‹ Journal de l'agriculture (volume 4)Chapitre 12 sur 737 · DU BLÉ · texte numérisé non relu

DU BLÉ

J'ai organisé, cette année, dans la Gironde, dix champs de démonstration pour l'emploi du nitrate de soude dans la culture du blé d'hi-

ver; cette organisation a donné lieu, simultanément, à un concours avec primes entre les possesseurs des champs.

Voici quels ont été le mode d'organisation de ces champs et les résultats qu'ils ont donnés.

I. Orgaimsation. — Pour que les démonstrations fussent absolument concluantes aux yeux des cultivateurs, encore un peu incrédules à l'endroit des engrais chimiques, j'ai pensé qu'elles devaient satisfaire à un certain nombre de conditions préalables qui forçassent, si je puis dire, la conviction dans les esprits.

A cet effet, j'ai porté à un hectare la superficie de chaque champ, qui a d'ailleurs reçu sur toute sa^urface, en couverture, au printemps, et en deux fois : 100 kilog. de chlorure de potassium; 200 kilog. de phosphate précipité.

Cette fumure générale était, à mon sens, Tunique moyen de bien mettre en lumière l'action du nitrate, qui aurait pu, autrement, se trouver paralysée faute d'une proportion suffisante de potasse et d'acide phosphorique dans les sols d'une région où ces deux éléments font presque défaut.

Le nitrate a été répandu en même temps que le chlorure et le phosphate, mais sur une moitié seulement de chaque champ, à la dose de 125 kilog. par hectare.

D'autre part, les champs ont été choisis en divers points du département, aussi variés que possible en tant que nature de terrain et milieu, et déjà préparés, fumés, ensemencés suivant les usages locaux. Le contrôle immédiat des travaux de culture et de récolte a été confié à MM. Reillat, Magen, Joué, professeurs spéciaux à Cadillac, Libourne, La Réole, dans les circonscriptions respectives desquels se trouvaient les champs; ces messieurs ont eu également à vérifier l'exactitude des renseignements portés par les propriétaires sur les questionnaires que je leur avais adressés.

Enfin, à part l'application des engrais, la culture des champs de démonstration ne s'est, à dessein, aucunement différenciée de ce qu'elle est dans le pays.

J'aurais souhaité pouvoir compléter la démonstration en comparant aux parcelles traitées des parcelles d'égale étendue, cultivées sans engrais chimiques; malheureusement, aucun des agriculteurs auxquels je me suis adressé ne possédait 1 hect. 50 en blé d'hiver dans des conditions suffisamment semblables pour que les conclusions à dégager fussent à l'abri de toute critique; je me servirai, en conséquence, pour la discussion, des moyennes du département en 1895.

II. RÉSULTATS. — A. Résultats matériels. — Les résultats matériels et financiers sont consignés et figurés dans le tableau qui suit; il n'a pas besoin d'indications spéciales qui en facilitent la lecture ; qu'il me suffise de dire que le champ n° 6, dont le rendement s'est élevé au chiffre considérable de 5,200 kilog. de grain (65 hectolitres) et 9,100 kilog. de paille, est établi sur les alluvions modernes de la Garonne; par ailleurs, tous les autres champs sont en terrains variés, mais ne présentant rien qui les distingue des terres à blé ordinaires de la région.

Le premier fait qui frappe l'attention à l'examen du tableau, c'est

EMPLOI DU iNITRATE DE SOUDE DANS L.\ CULTURE DU BLÉ.

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l'augmentation moyenne par hectare de 475 kilog. de grain et de T21 kilog. de paille qu'a déterminée l'application du nitrate de soude; la \aleur de ce supplément de récolte représente quatre fois le prix de l'engrais qui l'a produit. Cet accroissement de rendement s'est même réalisé sur le cliamp n" 6, d'une fertilité naturelle exceptiornelle; il a rendu /iOO kilog. de grain de plus dans la partie nitratée que dans celle qui ne l'était pas; seulement, en raison de la nature alluviale du terrain, particulièrement favorable à la production herbacée, le rapport normal du grain à la paille ne s'est pas maintenu, l'excédent du poids de celle-ci n'a atteint que 570 kilog. au lieu de 800 kilog. en- Anron auquel il aurait dû s'élever.

Celte question du rapport de la paille au grain mérite, d'ailleurs, qu'on s'y arrête encore un instant. Si l'on considère, en effet, les champs ï , 2, 3, 4, on est tout d'abord étonne de leur faible rendement en paille par rapport à leur rendement en grain : 9,3-40 kilog. de paille, dans l'ensemble, pour 8,260 kilog. de grain. La lecture des questionnaires explique cette anomalie apparente : aucun des quatre champs n'a reçu de labour préparatoire de plus de 0 m. 20 de profondeur, sauf le n° 2, où l'on est descendu jusqu'à 0 m. 25, au contact de la roche calcaire dure et imperméable qui constitue le sous-sol.

Dans ces conditions, les couches profondes ne peuvent, dès que la sécheresse arrive, fournir la quantité d'eau nécessaire à l'élongation normale du chaume, et la paille récoltée n'atteint pas, comme ce devrait être, le double ou environ du poids du grain. Ce fait est général dans la Gironde, où la culture en billons, acceptable dans les régions à pluies d'hiver et de printemps persistantes, est loin d'atténuer avec nos pluies assez fréquentes, mais de peu de durée, l'insuffisance d'approfondissement de la couche arable.

Le champ n" 7 présente une autre anomalie; la partie nitratée a donné un peu moin& de paille que l'autre : 4,000 contre 4,270 kil., tandis que le grain suivait la loi ordinaire de progression. Je ne puis fournir une explication bien satisfaisante du phénomène, mais les conditions très défectueuses dans lesquelles ont été faites les semailles n'y sont évidemment pas étrangères. Le grain, sulfaté d'avance, comme il convient, a été jeté sur chaume de maïs-fourrage non retourné, faute de pouvoir faire entrer la charrue dans la terre desséchée; il n'a été recouvert que dix jours après l'ensemencement, par un labour très superficiel, alors qu'il était, en grande partie, déjà germé; la levée s'est faite très irrégulièrement, et il n'y a eu de tallage et de récolte que sur l'hectare qui a reçu les engrais chimiques. Enfin, la seconde application de nitrate, faite très tardivement, a été suivie d'une sécheresse persistante jusqu'à la moisson, ,1e ne prétends pas expliquer, par cet ensemble d'accidents et de défectuosités, l'écart que je viens de signaler, mais on ne peut se refuser à admettre qu'il a eu sur lui une certaine influence.

Le rendement moyen de 2,395 kilog. de grain et de 4,191 kilog. de paille est relativement faussé par les résultats qu'a fournis le champ n" 6; en maintenant ces chiffres dans les évaluations qui vont suivre, on resterait à côté de la vérité. Mais si l'on élimine ce champ des cal-^ culs, on arrive encore, pour les 9 autres, aux moyennes que voici :

Avec nitrate.. Sans nitrate.

Grain 2,084 kiloi?. (-26 liectoiitres). f.rain 1,600 kilog, (20 hectolitres)

Paille 3,646 kilog. Paille 2,944 kilog.

Le rendement moyen de la Gironde ayant atteint à peine, cette année, 1,200 kilog. ou 15 hectolitres en grain et 1,600 kilog. en paille, il y a, du fait de l'engrais complet, une augmentation de 11 hectolitres, dont 5 sont attribuables au nitrate seul. Pour la paille, les accroissements sont respectivement de 2,046 kilog. et de 1 ,344 kiloo-.; l'action du nitrate est des plus manifeste sur la production de la paille. Il est d'ailleurs à remarquer que l'élimination du champ n" 6 ne modifie pas sensiblement l'écart entre les parties nitratées et les autres, puisqu'elle le porte de 475 à 480 kilog. seulement pour le grain, et de 721 à 753 kilog. pour la paille.

U est assez difficile de voir, dans le tableau qui précède, si les différentes variétés de blé sont également influencées par le nitrate de soude; outre que sept des dix champs ont été ensemencés en blé rouge ordinaire de Bordeaux, variété peu sujette à la verse, le huitième est le même blé rouge sélectionné par M. Cardouat, instituteur à Gironde; il ne reste donc que les champs 6 et 7 emblavés, le premier en blé géant du Milanais et le second en Bladette, blé rouge, blé de Bretagne; malheureusement, ils se trouvent tous deux dans les conditions exceptionnelles de production que nous avons dites plus haut, en sorte qu'on ne peut rien conclure des résultats qu'ils ont donnés en ce qui concerne l'influence de la variété.

Il n'en est pas de même du rapport du poids du grain récolté au poids de la Kemence. Défalcation faite du champ n° 6, ce rapport est de 2' .33 pour 1 dans les parcelles nitratées et de 16.48 pour 1 dans les autres.

Comparée à la moyenne du département qui est à peine de 9 pour 1, celle des champs de démonstration met en évidence, une fois de plus, les avantages que présentent les engrais chimiques, en général, et le nitrate de soude en particulier, pour l'augmentation du rendement brut des récoltes.

Ces avantages sont non moins formels en ce qui concerne le revenu net, ainsi que vont le faire ressortir les chiffres suivants.

B. Résultats financiers. — Rendu à la ferme, le nitrate de soude vaut 25 francs les 100 kilog., le chlorure de potassium 22 fr. 50, le phosphate précipité (40/41) 28 fr. 50. A raison de 125 kilog. de nitrate, de 100 kilog. de chlorure et de 200 kilog. de phosphate précipité, la fumure complète d'un hectare coûte 110 fr. 75; sans nitrate, elle revient à 79 tr. 50.

Or, eu comptant le blé à 18 francs le quintal, la paille à 45 francs les 1000 kilog., et prenant pour moyenne du rendement du département 1,200 kilog. de grain et 1,600 kilog. de paille, la récolte brute vaut respectivement :

Avec nitrate... ^ S'"?,'"'- J'OfO i}\^S- X 18 = 375 fr. 12 | 539 f, jg ( Paille.. 3,646 kilog. x 45 = 164 fr. 07 )

Sans nitrate.... \ gram.. 1 ,600 kilog. X 18 =. 288 fr. 00 j 420 fr. 48 I Paille.. 2,944 kilog. x 4d = 132 fr. 48 '

Département... \ ^ram.. 1,200 kilng. x 18 = 216 fr. 00 j ogs fr. 00 * ( Paille.. 1,600 kilog. x 4t) = 72 fr. 00 )

Dans les conditions d'organisation des champs de démonstration qui. je le répète, sont les conditions ordinaires de la culture locale, puisque je n ai pas fait intervenir dans les moyennes le champ n" 6, remploi du chlorure et du phosphate augmente le revenu brut de 132 fr. 48 par hectare; laiigmentation atteint 251 fi-. 19 si on y ajoute le nitrate, ce qui donne pour l'emploi de ce dernier sel, pris isolément, un accroissement de revenu hrut de I !8 fr. 71.

Que si l'on retranche maintenant de ces différents nombres la valeur des fumures qui ont servi à les obtenir, on obtient, en prenant toujours comme terme de comparaison les 288 francs représentatifs de la récolte du département :

539 fr. 19 — (110,75, fumure complèle-h 288)= 140 fr. 44. 420 fr. 48— (79,50. fumure sans nitrate-h 288) = 52 fr. 90.

L adjonction du nitrate à la fumure incomplète porte donc presque du simple au triple le revenu net de la culture, et elle porte à 140 fr. 44, déduction faite de sa valeur, l'augmentation du revenu net que peut donner la culture locale.

III. Co.\CLcsio>s. — L'exposé qui précède permet de formuler les conclusions que voici :

Le nitrate de soude appliqué en couverture et en deux fois, au printemps, sur des terres pourvues de potasse et d'acide phosphorique, a déterminé dans la Gironde, en 1895, dans la culture du blé d'hiver et par hectare, une augmentation de 259 fr. 19 de revenu brut et de l-'iO fr. 44 de revenu net par rapport au rendement moyen de la culture locale (champs 1 à 10).

Son action a été très sensible, même sur des terres d'alluvion d une fertilité exceptionnelle champ n°6).

Elle s'est également manifestée sur un sol qui n avait reçu aucune façon préparatoire à l'ensemencement (champ n'' 7;

Sur les terres labourées à 0 m. 20 au plus de profondeur, son efficacité est plus marquée sur la production du grain que sur celle de la paille champs 1,2,4).

Le même fait s'observe lorsqu'un sous-sol dur, imperméable, se rencontre à moins de 0 m. 30 de profondeur (champ n" 3;.

Sur labours profonds de 0 m. 30 à 0 m. 40, l'augmentation de rendement du grain et de la paille suit une progression parallèle, avec prédominance appréciable dans la production de la paille (champs 8,9, 10}.

Pour une quantité déterminée de grain et de paille à obtenir, l'accroissement de rendement brut qu'entraîne son application permet de réduire d'un tiers au moins les superficies ensemencées.

Cet accroissement, en diminuant de près de moitié le prix de revient du bli'>, rend la culture de cette céréale lucrative, même aux cours très bas auxquels elle est actuellement descendue.

L'emploi du nitrate de soude mérite, en conséquence, d'être généralisé dans la culture des céréales, dans celle du blé en particulier, même dans les conditions défectueuses de préparation du terrain où elle est faite par les cultivateurs. F. Vassillière,

Professeur départemental d'agriculture.

La plaine du Forez, dans Tarrondissement de Montbrison, département de la Loire, est une des régions du centre de la France dans lesquelles les transformations agricoles se sont manifestées dans les proportions les plus frappantes depuis un demi-siècle. Longue de 40 kilomètres environ et large de 20 en moyenne, elle forme un vaste plateau entouré de montagnes, qui passe pour avoir été autrefois un lac que vida la rupture des digues rocheuses qui le fermaient en amont de Roanne. Cette plaine est divisée en deux parties inégales par la Loire, qui la traverse du sud au nord. Sur les deux rives du fleuve, l'aspect varie peu. Le long du fleuve, s'étendent, sur une largeur de2 à 3 kilomètres, d'excellentes terres dalluvion, dites les cliambons, que les inondations du fleuve fertilisent presque périodiquement; au-delà, ce sont les terres de varennes, maigres, sablonneuses ou argileuses, reposant le plus souvent sur un sous-sol imperméable, parsemées d'étangs nombreux, peu productives, dont les cultivateurs n'avaient le plus souvent que de très maigres ressources. La création dévoies de communication, d'un chemin de fer, commencèrent une transformation nécessaire, qui a été poursuivie depuis quarante ans avec persévérance, et dont les résultats sont désormais bien accusés.

Dans une très intéressante étude qu'il a publiée cette année même, sous le titre : Le progrès agricole dans la plaine du Forez depuis cinquante ans, M. le vicomte de MeauK, ancien ministre de l'agriculture et du commerce, a rappelé les termes du problème à résoudre : « Dans cette plaine présentant, dit-il, entre les montagnes qui l'environnent de toute part comme d'une forte muraille, une surface de soixante mille hectares, dans ce vaste bassin de sable, de silice et d'argile traversé par la Loire, l'amélioration à poursuivre importait à la fois à la santé publique : car le mal à guérir, l'insalubrité, nuisait pareillement aux récoltes et aux habitants. Pour enrichir la terre, il fallait avant tout l'assainir, et pour rendre la culture féconde, fortifier le cultivateur. » On peut considérer désormais ce programme comme à peu près réalisé.

En effet, sur les deux rives de la Loire, des associations syndicales de dessèchement ont été constituées avec le concours du département et de l'Etat. Tout un réseau de canaux a été creusé pour enlever l'excès des eaux et pour l'entraîner dans le thahveg; en même temps, un assez grand nombre d'étangs ont été desséchés. Si l'on reproche, sur certains points, au service d'assainissement du sol d'avoir peut-être été trop coûteux, on constate partout qu'il fonctionne très régulièrement. D'un autre coté, un çïrand canal d'irriijation a été construit sur la rive gauche de la Loire; commencée en 1864, interrompue pendant de nombreuses années, reprise en 1882, la construction de ce canal a marché lentement, mais le réseau parait devoir en être achevé bientôt. L'artère principale parcourt toute la partie occidentale de la plaine; la plupart des branches secondaires sont construites; bientôt, grâce à un viticulteur habile, M. de Vazelhes, celle de Grézieux, qu'on attend impatiemment pour l'arrosage des prairies et la submersion des vignes, complétera cette œuvre d'une haute utilité pour le pays, qui

souffre souvent autant de la sécheresse en été que de l'excès d'eau dans les autres saisons.

Ces i>i'ands travaux ne suffiraient pas à assurer la transformation du pays, si les efforts individuels des agriculteurs n'avaient pas, parallèlement, exercé leur action féconde. La plaine du Forez a eu la bonne fortune de compter un certain nombre d'agriculteurs d'élite qui se sont consacrés, avec ardeur et persévérance, à supprimer les vieilles routines et à les remplacer par des méthodes de culture rationnelle. Parmi ces agriculteurs, on doit placer au premier rang M. le marquis de Poncins, membre de la Société nationale d'agriculture de France, qui a consacré une carrière des plus actives à une entreprise ardue et de longue haleine, la transformation du domaine des Places, qu'il peut montrer aujourd'hui avec un légitime orgueil. J'ai visité récemment ce magnifique domaine, qui mérite une description au moins sommaire.

C'est en 1859 que M. le marquis de Poncins s'établit sur le domaine des Places, qui s'étend, sur la rive droite de la Loire, sur les communes de Valeille etdeSaint-Cyr-les-vignes, dans le canton de Feurs. L'étendue en est aujourd'hui de 793 hectares. Ce vaste domaine était alors divisé en huit fermes, mal cultivées par des fermiers sans ressources et sans instruction. M. de Poncins a supprimé peu à peu ces fermes, pour réunir tout le domaine sous sa direction. L'ensemble forme aujourd'hui une vaste plaine régulière, qui s'arrête au pied des coteaux de Saint-Cyr, et dans laquelle ont été conservés surtout quatre groupes de bâtiments, qui servent à loger des ouvriers-chefs et des attelages de travail, afin d'économiser les pertes de temps qu'entraînerait le retour journalier à la ferme principale située à l'une des extrémités du domaine. Mais c'est de cette ferme que partent les ordres quotidiens de service, c'est de là que se fait toute la direction. Pour faciliter celle-ci, M. le marquis de Poncins a installé, depuis douze ans, un réseau téléphonique qui fonctionne avec régularité, et qui lui est du plus grand secours pour la transmission des ordres. Le téléphone traverse le domaine d'une extrémité à l'autre, sur une longueur de 6 kilomètres, et il se ramifie pour rejoindre les quatre dépôts de travail ou centres dont on vient de parler. Les arbres servent de supports aux fils ; la fig. 1 montre les systèmes variés adoptés pour ne pas nuire aux arbres.

Lorsque M. de Poncins prit possession des Places, le domaine était dans un état lamentable. Voici la description qu'il en faisait lui-même à cette époque :

« Les parcelles en général très petites étaient entourées de fossés qui se commandaient les uns les autres et servaient à l'eau de réservoirs plutôt que de conduits d'écoulement. La couche arable, amenée depuis longues années sur les bords du champ par les araires de bois en usage dans le pays, formait des atterrissements considérables de telle sorte que le milieu devenait un véritable bassin. Les bâtiments étaient insalubres et insuffisants. Il n'existait aucun chemin de service; pas do ponceau, pas de voie de communication pratiquable pour rejoindre les grandes routes. L'étable, aussi misérable que le reste, se composait de huit bœufs, une dizaine de vaches, quelques porcs et autres menus bestiaux; encore avait-on peine à nourrir ces malheureux animaux, qui devaient vivre l'hiver avec le produit de huit hectares de mauvais prés ou pâtures, et l'été avec les joncs des étangs qu'ils allaient paître dans l'eau jusqu'au ventre. IjCS trèfles, les

racines, le froment étaient complôlement inconnus et impossibles. Le seigle cullivé à de rares intervalles formait l'unique revenu d'une terre à qui la jachère morte donnait seule quelque fécondité. »

Le premier soin de M. de Poncins devait être de tracer un plan méthodique d'améliorations. Deux choses s'imposaient d'abord : assurer la circulation surle domaine par la création de chemins, et assainir le sol. Cette deuxième opération était particulièrement délicate. Il fallait, en effet, provoquer l'écoulement des eaux superficielles par des fossés régulièrement tracés, et en empêcher la stagnation dans les champs par un nivellement bien fait et maintenu constamment en bon état. On comprend qu'une semblable opération, exécutée sur une aussi

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Fig. l. — Le téléphone à la ferme dos] Places.

vaste surface, ait exigé de longs efforts, et une persévérance infatigable. Elle a été menée à bonne fin progressivement; à peine quelques parcelles plus récemment acquises restent encore aujourd'hui à mettre en valeur, et indiquent, par leur aspect misérable, ce qu'était naguère l'état général des lieux. Quand on parcourt aujourd'hui ce vaste domaine, on est frappé, dès l'abord, de la précision avec laquelle ces travaux ont été exécutés, et de l'uniformité des résultats acquis. Toutes les terres du domaine des Places sont cultivées suivant une méthode uniforme. Les pièces de terre sont vastes et aussi régulières que possible; les labours se font en planches d'une largeur uniforme et d'un tvpe unique. Les petits lopins de terre qui, dans les angles des pièces, ne peuvent, à raison de la configuration du sol, entrer dans ce plan géométrique, sont plantés d'arbres forestiers. Toutes les terres

ont élé défoncées à une profondeur de 40 centimètres, tant pour approfondir la couche- arable, que pour diminuer l'imperméabilité du sous-sol; les parties les plus humides ont été drainées.

Les premiers défoncements ont été opérés à la ferme des Places avec les appareils de labourage à- vapeur du système Howard. Mais ces outils n'offrant pas, dans nombre de parties du domaine, une résistance suffisante, M. de Poncins dut construire lui-même de nouveaux

Fig. 2. — Charrue tourne-oreilles du système Poncins, sans les versoirs.

engins plus puissants, armés de cou très épais et des socs énormes nécessaires pour entamer le mâchefer qu'on trouve souvent à quelques centimètres au-dessous de la surface. Ce n'est pas seulement dans cette transformation que M. de Poncins a montré une très grande ingéniosité mécanique. La ferme des Places est munie de deux ateliers de forgeron et de charron, et c'est là que sont fabriqués tous les outils en usage sur le domaine, et particulièrement la charrue Poncins, que

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Fig. 3. — Charrue montée avec les versoirs. Fig. 4. — Versoir vu par derrière

montrent les figures 2et 3; cette charrue est la seule employée sur l'exploitation. Le Journal en ayant déjà donné la description (n"' du 28 janvier et du 4 février 1888), nous y renvoyons le lecteur pour ne pas allonger cette notice. On trouve aussi sous les hangars quantité d'instruments imaginés par M. de Poncins et dont quelques-uns sont, depuis des années, très utilement employés dans les travaux.

Aujourd'hui, les labours de défrichement se font avec l'ancienne charrue à vapeur transformée, tirée par un treuil à quatre bœufs, construit aussi à la ferme. Il faut voir la charrue en action, brisant et soulevant des quartiers de roches, pour se rendre compte des diffi-

cultes présentées par la mise en valeur d'un sol aussi rebelle au travail.

D'autres labours de défoncement sont répétés en tête des assolements; ils se font à une profondeur de 35 à 40 cenùmètres. Ce travail s'opère plus facilement que le précédent. Deuv charrues Poncins de force moyenne ouvrent deux raies parallèles etcontiguës; derrière elles, une charrue de grand modèle, munie de versoirs de défoncement, creuse la deuxième raie à la profondeur voulue, en l'élargissant. Toutes les terres du domaine sont ainsi défoncées profondément tous les sept ans, cette période correspondant à la durée de l'assolement.

C'est par ces travaux, suivis de chaulages et d'emploi des engrais, que M. de Poncins a pu transformer complètement le domaine des Places. Il y a ajouté la création de vastes étendues de prairies nivelées et organisées pour être irriguées, comme nous le verrons plus loin. En même temps qu'il* arrivait à nourrir un bétail plus nombreux d'année en année, il pouvait s'adonner à la culture du blé et des plantes sarclées, naguère à peu près inconnues dans le pays.

On compte aujourd'hui, aux Places, environ 175 hectares de terres arables, 350 hectares en prairies, 150 hectares en bois et environ une centaine en étangs.

L'assolement unique adopté sur l'ensemble du domaine est de sept années. Il comprend deux soles de blé, deux de plantes sarclées, deux d'avoine et une de trèfle. Au fumier qui est consacré à ces terres, on ajoute naturellement des engrais complémentaires : ceux-ci sont surtout des scories et du nitrate de soude. Grâce aux soins permanents apportés à la culture, les rendements sont bons, et font honneur au propriétaire. La seule plante sarclée cultivée ici est la pomme de terre industrielle. La région du Forez est devenue un centre important de féculerie. Malheureusement, cette industrie périclite par la concurrence désastreuse que lui fait l'amidonnerie du maïs. Si elle venait à disparaître, les agriculteurs du pays seraient fortement embarrassés pour substituer une autre plante sarclée à la pomme de terre. Cette année, la récolte a été faible, à raison de la sécheresse de l'été, et les prix sont plus bas que jamais. La culture a subi, de ce chef, des pertes considérables ; elle attend avec impatience que le Parlement exauce ses vœux en faveur de la réforme du régime douanier des fécules exotiques et des amidons. Il est urgent que la question soit vidée avant le printemps.

Les prairies forment le plus beau fleuron du domaine des Places. Nous verrons, dans un prochain article, comment elle ont été créées et comment on en lire parti. Henry Sagnier.

Les Américains passent pour être extrêmes en tout : les hills que je viens d'analyser sont excessifs, je le crains; il est probable, en eiïet, qu'ils dépasseraient la juste mesure s'ils étaient adoptés en prohibant par Je lait les marchés à terme proprement dits. Nous avons déjà vu que les transgressions contre ces lois seraient punies des peines fort graves; c'est sans doute all^^r un peu loin et s'exposer à des retours en arrière qui dérangeront encore les conditions économiques du marché des grains, au lieu de lui assurer une fixité relative. — ■ Je n'en veux retenir qu'un principe excellent, c'est la nécessité pour la spéculation de

commencer toutes ses opérations par l'achat et non par la vente des denrées. Je suis convaincu que le plus grand mal des marchés fictifs est qu'ils bouleversent les conditions habituelles du commerce. Tout acle de commerce sérieux débute par l'achat; la vente ne doit être logiquement que le deuxième acte de l'opération commerciale. Dans le marché fictif, au contraire, le premier acte est la vente, la vente non seulement d'un produit que l'on ne détient pas, mais la vente d'un produit qui n'est pas arrivé à l'existence, la vente d'un produit qui n'est peut-être pas encore ensemencé, s'il s'agit du blé. De là la nécessité pour le vendeur fictif de chercher tout d'abord la contre-partie en alléchant l'acheteur par une offre minima. Et puis, quand l'acheteur fictif est trouvé, de là la nécessité ultérieure de s'assurer contre le renchérissement de la denrée vendue (spécialement le blé), de façon à ce que la baisse, étant survenue depuis la vente, l'acheteur soit obligé de payer la différence. Plus j'analyse ce genre d'opérations, plus j'y réfléchis, plus grande est chez moi la conviction que le marché fictif est par essence dans l'obligation de chercher la dépréciation de la valeur, plus je vois que la notion du commerce est faussée, la loi de l'offre et de la demande troublée, la nécessité d'une dépression manifeste. Quel est, en effet, l'intérêt du vendeur à Paris de 1000 quintaux de blé à 20 Ir. qu'il ne possède pas ! C'est que le lendemain, la quinzaine suivante, le mois ou le trimestre suivant si l'on veut, le blé ne soit plus qu'à 19 fr. 50, puisqu'à cette date son acheteur supposé ne lui demande pas de livraison, mais lui payera 500 fr. de différence. C'est un cercle bien fermé. La vendeur doit choisir le prix le plus bas et au contraire du véritable vendeur, c'est-à-dire du producteur, avilir le prix dès le premier acle du marché et puis l'avilir de plus en plus.

Qu'on me pardonne de donner de multiples explications de ce phénomène : ce n'est que lorsque les cultivateurs comprendront bien le danger fatal de ce genre d'opérations qu'ils feront l'agitation indispensable pour émouvoir le législateur. Voyons maintenant les propositions de Smith; nous terminerons par l'indication des mesures qui nous paraissent recommandables pour notre législation en France.

Le projet de Smith contient douze paragraphes, soit sous forme d'articles de loi, soit sous forme d'axiomes, applicables aussi bien aux spéculations sur les denrées qu'aux spéculations sur les métaux; nous ne nous occuperons pas des métaux puisque, dans les considérations qui précèdent, nous n'avons parlé qu'incidemment du marché fictif de l'argent, bien que nous pensions que l'argent comme le blé, et peut-être plus que le blé, devrait être exclu des marchés à terme fictifs.

I. — Sont illégales toutes les ventes fictives à terme de produits à venir.

IL — Les seules ventes à terme autorisées sont celles dans lesquelles ou les vendeurs sont actuellement en train de produire les denrées, ou les possèdent ac^ tuellement, ou les ont achetées au moment même de leur vente à terme, ou les ont actuellement livrées.

IIL — Sauf des exceptions tirées de causes fortuites et accidentelles, la denrée actuelle doit être invariablement livrée par les vendeurs, quelles que soient les conditions du marché conclu.

IV. — Les spéculateurs bona fide (de bonne foi) auront absolument la même faculté qu'à présent d'acheter et de revendre les denrées, la seule différence, qui ne saurait affecter les légitimes spéculateurs étant qu'ils doivent savoir que chaque contrat, achat et revente, représente des denrées actuelles, et que par conséquent la soumission et la livraison actuelles de ces denrées doivent être faites par le vendeur originaire avant la fin du contrat.

V. — De cette laçon, toutes les parties intermédiaires intéressées dans les contrats pour les ventes à terme pourront, comme à présent, payer ou recevoir les différences dues sur ces contrats à terme, comme sous l'empire des règles des Chambres et des Bourses de commerce; seulement les termes de la liquidation seront limités à la quinzaine. D'ailleurs, les ventes à terme limitées à des périodes fixes ne s'entendront jamais d'un délai de plus de trois mois.

VI. — Il en résultera que le marché ne sera plus jamais inondé par des moissons fictives en papier, comme c'est le cas à présent, et les lois légitimes de l'offre et de la demande reprendront leur empire.

VII. — Les accaparements (corners), les syndicats ou autres inventions de jeu basées sur les systèmes qui paralysent le commerce légitime, seront une opération illicite.

VIII. — Les cotes des contrats à termes seront seules admises à la publicité ou seront seules enregislre'es dans les Bourses. D'ailleurs, tous les contrats à terme seront formés de telle sorte que, à tous leurs degrés, les marchandises pourront être vendues et livrées. Des arbitres fixeront les remises.

IX. — De cette façon l'industriel, le négociant, le producteur légitime, aussi bien que le spéculateur bona flde^ seront absolument protégés sans aucune limitation du commerce ou de la spéculation légitimes.

X. — Tous contrats se termineront donc en marchandise véritable; d'ailleurs, bien que les ventes des baissiers soient illégales, la spéculation légitime renaîtra comme elle existait avant l'introduction du système des marchés fictifs en Angleterre en 1883. C'est tout à fait hors de toute prévision c^ue les spéculations légitimes ont été depuis transformées enjeu de spéculations. Cette considération donne la définition de la différence encre les spéculation? commerciales et le jeu.

Après avoir posé ces règles dans son projet du mois d'octobre 1895, qui contiennent, comme il le dit, des suggestions à la préparation d'une convention internationale, Smith ajoute des éclaircissements qui pourraient faire la matière de règlements de détail.

Il soumet à la patente les Chambres d'échange ou de liquidation. Il donne au gouvernement le droit de déléguer des membres du bureau de commerce pour les imposer. Il autorise la création, par voie de licence, d'une Chambre de liquidation dans chaque ville ou cité pour chaque nature de produits. Leurs règlements seront soumis à l'approbation du board of trade. Chaque Chambre possède un greffier désigné par celui-ci et payé sur le produit des licences. Il énumère ensuite les fonctions de ce greffier : la tenue d'un registre des opérations, leur nature, l'indication des marchandises, de leur qualité, etc. Il autorise le board of trade à publier ces renseignements une fois par semestre. Toutes les violations de la loi doivent être signalées par le greffier à l'inspecteur. Le nom des individus qui font le négoce à terme des denrées, ou qui y participent d'une façon et à un titre quelconques, à n'importe quel pays ils appartiennent, doit figurer sur le registre du greffier et ils sont soumis à une patente annuelle de 5 livres. Comme toutes les transactions officielles doivent passer par la Chambre de liquidation, toutes les opérations des spéculateurs étrangers sur les échanges de produits anglais doivent être prohibées, sauf celles qui seraient conclues de la manière autorisée. Cette proposition est faite en vue des bills de réforme actuellement projetés en Amérique ou sur le continent, etc., etc.

Smith ajoute à cette longue nomenclature deux sanctions spéciales qui ont pour but démettre les transgresseurs de sa loi sous la sanction des pénalités édictées par le Gambling act de 1892. Plus spécialement il a soin de préciser que les contrats passés au mépris des règles posées ci-dessus n'engendrent aucune action civile, pour répondre à une jurisprudence fâcheuse qui s'était produite à Londres, à l'exception d'une décision rendue en janvier 1895 par la division du Banc de la Beine, dans l'affaire Egleton contre Berclay et Go {Times du 17 janvier 1895).

Ces réformes ont-elles quelque chance d'être acceptées par le Parlement anglais? Ont-elles quelque chance d'être l'objet de propositions internationales, par la voie diplomaticjue? Ce serait bien peu connaître la répugance des hommes d'Etat à s'engager dans l'examen de questions aussi difficiles que de croire à la réalisation facile de ce projet. M, Smith en sait déjà quelque chose. Lord Salisbury lui a déjà fait entendre poliment l'ennui qu'il éprouvait d'avoir été seulement pressenti sur ses intentions. A la date du 12 octobre 1895, il faisait répondre à notre zélé réformateur, la lettre suivante :

Foreign Oftice, 12 octobre.

« Monsieur, je suis chargé par le marquis deSalisbury de vous informer qu'une soigneuse attention a été donnée à la proposition faite par votre lettre du 26 août dernier, de convoquer une conférence internationale pour s'enquérir de la question des opérations sur les marchés fictifs du blé. Le sujet a été fréquemment apporté devant les divers départements du Gouvernement de S. M., dans ses rapports avec la question du commerce fictif, mais il a toujours paru si difficile de distinguer entre le « jeu » et les opérations commerciales ordinaires qu'il est impossible de donner un effet légal à un plan pour contrôler de telles spéculations de jeu sans « interférer « dans les affaires commerciales ordinaires et sans infliger un grave dommage au commerce.

aux marchi's à terme à livrer. Go (ja'il faut extirper, c'est le marché « sans livraison » pour les denrées : j'appelle denrées, les produits as;ricoles. Que le commerce et la finance aient des lois autres, cela ne me regarde pas. Nous sommes des agriculteurs et défendons notre bien contre de faux commerçants et des faux spéculateurs qui nous ruinent. Nous ne louchons pas à la maison du voisin, tant qu'elle ne menace pas la nôtre.

Arrivé au long terme de cette étude je prie le lecteur de prendre la peine de réQéchir beaucoup sur les données que je lui livre. S'il partage la manière de voir si vraisemblable de M. Smith, qu'il n'hésite pas à se faire l'apôtre de ses idées auprès de ses amis, de ses co-syndiqucs, des Sociétés d'agriculture! Qu'il en fasse la critique et l'examen; mais s'il arrive seulement à la conclusion que Smith a les plus grandes chances d'être dans la vérité, il comprendra que c'est son devoir de tenter l'expérience, il l'exigera de ceux qui n'ont qu'aie bien vouloir pour arriver à sa réalisation. P. du Pré-Collot,

Les Cépages orientaux, par J. M. Guillon, répclileur de viticulture à l'Ecole nationale d'agriculture de Montpellier, avec 150 figures. — Paris 1896. Georges Carré, éditeur. — 4 francs.

La reconstitution du vignoble par les cépages américains est désormais un fait acquis — en dehors de quelques points secondaires qui restentà élucider — ; on peut aujourd'hui et on doit se préoccuper des débouchés pour les produits, I/ampélographie en particulier sur laquelle il y a tant à étudier encore est devenue du plus grand intérêt pour le viticulteur et le volume que vient de publier M. Guillon sera un très précieux élément d'informations à ajouter à ceux que l'on possédait déjà.

Dans un livre élégant, presque luxuexix, fort clairement écrit l'auteur décrit (avec figures à l'appui) la plupart des cépages orientaux connus et inconnus avant lui, et il a soin, dans une introduction spéciale, d'initier ses lecteurs aux principes généraux et aux méthodes culturales qui relient son étude à la \iticulture générale.

Il ne faudrait pas s'imaginer, en efîet, que les cépages orientaux ne sont intéressants que pour les collectionneurs ou pour la science pure. Sans doute ces points de vue ne sont pas à dédaigner, sans doute aussi, la vinification de la plupart des cépages orientaux donne des vins de consommation qui restent une simple curiosité, inférieurs aux vins de nos cépages ordinaires; mais leur importance grandit singulièrement si on les envisage comme producteurs de raisins de consommation directe pour la table. A ce point de vue ils réunissent souvent les qualités les plus recherchées pour cet usage : la beauté, la facilité de transport, la possibilité de conservation, et la saveur des gourmets. Quelques-uns fournissent matière à des spéculations déjà importantes, le Muscat d'Alexandrie, le Dodrelabi ou Gros-Colman, pour la culture en serre, le Rosaki et bien d'autres pour différents usages bien connus. Certaines variétés sont hâtives, d'autres tardives et permettent de garnir la table dans des saisons très différentes; beaucoup peuvent devenir l'objet de cultures avantageuses et rémunératrices.

Les méthodes de culture, la taille à leur appliquer ne différent pas sensiblement des procédés appliqués à nos propres cépages et l'auteur les indique soigneusement pour chaque espèce.

Ce n'est pas là une compilation de travaux parus antérieurement, mais un travail entièrement nouveau pour lequel fauteur s'est livré à des recherches souvent difficiles et à de nombreuses observations per-

sonnelles. En résumé, l'ouvrage de M. Guillon sera aussi utile à consulter par le viticulteur qu'il est agréable à feuilleter et à mettre en bibliothèque. François Bernard.

A l'occasion du voyage à Poitiers du Ministre du commerce et de l'industrie et par arrêté du Ministre de l'agriculture, en date du 22 décembre 1895, ont été nommés au grade de chevalier du Mérite agricole :

MM. PiLLOT (Maurice), brasseur et cultivateur à Saulgé (Vienne). Transformation de plusieurs exploitations agricoles. Importantes améliorations. Création de vignobles.

Renard (Eugène), agriculteur à Saulgé (Vienne). Bonne tenue d'une vaste exploitation agricole. Application des nouvelles méthodes de culture.

Bezaony (Antoine), propriétaire et minotier, maire de l'Isle-Jourdain (Vienne). Propagation des méthodes scienliliqucs. Vilicuileur distingué : 25 ans de pratique agricole.

Na.s«oy. directeur de la colonie pénitentiaire de Saint-Hilaire (Vienne). Membre du jury de divers concours agricoles. Auteur de pliisieiu's publications sur des questions agricoles.

Canïin (Charles), propriétaire à Nueil-sous-Faye (Vienne). Services rendus à l'agriculture dans le J.oudnnais; 40 ans de pratique agricole.

PÉROCHON (Pierre), propriétaire à Rouillé (Vienne), 35 ans de pratique agricole.

NicoL'LAUX (Jean), conducteur des ponts et chaussées à Poitiers (Vienne); 34 ans de services.

RoBLix (Adrien), propriétaire-éleveur à Poitiers (Vienne). Nombreuses récompenses pour ses produits de l'espèce chevaline. Création d'un vignoble: 24 ans de pratique agricole

Maille, fabricant d'instruments aratoires à Avanton (Vienne). Introduction dans la région des machines et instruments agricoles perfectionnés. Nombreuses récompenses; 30 ans de pratique.

A l'occasion d'une solennité qui a eu lieu à Rouen le 28 décembre sous la présidence du garde des sceaux, Ministre de la justice, et par arrêté du Ministre de l'agriculture, la décoration de chevalier du Mérite agricole a été conférée à :

MM Noël (Paul), directeur du laboratoire régional d'entomologie agricole à Rouen (Seine-Inférieure). Nombreuses publications. Plusieurs récompenses, dont un diplôme d'honneur.

Gadeau de Kerville (Henri), homme de sciences, à Rouen (Seine-Inférieure). Conférences scientiflques. Nombreuses publications.

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