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L'ANALYSE DU SOL PAR LES PLANTES

Les plantes élaborent et emmagasinent des principes minéraux en proportions variables, dépendant de leur nature et de la composition du sol. Chaque espèce a besoin, pour sa vie régulière et normale, d'assimiler une somme déterminée de matières minérales, qui peut, dans un sol très riche, dépasser les proportions moyennes correspondant à un bon état de santé, mais qui ne saurait descendre au-dessous d'un certain taux sans qu il en résultât un dépérissement de la plante et sa disparition partielle de la surface du champ.

Dans une étude sur les topinambours, nous avons montré qu'en comparant la composition des feuilles prématurément altérées à celle des feuilles vertes et saines, on pouvait reconnaître quels principes minéraux font particulièrement défaut à une terre cultivée. Ces faits peuvent recevoir leur application dans "beaucoup de cas, attendu que l'analyse chimique d'un sol ne renseigne pas toujours d'une manière suffisante sur la nature des engrais spéciaux qu'il convient d'employer pour la compléter.

L'étude comparative de la luzerne et des particularités de sa culture dans les champs de l'Ecole pratique d'agriculture de Rennes nous a fourni des résultats de même nature.

La culture de la luzerne est peu répandue en Bretagne ; cependant, elle se développe normalement et donne de bonnes récoltes dans les terres profondes et perméables, améliorées par des amendements calcaires.

Des essais effectués dans le champ d'expériences de la Station, de 1889 à 1892, avaient montré que l'emploi des engrais phosphatés et des engrais potassiques permettrait d'obtenir, en trois coupes, de 40,000 kilog. à 48,000 kilog. de fourrage vert, M. Hérissant, directeur de l'Ecole d'agriculture, qui n'hésite jamais à expérimenter des cultures capables de servir à l'instruction des élèves, ne craignit pas d'ensemencer en luzerne un vaste champ de la ferme, désigné sous le nom de champ des Roches. Ce champ fut chaulé en 1890, à raison de 60 hectolitres de chaux à l'hectare ; après une culture de pommes de terre en 1891, le semis de la luzerne fut effectué l'année suivante, moitié dans de l'orge, moitié dans du blé. Le champ reçut un supplément d'engrais de 200 kilog. de sulfate de potasse à l'hectare; une bande de terre que nous désignerons par A ne reçut pas d'engrais potassique. Pendant les années 1893 et 1894, les rendements dépassèrent 45,000 kilog. de fourrage vert à l'hectare, et cette luzernière rendit de grands services pendant l'année sèche de 1893.

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