‹ Journal de l'agriculture (volume 4)Chapitre 165 sur 737 · La siluaiion · texte numérisé non relu

La siluaiion

La saison continue à présenter des caractères absolument excep lionnels. Après un mois de janvier chaud et sec, la première quinzaine de février oftre les mêmes allures, du moins dans la plupart des régions. Pour peu qu'un refroidissement assez sensible ne se manifeste pas avant la fin du mois, le réveil de la végétation se produira avec une avance marquée ; déjà on signale le gonflement d'un grand nombre de bourgeons sur les arbres. Les semailles d'automne présentent presque partout un aspect vigoureux; mais, comme nous le disions précédemment, on s'inquiète de la vigueur et de l'abondance des mauvaises herbes. A cet égard, il est une observation qu'on doit présenter en ce moment. L'excellent effet de l'application d'une certaine quantité de nitrate de soude au printemps sur les blés, surtout quand ils ont été un peu fatigués par l'hiver, est aujourd'hui connu et apprécié; il devient de plus en plus général. La prudence la plus élémentaire commande de ne pas dépasser la dose de 100 à 150 kilog. de nitrate par hectare; des doses plus élevées présentent le danger de provoquer un développement foliacé excessif, au détriment des grains. Plus que jamais, cette année, cette prudence doit être en éveil ; plus que jamais, il conviendra, non pas d'abandonner l'usage du nitrate de soude, mais de restreindre les quantités employées ; dans les terres de qualité moyenne, et à plus forte raison dans les bonnes terres, il serait dangereux d'appliquer plus de 70 à 80 kilog. de nitrate par hectare, et encore dans certains cas ces doses pourraient être excessives. L'année 189G se présente avec les allures d'une année à production de paille, à moins que le printemps ne soit exceptionnellement sec. On doit donc surtout viser à la production du grain ; c'est pourquoi la substitution du superphosphate à une partie du nitrate de soude généralement appliqué, paraît désormais tout indiquée.

La discussion du projet de loi sur la répression des fraudes dans le commerce des beurres est interrompue depuis dix jours devant la Chambre des députés. Aucune résolution ne s'ajoute aujourd'hui à celle que nous avons indiquée précédemment.

IL — Les tarifs de transport du blé.

Dans la séance de la Chambre des députés du 8 février, M. Edmond Caze a adressé au Ministre des travaux publics une question relative aux tarifs de transport appliqués au blé par les compagnies de chemins

N" 1526. — Tome I" de 1896. — 15 février.

de fer. Il a montré que ces tarifs sont établis de telle sorte qu'il?, créent souvent une situation de faveur pour les blés étrangers par rapport aux blés français. Ainsi, tandis que du Havre à Paris, le prix de la tonne kilométrique est de 3 centimes 31, il est supérieur de 44 pour 100 pour les provenances du centre de la France; il en est de même dans la région méridionale où le tarif atteint 5 centimes et demi par tonne kilométrique. En réponse à cette question, M. Guyot-Dessaigne, ministre des travaux publics, a fait quelques déclarations qu'il est utile de reproduire :

ce Les inégalités de tarifs signalées par Tiaonorable M. Gaze ont depuis longtemps attiré l'allenlion du Ministère des travaux publics. Ainsi que je l'ai dit au cours de la discussion du budget à propos d'une c[uestion qui m'était adressée, nous nous occupons de négocier avec les compagnies en vue d'obtenir une tarification uniforme pour le transport des vins. Ce point intéresse surtout les représentants du Centre et de la Bourgogne.

« En ce qui touche les transports du blé, nos préoccupations sont identiques, et tout ce que nous pourrons faire pour diminuer les charges qui résultent de la tarification existante, nous le ferons. Vous savez, messieurs, que, sous le régime actuel, l'Etat n'est pas le maître des tarifs; il est obligé de négocier avec les compagnies, et ces négociations sont fréquentes, longues et laborieuses.

« Dernièrement, — plusieurs de nos collègues, tout au moins ceux qui font partie du comité consultatif des chemins de fer le savent, — j'ai dû présider moimême le comité consultatif au sein duquel j'ai iait tous mes efforts pour obtenir une résolution tendant à l'établissement d'un tarif commun, à base kilométrique décroissante, pour le transport des engrais.

« Nous ferons ce que nous pourrons pour aboutir à un résultat favorable, dans l'ordre d'idées- que vient d'indiquer M. Gaze. Vous promettre de réussir serait promettre ce que je ne suis pas certain de tenir ; en prenant l'engagement de ne rien négliger pour arriver à une solution avantageuse, je fais tout ce qu'il m'est possible de faire.

a Mieux que personne, je connais les souffrances de l'agriculture, puisque je représente une circonscription essentiellement agricole. Je suis donc disposé à user de tous les raovens propres à les atténuer, mais mon droit s'arrête au droit de négociation. Je l'emploierai dans les limites de mes forces et de mon autorité. Je ne saurais aller plus loin. Mon idéal en pareille matière serait d'obtenir un tarif commun à base kilométrique décroissante, applicable à toutes les compagnies. G'est sur cette base que j'engagerai les négociations. »

On doit évidemment tenir compte des sentiments exprimés dans cette réponse; mais on doit reconnaître que les négociations dont a parlé M. le Ministre des travaux publics sont souvent bien longues à aboutir, ainsi qu'en témoignent les exemples mêmes qu'il a cités, en ce qui concerne le tarif des transports des vins et celui des engrais. III. — Police sanitaire du bétail.

Le Journal officiel annonce que, par arrêté du 7 février, le Ministre de l'agriculture a fermé lempoi^airement à l'entrée des bêtes ovines le bureau de douane de l'Ilospitalet (Ariège), en raison de l'épizootie de clavelée qui sévit à Llivia (Espagne).

IV. — La tuberculose des bêtes bovines. Dans sa séance du 1" février, le Comice central agricole de l'Aube, présidé par M. Gustave Huot, a été saisi par M. Morot. vétérinaire, de plusieurs vœux relatifs aux mesures proposées contre la tuberculose des bêtes bovines. Voici le texte de ces vœux, qui ont été adoptés à l'unanimité par le Comice :

« 1° Que le service d'inspection des viandes soit organisé dans les campagnes, partout où l'on abat des animaux de boucherie pour la consommation;

« 2" Que, dans le cas de saisie totale ou partielle d'une bête tuberculeuse, une indemnité d'une portion de la valeur de la dite bête soit accordée par l'Etat à tout propriétaire ayant pris les mesures d'hygiène et de police sanitaire propres à combattre la tuberculose;

« 3° Qu'à l'indemnité précédente, il puisse en être ajouté une deuxième, prélevée dans une caisse d'assurance non gouvernementale^ mais encouragée et au besoin contrôlée par rEtat;

« 4° Que le Gouvernement tente de faire diminuer le (/uaHi?</>i des pertes subies par les propriétaires d'animaux reconnus, après l'abatage, atteints de tuberculose, en invitant les communes à installer dans leurs abattoirs des appareils de stérilisation des viandes par la chaleur, pour permettre de livrer à la consommation, sans aucun danger, les parties, indemnes de lésions macroscopiques, des bêtes tuberculeuses non encore parvenues au dernier degré de la maladie et se trouvant dans un bon état de chair et d'engraissement;

« 5" Que le Gouvernement fasse instituer des expériences destinées à indiquer les meilleurs moyens de stériliser les viandes d'animaux tuberculeux et de mettre ces viandes stérilisées dans les conditions les plus propices à la vente. Que, dans ces moyens, soient compris non seulement les divers modes de stérilisation par la chaleur, mais aussi la stérilisation par la salaison et tous autres procédés quelconques, soit peu connus, soit d'une valeur jusqu'ici contestée ou susceptibles d'être trouvés dans l'avenir;

« 6" Qu'il est urgent, dans le but de travailler efficacement à l'extinction de la tuberculose animale et même humaine, d'employer des mesures sanitaires et hygiéniques à l'égard des animaux tuberculeux autres que les bovins (par exemple des porcs, des chevaux, etc. ), notamment de détruire avec soin les parties malades en cas soit d'abatage, soit de mort naturelle, et de désinfecter les endroits précédemment occupés par les sujets malades ou contaminés. »

La commission permanente du Conseil supérieur de Tagriculture s'est réunie le 5 lévrier, sous la présidence de M. Viger, à l'effet d'examiner les diverses dispositions relatives à la prophylaxie de la tuberculose de l'espèce bovine. — Le Ministre a donné connaissance à la commission d'un projet de décret réglementant les mesures à prendre pour empêcher la propagation de la tuberculose par le bétail d'espèce bovine venant de 1 étranger. Le principe de ce décret, dont les dispositions sont analogues à celles qui ont été adoptées par la Belgique, et que nous avons fait connaître rccemment, a été approuvé par la commission. — En ce qui concerne le projet de loi soumis actuellement au Parlement, la commission s'est arrêtée aux résolutions suivantes : 1° consulter officiellement l'Académie de médecine sur l'efficacité delà tuberculine dans le diagnostic de la tuberculose bovine, avant de donner à l'emploi de ce moyen la sanction légale; 2*^ accorder aux cultivateurs des indemnités variant de la moitié aux deux tiers de la valeur de la viande, dans le cas d'abatage pour cause de tuberculose, lorsqu'il aura été fait emploi de la tuberculine. Les allocations d'indemnité proposées par la commission sont supérieures à celles indiquées dans le projet de loi. En effet, celle-ci s'est inspirée de ce fait indiscutable que la loi proposée n'est pas une loi agricole, mais une loi d'hygiène publique, quelle imposera de nombreux sacrifices aux cultivateurs, et qu'il convient dès lors de donner les indemnités légitimes à ceux qui, après s'être conformés à ses prescriptions, en auront été les victimes.

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