SUR L'ENSILAGE DES FOURRAGES VERTS
Il y a deux ans, je fis un silo dont la confection dura près d'un mois, La réussite fut très bonne.
Si l'on dispose de beaucoup de fourrages, il vaut mieux opérer avec lenteur, pour laisser se produire un commencement de fermentation qui améliore les matières ensilées, attendrit les végétaux, favorise l'affaissement et facilite le chargement.
Un tas élevé dans une seule journée à 4 mètres de hauteur et chargé aussitôt après, n'aura au bout de deux ou trois jours guère que 1 mètre environ.
Un tas élevé la première journée à 2 mètres, sur lequel on mettra le jour suivant 1 mètre de fourrage, le jour d'après 1 autre mètre, s'abaissera à vue d'œil
Meule d'ensilage en plein air.
pour ainsi dire, et les ouvriers auront bien moins de difficulté pour y monter les dernières charretées de fourrage.
4" Le tas terminé, le recouvrir d'une couche de paille de 10 à 15 centimètres d'épaisseur, destinée à protéger les planches.
Recouvrir la masse d'une assise de planches jointives débordant de quelques centimètres sur les parois latérales du silo.
Choisir de préférence des planches de sapin de 35 à 40 centimètres de largeur et de 1 pouce d'épaisseur qui sont assez rigides et assez élastiques en même temps pour supporter une compression énergique et la transmettre uniformément à la masse.
5° Couvrir ce plancher mobile de terre, bois, pierres ou vieux matériaux à raison de 1,000 à 1,200 kilog. environ par mètre carré.
Chez moi, j'emploie la pierre, et en prévision de la mise en cosnommation de la conserve, qu'il faudra découvrir et débiter à mesure des besoins, je charge le
SUR l'ensilage des fourrages verts.
plancher mobile d'une série de petits murs en pierre sèche parallèles, inde'pendants les uns des autres et très faciles ensuite à démolir sans rien modifier à l'arrangement de la portion restante de la couverture.
6° Gela fait, le silo est terminé. Il commencera rapidement à suinter et à dégager une odeur que certains fanatiques trouveront délicieuse, que j'ai moi-même dans mon premier enthousiasme trouvée pas trop désagréable, mais qui est tout bonnement infecte.
Mais que cela ne vous effraie pas :
Au bout d'un mois ou plus longtemps (j'en ai gardé un an sans les ouvrir) vous pourrez entamer votre conserve. 10, 15,30 centimètres peut-être (cela dépendra de la façon dont on aura monté le tas d'aplomb) seront avariés sur les faces exposées à l'air. Mais dans l'intérieur, vous trouvère^ une masse compacte que vos bêtes refuseront peut-être le premier jour, mais qu'elles dévoreront avec avidité au bout de deux ou trois jours, à ce point qu'elles laisseront les meilleures luzernes pour manger votre ensilage.
Les matières ensilées ont été jusqu'à ce jour consommées chez moi par des bêtes à cornes.
Durant le cours de l'hiver dernier, 60 vaches ou taureaux n'ont, pour ainsi dire,
Fig. 91. — Presse Johnson pour l'ensilage.
pas eu d'autre nourriture. Depuis le commencement de la sécheresse, 36 de ces animaux consomment exclusivement la conserve sans faire aucune différence entre les matières provenant des silos maçonnés et celles conservées à l'air libre. Si elles sortent quelques heures par jour, c'est pour être conduites sur une prairie brûlée, où, à défaut de pâture, elles trouvent un salutaire exercice.
Je crois devoir, avant de terminer, citer un fait qui me paraît prouver la nécessité absolue de n'appliquer ce mode d'ensilage qu'à des fourrages fraîchement coupés. Un de mes amis, M. Charles Sabatier, a ensilé l'automne dernier des regains de foin et de luzerne.
Les ouvriers ont, par mégarde et en son absence, mis au milieu du tas quatre ou cinq charretées de foin fauché depuis trois ou quatre jours. La conserve a été parfaite à l'exception toutefois d'une tranche horizontale qui a été trouvée moisie, et qui se composait de ce fourrage ensilé après avoir subi déjà un commencement de dessiccation.
Les résultats de cette expérience livrés à la publicité peuvent épargner aux ensileurs de sérieux déboires. C'est pour ce motif que j'ai cru nécessaire d'en faire ici l'objet d'une mention spéciale.
On peut pratiquer l'ensilage en meules, soit avec le maïs haché, soit avec le maïs entier. Dans ce dernier cas, on doit avoir soin, pour assurer la stabilité, d'alterner le sens dans lequel on dispose les couches de fourrage. La figure 90 montre une meule dans laquelle des hachures
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différentes indiquent la direction de ces couches, de droite à gauche, de if^auche à droite, d'avant en arrière, ou d'arrière en avant.
L'ensilage en meules est adopté couramment dans les pays septentrionaux. On le pratique dans l'Amérique du Nord, en Angleterre, en Ecosse, en Hollande, etc. Pour éviter l'emploi des matériaux de compression, on a imaginé des presses à silo. Le Journal a décrit précédemment les presses Reynolds, Blount, Johnson, construites pour cet objet. La figure 91 montre la presse .Johnson, qui est vendue en France par M. Pilter. La meule repose sur des madriers, garnis sur un côté de petits cylindres qui forment crics, sur lesquels on peut, avec un levier, enrouler l'extrémité de cordes métalliques parallèles qui passent par dessus la meule et dont l'autre extrémité est fixée au plancher de l'autre coté. Ces cordes servent à assurer la pression du fourrage; le seul soin qu'on ait à prendre est d'en maintenir toujours la tension. Quand la meule est achevée, on la couronne d'une couverture en chaume, comme les meules de foin ordinaires ; il est inutile d'ajouter que cette couverture doit être mise par dessus l'appareil de serrage. Une meule d'ensilage, longue de 4 mètres, large et haute de 3 m. 50, peut contenir environ 35,(i00 kilog. de fourrage.
Ce que 1 on vient de lire sur l'ensilage du maïs-fourrage s'applique à la conservation de tous les autres fourrages verts. La réussite, dans l'enfilage en plein air, est une affaire d'habileté dans la construction des meules. Henry Sagnier.