‹ Journal de l'agriculture (volume 4)Chapitre 180 sur 737 · MÉTAYAGE — VENTE DU CHEPTEL PAR LE COLON — NULLITÉ · texte numérisé non relu

MÉTAYAGE — VENTE DU CHEPTEL PAR LE COLON — NULLITÉ

Il résulte des termes de l'article 5 de la loi du 18 juillet 1889, sur le colonat partiaire, lequel donne au bailleur la surveillance des travaux et la direction générale de l'exploitation soit pour le mode de culture, soit pour l'achat et la vente des bestiaux, que le colon partiaire ne peut consentir valablement la vente d'un animal faisant partie du cheptel du domaine qu'il exploite en qualité de colon partiaire, sans l'autorisation du propriétaire dudit domaine. Le propriétaire est, dès lors, fondé à poursuivre la nullité de la vente d'une vache consentie par son colon à un tiers sans son autorisation et à demander que l'acheteur réintègre l'animal dans Tétable de son domaine. (Trib. comm. Bourganeuf, 3 août 1894; Grtr. Pal., 94.2.352.)

EUG. POUILLET

Avocat à la Cour de Paris.

LA THEORIE ET Lk PRATIQUE EN AGRICULTURE

La crise dans laquelle se débat notro pauvre agriculture française a du moins pour heureux résultat de lui attirer quelques sympathies, et d'y intéresser des hommes qui veulent sincèrement la prospérité de notre pays. Disons-le sans détour : s'occuper plus ou moins d'agriculture, devient un peu la mode aujourd'hui.

On en parle dans toutes les sociétés. Les mots théorie agricole, pratique agricole, sont sans cesse dans la bouche de beaucoup de gens qui n'en connaissent peut-être guère la véritable signification...

Qui n'a entendu dire maintes fois : ce jeune iiomme sort d'une école (V agriculture, c^est un théoricien... Vive la pratique!.. Il est jugé et condamné.

Que de fois dans le cours d'une année, j'ai entendu ou lu, sous formes diverses, à propos de l'éducation agricole d'un jeune homme : « J'ai un fils, un neveu, un pupille, de 18, 20, 24 ans, qui est bachelier... ou qui n'a pas brillé dans ses études...; toutes les carrières étant encombrées, je le destine à l'agriculture. Connaîtriez-vous un cultivateur, bon praticien, qui se chargerait de lui apprendre son métier, car je veux avant tout qu'il sache la pratique?... »

Discutons loyalement.

Si l'on entend par théorie la connaissance de l'agriculture puisée en chambre dans les livres, ou même dans une école, et sans la moindre application, évidemment cette pure théorie, si savante qu'elle soit, ne fait pas un agriculteur; seule, elle peut même être dangereuse.

De même, si Ion entend aussi par pratique savoir piocher, labourer, herser, moissonner, soigner un cheval ou une vache, bien exécuter, en un mot, les travaux manuels agricoles, je dis encore que ce n'est pas là ce qui peut constituer un bon agriculteur. On est simplement un bon manouvrier, pour ne pas dire un routinier.

On peut, en effet, savoir conduire une charrue, et ignorer parfaitement si l'on doit faire un labour profond ou léger, selon le terrain, selon l'époque et selon la plante qui doit succéder.

Un praticien de cette sorte ne connaîtra probablement pas grand

chose à la nature physique et chimique du terrain. A-t-il affaire à un sol fécond, riche? Quelles sont les substances qui manquent? et en quelles proportions, pour obtenir de bonnes betteraves, un bon blé, une excellente avoine? Saura-t-il distinguer les meilleures variétés de plantes convenant au climat, au sol, aux débouchés? Quels sont les engrais les plus utiles à la vigne? Quand et comment faut-il les appliquer?... Où aura-t-il appris à distinguer les plantes qui constituent une riche pâture, un fourrage de bonne, de médiocre ou de mauvaise qualité, etc.?

11 en est de même pour le bétail. Peut-être le praticien dont il est ici question, saura-t-il, après de longues années, après avoir été trompé maintes fois, acheter un cheval ou une vache laitière. Mais sera-t-il souvent en état de dire pourquoi cet animal sera bon ou mauvais? Saura-t-il l'analyser, le disséquer, pour affirmer que c'est un parfait trotteur, sans tares apparentes? Que la vache est sûrement bonne laitière parce qu'elle en a tous les signes généraux et locaux?

Que d'autres questions très importantes ne pourrait-on pas adresser à ce soi-disant praticien et qui resteraient sans solution!

Après des études et une expérience de près de quarante années des questions agricoles, je crois pouvoir affirmer que, aujourd'hui plus que jamais, l'agriculture est une science vaste, ou plutôt qu'elle est Tapplication d'un grand nombre de sciences, et que le temps est passé où 1 on disait dans un certain milieu : On en sait toujours assez pour faire de l agriculture.

J estime que s'il n'est pas nécessaire d'être un grand savant, un littérateur, un homme de loi pour faire de la bonne agriculture; il est pourtant indispensable de l'étudier très sérieusement avec les sciences qui s'y rapportent plus ou moins directement, si l'on veut en retirer quelque profit. Je prends le cas général où le cultivateur veut travailler pour gagner de l'argent et non faire de l'agriculture à coup d'argent.

Alors, exploiter un domaine de quelque importance, c'est résoudre un problème qui peut ainsi se formuler : Un capital foncier étant donné, il faut le faire valoir avec le double concours d'un capital d'exploitation et d'un capital intellectuel . Quel taux doivent-ils rapporter?

Il est incontestable que la solution est sous la dépendance directe de la nature du sol, de la situation, de sa composition physique et chimique, des plantes qui lui conviennent selon les spéculations indiquées parles conditions dans lesquelles on se trouve. Organiser et faire marcJier rexploitation d'après ces données, telle est la thèse à résoudre.

N'est-il pas évident que les sciences naturelles doivent venir éclairer et apporter ici leur précieux concours pour la solution de cet important problème?

La chimie apprendra à l'exploitant à connaître les éléments nombreux dont se compose la terre qu'il doit faire produire. Il saura que dans tel champ c'est l'azote ou l'acide phosphorique, ou la chaux, qui manque, etc. Alors il saura aussi quels amendements, quels engrais conviennent; à quelles doses, et à quelle époque il doit les employer, selon leur état et selon la série des plantes qu'il veut cultiver. Il n'ignorera pas que certaines plantes puisent une partie de leur azote dans l'air, qu'il faut alterner celles qui ont des racines traçantes avec celles

qui ont des racines pivotantes, pour mieux utiliser les engrais qui se trouvent à différentes profondeurs dans le sol. Il appréciera la qualité, et par suite la valeur de l'engrais fabriqué en ferme ou importé, les soins qu'il faut lui donner, et son meilleur emploi.

D'accord avec la chimie, la botanique lui dira la composition physique et chimique des plantes, et par suite ce dont elles ont besoin pour opérer leur complète végétation. Elle lui apprendra celles qui sont bonnes, mauvaises, indifférentes ; celles qui caractérisent tel ou tel terrain, etc.

La géométrie, la mécanique, ne lui seront pas d'une moindre utilité, pour le mesurage, le lever des plans, le partage des terrains, le choix des meilleurs instruments agricoles, et pour tirer le plus grand profit de leur emploi.

La connaissance de quelques instruments de physique, tels que le thermomètre et le baromètre, lui fournirades indications précises qui, jointes à l'état des agents atmosphériques, nuages, direction des vents, etc. , lui aideront à prévoir le beau temps comme les intempéries. Avec les instruments lactodensimètre, alcoomètre, densimètre, etc., il connaîtra la valeur de quelques précieuses denrées, soit pour la vente, soit pour la transformation.

La zootechnie, après lui avoir appris la conformation extérieure de chaque espèce animale, aussi bien que de ses variétés, selon le but auquel on les destine, lui fera connaître- les organes de la circulation, de la digestion et les moyens de les entretenir, de les réparer par une alimentation rationnelle, et par les soins hygiéniques de logement, de pansage, etc., aussi bien que la connaissance des maladies et des principaux remèdes pour les guérir.

Enfin, l'économie rurale viendra jouer son rôle prépondérant et lui indiquera les meilleurs systèmes et procédés de production, selon le milieu où l'on se trouve et les moyens dont on dispose, et le tout en vue du profit. Elle lui fera connaître les diverses combinaisons agricoles se rapportant à l'assolement, au genre de plantes à cultiver, comme aussi l'usage le plus lucratif des denrées végétales agricoles ou du bétail de rente et de travail,

La comptabilité lui mettra sous les yeux les résultats de ses opérations. Il verra clairement, mathématiquement, celles qui lui donnent du profit, comme celles qui le mettent en perte. Ce sera une lumière, un guide pour l'avenir.

Par ce simple aperçu, on peut se rendre compte, je pense des connaissances variées que doit posséder aujourd'hui celui qui veut s'occuper sérieusement d'un faire-valoir agricole. On ne dira plus qu'on en sait toujours assez pour faire de V agriculture.

Les temps ne sont plus où avec de faibles récoltes on gagnait encore de l'argent, grâce au bas prix de la main-d'œuvre et aux prix élevés des produits du sol. Aujourd'hui il faut élever considérablement la production sans trop en augmenter la dépense. Il me serait aisé, par des chiffres pris dans la pratique, de prouver, par exemple, qu'en général, le cultivateur qui ne récolte aujourd'hui que de 15 à 20 hectolitres de blé à l'hectare, au prix de 18 tr. le quintal, est en perte. Faut-il croire, à présent, que ces connaissances si variées peuvent

s'acquérir en quelques mois, en quelques années, en faisant de la pratique^ même dans la meilleure exploitation?

Il me semble que c'est comme si l'on disait qu'un jeune soldat, dont le but est la défense de sa patrie, apprendra le métier des armes sur le champ de bataille. De tout temps n'a-t-on pas reconnu l'impérieuse nécessité d'avoir des écoles, d'exercer souvent et longtemps le conscrit pour en faire un bon militaire, et on commence toujours par la théorie.

Pourquoi n'en serait-il pas de même de l'agriculture? Les hommes sérieux, en France et ailleurs, en ont jugé ainsi et ont fondé des écoles qui ont rendu d'immenses services. Il suffit de rappeler les noms de Mathieu de Dombasle, de Bella, de Rieffel, de Girardin, etc. Depuis cinquante ans, les divers gouvernements qui se sont succédé en France, ont compris l'importance d'avoir des agronomes, des agriculteurs capables.

La plupart, animés d'un esprit vraiment libéral, ont protégé, soutenu même, les Etablissements agricoles dus à l'initiative privée.

Aujourd'hui, il y a un enseignement officiel d'agriculture à tous les degrés, depuis Vlmtitut national agronomique, les écoles nationales, jusqu'aux écoles pratiques et aux fermes-écoles. Une loi de 1879 a organisé l'enseignement départemental et communal d'agriculture. Je suis heureux de rappeler ici que l'éminent et très regretté Louis Gossin, professeur d'agriculture à l'Institut de Beauvais., a été un des promoteurs de cette loi, et, le premier, a exercé dans l'Oise, avec grand succès, les honorables fonctions de professeur départemental. J'espère que sa mémoire sera honorée un jour comme elle le mérite.

La dépense occasionnée pour l'organisation et le fonctionnement de cet enseignement rentre dans le budget de l'Etat pour une somme de plus de 4 millions.

Quelques établissements agricoles libres, bien que ne jouissant pas des faveurs et des immunités de l'Etat, continuent à former des agriculteurs qui doivent occuper une place honorable dans la carrière agricole.

Il n'y a donc plus que l'embarras du choix pour les familles qui destinent leurs fils à l'agriculture et qui estiment que cette profession en vaut bien une autre.

Puissent tous ces établissements avoir des maîtres compétents, dévoués à leurs élèves et à la cause de l'agriculture.

Il faut que partout l'enseignement agricole, même le plus scientifique, ait un côté pratique, c'est-à-dire, soit suivi d'applications qui viennent corroborer la théorie. Dès lors, il convient qu'un jeune homme qui sort d'une de nos grandes écoles, fasse un stage sérieux dans une ou plusieurs exploitations.

Mais tout en soignant l'enseignement technique, il ne faut pas négliger Yéducation agricole. Il faut apprendre au futur agriculteur l'amour de la vie simple, frugale, des humbles travaux des champs; l'engager à lutter contre les tendances trop naturelles de l'époque, le sensualisme, le bien-être matériel, la paresse, etc.

Il faut élever ses pensées et ses aspirations en lui montrant la vocation agricole comme la première donnée à l'homme dès l'origine, et

robli2;ation d'obéir à cette loi divine qui ne peut être abrogée : « Tu travailleras la terre; tu mangeras ton pain à la sueur de ton front. »

N'est-il pas vrai, d'ailleurs, qu'un agriculteur intelligent, toujours en présence des œuvres merveilleuses du Créateur, doit être croyant et naturellement religieux.

Comment, en effet, ne pas conclure que Celui qui a fait tant de chefs-d'œuvre : le ciel, la terre, les plantes, les fleurs, les fruits, les animaux, mérite nos plus respectueux hommages. F. Antonis,

Sous-dirccleiir de l'Institut agricole de Beauvais.

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