‹ Journal de l'agriculture (volume 4)Chapitre 148 sur 737 · M. Radet, à Fère-Ghampenoise (Marne · texte numérisé non relu

M. Radet, à Fère-Ghampenoise (Marne

Orge de Hanna. rendement à l'hectare 1 , 700 ki log.

« L'orge de Hanna est un peu plus délicate que celle de Champagne, mais donne néanmoins un bon rendement. Le directeur d'une grande brasserie de la région qui emploie annuellement 6,000 sacs a trouvé cette orge superbe. »

En résumé, sur onze expériences poursuivies en Champagne, huit sont nettement favorables à l'orge de Hanna; partout, les agriculteurs ont été frappés de la belle qualité de son grain.

II. — En Auvergne, un seul agriculteur, M. Mejjal-Augier, président du syndicat agricole de Saint-Germain-Lembron (Puy-de- Dôme), nous a rendu compte de ses essais effectués dans un sol argileux, légèrement compact. Voici les rendements relevés à l'hectare :

Orge de Hanna grain, 2,490 kilog. paille, 5,200 kilog.

Orge Chevalier — 2,480 — — 5,2d0 —

« L'orge de Hanna, écrit M. Meyal, est plus hâtive que l'orge Chevalier et paraît moins exigeante. Je me propose de ressemer, l'année prochaine, le grain que j'ai récolté. «

III. — En Beauce, nous comptions deux expérim.entateurs : M. Egasse^ à Archivilliers, près Chartres, et M. Prévosteau, à Sours (Eure-et-Loir).

Chez M. Egasse, l'orge faite sur blé d'automne, dans une terre siliceuse de bonne qualité, n'a pas reçu d'engrais.

L'orge de Hanna a produit 34 quintaux ; l'orge de Beauce a donné une récolte un peu inférieure, 33 quintaux; l'hectolitre de la première pesait 70 kilog.; celui de l'orge de Beauce, 67 kilog. seulement.

« L'orge de Hanna, écrit M. Egasse, a levé plus rapidement et s'est toujours développée plus vite que sa voisine. Elle épiait le 8 juillet, et l'orge de Beauce le 15. L'orge de Hanna, qui s'est toujours maintenue plus longue en paille, était mûre le 15 juillet, et l'orge de pays le 20 seulement.

« L'orge de Hanna, surtout à cause de sa précocité, me paraît certainement préférable à notre orge de Beauce. 3>

M. Egasse estime que l'orge de brasserie réussirait parfaitement en Beauce.

« 1\ suffirait pour cela, dit-il, que la culture y fût bien comprise. On la sème presque toujours trop tard en avril et même en mai, quand les avoines sont faites. La plante n'est pas suffisamment enracinée lors de la première sécheresse, en mai ou juin. Quand arrivent les chaleurs de juillet, elle est encore trop verte et elle échaude presque toujours. Ajoutez à cela que le trèfle, le sainfoin ou la luzerne, se sèment le plus souvent dans une orge. Si le temps est propice à la légumineuse, celle-ci se développe naturellement au détriment de l'orge et l'on n'a qu'un grain léger et mal nourri,

« Le jour où l'on aura reconnu ces inconvénients, la culture de l'orge réussira admirablement en Beauce. «

Dans une terre franche, M. Prévosteau a récolté 33 quintaux avec l'orge de Hanna, et 32 quintaux un quart avec l'orge de Saumur : on peut dire que les rendements sont les mêmes.

« L'orge de Hanna, déclare M. Prévosteau, ne me paraît pas meilleure que les variétés cultivées dans la région ; elle est plus hâtive, fournit plus de paille, mais verse plus facilement.

« Quoique la culture de Vorg<^. de brasserie soit très recoramandable en Beauce, on la délaisse cependant. Pour la de'velopper, il faudrait, par des essais répétés, chercher une variété mûrissant bien et assez résistante à la verse; enfin, amener les cultivateurs à ne plus considérer l'orge comme une culture secondaire de printemps dont ils ne s'occupent qu'après toutes les autres. ^

IV. — Si nous embrassons l'ensemble des expériences que nous venons de passer en revue, nous constatons que dix fois sur quatorze, l'orge de Hanna a fourni des rendements plus élevés que les orges locales; quant à la qualité du grain à laquelle le brasseur attache un si grand prix, partout elle a été très remarquée.

Quoiqu'il soit peu judicieux de tabler sur les résultats d'une seule campagne, je n'hésite pas cependant à recommander l'orge de Hanna aux producteurs d'orge de brasserie; sa précocité la désigne surtout pour les terres légères, calcaires ou siliceuses où l'échaudage est à craindre.

L'orge de Hanna est pour nous une vieille connaissance ; nous l'avons cultivée à la Station dessais de semences de l'Institut agronomique pourla première fois en 1 887, concurremment avec les meilleures variétés d'orges industrielles des différents pays de l'Europe. Elle nous avait déjà frappé par la belle qualité de son grain, court et plein, la finesse et la belle couleur de l'écorce et surtout par sa précocité. Une seule variété pouvait lui être comparée à ce double point de vue, c'est l'orge de Moravie. J'ajoute que l'orge de Hanna et l'orge de Moravie, cultivées à la Station, nous ont paru extrêmement voisines, sinon identiques. L'orge de Moravie que nous avons recommandée aux agriculteurs, il y a bientôt dix ans, a parfaitement réussi en Beauce; les comptes rendus annuels des champs d'expériences de notre excellent ami, M. Garola, professeur départemental d'agriculture d'Eure-et-Loir, en font foi.

En Autriche-Hongrie, l'orge de Hanna est considérée comme la meilleure variété industrielle.

J'ai sous les yeux les résultats de quelques-unes des expériences poursuivies l'année dernière en Allemagne par la Station de l'Association des brasseurs créée spécialement en vue de déterminer les orges de brasserie les plus recommandables : celle de Hanna arrive au premier rang. Les mérites de cette variété sont nombreux; ils me paraissent assez solidement établis pour engager les producteurs d'orge de brasserie à en tenter la culture au moins sur de petites surfaces.

Pour se procurer des semences, qu'on ne trouve pas dans le commerce, il faudrait s'adresser soit aux agriculteurs qui l'ont déjà essayée en 1895, soit à la Société pour l avancement de l'agriculture expérimentale d'Autriche-Hongrie, laquelle a pour président M. Em. de Proskovvetz, à Kvvassitz (Moravie). E. Schribaux,

Directeur de la Station d'essais de semences à l'Institut national agronomique.

Page 1