‹ Journal de l'agriculture (volume 3)Chapitre 483 sur 691 · L. Daubrée · texte numérisé non relu

L. Daubrée

Voici le texte de la lettre du 5 juillet 1892, visée dans la circulaire

précédente :

a De nombreuses demandes ont été adressées à l'administration par des communes riveraines des forêts domaniales dans le but d'être autorisées à profiter des ressources en herbes que ces forêts peuvent leur offrir pour la nourriture du bétail. M. le Ministre, prenant en considération la situation difficile faite aux petits cultivateurs par la sécheresse persistante, est tout disposé à leur venir en aide, et il m'a chargé de vous inviter à examiner avec le plus large esprit de bienveillance les demandes de parcours qui vous seront renvoyées par l'administration ou qui vous parviendraient directement, et à prendre en faveur de l'agriculture toutes les mesures compatibles avec la conservation du domaine forestier.

« Mais il devra être bien entendu que ces tolérances de parcours, justifiées par une situation exceptionnelle, ne seront concédées qu'à titre tout à fait exceptionnel, qu'elles prendront fin avec les circonstances qui les ont fait naître, et qu'elles ne sauraient en aucune façon être invoquées comme précédent par les bénéficiaires pour en réclamer plus tard le renouvellement. Elles ne seront d'ailleurs accordées que sous la réserve des droits des tiers (usagers, adjudicataires de la chasse), que vous aurez à apprécier.

« Leur exercice sera, en principe, réglé conformément aux dispositions du Gode forestier; toutefois, eu égard aux circonstances, je vous autorise, sous votre responsabilité, à déroger exceptionnellement à celles dont l'application serait trop gênante.

« Indépendamment du parcours ou de l'extraction de l'herbe dans les forêts domaniales, les communes propriétaires de bois solliciteront sans doute l'extension du pâturage dans leurs propres forêts. J'estime qu'il y a lieu d'accueillir favorablement ces demandes toutes les fois que vous pourrez le faire.

« Vous voudrez bien cette année statuer directement et sans m'en référer sur toutes ces affaires; mais vous me rendrez compte par rapport spécial des décisions que vous aurez prises, de la manière dont le pâturage aura été exercé et des incidents qui auront pu se produire. «

On doit approuver cette mesure, mais on ne saurait dissimuler qu'elle ne donnera qu'un bien faible palliatif, même à proximité des plus vastes forêts, car la sécheresse y a rendu la pousse des herbes extrêmement précaire. C'est pourquoi c'est surtout du côté des semis de plantes fourragères à végétation rapide et de celles qu'on peut ensiler, que l'on doit attirer l'attention des cultivateurs; nous avons, à maintes reprises, signalé ces plantes; on trouvera plus loin (p. 759) une nouvelle note que nous avons empruntée, sur ce sujet, à M. Denaifïe, marchand-grainier à Carignan (Ardennes), et qu'on lira certainement avec profit. Il nous rappelle, en même temps, quelques mélanges qu'on peut semer avec profit depuis le commencement de mai jusqu'au

milieu de juillet, pour les couper en vert trois à quatre mois après le semis ; ce sont les suivants : 1 , moutarde blanche et sarrasin; 2, sarrasin, moha, alpiste, ray-grass d'Italie ; 3, alpiste, moha, millet, vesce de printemps; 4, spergule, moha, navette d'été, millet, ray-grass d'Italie; 5, pois gris, sarrasin, moutarde blanche. Le-i choux-navets, les navets-fourragers, semés d'abord en pépinière, peuvent se repiquer tardivement, et donner des provisions abondantes. Enfin, nous ne saurions trop insister sur les avantages qu'on peut retirer, pour la nourriture d'hiver du gros bétail, de l'usage des pommes de terre cuites; nous avons cité déjà les bons résultats qui en ont été obtenus par quelques agriculteurs ; ces exemples ont été encore corroborés par les faits signalés par M. Pluchet à la dernière séance de la Société nationale d'agriculture, et qui ont été rapportés dans le précédent numéro du Journal (page 712).

III. — La pluie pendant le mois d'avril. Quoique le fait n'ait plus qu'un intérêt rétrospectif, nous'donnons néanmoins le tableau suivant publié par le Ministère des travaux publics, et qui indique les quantités de pluie tombées pendant le mois d'avril dans les principales stations du bassin de la Seine :

Totaux Moyenne des Calcul de

Noms des Stations. Altitudes. du mois. années aatérieures. la moyenne.

mètres. millimètres. millimètres.

Rouen (île LacroLx) 11 3 49 1876-1890

Dreux 135 1 47 187G-1890

Beauvais (école des frères) 66 1 41 1876-1890

Paris (la VilieUe) 97 2 40 1859-1890

Soissons (Vauxrot) 44 1 40 1876-1890

Coulommiers 88 G 42 1880-1890

Sens (Saint-Martin) 64 0 43 1859-1890

Clamecy. 147 11 50 1859-1890

Château-Chinon 540 8 87 1(^59-1890

Hirson (Aisne) 196 0 42 1859-1890

Reims 79 2 35 18.S9-1890

Troues (écolo normale) 107 1 46 1876-1890

Châtillon-sur-Seine...; 238 2 52 1861-1890

Sainte-Menehould 137 3 48 1877-1890

Vassy 183 0 57 1865-1890

Langres (plateau) 466 10 67 1865-1890

Ce tableau résume très nettement le caractère calamiteux de la situation ; les faits qu'il résume ont d'ailleurs été généraux.

A la dernière séance de l'Académie des sciences, M. Dehérain a signalé les expériences auxquelles il s'est livré au Muséum d'histoire naturelle de Paris et à Grignon, pour constater jusqu'à quelle profondeur la sécheresse s'était propagée dans le sol. Si l'on ne trouve pas d'eau à la surface, à 25 centimètres, on en relève déjà 27 grammes par kilogramme de terre; la proportion va en s'élevant sensiblement au delà. Il y a donc encore une certaine dose d'humidité dans le sol profond, ce qui pouvait d'ailleurs se deviner; puisque les arbres sont verts et bien portants, il fallait bien que leurs racines rencontrassent dans le sous-sol une quantité d'eau encore assez notable. Les végétaux à racine peu profonde ont souffert, au contraire. C'est précisément la mauvaise conductibilité de la couche de terre très sèche à la superficie qui a servi à conserver l'humidité du sous-sol.

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