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X. — Le parasite du ver blanc et du hanneton

On sait que M. Alfred Giard, professeur à la Sorbonne, s'est livré depuis quelques années, à des recherches scientifiques sur le parasite du hanneton. Dans une brochure importante qu'il vient de publier, et qui est accompagnée de planches coloriées établies avec un grand soin, M. Giard fait connaître tant les résultats de ses études que ceux des procédés de destruction essayés contre le parasite. Dès le premier jour, M. Giard a donné le nom d Isaria c^e/^m au parasite que MM. Prilîieux et Delacroix ont appelé Bolrylis tenella, et il maintient toujours l'exactitude de sa dénomination. Il expose ensuite les nombreux essais de contamination des vers" blancs ou des hannetons qui ont été poursuivis depuis trois ans, et il en discute les résultats ; il recommande tou jours l'infestation par les résultats des cultures artificielles du parasite {Isaria ou Botnjtis), dans les champs envahis par les vers blancs, et il compte sur le succès définitif de celte méthode bien appbquée. XI. — Comice de Vienne-Boiisf^illon.

Le concours annuel du Comice agricole de Vienne (Isère), présidé par M. Mourcton, chevalier du mérite agricole, aura lieu cette année le 10 septembre prochain. Ce concours comprendra des primes importantes, notamment pour la grande et la petite culture et la viticulture. L'amélioration poursuivie depuis quelques années dans la région, fait espérer une magnifique exposition de bétail. L'exposition comprendra outre les animaux de toutes les espèces domestiques, les instruments agricoles et viticoles de toute nature et pourront fonctionner le jour du concours. Les étrangers à la circonscription sont autorisés à concourir, mais ils sont tenus d'en faire la déclaration avant le 10 août à

M. Revouy, vétérinaire à Vienne, secrétaire général du Comice. — Les fabricants d'instruments d'agriculture apprendront avec quelque salisftiction que le Comice agricole de Vienne a acquis depuis quelques années une importance considérable sous la nouvelle impulsion que lui a donné sa Commission d'initiative, et le concours de cette année promet d'être particulièrement remarquable.

XII. — Comice d'encouragement à V agriculture de Seine-et-Oise.

Le Comice d'encouragement à l'agriculture de Seine-et-Oise, tiendra son concours à Longpont, près Montlhéry, du 2 au 9 juillet. Des essais pratiques d'instruments auront lieu le 7 et le 8 juillet. XIII. — La betterave à sucre en Suisse.

L'industrie de la fabrication du sucre de betterave s'est introduite récemment en Suisse. La première fabrique a commencé à fonctionner <în 1892 dans le canton de Valais, àMonthey; les résultats obtenus ont été, paraît-il, excellents, la betterave donnant des rendements élevés dans les alluvions de la haute vallée du Rhône. On annonce qu'une autre fabrique sera montée dans la vallée de la Broyé. XIV. — Ecole pratique d' agriculture de Fontaines.

Les examens pour l'admission à l'Ecole pratique d'agriculture et de viticulture de Fontaines (Saône-et-Loire) auront lieu à la préfecture de Mâcon le 5 août prochain à 9 heures du matin. Les demandes d'inscri[)tion pour ces examens doivent être adressées à la préfecture avant le 15 juillet dernier délais. — Pour tous les renseignements pour l'admission, s'adresser à M. Reynoud, directeur de l'Ecole.

Henry Sagnier.

Séance du 21 juin 1893. — Présidence de M. Tisserand.

M. le Ministre de l'agriculture transmet ampliation de l'arrêté approuvant l'élection de M. Jules Maistre en qualité de correspondant.

M. Jules Maistre et M. Briot, récemment élus correspondants remercient la Société de leur nomination.

.\L GayfUer pose sa candidature à une place de membre associé national vacante dans la section de sylviculture.

La correspondance imprimée renferme les ouvrages suivants : Le lait, pur P. Langlois ; Les arbres à cidre et le cidre du pays d'Oihe, par Eng. Noël ; Traité pratique d'arboriculture., par A. Bouchez ; Note sur la 13" exposition de Gand, par Cli. Joly ; De la conciliation et de t arbitrage dans les complots collectifs entre patrons et ouvriers eu France et à t étranger, par l'Office du travail.

M. Cdiabot-KarJen fait une importante communication sur la campagne jnscicole de 1892. Cette communication sera publiée in extenso dans le Journal.

i\L Charles lîaltet parle à nouveau du Pohjf/onmn sakhalineuse dont Ir feuillage peut servir de foiirrage. La multiplication se fait par rhizome. Il présente également quelques fruits du ^/0?(-»j/ des Japonais {Elœaqus edulis), ou chalef à fruit doux, provenant d'arbustes ayant résisté au grand hiver et très robuste en Lorraine.' La séance publique annuelle est fixée au mercredi 5 juillet. Georges Marsais.

M. le comte Paul de Gasparin, correspondant de l'Académie des sciences dans la section d'économie rurale, décédé le 8 mai dernier, dans sa quatre-vin<i;t-deuxième année, était sorti de l'Ecole polytechnique en 1833, pour entrer au corps des Ponts et Chaussées.

D'abord en résidence à Marseille, puis à Orange, il brisa lui-même sa carrière d'ingénieur en refusant de prêter le serment exigé en 1852 de tous les fonctionnaires par le nouveau Gouvernement. Il s'adonna dès lors exclusivement à l'ac-riculture.

Menant de front, à l'exemple de son illustre père l'exploitation d'importants domaines, les études d'économie rurale et les recherches de chimie agricoles il sut bientôt conquérir une place distinguée parmi nos meilleurs agronomes.

Il se fit connaître d'abord par de nombreux et excellents articles insérés au Journal de r Agriculture^ fruits de ses travaux sur les terres, les agents de la fertilité, la composition et les besoins des plantes, les eaux naturelles... Ces publications pleines d'aperçus originaux, contenaient les éléments d'un ouvrage capital, publié en 1872, sous le nom de Traité de la dclermination des terres arables au laboratoire; ce titre indique nettement l'objet de l'ouvrage : il s'agit de rejoindre, par une recherche faite au laboratoire, à la question qui domine tout le travail du cultivateur : quel est la nature et la dose de principes fertilisants à introduire dans une terre pour atteindre, par l'augmentation de la production, le profit le plus élevé? L'auteur s'efforce d'abord de choisir ou de créer les meilleures méthodes d'analyse propres à déterminer les aliments minéraux des plantes disséminées dans les sols, et tout spécialement l'acide phosphorique. Mais les déterminations de ce genre, fussent-elles parfaites, ont en ellesmêmes peu de valeur, si on ne sait les interpréter en tenant compte de la constitution de la terre et de toutes les données dépendant des lieux qni s'y rapportent. Comment arriver aux interprétations qui, seules, ont du prix pour l'agriculteur? Par l'analyse d'un grand nombre de terres arables, prises en diverses régions agricoles, et par la comparaison des résultats obtenus aux champs avant et après 1 emploi des engrais spéciaux.

Telle est l'œuvre capitale dont M. Paul de Gasparin a jeté les fondements. Pour sa part, il a appliqué ses procédés d'analyses à 63 terres des caractères différents, dont il connaissait la puissance productive, et a donné des modèles de la discussion nécessaire en pareille matière.

Au cours de ces études, deux faits d'une haute importance ont été mis en évidence : c'est d'abord la constance des proportions des éléments nutritifs dans une même formation géologique, en sorte qu'il devient possible de dresser, avec quelques terres bien choisies, ce que l'auteur appelle le cadastre agrologique dune région ; c'est ensuite, l'importance du dosage de l'acide phosphorique, dosage qui su (lit le plus souvent par donner la mesure de production végélale.

L'exemple donné par notre regretté correspondant a été suivi par d'éminents analystes ; les comparaisons s'accumulent entre les résultats

de l'analyse et ceux de la culture, et. les réponses des chimistes aux demandes des praticiens prennent, de jour en jour, plus de certitude et de précision. Ainsi, l'œuvre entreprise par M. P. de Gasparin se poursuit avec succès ; elle a droit à la reconnaissance des agriculteurs et fera toujours vivre dans leur mémoire le souvenir de celui qui en a été l'initiateur. Th. Schloeslng,

Membre de l'Académie des sciences.

DISCOURS DE M. VIGER, MINISTRE DE L'AGRICULTURE

AU CONCOURS RÉGIONAL D'ARRAS, LE 11 JUIN Est-il un plus noble sujet de fête que la solennité qui nous rassemble aujourd'hui ? En est-il un plus lait que celui-ci pour réunir dans une même aspiration tous les bons Français?

Fêter l'agriculture, n'est-ce pas, en effet, célébrer la patrie elle-même, dont la production agricole est une des conditions de force, d indépendance, de grandeur? Fêter l'agriculture, n'est-ce pas rendre justice à ces nourriciers d'un grand peuple qui, modestes dans la prospérité, vaillants et énergiques contre l'adversité, déploient dans leur art si difficile et si pénible tant de courage, d'intelligence et de travail, et dont on peut dire que la patrie s'est faite à travers les siècles de leur patience, de leurs labeurs, de leurs sacrifices?

J'ai déjà visité plusieurs concours, et partout, du Sud au Nord, de l'Est à l'Ouest, malgré les tristesses de cette année si pénible pour notre agriculture, j'ai trouvé chez ces hommes à l'esprit droit, au cœur vaillant, la même résignation, la même patience et le même amour du progrès qui jamais ne se lasse pour apporter dans les méthodes de culture ou d'élevage les procédés qui découlent de l'application des découvertes de la science moderne. Aussi ai-je tenu à venir ici, dans ce centre de la culture industrielle, dans ce département du Pas-de- Calais que ses agriculteurs ont rendu depuis longtemps célèbre, afin de leur apporter, avec le modeste tribut de mon admiiration personnelle, les hommages et la reconnaissance du Gouvernement de la République.

Hier soir, à mon arrivée, j'ai tenu à visiter votre concours régional ; j'y suis retourné ce matin encore, sans que mon attention ait été lassée par l'examen de tout ce que j'y ai vu et admiré. Ce qui d'abord m'a réellement intéressé au plus haut point, c'çst cet admirable assemblage des 120 tètes représentant votre belle race flamande avec sa conformation ovoïde, caractéristique de cette variété de la race des Pays-Bas. La vache flamande est, en effet, une des meilleures parmi les espèces laitières françaises^ bien qu'elle soit un peu moins abondante en lait que la hollandaise; elle peut cependant, dans les régions où elle est bien nourrie, rivaliser avec elle. G est ce qu'on peut constater, notamment dans cette région qui rappelle les polders de la Hollande, dans ces watteringues que le génie de vos ancêtres a enlevées pour ainsi dire à la mer ; conquérants pacifiques, ils ont augmenté la pairie sans répandre de sang et seulement par la puissance du génie humain applicjné à asservir les forces de la nature.

Depuis longtemps on a renoncé chez vous au croisement pour améliorer cette belle rare, car on ne peut augmenter sa faculté lactifère, et, quant à l'engraissement, c'est une des caractéristiques de la flamande de prendre la graisse avec une aussi grande facilité que les races à viande les plus perfectionnées ; c'est par une sélection rationnelle que vous avez obtenu les superbes spécimens exposés aujourd'hui, et notamment ceux deM. Ghestera, lauréatdu prix d'honneur. C'est assurément avec un légitime orgueil que vous pouvez présenter aux visiteurs de votre concours cette belle race sur laquelle un inspecteur général de l'agriculture, M. Lefour, a écrit jadis une si intéressante monographie.

Nous avons, d'autre part, sous les yeux un véritable assemblage de toutes les races laitières de France et de l'étranger: la normande, la bretonne, la hollandaise, la jersyaisey attirent tour à tour nos regards et font admirer chacune les qualités qui les distinguent, tandis que, près de là, les hereford et les durham de pure race nous permettent d'établir des conaparaisons entre les deux plus célèbres rnces de l'.^uf^otcrr'^ ot d'admirer les superbes descendante de Hubback et les fils des dcux'^vachcs légendaires du célèbre Torakins, Mottle il Pigeon, doi.t le.

pedigree, comme disent les Anglais, a donné lieu à tant de controverses passionnées.

Nous retrouvons parmi les exposants de moutons les noms bien connus de nos plus célèbres éleveurs ; ici, ce sont MM. Conseil-Triboulot, Parent et Lemoine avec les mérinos de l'Aisne. Kous ne trouvons plus chez les types exposés par ces éleveurs l'ancien mérinos du Soissonnais au squelette développé, à la giosse tête, à la toison plissée. Le squelette est devenu moins osseux, les cornes se sont atténuées, les plis se sont eHacés, et pourtant la laine a conservé cette longueur de mèche et celte nervosité qui font rechercher tout particulièrement les laines du Soissonnais. Tous nos compliments à M. Lemoine auquel le jury a décerné le prix d'honneur.

MM. Couesnon-Bonhomrae, d'Havrincourt, Brebion établissent entre Eure-et- Loir, le Pas-de-Calais et Seine-et-Marne une lutte fort intéressante en nous présentant des disbley-mérinos très remarquables, et le vainqueur de ce pacifique tournoi a dépassé de bien peu le mérite de ses devanciers.

Il en est de même pour les southdowns, et M. Mallet fait honneur à sa réputation d'éleveur distingué en obtenant le prix d'ensemble des races ovines étrangères pour sou très beau lot.

Enfin, dans la race porcine, les craonnais et les yorkshire se disputent toujours la palme, chacun dans leur classe. Pour les premiers, c'est un petit cultivateur, M. Rohart Martin, d'Arias, qui est le vainqueur pour la plus haute récompense de sa section, et M. de Clercq, dont on connaît l'intelligence et le soin comme éleveur, obtient le prix d'honneur des races étrangères.

L'exposition des animaux est complétée par de beaux lots de produits de bassecour, parmi Ifsquels nous avons remarqué et admiré les spécimens exposés par Mlle Scallierez, de Warlus, et la collection d? poulets de Houdan et de Grèvecœur appartenant à Mme Durand, de Maulette.

Si nous passons à l'examen du concours hippique, nous devons reconnaître qu'il ajoute un puissant attrait à votre fête en réunissant dans le centre même de la production les plus beaux spécimens de votre race boulonnaise. On y trouve, en effet, une réunion des plus curieuses de ces animaux que M. Sanson appelle fort justement les hercules des chevaux de trait, car à la douceur ils joignent l'énergie musculaire et la vivacité des allures.

Cette exposition a été fort bien organisée par M. l'inspecteur général deLafargue-Tauzéa et par M. d'Humières, l'excellent directeur du dépôt de Gompiègne; je leur en ai témoigné ma satisfaction ainsi qu'à M. Randoing. notre inspecteur

ffénéral de l'agriculture, auquel je tiens à adresser publiquement des éloges pour e concours agricole.

J'ai assisté ce matin au splendide défilé des étalons et des juments de race boulonnaise qui ont été primés; et pour indiquer combien le Gouvernement de la République s'intéresse à votre élevage, j'ai acquis au nom de l'Etat les étalons qui ont obtenu les deux premiers prix. C'est un hommage que je tenais à rendre à leurs éleveurs, MM. d'Herlincourt et de Wazières. Mais j'étends mes éloges à tous les exposants, car il n'y avait pas de chevaux médiocres; ils ont sans exception mérité notre attention, et notamment les lots de MM. Têtu et Reptin.

Je me suis arrêté d'une façon toute particulière à votre collection de machines et instruments agricoles, dont l'emploi joue un rôle si prépondérant dans votre région, et j'ouvre une parenthèse pour féliciter spécialement une de vos vaillantes sociétés agricoles, la société centrale du Pas-de-Calais, qui a organisé une exposition des industries agricoles avec divers concours spéciaux d'instruments. Je reconnais bien dans l'esprit qui a présidé à cette organisation si pratique l'agriculteur distingué, l'industriel éminent dont le Gouvernement de la République a tenu à récompenser par la plus haute distinction les grands services : j'ai nommé M Demiautte.

Rien, en effet, n'est mieux fait pour répandre parmi les agriculteurs le goût des instruments perfectionnés que de les faire fonctionner devant eux et d'en démontrer, par l'usage, la supériorité sur le vieil outillage de leurs pères.

Vous avez tenu, messieurs, à établir des concours pour les distributeurs d'engrais et pour les semoirs. Quoi de plus utile que de populariser l'emploi du semoir à grains et à engrais? Le semoir est devenu un instrument indispensable depuis l'invention qui en a été faite par mon compatriote du Loiret, Duhamel du

Monceau, et les perfectionnements les plus ingénieux ont e'té apportés dans sa construction. On peut dire que la culture des céréales en lignes a produit dans la culture une véritable révolution, non seulement par l'économie de la semence, mais encore par l'augmentation dans le rendement qui en a été la conséquence.

Il est non moins nécessaire de vulgariser l'emploi des distributeurs d'engrais afin de répartir éi^alement ces précieux adjuvants du fumier de ferme, dont la culture rationnelle de la betterave a tant réj-andu l'usage depuis que la sucrerie de vos régions du Nord a transformé les vieilles méthodes et forcé les agriculteurs à recourir à la culture intensive.

Ce sera certainement l'honneur de l'industrie sucrière d'avoir donné une si vigoureuse impulsion, non seulement à la production de la betterave, mais encore aux rendements des terres en céréales.

Pour s'en rendre compte, il suffit de voir le chemin parcouru en se plaçant au point initial, c'est-à-dire à l'époque où, par suite des recherches de Margraff sur le jus de carotte, d'Achard sur celui de betterave, ou put être sûr que certaines racines à jus sucré pouvaient donner du sucre cristallisé capable de rivaliser avec celui de la canne.

La France appliqua la première cette découverte: la sucrerie est donc une œuvre éminemment française et dont notre génie industriel a le droit d'être fier, car elle a procuré à des milliers d'êtres humains du travail et des aliments, en se développant au fur et à mesure que les nouvelles découvertes de la science lui permettaient de simplifier et d'améliorer les procédés d'extraction du sucre.

Prenons l'année 1837, celle où l'impôt sur le sucre fut établi pour la première fois et à partir de laquelle la statistique nous a permis d'apprécier avec certitude le chiffre annuel de la production : nous constatons dans la campagne 1838-39 une production de 39,0u0 tonnes, tandis qu'en 1875-76 elle est passée à 462,000 tonnes. Mais, à partir de cette époque, nous voyons la fabrication diminuer, et pourtant nous vivions sous le régime du libre échange qui, disent ses partisans, doit seul surexciter l'initiative individuelle et amener cet âge d'or où la routine ne joue aucun rôle Cependant, durant la période de 1875 à 1884, nous voyons, en même te-mps que l'Allemagne passe d'une production de 250.000 à plus de 1 million de tonnes, notre industrie dépérir et nos fabriques se fermer.

C'est que la législation allemande favorisait par un système fiscal bien entendu l'extension de sa fabrication nationale. Notre ambassadeur à Vienne, le regretté Foucher de Careil, auquel notre agriculture doit tant île reconnaissance, poussait le premier cri d'alarme en attirant sur le danger que courait notre industrie sucrière et, par suite, notre agriculture l'attention du Gouvernement de la République. L'impôt allemand, établi sur la teneur en sucre de la betterave à un degré inférieur à sa richesse réelle, excitait la production de la betterave riche en matière sucrée, afin d'obtenir, sous forme de réduction de l'impôt, de véritables primes à la fabrication.

C'est alors que deux députés républicains, mon honorable ami M. Méline dont vous connaissez le dévouement à notre cause et l'éminent orateur à la confiance duquel j'ai dû l'honneur de représenter pour la première fois dans un cabinet l'agriculture française, parvinrent, non sans de nombreuses et éloquentes luttes parlementaires, à faire voter une loi qui fut une loi de salut pour l'agriculture en accordant le bénéfice de l'impôt à tout le sucre cristallisé extrait de la betterave au-dessus du rendement de 6 pour 100.

Et alors, messieurs, quelle merveilleuse transformation ! Tout d'abord les cultivateurs firent venir d'Allemagne des graines sélectionnées et l'on vit la betterave augmenter progressivement son rendement en sucre et passer à une richesse de 14 à 15 pour 100 comme en Allemagne.

La diffusion, invention toute française, que nos fabricants avaient délaissé© pour conserver les vieilles presses, et que les Allemands avaient progressivement appliquée à leur fabrication, remplaça le vieil outillage. Cette méthode de fabrication, qui ne comptait qu'une usine en 1876, est installée en 1892 dans 367 tabriques; bref, et c'est un exemple topique à citer à ceux qui méconnaissent la puissance de la protection industrielle, nous fîmes en cinq ans ce que les Allemands avaient mis cinquante ans à accomplir ; car les rendements en sucre cristallisé passèrent successivement à 6 pour 100, puis à 10 et même 11 pour 100.

D'autre part, le consommateur a-t-il été lésé par cette protection? Qui pourrait

J'affirmer sans mauvaise foi en voyant le prix du sucre descendre de 63 francs ]es 100 kilog. en 1880, au prix de 32 francs en l'-QO.

Faut-il aussi parler des salaires, de ces 30 millions de francs répartis entre des milliers d'ouvriers ruraux, hommes, femmes et enfants? ■ La population toute entière n'a-t-elle pas bénélicié, elle aussi, de cette quantité de viande produite par le nombreux bétail nourri avec la pulpe? Nos rendements en blé ne se sont-ils pas ressentis de la masse de fumiers qui, répandue dans nos champs, les a fertilisés et a, par conséquent, fait baisser le prix des céréales et du pain?

Me dira-t-on que les recettes du Trésor ont été atteintes par cette générosité prétendue que les adversaires de la protection ont tant blâmée! Et bien! non encore, puisque le rendement de l'impôt sur les sucres, qui était de 148 millions en 1883, est, en 1888, de 159 millions, en 1891, de 195 millions, et qu'il est prévu pour plus de 200 millions de francs en 1893.

Ce n'est pas cependant que nous n'ayons eu à soutenir de nouveaux combats et que la loi de 1884 n'ait eu à supporter des assauts nombreux et répétés, car le rendement légal de 6 pour 100 en sucre cristallisé a passé successivement k 7.50 pour 100 en 1889-90 et 7.75 pour 100 en 1890-91, et que les excédents indemnes ont été successivement frappés, en mai 1887, d'un impôt de 10 francs élevé successivement à 20 francs en 1888 et à 30 francs en 1890.

Actuellement le principe de la loi subsiste encore; mais il ne semble pas possible de pousser plus loin les exigences liscales de l'impôt sur la betterave. Le législateur avisé ne doit-il pas borner là ses modifications? Assurément, s'il ne veut pas tarir la source féconde de cet impôt pour vouloir trop lui demander.

Vous pouvez compter d ailleurs que je défendrai les intérêts de votre intéressante région dans les conseils du Gouvernement et au Parlement, avec toute l'énergie que je puiserai dans l'inébranlable fermeté de mes convictions économiques.

Le salut de notre agriculture est lié, en effet, à la prospérité de la sucrerie indigène qui exerce une influence prépondérante sur l'ensemble de notre production nationale.

Cette ardeur de conviction pour vous défendre, messieurs les cultivateurs, je la puise non seulement dans le raisonnement et dans l'étude sévère des nécessités qui s'imposent à notre démocratie, mais encore dans la sympathie personnelle que je ressens pour vous.

Si j'ai, trop longtemps peut-être à votre gré, retenu votre attention, c'est que je suis heureux de m'entretenir avec vous des choses qui vous intéressent tous et dans l'examen desquelles je me complais comme un ami des agriculteurs.

Je suis de ceux, en effet, qui, ayant été élevés, ayant vécu au milieu des hommes de nos champs, ayant partagé leurs craintes, leurs joies, leurs espérances, sont plus à même d'apprécier que personne l'étendue de leurs mérites; car si cette profession est noble entre toutes, combien est-elle aléatoire !

Ce n'est pas tout d'y dépenser des trésors d'intelligence et de travail; il faut encore y apporter une patience, une résignation que ne peuvent pas comprendre ceux qui n'ont point vécu de la vie agricole.

Tel jour, les champs du laboureur sont parés de toutes les couleurs de l'espérance, il croit toucher au but de ses efforts et recueillir la peine du travail opiniâtre auquel il s'est livré durant une année toute entière, quand une nuit de gelée, un orage l'ardeur du soleil ou l'abondance de la pluie vient détruire en peu d'instants son espoir et semer sa ruine là où, peu d'instants auparavant, on pouvait admirer les plus belles récoltes.

Aussi, mes'iieurs, devons-nous dans notre démocratie si grande et si laborieuse réserver une place d'honneur aux hommes de nos campagnes qui donnent à la patrie de si vaillants défenseurs et de si bons citoyens à la République !

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