CONCOURS DE BOURGES
M. de Garidel et M. de Vogué, les deux présidents des sociétés, les conduisent avec une grande harmonie, s'en occupent avec beaucoup de zèle, et les tiennent à un niveau tel, que leur grosse influence répand à profusion la science agricole dans ces pays autrefois déshérités.
De nombreux animaux gras, que nous retrouverons bientôt à Paris, occupant encore les premiers rangs, y sont réunis, envoyés de tous les départements voisins. Leurs formes opulentes, arrondies et correctes, leurs poidfî énormes font présager de nouveaux succès bien mérités pour leurs éleveurs distingués que nous connaissons déjà.
M. Petit, de l'Allier, obtient le prix d'honneur pour un magnifique bœuf, croisement Durham-Gharolais(àge, 35 mois; poids, 1,112 kilog.).
M. Massé, du Cher, remporte celui des moutons avec un lot de trois brebis dishley de 33 mois, pesant 293 kilog.
M. Guillaumin, avec ses merveilleux Graonnais, enlève, dans l'espèce porcine, le prix d'honneur avec une truie de 13 mois, pesant 270 kilog.
MM. Aucouturier, Bellard, Grand, Robet, Lebourgeois, Edme, Bramard, etc., tiennent encore les premières places.
Le concours de reproducteurs, où ne doivent figurer que les animaux des deux départements, est vraiment remarquable. De nombreux exposants y viennent lutter dans un véritable tournoi, plein de cordialité, qui nous repose heureusement des graves dissensions politiques du jour.
Les bovins charolais élevés dans ces pays sont vraiment harmonieux. Leur bonne tête, leurs reins parfaitement droits, leurs dessous irréprochables, leur qualité viandeuse en font les meilleurs taureaux possibles pour régénérer les vacheries sur leur déclin.
M. Servois olitient le prix d'honneur et le prix d'ensemble pour quatre taureaux vraiment remarquables en tous points.
La race Durham est représentée par les animaux sortant des meilleures vacheries du Centre, M. Lebourgeois, M. Massé et M. Larzat ; ce dernier emporte le prix d'honneur et le prix d'ensemble.
Les ovins y sont largement représentés ; du reste, nous sommes dans un pays où l'élevage de celte espèce convient parfaitement; MM. Edme, Grotat, Lebourgeois, Aucouturier, etc., ont leurs efforts grassement récompensés. M. Massé obtient le prix d'honneur et le prix d'ensemble.
M. Guillaumin obtient avec ses porcs tous les succès.
L'exhibition des produits agricoles est magnifique, et vraiment pleine d'intérêts. Les nombreux constructeurs de la région avaient amené leurs machines et instruments les plus nouveaux et les plus perfectionnés.
Ce voyage a donc été pour moi des plus agréables, quoique cette température et cette neige aient pu faire craindre le contraire. Tous les exposants sans exception y étaient accourus, et, du reste pouvaient, ainsi que les nombreux visiteurs, se réunir dans le local du concours autour de vastes braseros qui maintenaient une douce et agréable température.
La Société des agriculteurs de France avait accordé plusieurs objets d'art et de nombreuses médailles pour encourager les éleveurs les plus méritants : j'étais heureux de voir cette ancienne et si puissante association venir ainsi en aide aux efforts des deux sociétés et étendre encore sa grande influence.
C'est avec grand plaisir que j'ai également revu celte bonne capitale du Berry avec ses fameux et intéressants monuments surgissant à chaque pas, et vous rappelant de si belles pages de notre histoire.
La Municipalité avait puissamment contribué à la bonne réussite du concours par ses fonds, et en accordant des hommes suffisants pour assurer le bon ordre de Ja circulation. La Préfecture et le Conseil général, où figurent de valeureux champions de cette noble agriculture, avaient également tenu à encourager les nombreux éleveurs et exposants par leur visite, leurs compliments, et en aidant surtout par leurs généreuses subventions cette bonne et inoubliable réunion où tous ont été contents et heureux.
Nobles Sociétés du Cher et de l'Allier, continuez votre bonne entente, vous marchez vers un réel et incontestable progrès, et vous arriverez vile, par son importance grandissante, à tenir le premier rang de tous les concours départementaux voisins. X...
INOCULATIONS CRITÈRES DE L'AFFECTION MORVO-FARCINEUSE ET DE LA TURERCULOSE EN RELGIQUE
On n'a pas oublié les intéressantes communications par lesquelles M. D. Hage nous a mis au courant des diverses expériences duD""B. Ban^, professeur à l'Institut vétérinaire de Copenhague, au sujet de l'emploi de la tuberculine comme diagnostic de la tuberculose dans la race bovine. Les conclusions de M. Bang portaient que la réaction de la tuberculine n'est pas plus parfaite que tout autre chose dans le monde, mais qu'il est évident que la méthode de la tuberculine signale un progrès énorme relativement à notre faculté de diagnostiquer la maladie.
Ce que fvoch a fait pour la tuberculine, des savants russes l'ont fait pour raffeclion morvo-farcineuse. Ils ont, à l'aide de cultures pures du bacille spécifique de cette maladie, préparé un extrait glycérine, appelé malléine, qui, injecté à faible dose sous la peau d'un cheval atteint de la morve, détermine une forte élévation de température accompagnée d'abattement général, d'accélération du pouls, d'inappétence, etc. Cette réaction fait défaut si l'animal n'est pas morveux.
La Direction de l'agriculture du ministère Belge de l'Agriculture, de 1 Industrie et des Travaux publics, profitant de ces découvertes, encore bien qu'elles ne soient pas absolument achevées, s'est empressée, avec un zèle fort louable, de les faire passer dans la pratique officielle. Par une circulaire du 22 novembre 1892 adressée aux gouverneurs des diverses provinces du royaume Belge, M. de Bruyn, ministre, revenant sur une idée déjà exprimée dans sa circulaire du 2 juillet, qu'il serait possible de subordonner l'allocation des indemnités pour tuberculose à certaines dispositions de police sanitaire propres à faire disparaître cette funeste affection, a fait part de la décision qu'il venait de prendre à ce sujet. Il a décidé de créer à l'Ecole de médecine vétérinaire de l'Etat, un dépôt de tuberculine. Le directeur de l'Ecole fournira cette matière aux médecins-vétérinaires qui lui en feront la demande, moyennant la modique somme de 20 centimes par dose à payer par le propriétaire des animaux. L'expédition s'en fera sans frais. A chaque envoi, il sera joint une instruction pour l'emploi de la tuberculine et une note indiquant les renseignements que les praticiens auront à fournir.
Ces renseignements sont destinés à éclairer le département de l'agriculture sur les mesures qu'il importera de prendre définitivement en vue de l'extinction de la tuberculose. Dans toute exploitation où Ton redoute l'existence du mal, le praticien pourra soumettre les animaux à l'inoculation révélatrice. En ce qui concerne la destination à donner aux animaux qui auront manifesté la réaction fébrile caractéristique, rien n'obligera actuellement le propriétaire à les sacrifier, mais les médecins vétérinaires insisteront sur la nécessité de les isoler, de n'en utiliser le lait qu'après cuisson, de les préparer pour la boucherie, en tout cas de les exclure rigoureusement de la reproduction ; le repeuplement en sujets nouveaux ne devrait avoir lieu qu'après avoir soumis ces animaux à l'épreuve de la tuberculine.
Il en sera de même de la malléine ; les vétérinaires peuvent obtenir ce produit en s'adressant également à l'Ecole vétérinaire de l'Etat à Gembloux, ils en obtiendront l'envoi aux mêmes conditions de prix et d'expédition.
Il est donc facile d'éviter à l'avenir la séquestration prolongée des chevaux chez lesquels la morve revêt un caractère latent. Il suffit, pour l'inspecteur vétérinaire provincial ou le médecin vétérinaire agréé, de pratiquer l'inoculation critère, du consentement du propriétaire de l'animal; en cas de réaction, l'inspecteur vétérinaire provincial provoquera sans retard l'abatage de l'animal sous les conditions d'indemnité déterminée par les règlements.
Les praticiens qui désirent obtenir de la tuberculine ou de la malléine sont priés, par cet arrêté, d'indiquer au Directeur de l'Ecole vétérinaire le signalement de chaque sujet à opérer : sexe, race, âge, taille (grande, moyenne ou petite), afin de pouvoir déterminer la dose des matières à fournir.
Cette circulaire et les dispositions réglementaires qu'elle prescrit peuvent avoir un retentissement considérable sur la situation du bétail et de la race chevaline en Belgique. On ne peut que féliciter M, de Bruyn de l'initiative qu'il a prise. Nul doute qu'en se répandant, ces procédés de diagnostic ne se perfectionnent et ne donnent des résultats de plus en plus précis et significatifs. La multiplicité des expériences donne des résultats comparés qui serviront à l'étude de ces funestes maladies qui déciment les races, les exposent à un abâtardissement fatal et présentent même tant de dangers pour la santé publique.
P. DU Pré-Collot.
OSTREICULTURE. — IV