VI. — Questions viticoles
Le Ministère de l'agriculture fait connaître que, par arrêté préfectoral en date du 7 octobre 1895, l'introduction des cépages américains de toutes provenances est autorisée dans l'arrondissement de Moulins (Allier), savoir : canton de Moulins, commune de Moulins, et canton de Souvigny, commune de Souvigny. — Par arrêté préfectoral en date du 17 décembre 1895, l'introduction des cépages de toutes provenances est autorisée dans les cantons de Roquesteron, arrondissement de Puget-Théniers, et de Villefranche, arrondissement de Nice (Alpes- Maritimes). — Par arrêtés préfectoraux en date du 15 janvier 1896, la libre circulation des sarments et plants de vignes, quelle que soit leur provenance, est autorisée sur le territoire des communes d'x4regno, canton de Mura, et de Novella, canton de Belgodere, arrondissement de Calvi (Corse).
Le Bulletin du Comice viticole et agricole de Cadillac (Gironde) nous apporte les réflexions de son président, M. Cazeaux-Cazalet, sur les discussions du Congrès viticole de Bordeaux. Après avoir rappelé les discussions que nous avons analysées, M. Cazeaux-Cazalet conclut comme il suit sur les insuccès du traitement contre le black-rot :
« En allant au fond des choses, en faisant une enquête minutieuse dans le Gers, on n'aurait jDas tardé à reconnaître que les insuccès provenaient de traitements mal faits, n'atteignant pas tous les organes verts, de traitements étoiles selon 1 expression imaginée d'un viticulteur de cette région. J'accorde volontiers, toutelois, que les vignes du Gers étant composées de cépages très sensibles au Llackrot et conduites sans échalas ni fil de fer sont plus difficiles à défendre. Mais il
est regrettable qu'on n'ait pas mieux dégagé la cause des succès et la raison des insuccès.
« Après ce que j'ai vu dans le vignoble en 1894 et 1895, après ce que j'ai entendu au congrès, je persiste dans mes conclusions : il suffit de traiter à la bouillie bordelaise aux ditférentes époques de relèvement de la température après les pluies froides du printemps. En pratique, les traitements seront toujours réduits à trois : le premier en mai, le deuxième en juin, le troisième du 25 juin au 15 juillet; parce que les relèvements de température qui alternent avec des pluies froides se produisent toujours à ces trois époques et parce que l'évolution du black-rot ne commence pas pendant les pluies froides, mais sous l'influence du relèvement de la température.
« La règle que j'indique concilie donc la possibilité de faire des traitements suffisamment préventifs et relativement peu nombreux. Il ne faut pas oublier, en effet, que les traitements trop préventifs ne sont pas efficaces, parce que la bouillie cesse d'être active et que de nouvelles feuilles se forment après les premiers traitements. Faire des traitements trop préventifs revient donc à faire beaucoup de traitements.
« MM. Viala et Lavergne recommandent de traiter quatre ou cinq fois, en commençant au moment où les pampres ont cinq ou six centimètres, et en faisant coïncider le quatrième traitement avec la fin de la floraison. Pas de règles pour les autres. Ils attachent une très grande importance au traitement qui est pratiqué au moment où la floraison est terminée et où les grains sont dépouillés.
« La règle que j'indique conduit toujours à faire ce traitement; nous avons eu souvent l'occasion de remarquer que la floraison commence avec des températures froides ou pluvieuses et s'achève avec quelques journées de beau temps. G"est alors qu'il convient de traiter en suivant ma règle; c'est alors qu'il importe de traiter, d'après MM. Viala et Lavergne.
ce En rattachant les traitements aux relèvements de température qui suivent les
Eluies, j'obtiens l'efficacité désirable et je gagne l'économie d'un traitement à la ouillie et de deux traitements aux poudres. ce Je recommande aussi le palissage précoce, le relèvement et l'attachage fréquent des pampres et l'éclaircissement des feuilles jusqu'à la floraison, pour gêner le développement du black-rot et faciliter l'application de la bouillie. Tout ce que j'ai entendu au Congrès et tout ce que j'ai vu dans la région des vins blancs justifie cette recommandation, qui n'a peut-être pas été bien comprise.
« Je ne demande pas un efteuillage complet, mênae dans le cas d'une invasion accomplie. Je me borne à demander l'enlèvement judicieux de quelques feuilles, de temps en temps, dans l'intérieur des ceps, pour faciliter l'aération. Il y a longtemps que cette précaution est prise dans le vignoble blanc, pour faciliter le soufrage, la floraison et le développement des raisins.
« Chaque fois que l'on passe dans la vigne pour un travail quelconque, pour les binages, l'attachage des pampres, l'ébourgeonnement, le pincement, le soufrage, on enlève les feuilles qui gênent la circulation de l'air à l'intérieur des ceps. On s'en trouve bien. Les ceps ainsi soignés valent mieux que les autres à tous les points de vue, le développement des feuilles qui restent compensant largement la suppression des autres.
« L'enlèvement des taches de black-rot peut amener un effeuillage plus grand et nuisible à quelques égards, mais il s'agit alors de sauver la récolte, et il ne faut pas hésiter à appliquer ce moyen radical.
« En somme, ma conclusion est qu'il y a lieu d'envisager l'avenir avec confiance et de ne pas craindre des désastres comme ceux du Gers, partout où les traitements seront bien faits, n
L'autorité qui s'attache aux observations de M. Cazeaux-Cazalet donne un poids spécial à ces réflexions, qui sont d'ailleurs d'une nature encourageante pour l'avenir.