VII. — Questions vilicoles
Tous ceux qui sont au courant des phases de la lutte contre le phylloxéra, connaissent le champ du Mas de Las-Sorres, près de Montpellier, où ont été poursuivies pendant longtemps des expériences sur les procédés de traitement proposés contre l'insecte. Ce champ a été transformé en vigne d'étude pour les vignes greffées, et il présente aujourd'hui un intérêt spécial, car il renferme des vignes greffées depuis plus de seize ans, dont la végétation et la fructification ont été notées avec soin chaque année. M. Pierre Viala, dont on connaît la prédilection pour le Berlandieri, a voulu constater les observations laites au Mas de Las-Sorres sur ce cépage comme sur les autres portegreffes américains, et il vient de publier dans une brochure, qui en renferme tous les détails, les résultats de cette comparaison. Ces résultats, qui ont paru d'abord dans la Revue de viticulture, ne seront pas sans étonner un certain nombre de viticulteurs; mais ils sont constatés par des chiffres qui n'ont certainement pas été établis durant cette longue période d'années, pour arriver à un but déterminé. Voici cette conclusion, formulée par M. Viala : « Au point de vue de la vigueur, les greffes sur Berlandieri (Aramon ou Carignan) sont les plus belles de toutes; on les distingue facilement à distance, car elles tranchent sur toutes les autres. » Sous le rapport de la fructification, les greffes sur Berlandieri se sont également montrées, d'une manière constante, supérieures à toutes les autres, quoique les terres
du champ de Las-Sorres ne soient pas de celles qui provoquent la chlorose. Ces constatations sont évidemment très intéressantes; sans doute, on doit se garder de iïénéraliser les conclusions qu'on peut en tirer, mais il était utile de les mettre en lumière. M. Viala est d'ailleurs le premier à reconnaître qu'il serait dangerf^ux de s'abandonner à une généralisation hâtive, qui pourrait être décevante.
Le Journal officiel annonce que, par arrêté préfectoral en date du 5 février 1896, la libre circulation des plants de vignes de toutes provenances est autorisée dans la commune de Mayet, canton de Mayet, arrondissement de la Flèche (Sarlhe^.
VIII. — La coopération de production dans l' agriculture. Sous le titre qu'on vient de lire, M. le comte de Rocquigny, dont on connaît les intéressantes études sur les syndicats agricoles, vient de publier (librairie de G. Masson. à Paris; prix, 4 fr.) un ouvrage qui doit fixer l'attention de tous ceux qui se préoccupent de lavenir économique de notre agriculture. Cet ouvrage est le résultat d'une mission dont l'auteur a été chargé en 1894, par le Ministre du commerce et de l'industrie, pour recueillir des informations sur « les conditions du travail, le sort des populations agricoles en France et plus particulièrement les procédés coopératifs de production et de vente employés par les cultivateurs afin de remédier aux difficultés de leur situation. » Pour remplir cette mission, M. de Rocquigny a fait une enquête sur place auprès d'un grand nombre d'associations agricoles dans toutes les régions, et il a réuni des documents très importants qui présentent un très réel intérêt. Nous n'avons pas à rappeler ici le rôle des associations coopératives; si le nom du syndicat agricole a" fait fortune, dit M. de Rocquigny, le terme « coopération « n'est pas encore compris dans les campagnes. Et cependant, son livre montre que, sous des noms variés, la coopération a réalisé de très grands progrès dans les affaires agricoles, depuis quelques années. C'est ainsi qu'il passe en revue successivement les associations coopératives qui existent actuellement : Pdans l'exploitation du sol; 2° dans la préservation des récoltes; 3° dans l'élevage du bétail; 4° dans la transformation industrielle des produits agricoles; 5" dans la vente de ces produits. Ce sont autant de chapitres remplis de documents complets, souvent peu connus ou même inconnus; on jugera de leur intérêt, quand nous aurons dit que les études de M. de Rocquigny sur les câpres de Provence (que nous avons publiées en 1895) et sur les laiteries coopératives des Charcutes et du Poitou (publiées il y a quelques semaines dans nos colonnes) se retrouvent dans ce volume. Les autres études sont empreintes du même esprit judicieux d'observation et du même sens pratique.