleur comme emblème de la franc-maçonnerie. Cette cause, si elle est réelle, nous parait très anodine, et nous pensons qu'il serait beaucoup plus rationnel de faire entrer ici en ligne de compte l'introduction de plus en plus grande des perles de verre et des fleurs naturelles fraîches dans la confection des couronnes et autres ornements en usage dans les cérémonies funèbres.

La rapidité des moyens de transport permet de se procurer aujourd'hui des fleurs naturelles en toute saison et à un prix relativement peu élevé. De plus, on sait et on peut maintenant prolonger assez longtemps la période de végétation de certaines plantes d'ornement, même en pleine terre. Ce sont là certainement les raisons qui ont le plus contribué à restreindre la culture de l'immortelle. Quoi qu'il en soit, cette culture procure encore aux agriculteurs du Var, un produit certain et très rémunérateur, et il est probable que ce produit pourrait encore s'élever par une culture mieux entendue.

Culture de l immortelle dans le Nord de la France. — La culture de l'immortelle en France n'est pas exclusive à la région méridionale et, bien ailleurs, bon nombre de fleuristes lui réservent une place dans leurs jardins. Nous sommes ici en présence d'une de ces cultures dont rimportancc échappe malheureusement à tout travail de statistique, à la fois par leur dissémination etpar leur extension sur tout notre territoire; quoique limitées, dans chaque localité, à de très petites étendues de terrain et placées dans les mains d'un petit groupe de personnes, elles concourent puissamment à l'accroissement de notre richesse en apportant un appoint précieux dans la production de notre sol.

Dans plusieurs villes du nord et du nord-ouest de la France, nous avons pu constater l'existence de la culture de l'immortelle, et nous ne croyons pas inutile de donner à ce sujet les quelques renseignements suivants que nous devons en grande partie à l'obligeance de Mme Bouvet-Milcent, de Lisieux. Ils nous montreront comment le cultivateur, quelle que soit sa position, peut quelquefois augmenter son bien-être, même en luttant contre les difficultés multiples que lui opposent incessamment le sol et le climat : il ne lui faut souvent pour cela qu'un peu d'intelligence et d'observation. De tels exemples ne sauraient être trop répétés.

Les fleuristes du nord et du nord-ouest n'ont jamais eu l'intention d'entrer en concurrence avec les planteurs d'immortelles de la Provence ; ils ne récoltent guère que pour leur consommation, et, en tous cas, leurs produits ne sortent jamais de la région. Ils en réservent la majeure partie pour fabriquer eux-mêmes des bouquets et des couronnes dans lesquels ils font entrer une notable proportion de petites immortelles du Var. En assortissant convenablement ces fleurs, ils obtiennent des bouquets à teintes très variées et vraiment bizarres. Mais, des goûts et..., et le commerçant doit s'inspirer avant tout des desiderata de ses clients.

On ne cultive en Normandie que r?'7?îmorfe//e à bractées ou à grandes /leurs ('genre Helichrysum). Les fleuristes font entrer généralement dans leurs collections des espèces de différentes couleurs, mais surtout blanches, roses et jaunes. A côté de ces trois premières espèces on trouve aussi les immortelles brunes, rouges, avec de nombreuses variations, bronzées, etc.

La multiplication se fait uniquement par semis de graines produites dans le pays même ou provenant des grandes maisons de Paris. On sème le plus ordinairement sur couche et sous cliâssis dans la dernière

quinzaine de février, et l'on repique, également sur couche et sous châssis, du 15 mars aux premiers jours d'avril, les plants les plus vigoureux choisis avec un soin parfait.

Quelques fleuristes font leur semis avant l'hiver, et ils recouvrent leurs châssis avec de forts paillassons, pendant toute la durée des froids.

La mise en place a seulement lieu lorsque la saison est assez avancée pour qu'il n'y ait plus à craindre les gelées tardives dont les effets seraient désastreux. Cette opération a lieu vers le 15 mai.

On réserve pour la culture de l'immortelle des terres riches que l'on défonce à une grande profondeur, et que l'on fume fortement au fumier de ferme. Les plants sont écartés entre eux de 60 à 60 centimètres en tous sens (235 à 280 plants par are).

Différents horticulteurs ont fait, à plusieurs reprises, des essais de culture d'immortelle vivace de provenance méridionale, mais toujours avec insuccès. Aussitôt que les fleurs étaient ouvertes, elles noircissaient en commençant par le centre, au point de devenir inacceptables pour la vente. Notre correspondant attribue ce fait au climat de la Normandie ; la température moyenne reste certainement de beaucoup inférieure, dans les environs de Lisieux, à ce qu'elle est dans le Midi; mais nous pensons qu'il faut encore tenir grand compte de l'humidité excessive du sol sur lequel ont eu lieu les essais. Il y aurait peut-être lieu de reprendre ceux-ci dans des conditions un peu différentes, et en partant d'espèces dont l'origine serait bien connue, car l'obtention d'une variété vivace acclimatée aurait l'avantage de réduire énormément les frais de la culture, telle qu'on l'a pratiquée jusqu'ici. L'immortelle à bractées prend un très grand développement; nous avons pu remarquer, l'été dernier, au centre même de la ville de Lisieux, sur les alluvions de la vallée de la Touques, une plantation dont la hauteur moyenne dépassait 1 m. 30.

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