VI. — Les vins de raisins secs dans le Roussillon
En publiant ses évaluations sur la prodution des vins en 1892, la Direction générale des contributions indirectes y avait ajouté des renseignements sur la fabrication des vins de raisins secs, dont nous n'avons donné que le total, parce que les détails n'intéressaient que médiocrement l'agriculture Dans ce document, le département des Pyrénées-Orientales figurait pour une fabrication de 61,6li5 hectolitres produits par les fabricants et les particuliers. A ce sujet, M. Ferrer, président delà Société agricole et scientifique de ce département, nous adresse la note suivante :
« Les journaux ont annoncé d'après une statistique qu'une quantité dépassant 61,000 hectolitres de vin de raisins secs avait été fabriquée dans les Pyrénées- Orientales en 1892.
« Cette nouvelle a beaucoup surpris et elle a surtout vivement ému la population viticolc de notre département, à cause du préjudice qu'elle était de nature à porter aux produits naturels de notre sol.
« Le président de la Société agricole esl heureux de faire connaître qu'il est en mesure d'affirmer que cette nouvelle est absolument erronée et qu'il n'a pas été fabriqué du vin de raisins secs dans les Pyrénées-Orientales en 1892, pas plus qu'en 1891 et 1890. Le président : Léon Ferrer.
Cette protestation prouve que les renseignements publiés par la Direction générale des contributions indirectes sont réunis parfois avec une légèreté regrettable.
YIL — Travaux des Associations agricoles.
Un Congrès des Sociétés agricoles du Pas-de-Calais a eu lieu à Béthune le 8 janvier. Les vœux suivants ont été émis :
« Le Congrès exprime les regrets : 1" Que la détaxe du blé édictée en 1891 par suite d'une augmentation de prix momentanée, ait été reportée au V août de cette même année de telle façon qu'au lieu de profiter à la consommation pendant la période déficitaire, elle a servi à la spéculation et a pesé non seulement sur la récolte de 1891, mais sur celle de 189:i en faisant perdre ainsi 60 millions de droits de douane à l'Etat et le double de cette somme à l'agriculture-
« 2» Que l'exemption des graines oléagineuses et des textiles ait réduit' presque à néant la culture de l'œillette, du lin et du colza, spécialement encore menacée par le projet de détaxe des builes minérales ;
« 3" Que la réforme de l'impôt sur les boissons frappe particulièrement la culture et la distillation de la betterave par l'exagération du droit sur les alcools, sans atteindre d'une manière suffisante en fait fe privilège des bouilleurs de cru à peine restreint et difficilement réduit par un exercice matériellement impossible.
« En conséquence, il soumet à l'approbation des associations agricoles représentées à la réunion les conclusions suivantes :
c. p Que le droit de 5 francs sur le blé soit maintenu pour toute la durée du tarif général actuel;
« Qu'au cas de récolte déficitaire il ne soit apporté à ce droit d'autre modification que celle qui résulterait d'une loi promulguée d'avance et fonctionnant automatiquement en ce sens qu'en prévision du cours de 30 francs constaté par les mercuriales officielles une détaxe de 2 francs se produirait sur simple décret ou circulaire ministérielle;
« Qu'au-dessous du cours de 25 francs le rétablissement du même droit de 2 francs aurait lieu dans les mômes conditions :
« 2" Que le droit existant sur les huiles minérales soit intégralement maintenu et que les droits sur les graines oléagineuses soient rétablis par la prochaine législature ;
" 3".Q"^^ l'alcool ne soit pas frappé d'une surtaxe qui serait particulièrement préjudiciable aux intérêts agricoles et industriels du Nord. »
Le Comice agricole de Saint-Quentin (Aisne), présidé par M. Alfred Carlier, a entendu dans son assemblée générale du 24 décembre, un rapport de M. Vivien sur les champs d'expériences et de démonstration pour la culture de la betterave à sucre qu'il avait organisés en 1892. Les expériences ont porté sur les variétés de betteraves dites hâtives; elles ont été faites sur les terres de MM. Lemaire, à Lesdins, Margerin du Metz, à Marcy, Emile Demarolles, à Neuville-Saint- Amand, et Jules Cardon, à Mesnil-Saint-Laurent. Après une discussion entre MM. Séverin, Robert, Lemaire, et Vivien, les conclusions du rapport, tendant à ce que de nouvelles expériences soient faites en 1893, ontété adoptées. D'après M. Robert, si les circonstances climatériques influent sur la récolte; il faut avant tout rechercher, dans les expériences, une race de betteraves riche et bien fixée, et la semer dans des terres convenablement aménagées et homogènes. Pour M. Lemaire, la hâtivité dépend surtout du sol et des moyens culturaux que l'on emploie ; avec moins d'azote pour les betteraves qui devront être récoltées les premières, on aura une densité meilleure. M. Vivien pense que la maturation peut être activée par certaines méthodes, mais au détriment du poids ; pour obtenir un résultat satisfaisant aux deux points de vue, il faut trouver une variété stable et l'ensemencer dans des terrains appropriés et bien nourris; on doit convier tous les cultivateurs à favoriser ces essais qui aboutiront à la solution désirée. VIII. — Conservation de la valeur clic fumier.
Dans le Journal du 14 janvier (page 46), nous avons analysé une étude présentée à l'Académie des sciences par MM. Muntz et Girard sur
les pertes d'azote subies par le fumier à l'étable même, avant qu'il soit enlevé; il résulte de leurs recherches que ces pertes sont toujours considérables, et qu'elles sont notablement plus élevées que celles subies postérieurement. Dans une nouvelle communication faite à l'Académie, dans la séance du 16 janvier, MM. Muntz et Girard ont cherché à établir les méthodes que peut adopter le cultivateur pour parer à ces pertes. A cet effet, leurs recherches ont porté sur la nature des litières et sur l'adjonction des substances pouvant retenir l'ammoniaque dans une combinaison stable. Sous le rapport des litières, ils ont constaté à nouveau que la tourbe, riche en matières humiques, retient mieux: l'ammoniaque que la paille, et que la terre donne des résultats encore supérieurs, ce qui s'explique par ses propriétés absorbantes pour l'ammoniaque et ])ar la nitrification rapide de cette base, qui est ainsi soustraire à la volatilisation. Quant à l'adjonction à la litière de diverses substances (sulfate de fer, plâtre, superphosphate de chaux, plâtres phosphatés, sels de magnésie) en doses limitées, elle ne leur a pas donné de résultats appréciables; il serait nécessaire, d'après ces essais, pour obtenir une réelle efficacité, de faire, pour l'achat du produit absorbant, une dépense à peu près aussi élevée que le bénéfice représentant la valeur de lazote fixé. MM. Muntz et Girard sont ainsi amenés à la conclusion suivante :
^' On voit que la fixation des quantités énormes d'ammoniaque qui se dégagent à retable n'est pas facile à réaliser pi'atiquement. L'emploi des litières de tourbe et de terres riches en humus paraît conduire aux meilleurs résultats. Si les conditions de milieu s'y prêtent, on peut avoir recours à ces matières; mais ce n'est pas le cas général et ou ne saurait conseiller à l'agriculteur de délaisser la paille de ses récoltes pour acheter de la tourbe ; on ne saurait non plus l'encourager à y substituer de la terre, matière très encombrante. Mais une pratique qui nous semble recommandable, c'est d'associer à la paille des terres, particulièrement des terres tourbeuses ou humifères, dont quelques pelletées, jetées sur la litière, forment une couche qui entrave notablement la déperdition de l'ammoniaque. »
Les cultivateurs pourront tirer profit de ces observations, car rien n'est plus important, comme chacun sait, que de ne rien laisser perdre de la valeur du fumier.