‹ Journal de l'agriculture (volume 4)Chapitre 149 sur 737 · A LA FIN DE L' ANNÉE · texte numérisé non relu

A LA FIN DE L' ANNÉE

Depuis quelques semaines nous jouissons d'un temps relativement fort doux : des pluies abondantes ont alterné avec des coups de vent très violents en novembre et en décembre, et ont occasionné en difîé-

rentes régions des inondations assez sérieuses. Si Strasbourg et ses environs en ont été épargnés, c'est grâce aux mesures de précaution qui ont été prises dans les derniers temps et surtout au canal de dérivation d'Krstein qui permet de déverser le trop plein de l'IU dans le fleuve du Rhin. Des pluies torrentielles qui sont tombées dans les Vosges dans les premiers jours de décembre et la fonte de la neige ont fait grossir en peu d'heures la Bruche d'une façon extraordinaire, et les flots rugissants de cette rivière impétueuse se sont répandus sur les campagnes environnantes, submergeant les champs et inondant les caves et les jardins. Heureusement que le froid survenu dès le lendemain a enrayé la marche envahissante du lïéau et dans peu de temps la rivière est rentrée dans son lit : les eaux ont repris leur calme et leur couleur ordinaires.

Le pluviomètre a accusé pour le mois de novembre une couche de pluie de 99""". 15 et pour le mois de décembre une couche de 104'"". 95, soit pour les deux mois 20V""M0. Toutefois, cette chute d'eau considérable n'est pas sans avoir produit d'heureux effets. Le sous-sol, par suite de la sécheresse persistante et de la température élevée qui ont caractérisé la fin de l'été et le commencement de l'automne, manquait complètement d'humidité et il lui fallait un apport extraordinaire d'eau de pluie et de neige pour reprendre son état normal. Ajoutez à cela que les grandes chutes d'eau et les brouillards intenses qui les ont accompagnées ou suivies ont contribué dans une large mesure à débarrasser nos campagnes du fléau des souris qui ont occasionné de grands ravages dans les récoltes d'automne et menaçaient de compromettre les emblavures d'hiver.

Les fortes pluies ont alterné pendant les dernières semaines de l'année avec quelques rares journées de beau temps et même avec des gelées qui toutefois n'ont jamais atteint un degré rigoureux. Une seule fois, le 28 décembre, mon thermomètre a accusé un minimum de nuit de — 6°. 4. Grâce à ce temps doux les labours d'automne et les travaux de terrassement, les plantations d'arbres de toute espèce ont pu s'accomplir dans d'excellentes conditions, et aujourd'hui il semble que le cultivateur peut attendre avec confiance l'arrivée d'une saison plus rigoureuse.

Les céréales d'hiver, le froment surtout, au dire de la plupart des correspondants, ont très belle apparence. Bien que les semailles n'aient pu être effectuées que tardivement, la levée s'est faite régulièrement et aujourd'hui les blés d'hiver se distinguent presque partout par une vigueur extraordinaire. Le seigle est un peu moins beau et dans bien des localités on le signale comme étant trop clair. C'est que dans certaines contrées il a été semé encore pendant la période de sécheresse excessive, de sorte que la levée s'en est faite irrégulièrement; de plus, les souris ont dévoré une partie de la semence. Malgré ces apparences moins satisfaisantes, la récolte peut encore donner de bons résultats si un printemps favorable provoque un tallement vigoureux.

Est-on en droit de déduire de toutes ces données que la situation agricole du pays soit prospère! Malheureusement c'est le contraire qui est conforme à la vérité. Pour le producteur, il ne s'agit pas seulement d'engranger de belles récoltes, d'enregistrer de beaux rende-

ments, il faut encore que dans la vente de ses produits il trouve un prix rémunérateur; il faut qu'à la fin de l'année son bilan agricole accuse un bénéfice net assez important pour qu'il y trouve un encouragement à persister dans la voie qu'il s'est tracée et à entreprendre de nouvelles améliorations. Cette satisfaction est-elle accordée au cultivateur alsacien-lorrain? La réponse à cette question n'est pas douteuse. Il suffit de jeter un coupd'œil sur les chiffres exprimant les rendements moyens de nos principales récoltes et de les mettre en rapport avec les prix moyens auxquels on les vend aujourd'hui pour reconnaître que dans bien des cas le prix de vente est souvent inférieur au prix de revient et que s'il le dépasse dans des conditions favorables, il n'assure qu'un bénéfice fort restreint.

Prenons pour exemple le froment : Rendement moyen par hectare '13qm.75; prix moyen, 15 marks à 1 5 m. 50 (1 mark=l fr. 25;, et par suite le rapport d'un hectare de froment non compris la paille est d'environ 213 marks.

En y ajoutant 30 à 36 marks pour le prix de la paille, nous arrivons à un total de 245 à 250 marks. Si de cette somme nous déduisons l'intérêt du capital, le prix de la semence, la dépense pour la fumure, les frais de culture divers, vous conviendrez qu'il restera peu de chose pour être inscrit au chapitre bénéfice net.

Le houblon, la vigne donneraient des résultats bien autrement désolants !

Seul l'élève et l'entretien d'un bétail de choix, combinés avec une intelligente culture de plantes fourragères, ont donné cette année des résultats satisfaisants.

Voyons maintenant l'appréciation de quelques-uns de nos membres correspondants :

CoLMAR. — Les seigles sont clairs ; cela provient sans doute des semailles qui ont été faites par un temps très sec.

Les blés sont bien levés et ont belle apparence.

Les dégâts causés par les souris sont assez considérables par places. Toutefois le nombre de ces rongeurs paraît d'avoir diminué.

L'hiver dernier a été préjudiciable à la vigne; sauf les pieds qui avaient été couchés, il a fallu receper tous les autres.

A mon avis le froid de l'hiver dernier a fait moins de tort aux arbres fruitiers que les deux années de sécheresse que nous avons traversées.

Les cordons de pommiers greffés sur paradis et les cordons obliques de poiriers greffés sur cognassiers ont été particulièrement atteints.

En somme, l'année 1895 n'a été guère favorable au cultivateur; seules l'orge et l'avoine, qui ont assez bien rendu, ont une vente facile et se placent à des prix rémunérateurs. Le blé, d'un rendement faible, n'a pas de prix; la vigne n'a presque rien donné et le prix du houblon est tombé à un chiffre dérisoire. Et avec tout cela la main-d'œuvre se fait de plus en plus rare et se paie plus cher!

HoRBOURG. — Les betteraves fourragères repiquées ont donné un très faible rendement sur terres n'ayant pas reçu de labour profond; celles semées sur place, surtout la Mammouth, ont donné un rendement moyen. Cette différence de rendement est due au fait que le pivot de la betterave semée sur place pénètre beaucoup plus protondémeut en terre et en conséquence souffre moins des alternatives d'humidité et de sécheresse.

Carottes fourragères. Ont souffert énormément de la sécheresse.

Lathyrus sylveslris. Abondante production de graines avec des tiges de 1 mètre à 1 m. 50 de longueur formant un épais fourré impénétrable.

Betteraves à sucre. Environ 18,000 kilog. à l'hectare au lieu de 40,000 kilog., chiffre moyen de rendement.

Il est incontestable que si les cultures sarclées étaient faites sur des terres remuées profondément avant l'hiver, elles souffriraient moins des intempéries de sécheresse ou d'humidité.

MuTTERSiiOLZ.— Nos emblavures sont dans un état fort satisfaisant, et quoique les semailles se soient faites une quinzaine de jours plus tard que d'habitude, les blés d'hiver ont belle apparence et sont en état de supporter les intempéries de l'hiver.

Les variétés nouvelles de blé ont moins bien supporté la rigueur des deux derniers hivers que notre blé indigène; je dois en conclure qu'il est préférable pour nous de cultiver notre ancienne variété qui est bien acclimatée, qui nous fournit une farine de qualité supérieure, surtout si par l'emploi des engrais minéraux nous poussons à des rendements à haute dose.

Chez nous pas de dégâts par les souris, ni autres.

La récolte du tabac a donné un rendement très satisfaisant, dépassant la moyenne ordinaire et atteignant le chiffre moyen de 45 quintaux ordinaires par hectare.

Les feuilles de terre ont été bien payées, tandis que les feuilles de choix se vendent à ce moment à un prix beaucoup moins rémunérateur.

Munster. — La culture des céréales d'hiver est très peu importante dans la vallée; les semailles n'ayant pu se faire que très tard, les jeunes semences sont encore assez faibles, mais se fortifient de jour en jour par le temps doux et humide dont nous jouissons depuis quelques semaines.

Les dégâts causés par les souris dans les champs de pommes de terre ont été assez considérables.

Certaines essences d'arbres fruitiers, notamment les noyers, les cerisiers, ont beaucoup souffert de la rigueur des derniers hivers.

Sand. — Toutes nos emblavures se présentent en bonnes conditions d'hivernage. Nous n'avons heureusement pas de souris dans les environs et les arbres fruitiers se trouvent en très bon état.

Lampertheim. — Grâce à la température douce et humide des mois de novembre et de décembre, nos champs de blé d'hiver ont belle apparence ; toutefois de grandes places ont été ravagées par les limaces et il n'est guère probable que ce dégât puisse se réparer. Le mal occasionné par les souris est assez faible et le fléau a considérablement perdu de son intensité.

Les champs de trèfle se ressentent davantage du dernier fléau; les nombreuses galeries qui les minent détermineront des pertes sensibles s'il devait survenir un hiver rigoureux.

Peu de dégâts à signaler sur les arbres fruitiers qui sont généralement très bien préparés, et permettent de compter sur une bonne récolte fruitière en 1896.

La vigne a été très maltraitée et par le froid de l'hiver et par le peronospora.

Les aspersions à la bouillie bordelaise ont eu un effet remarquable. La différence entre les vignes sulfatées et celles qui ne l'ont pas été, se faisait remarquer à distance.

L'état du bétail est très satisfaisant.

Saar-Union. — Par suite de la sécheresse persistante les semailles n'ont pu être faites que très tard. Malgré cela, le froment a très bien levé et a belle apparence. Il n'en est pas de même du seigle qui a également bien germé, mais qui a été rongé au fur et à mesure de sa sortie de terre par quantité de petites limaces qui se montrent souvent à la suite des pluies d'automne. Dans les années ordinaires le seigle est déjà assez fort pour résister aux attaques des mollusques dévastateurs; cette année au contraire, ces derniers ont trouvé dans les tiges jeunes et tendres une pâture trop facile pour ne pas en profiter largement. Toutefois j'ai hâte d'ajouter que la culture du seigle est trop peu importante pour influer sur les cours du marché.

Pas de dommage causé par les campagnols.

Les prairies sont en bon état. Le gazon ne paraît nullement avoir souffert de la sécheresse. Le trèfle, la luzerne et l'esparcette promettent également bien. Par contre la vigne et les arbres fruitiers ont cruellement souffert des rigueurs du dernier hiver et n'ont rien produit. Quantité d'arbres fruitiers sont à remplacer et la vigne a du être coupée au ras du sol. Peu d'espoir, même pour une petite récolte l'année prochaine.

Niederbronn. — Beaucoup de dégâts causés par les souris qui se sont telle-

sèment que leurs ravages ont ete enrayes d une part par 1 application intelligei des mesures de destruction recommandées par l'administration supérieure, et d'autre part par l'action exercée sur la vie des rongeurs par l'inclémence de la saison et surtout par le brouillard intense qui a couvert les campagnes pendant plusieurs jours de décembre.

WisSEMBOUBG. — Quoique les semailles se soient faites par un temps de sécheresse extraordinaire, l'état des emblavures d'automne ne laisserait rien à désirer s'il n'y avait pas les dégâts causés par les souris. Espérons que les moyens de destruction, combinés avec les intempéries de l'hiver, finiront par nous délivrer de ce redoutable fléau.

Les champs de trèfle, qui avaient déjà souffert des effets de la sécheresse, n'ont pas été ménagés par les rongeurs et il est à présumer que plus d'une trèflière ou luzernière devra être retournée au printemps prochain. De là, pour le cultivateur la nécessité de se créer par des ensemencements appropriés des fourrages verts pour la belle saison de l'année prochaine.

Si les arbres fruitiers formés de nos jardins ont à tel point souffert du froid de l'hiver 1894-1895 qu'il faut en remplacer un grand nombre, il n'en est pas de même des arbres à haute tige. Néanmoins il n'est pas rare de rencontrer dans les vergers des pommiers, des noyers, des pêchers, etc., portant des traces non équivoques de l'influence néfaste qu'a exercée le froid exceptionnel des mois de janvier à mars 1895 ; mais c'est surtout la vigne qui a été cruellement maltraitée. La plupart des vieilles vignes sont à rajeunir ou à remplacer.

La situation de l'agriculture n'est donc rien moins que brillante dans notre contrée : le rendement des céréales est au-dessous de la moyenne et cependant le prix de vente est au-dessous du prix de revient. Il en est ainsi de la plupart des produits agricoles. Est-il étonnant dès lors que les capitaux ne se dirigent guère vers les grandes exploitations agricoles et que le nombre de celles-ci va sans cesse en diminuant?

J'ai tâché de condenser aussi exactement que possible les renseignements fournis par nos membres correspondants afin d'en dégager un tableau fidèle de la situation agricole du pays. Celte situation n'est pas brillante ; elle est même critique pour certaines régions; mais estelle désespérée? Evidemment non : de l'ensemble des faits que je viens de relater, découle pour le cultivateur intelligent plus d'un enseignement. Je n'en relèverai que les principaux :

a. La culture extensive du blé se balançant évidemment en déficit, il faut y renoncer et y substituer la culture intensive avec l'emploi des engrais artificiels. C'est le moyen d'accroître, dans une sérieuse mesure, le chifîre du rendement, tout en ajoutant à la qualité et en diminuant le prix de revient.

h. L'Administration de la guerre se déclarant prête à acheter directement au producteur des quantités considérables de seigle et d'avoine, il y a lieu d'examiner s'il ne faudrait pas donner à la culture de ces deux céréales une importance plus grande, surtout si l'on a soin de se procurer des variétés de choix. Cette dernière condition se recommande principalement dans la culture de l'avoine, l'intendance militaire recherchant avant tout des variétés à grain dense.

L'Administration d'Alsace-Lorraine est toute disposée à seconder le cultivateur dans ses recherches pour trouver de la bonne semence.

Plusieurs de nos correspondants constatent avec raison que la vente de lorge est plus facile que celle du blé et qu'elle procure au cultivateur un prix plus rémunérateur. La raison de cette difïérence est facile à trouver, elle consiste dans le fait que l'orge est une matière première

industrielle dont la consommation augmente d'année en année. H y a donc avantage pour le producteur à accorder à la culture de l'orge une place prépondérante dans la zone affectée aux céréales et à user de tous les moyens pour produire un grain répondant en tout point aux exigences de la brasserie. Je rappellerai ici les efforts considérables faits pendant une période de près de dix années par le Syndicat des brasseurs et malteurs de Strasbourg en vue d'acclimater chez nous une excellente orge de brasserie. Vous n'ignorez pas que, sur l'initiative du regretté M. David Gruber, un concours spécial a été créé sous les auspices de notre Société, par le dit Syndicat, afin d'introduire et d'encourager la culture de l'orge Chevalier. Des instructions ont été rédigées et répandues parmi le public agricole dans le but de faire connaître les procédés de culture, le mode de fumure, etc., propres à fournir à la brasserie un grain rond corsé, bien dense, à pellicule mince, couleur blanc-jaune, sans odeur désagréable et sans mélange de graines étrangères. Les beaux échantillons qui, pendant toute la durée du concours, ont été présentés au jury d'examen^ ont prouvé jusqu'à l'évidence que le sol et le climat d'Alsace se prêtent parfaitement à la production d'une bonne orge de brasserie. Que la culture s'inspire des conseils qui lui ont été donnés à cette époque et qu'elle s'efforce de nouveau, même sans l'appât d'une prime, à livrera l'industrie un grain de même qualité et la brasserie sera heureuse de l'acquérir et de la payer à un bon prix.

c. L'élève et l'entretien du travail se recommandent également, et, comme conséquence, entraînent l'obligation de donner plus d'extension à la production fourragère, et en augmentant la superficie affectée à cette branche de culture et en poussant à un accroissement du rendement par le moyen des nivellements, des drainages, de l'irrigation et surtout par l'emploi intelligent des engrais commerciaux.

d. Suivant les localités, d'autres cultures doivent fixer l'attention de l'exploitant; c'est à lui à discerner s'il y a avantage à introduire de nouvelles cultures industrielles, à se livrer à l'engraissement du bétail, à faire usage d'aliments commerciaux, etc. Impossible de donner à ce sujet des règles précises. Mais, pour présider avec honneur à tous ces changements, pour introduire ces diverses améliorations, il faut des connaissances techniques assez étendues et assez approfondies. Voilà pourquoi je termine mon rapport, déjà bien long, par ces mots : La condition de tout progrès sérieux en agriculture est une instruction professionnelle approfondie . J . -J . Wagner ,

Président de la Société des sciences, agriculUire ft arts de la Basse-Alsace

Depuis l'année 1876, j'ai rendu compte à mes collègues des travaux de la Société pomologique américaine fondée en 1848, c'est-à-dire huit ans avant la nôtre. S'ils ont bien voulu suivre ces travaux, ils auront constaté les incroyables progrès accomplis aux Etats-Unis dans la production fruitière et ses progrès leur ont été confirmés par ceux de nos compatriotes qui ont eu l'occasion d'aller visiter l'Exposition de Chicago.

1. Note présentée à la Société nationale d'horticulture de France.

Aujourd'hui, dans quelques Etats, la production des fruits est si abondante qu'on ne peut les utiliser qu'en ayant recours aux appareils de dessiccation par la chaleur ou aux procédés de conserve, dits pro-

cédés Appert. Ces divers moyens ont l'avantage de faciliter l'exportation au loin d'excellents produits, sous une forme et un poids très réduits tandis qu'en Europe, les prunes, les figues, les noix, les amandes et les raisins secs sont seuls les objets d'un assez grand commerce.

Près de nous, l'Allemagne a fait venir des Etats-Unis divers modèles d'évaporateurs, puis les appareils usités pour peler et trancher les fruits, de sorte qu'en cas de surabondance de récolte, quand la vente des fruits paie à peine les frais de cueillette, on est prêt à utiliser les récoltes et à en reporter l'usage dans les mois de l'année où l'on est privé de fruits frais. J'ai signalé il y a longtemps les divers appareils usités aux Etats-Unis et les ressources qu'offre la dessiccation à la production horticole*.

Le dernier Congrès de la Société pomologique américaine s'est tenu à Ocala, en Floride, dans le climat de l'oranger. Cette' année, il s'est tenu les 16, 17 et 18 janvier à Sacramento, en Californie, sous la présidence du digne et sympathique M. P.-J. Berckmans, d'Augusta, qui a succédé à M. Marshall P. Wilder. Traverser un immense continent comme celui de l'Amérique du Nord, aller de la Floride, en bordure sur l'océan Atlantique, à la Californie sur l'océan Pacifique, montre quel prix on attache à l'étude des questions arboricoles, en allant les observer dans des climats si divers et à de si grandes distances.

Comme d'habitude, le rapport publié par la Société renferme le texte de sa constitution, les noms des présidents et vice-présidents dans cinquante Etats, la désignation des divers comités des finances, des fruits locaux ou étrangers, etc., et la liste des membres au nombre de 340.

Dès le 21 aoijt 1894, un programme avait été envoyé en immense quantité dans tous les Etats, dans le Canada et la Colombie anglaise pour annoncer le lieu et le but du Ccngrès, les facilités et les diminutions offertes par les hôtels, puis les excursions intéressantes qui seraient proposées.

Le 1 6 janvier, le président a ouvert la session en faisant remarquer que l'Etat de Californie datait de 1848, qui était l'année de la fondation de la Société. A cette époque, on ne songeait qu'aux mines d'or qu'on a quittées pour la production du blé; maintenant toutes les vues se tournent vers la production des fruits.

Après ces préliminaires, M. Lelong, secrétaire de la Société d'horticuiture de l'Etat, fit ressortir la position particulièrement favorable de la Californie, qui a 700 milles de longueur avec des montagnes de 5,000 mètres d'élévation. On y trouve tous les produits des climats tropicaux ou tempérés.

En 1894, il s'est exporté près de 30,000 wagons de fruits d'une valeur de plus de 100 millions de francs. L'exportation seule des fruits desséchés a dépassé 48 millions de kilog. et celle des raisins, 30 miJions. La figure 21 donne l'idée du vignoble immense de Natoma et la figure 22, la disposition d'un verger de cinq ans à Orangevale.

Ce qui caractérise les cultures de l'Etat, ce sont les irrigations qui ont été établies sur une échelle immense. Pendant près de huit à neuf mois, les pluies sont inconnues en Californie ; on y supplée avantageusement par l'irrigation qui est déjà établie sur 1,600,000 hectares, comme on l'a fait en Algérie pour les orangeries.

De cette manière on peut donner aux plantes la quantité d'eau

1. Depuis ce moment, un evcellent ouvrage, intitulé : Traité pratique du séchage des fruits, a été publié, en 1893, à la Librairie agricole par MM. J, Nanotet L. Tritscbler.

qu'elles nécessitent et cela au moment convenable. Que n'en est-il liélas ! de même dans le Midi de la France où on laisse couler l'eau du Rhône dans la mer, au lieu de l'utiliser au profit de notre agriculture! M. Lelong fait remarquer qu'il plaint les pays qui

dépendent, pour leurs cultures, des pluies comme nous les recevons en Europe et qui , manquant comme cette année, pendant deux mois, ont compromis la végétation.

A la suite du discours de M. Lelong, viennent les rapports de M. Allen sur la valeur alimentaire desfruits,celuideM.Brackett sur l'effet que produisent les sols, l'exposition et les milieux dans la valeur, la forme ou la qualité des fruits, puis celui du savant et sympathique directeur de la Station de Berkelay, le professeur E.

Hilgard. Ses études, faites en Europe, le portaient à constater la différence qui existe entre les pays humides et les pays arides, c'est-à-dire sans pluies comme l'Egypte, la Syrie, la Perse, le plateau mexicain, le Pérou et le Chili.

D'après ses nombreuses analyses de fruits d'Europe, comparés avec ceux de Californie, ces derniers seraient plus riches en sucre, en potasse et en acide phosphorique.

M. Luther Burbank, de Santa Rosa, a exposé ensuite les moyens qu'il considère les meilleurs, surtout par l'hybridation de certaines veaux fruits et de nouvelles fleurs.

M. Rowley, de San Francisco, a au point de vue commercial. En s'élevaient à 22 millions de livres; en 1890, à 74 millions; en 1891

variétés, pôiir produire de riOu-

examiné la production fruitière 1885, les expéditions de fruits

à 98 millons; en 1894, à 160 milions. L'exportation des citrons et oranges s'est élevée en 1890, à 68 millions de livres et en 1893, à 150 millions. Quant aux raisins, la production était, en 1873, de 6,000 boîtes de 20 livres : elle s'est élevée à 90,000 boîtes en 1881 ; à 1, '250, 000 boîtes en 1889, et en 1893, quatre ans après, à 4,250,000 boîtes.

' Quant aux fruits préparés par les procédés Appert, en 1876, on estimait la production à 270,000 caisses contenant 24 boîtes. En 1892, on avait exporté 1,600,000 caisses. On estime en outre, que les fruits séchés par les évaporateurs en 1893, s'élevaientà 93,000,000 de livres qui avaient utilisé 400 millions de livres de fruits frais.

Le transport joue un grand rôle dans le produit des cultures : le taux du fret a été réduit de 6,000 fr. par wagon en 1876 à 1 ,200 fr. pour Chicago et 1 ,500 fr. pour New-York; ce qu'on désire maintenant, c'est de réduire la durée du transport à cinq jours pour Chicago et à sept jours pour New-York.

Le professeur C.-V. lliley a vivement intéressé la session par son rapport sur les insecticides qui jouent un si grand rôle dans la production fruitière et il a particulièrement recommandé l'introduction des parasites des insectes qui désolent nos vergers, comme le Védalia qu'on avait importé d'Australie pour protéger les orangers.

Il est assez étrange que, dans ses études, il ne parle pas des oiseaux que nous considérons en Europe comme les meilleurs alliés que nous ayons contre les insectes et que nous avons la faute de ne pas protéger par tous les moyens possibles.

Le rapport de la Société pomologique renferme les observations présentées par les représentants de chaque Etat sur les progrès de l'arboriculture dans leur région.

Tous se plaignent amèrement des ravages causés par les insectes et ils indiquent les meilleurs remèdes employés jusqu'à présent, c'est-àdire la bouillie bordelaise et les projections de liquides composés d'arsenic; puis dans les Etats du Nord, la plantation des variétés de pommes d'origine russe, pour les adapter au climat.

Les membres du Congrès ont fini leur voyage par des excursions dans la Californie du Sud, à Los Angeles, Passadena, San Diego, etc. Ils ont pu admirer la bizarre architecture de l'hôtel Coronado, où les membres ont été reçus en arrivant dans cette dernière ville.

Le rapport de la Société pomologique se termine comme d'habitude par la liste complète des fruits admis ou rejetés dans chaque Etat de 1852 à 1891. Il constate, ainsi que chez nous, la divergence d'opinion sur la valeur des fruits, valeur qui se modifie avec la variété des sols et des climats. On appuie sur la nécessité d'une revision constante des fruits à recommander et l'addition des variétés récemment étudiées. La liste actuelle renferme les fruits reconnus bons après cinq années d'étude et indique en même temps ceux qu'on a dû rejeter des collections. Ch. Joly,

Vii-e-prosideiil honoraire de la Société nationale d'iiortioulturo

SITUATION AGRICOLE DANS LA NIÈVRE

L'hiver 1895-1896 s'écoule au milieu d'une température d'une douceur exceptionnelle, et voilà le mois de janvier passé presque sans gelée et sans neige.

SITUATION AGRICOLE DANS LA NIÈVRE. 229

Cependant, bien qu'en général les meilleures années succèdent à des hivers assez rigoureux, on voit des exemples du contraire et l'année 1896 paraît devoir être une heureuse exception à ce pronostic.

Les blés présentent toujours les plus belles apparences; leur végétation est même sur certains points trop luxuriante et les gelées n'ont pas été assez fortes pour détruire les herbes étrangères dont on craint la multiplication dans les récoltes en terre.

En ce moment, on est placé dans cette alternative : ou il fera beau temps, et l'on songera à semer des avouies; ou il gèlera, et l'on achèvera d'eflectuer les transports de fumier, afin que les pommes de terre et betteraves soient mises en terre dans des conditions convenables.

Le plus mauvais temps consisterait en des pluies prolongées qui détremperaient les terres et arrêteraient tous les travaux ; espérons que cette éventualité ne se présentera pas.

Les labourages et les travaux de préparation du sol sont très avancés ; on ne peut que se féliciter de celte circonstance qui exerce toujours la plus heureuse influence sur les cultures de printemps. Salomon.

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