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SUR L'ENSILAGE DES FOURRAGES VERTS

Depuis plus d'un mois, il n'est question, à juste titre, que des méthodes à adopter pour constituer des provisions d'hiver en remplacement du foin qui fera presque complètement défaut. La culture des racines fourragères et surtout des plantes fourragères vertes à grand rendement a pris un développement considérable. Mais laplupart de ces récoltes, notamment celle du maïs-fourrage, ne pourront se faner; on devra, pour les conserver, recourir à l'ensilage, sur lequel on nous demande de donner quelques détails précis.

La pratique de l'ensilage est aujourd'hui bien établie; elle a des règles désormais fixées, dont l'application ne présente pas de grandes difficultés, et qui réussit d'une manière à peu près certaine, à la condition de prendre quelques précautions qui ne demandent que des soins faciles à donner. Il ne peut être question, ici, d'entrer dans des considérations sur les différences entre l'ensilage doux et l'ensilage acide, sur la comparaison delà valeur alimentaire de ces deux produits, sur la comparaison du foin et des produits de l'ensilage ; il s'agit simplement, en présence d'une nécessité, de donner les indications nécessaires pour servir de guide aux cultivateurs.

On pratique l'ensilage du maïs-fourrage suivant quatre méthodes : dans des silos maçonnés, dans des tranchées ouvertes dans le sol, dans des silos superficiels en terre, et enfin dans des meules élevées à l'air libre. De ces quatre méthodes, la première et la quatrième se sont montrées les plus efficaces. Ce n'est pas que les deux autres n'aient pas donné de bons résultats, mais elles se sont montrées beaucoup plus aléatoires que les autres; on ne saurait donc les conseiller dune manière s^énéraleà l'encontre de celles-ci.

L'ensilage dans des silos en maçonnerie bien étanches exige des constructions spéciales ; d'ici au mois de septembre ou d'octobre, on n'aurait guère le temps, là où ils n'existent pas, d'établirde semblables constructions. Toutefois, on peut remplacer les silos spéciaux par des constructions qu'on consacre momentanément à cet usage, à la condition que les murs en soient suffisamment solides; une grange, une bergerie peuvent se transformer assez facilement en silos. Le silo est rempli de fourrage frais, n'ayant pas subi de commencement de fanage; le maïs est préalablement haché par le passage au hache-paille ou au

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hache-maïs (la maison Albaret construit des hache-maïs spéciaux avec élévateurs); il est répandu par couches horizontales, qu'on foule au fur et à mesure qu'on les répand. Lorsqu'on est arrivé au faîte, on recouvre d'une couche de 4 ou 5 centimètres de menue paille, sur laquelle on pose des madriers, et on applique sur ceux-ci des matériaux lourds, pierres, briques, etc., à raison de 450 à 500 kilog. par mètre carré. La masse s'affaisse lentement. Quelques mois plus tard, quand on veut l'attaquer, on procède par tranches verticales coupées à la bêche ou avec un couteau coupe-foin, en commençant par une extrémité (on trouvera notamment dans \e Journal du 24 avril 1886, des coupes de silos en maçonnerie.)

La compression du silo a pour objet de chasser l'air mêlé à la masse du fourrage, et qui en est le principal agent de fermentation. Pour éviter cette compression, on a conseillé, en Italie, d'arroser le fourrage avec une petite quantité de sulfure de carbone. Cette méthode a été expérimentée en France par M. de Gineste, agriculteur à Garrevaques (Tarn), principalement avec un ensilage de trèfle incarnat qui se montre particulièrement délicat; le silo a été rempli avec des couches successives de fourrages, épaisses de 50 centimètres, dont chacune était arrosée avec du sulfure de carbone. En mettant 2 kilog. de sulfure de carbone par 1,000 kilog. de fourrage, la conservation a été défectueuse; mais, avec 3 kil. 250, elle a été parfaite. Toutefois, outre que la manipulation du sulfure de carbone est désagréable pour les ouvriers, on ne peut recommander encore cette méthode qu'à titre d'essai.

L'ensilage en meules et à l'air libre peut se pratiquer partout et par chacun. Les règles générales à suivre sont les mêmes que pour l'ensilage dans des silos, mais une compression plus énergique est nécessaire ; on ne doit pas craindre d'aller jusqu'à 1 ,000 à 1 ,200 kilog. par mètre carré. Un des principaux promoteurs de cette méthode, qui la pratique depuis près de dix ans, M. Jules Cormouls-Houlès,à Mazamet (Tarn), nous fournit, sur la construction des meules, des détails qui peuvent servira guider les cultivateurs :

Le point essentiel pour une bonne conservation est la pression continue qui favorise l'expulsion de l'air et prévient ainsi la décomposition des matières ensilées. C'est là tout le secret de l'ensilage.

D'après moi, pour obtenir un bon résultat, il faut :

1" Choisir d'abord un emplacement bien horizontal : soit dans un hangar, soit contre un mur, soit au milieu d'une cour ou en plein champ.

Je préfère un hangar ou l'appui d'un mur pour éviter les éboulements qui peuvent se produire, si le tas n est pas bien fait.

2" L'emplacement choisi, y amener aussitôt après la coupe les fourrages sans attendre un commencement de dessiccation, l'humidité n'est pas un inconvé)\ient; loin de là ; et la pluie ne doit arrêter les travaux que lorsqu'elle empêche les ouvriers de travailler dehors.

3" Répandre les végétaux bien uniformément et monter le tas d'aplomb. La surface qu'on donnera au tas dépend évidemment de la quantité de fourrages qu'on se propose de conserver ainsi.

Chez moi, la longueur varie, car je donne toujours de 3 à 4 mètres de largeur, ceci pour faciliter la couverture et le débit. Si l'on a peu de fourrages, on peut faire son silo dans une journée.

Si on en a beaucoup, on peut faire durer cette opération très longtemps, à la condition de mettre tous les jours une nouvelle couche sur le tas en construction. (L'on peut néanmoins attendre du samedi soir au lundi matin).

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