II. — Les mesures et les conseils contre la séclteresse
La sécheresse est toujours aussi implacable ; les combinaisons des cultivateurs pour se procurer des fourrages sont déjouées de plus en
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plus chaque jour par les événements. Les uns sont obligés d'attendre pour semer les plantes fourragères d'été ; les autres ayant pu profiter des rares pluies survenues voient leurs graines rester en terre sans germer, ou ne donner qu'une germination pitoyable. Pendant ce temps, les marchés sont encombrés de bétail qu'on vend à vil prix, en désespoir de pouvoir le nourrir; des agriculteurs préfèrent même vendre leurs animaux et vendre aussi les foui-rages qui leur restent, pour profiter des hauts prix de ces derniers, en désespoir de pouvoir surmonter la situation. On ne saurait conseiller cette pratique, mais on n'ose pas non plus la blâmer, tellement l'avenir paraît gros de menaces; il repose tout entier sur l'espérance aléatoire de pluies vainement attendues jusqu'ici et dont les bons effets diminueront, à mesure qu'elles tarderont.
A diverses reprises, nous avons signalé déjà les efforts faits par les professeurs départementaux d'agriculture pour répandre les notions tout à fait d'actualité sur les moyens de parer, dans la mesure du possible, aux effets de la sécheresse. Nous avons reçu cette semaine les excellentes notices qui ont été répandues à cet effet par M. Guerrapain dans la Haute-Marne, par M. Tord dans la Charente-Inférieure, par M. Girard-Col dans le Puy-de-Dôme, par M. Magnien dans la Côte- d'Or; l'instruction rédigée par ce dernier, et par M. Guicherd, professeur spécial d'agriculture à Nuits-Sainl-Georges, a été imprimée en placard et affichée dans les communes par les soins des maires; elle a, de plus été tirée en brochure à 5,000 exemplaires qui ont été distribués gratuitement aux membres des Associations agricoles et aux cultivateurs du département. — D'autre part, le Ministre de l'agriculture s'est préoccupé des moyens de fournir des renseignements aux cultivateurs sur les ressources fourragères qu'on pourrait tirer des pays étrangers; il a provoqué, à cet égard, une enquête qui pourra donner des résultats utiles. Il s'est inquiété aussi, en vue d'enrayer Ja baisse désastreuse du bétail, de provoquer des achats nombreux d'animaux par le Ministre de la guerre pour faire fabriquer des conserves de viandes pour les usages de l'armée. C'est ce que fait déjà l'Allemagne qui fait acheter des convois entiers de bétail dans nos départements de l'Est.
Ainsi que nous le disions récemment, il était inévitable que la suppression des droits de douane sur les denrées propres à la nourriture du bétail serait provoquée. Dans la séance de la Chambre des députés du 12 juin, M. Jouffroy d'Abbans, député du Doubs, a présenté une proposition de loi tendant à la suspension temporaire des droits de douane sur le maïs. C'est, en effet, la seule denrée pour laquelle cette suspension présente quelque intérêt. Dans ces derniers temps, le prix du maïs a baissé sensiblement sur les marchés d'Amérique, et il est certain qu'on pourrait apporter ce grain dans nos ports aux taux de 12 à 13 fr. par 100 kilog., si le droit de douane était suspendu pour une durée déterminée. On peut toutefois se demander si l'ouverture d'un nouveau marché très important ne provoquerait pas de la hausse. Mais ce n'est pas un motif pour repousser cette mesure, dont les effets pourraient être très utiles pour l'agriculture. La mesure ne serait prise que pour les maïs destinés aux usages agricoles; mais
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il est inévitable que des fraudes se piM luu-aieiit à cet égard. On devra chercher les moyens d'éviter ces fraudes; mais le danger qu'elles présentent, si l'on a soin de fixer avec précision la durée de la suspension du tarif douanier, disparaîtrait devant les services que la consommation du maïs rendrait aux agriculteurs. Les entreprises de transport n'ont d'ailleurs jamais cessé d'employer ce grain, malgré le tarif de douane; les industries qui le transformaient ont, seules, arrêté ou diminué leurs opérations ; de ce côté, la surveillance pourrait certainement s'organiser.
III. — L' Association de Vindustrie et de Vagriculture française.
Dans le Journal du 3 juin, nous avons signalé le projet d'organisation de y Â^wcialion de tindmtrie et de l'agriculture française, paria transformation de l'Association de l'industrie française. La constitution de la nouvelle association a eu lieu le 14 juin, dans une assemblée générale tenue au Grand-Hôtel, à Paris, sous la présidence de M. Méline. Les industriels étaient naturellement les plus nombreux, en raison du court délai donné aux associations agricoles pour adhérer au projet. Néanmoins un certain nombre d'associations importantes avaient répondu à l'appel, parmi lesquelles la Société nationale d'encouragement à l'agriculture, l'Union des associations agricoles du Sud-Est, la Société centrale d'agriculture de la Seine-Inférieure, la Société des agriculteurs du Nord, la Ligue agricole libre de la Marne, la Société dagriculture de Bailleul (Nord), la Société d'agriculture de l'arrondissement de Chaumont (Haute-Marne), le Comice de l'arrondissement de Reims, le Comice de l'arrondissement de Saint-Quentin, etc.; les présidents d'un certain nombre s'étaient excusés de n'avoir pas eu le temps de prendre l'avis de leur bureau. Dans un discours très chaleureusement accueilli, M. Méline a exposé le but de la nouvelle organisation ; les statuts ont été discutés et adoptés. Le président a été chargé de prendre les mesures nécessaires pour la reconnaissance légale de la nouvelle Association, pour que la constitution du Comité de direction soit faite dans une assemblée générale après les vacances. Il ressort de cette réunion que la nouvelle Association, accueillie avec une grande faveur par les représentants des intérêts agricoles et des intérêts industriels, est désormais certaine d'arriver rapidement à une organisation forte et complète.