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OBSÈQUES DE M. LE MARQUIS DE DAMPIERRE

La mortne le surprit pas, carie chrétien l'attend tous les jours avec la sérénité de la foi. Dans un de ses discours, il a dit : « La religion bénit la science, car la science tend à améliorer le sort des travailleurs; » et lui-même travailla et son travail fut héni par une vie de quatre-vingt trois ans. C'est une consolation pour sa nombreuse et noble famille que la vivacité de ses sentiments religieux. Ce n'est pas seulement une consolation, c'est un exemple. J'ai la confiance que les suprêmes nommages de notre compagnie l'accompagneront jusqu'à sa dernière demeure et tomberont doucement sur sa tombe avec les prières qui lui ont donné aujourd'hui et qui lui donneront demain l'espérance des récompenses éternelles.

Les Alpes francahes, iHudes sur Céconomie alpestre, par M. F. Hriot, inspecteur des forêts à Clianibéry. — Un volume grand in-8, accomp.igné de li héliogravures, 2 cartes en couleur et 179 plans ou ligures. — Librairie Uerger-Levrault et Cie, 5, rue des Beaux-Arts, à Paris. — Prix : 15 l'r.

Nous n'avons jamais manqué d'appeler l'attention sur toutes les publications relatives à la restauration et à la conservation des montagnes, celte belle œuvre d'utilité publique qui touche de si près à la prospérité de vingt-six de nos départements.

Un livre nouveau, de 600 pages grand in-S", dû à la plume de M. Félix Briot, inspecteur des forêts à Chambéry, vient de paraître à la librairie Berger-Levrault et va compléter la série des connaissances spéciales que doit posséder le forestier alpin.

L'ouvrage a été couronné par la Société nationale d'agriculture de France; c'est un traité complet sur la question pastorale, vrai, non seulement pour les Alpes, mais aussi pour les Pyrénées et le Massif central. Il en résulte clairement que la transformation des pays de montagne s'opérerait d'une manière bien plus rapide si l'on faisait un usage plus large des dispositions de la loi du 4 avril 1882 qui permettent de subventionner une quantité de grandes améliorations rurales, que consentiraient certainement à entreprendre les communes et les particuliers pour peu qu'on les y incite.

C'est qu'en effet l'agriculture des vallées et les exploitations herbagères et forestières des sommets sont liées par une dépendance réciproque extrêmement étroite et qu'aucune des réformes si désirables dans la gestion du domaine communal alpin, pastoral ou boisé, n'est possible et ne saurait être solidement fondée si elle n'est point accompagnée ou précédée d'un progrès correspondant dans les terrains agricoles proprement dits. Les populations si clairsemées et si pauvres de nos pays de montagne seront toujours hostiles aux interdictions de pâturage, aux mises en défends, mesures indispensables aux plantations, aux reboisements, aux regazonnements, si Ion ne s'applique pas en même temps en compensation à les faire profiter de toutes les mesures sanctionnées par l'expérience, pour agrandir leurs prairies et en améliorer les produits, pour augmenter le rendement des animaux, pour perfectionner principalement l'industrie laitière, pour développer en un mot toutes les ressources locales.

Chargé par M. Méline, alors ministre de l'agriculture, d'un service ayant pour objet de rechercher toutes les améliorations pastorales réalisables dans les Alpes, en vertu de la loi de 1882, M. Briot, dans un contact permanent avec les populations de toute la région, a pu recueillir de nombreux et précieux matériaux et préparer des études complètes.

L'ouvrage est divisé en cinq livres. Le premier livre intitulé lesFaits^ étudie d'abord la terre et les hommes. Une description géologique et minéralogique extrêmement intéressante, accompagnée d'une belle carte géologique, démontre que la nature du sol jointe à l'altitude des lieux impose la prédominance de la culture pastorale. La réglementation des pâturages telle qu'elle se pratique déjà en Savoie est ensuite décrite avec tous les détails désirables. Les nombreuses industries zootechniques en usage sont passées en revue. Pour l'espèce ovine, il ressort que les plus avantageuses sont l'élevage d'agneaux et l'entretien de brebis laitières propres à permettre d'obtenir des produits avantageux analogues à ceux de lîoquefort. Pour les vaches, le traitement du lait en société est de beaucoup le plus avantageux. C'est celui qui paie les fourrages consommés au taux le plus élevé. Les irrigations dans les montagnes du Sud-Est ont une importance exceptionnelle ; elles contribuent à la régularisation du régime des eaux en retardant l'écoulement; l'ouvrage donne les détails les plus complets sur les usages locaux en matière d'irrigations, les principales règles adoptées par les constructeurs des si remarquables et si anciens canaux du Briançonnais et des régions voisines.

Le livre II décrit toutes les améliorations d'ordre pastoral susceptibles d'être encouragées par des subventions en vertu de l'article 5 de la loi du 4 avril 1 882, avec les moyens pratiques de les réaliser : assainissements, constructions de barrages- rustiques, établissements de chalets, d'étables et de fruitières de montagne, colmatages et endiguements, mises en valeur des cônes de déjections torrentielles, épierrements et irrigations, plantations et semis d'essences forestières, gazonnements proprement dits.

Le livre III traite de la réglementation des pâturages communaux ainsi qu'elle doit être faite en vertu de la loi du A avril 1882 et du décret du 11 juillet suivant. Cette partie est tout à fait neuve et n'a jamais été traitée. Les règles qui doivent servir de base à l'aménagement des communaux pastoraux sont tracées avec les plus grands détails. Mais ce n'est ni par la coercition, ni brusquement que l'on peut songer à faire accepter ces réformes ; c'est par la discussion, la persuasion, l'enseignement des exemples que l'on doit visera y parvenir.

Le livre IV est exclusivement consacré à la laiterie qui est l'exploitation zootechnique appelée à jouer le rôle le plus prépondérant dans les Alpes ; c'est une étude du lait et de ses dérivés aussi complète que possible pour les lecteurs à qui l'ouvrage est destiné, c'est-à-dire pour tous les hommes désireux, d'introduire dans leurs montagnes et leurs vallées les progrès qu'a réalisés l'industrie laitière depuis quinze ans.

Le livre V réunit un certain nombre de questions diverses qui ne pouvaient être placées dans les livres précédents : un de ces chapitres est consacré aux moyens de faciliter les acquisitions de terrains par l'Etat en cas de reboisements obligatoires, de rendre équitable la répartition des fonds alloués ; un autre attire l'attention sur deux puissants moyens d'action à la disposition de l'initiative privée, l'organisation de sociétés locales d'économie alpestre et de crédit mutuel ; le dernier trace le programme d'une grande statistique alpestre destinée à faire ressortir, pour chaque région, chaque vallée, chaque commune,

les améliorations caractéristiques les plus propres à faciliter l'œuvre du reboisement et du regazonnement des Alpes.

Le remarquable ouvrage que nous venons d'analyser soulève donc et résout des problèmes d'une extrême importance-, c'est l'œuvre d'un économiste qui s'est voué tout entier à la défense des intérêts de ces populations pauvres, mais laborieuses, sobres, intelligentes et énergiques auxquelles l'auteur est profondément attaché et qu'il sait nous faire aimer. Si certaines vallées ne semblent pas avoir participé assez largement au progrès général, une impulsion persévérante jointe aux capitaux que la loi de 1882 permet d'obtenir de l'Etat pourra triompher aisément de toutes les résistances.

Deux cartes en couleur, de belles héliogravures et un grand nombre de plans et de figures fixent l'attention du lecteur sur les points les plus importants, les constructions de chalets, les principales machines de laiterie à adopter, les plantes fourragères à propager, les plantes nuisibles, etc.; elles augmentent beaucoup l'intérêt de l'ouvrage. H. S.

SITUATION AGRICOLE DANS LA NIÈVRE

L'état des récoltes en terre continue à être très satisfaisant.

La douceur exceptionnelle de l'hiver a provoqué une grande avance dans la végétation, et l'on se demande si les blés tiendront tout ce qu'ils promettent actuellt ment. Dans tous les cas, on est loin de la moisson qui, jusqu'au dernier moment, est exposée aux chances les plus diverses, et les conjectures que l'on forme ne peuvent présenter qu'un degré de probabilité très relatif.

La température printanière qui a régné jusqu'ici a favorisé la multiplication des mauvaises herbes et on les voit dans maints endroits se préparer à taire aux céréales une redoutable concurrence. Il faudra, sans doute, recourir plus tard à des moyens appropriés de nettoyage, arrachage ou binage, pour combattre les effets de cette éventualité.

Le mois de février permet de poursuivre sans relâche les travaux de préparation du sol, et voilà la période de semaille des avoines inaugurée. On peut présager que ce seront les plus lourdes et les plus productives. Le sol, sain et ameubli, prend, selon la pittoresque expression de nos paysans, boa tour sous l'action de la herse et se prête parfaitement à cette opération.

Dans les jardins on est également très pressé. On a semé des petits pois, repiqué des salades, planté des pommes de terre hâtives, des ognons, taillé les arbres fruitiers, etc. Salomon.

Les effets de la dépréciation des prix des céréales sont très ressentis en Roumanie et le découragement est grand parmi les cultivateurs.

Les rentes des propriétés rurales baissent, ainsi que leurs valeurs. Une foule de fermier sont abandonné l'agriculture, et les dettes de ceux qui s'obstinent à faire beaucoup de céréales avec des terres en location à des prix assez grands, s'amoncellent. Les grands propriétaires ruraux, trouvant difficilement des fermiers à des bons prix, commencent à cultiver leurs terres. Les paysans qui ne s'occupent en général qu'avec la culture des céréales, travaillent en perte le plus souvent et \endent souvent leurs récoltes à des spéculateurs avant la moisson.

Si l'annéen'estpasàgrandsrendements, pour atténuer un peu la dépréciation des céréales, toutle monde souffre..., excepté lesspéeulateurs.

Un grand courant règne dans le pays pour la transformation du système cultural. On cherche à semer des céréales à grands rende-

ments, on cultive mieux, on ne sème plus dans les terrains peu fertiles, on varie les cultures, on s'adonne à la production des plantes fourragères et de l'orge pour la brasserie qui est assez bien payée par rapport au blé, dont on restreint partout la culture. On revient un peu à l'élevage des animaux de ferme qui, jadis, rendait si bien avant la fermeture de la frontière d'Autriche-lIongrie pour les bestiaux de la Roumanie. On tâche d'occidentaliser l'agriculture. Mais on va lentement, à cause du manque de capital suffisant et à des taux assez réduits pour être à la disposition de l'agriculture

La Banque agricole, avec son capital de G millions de francs à peine, pour tout ce pays éminemment agricole, ne peut aider le progrès agricole que d'une manière très limitée. H y a aussi le Crédit foncier rural qui prête seulement sur hypothèque du terrain et où sont engagées beaucoup de propriétés. Si ce crédit ou une autre institution mettait à la disposition des agriculteurs qui veulent changer les cultures, sur hypothèque des installations rurales, l'argent nécessaire que nécessite le changement des cultures, l'effet serait très grand dans cette fertile terre de Roumanie.

L'irrigation, inconnue pour les autres cultures que celle des plantes potagères, pourrait, sous ce beau soleil d'Orient, donner dans nos «cernosenes » des récoltes extraordinaires. Déjà nous pouvons dans de bonnes années, sans trop de sécheresse et sans fumures, obtenir, avec une culture moyenne, le maximum des récoltes de France.

Il y a beaucoup à faire pour l'agriculture en Roumanie! J'espère que l'on va commencer àdiscuter les lois pourle relèvement du paysan Roumain. La loi par laquelle lesdomaines ruraux de l'Ltat ne peuvent être vendus qu'aux paysans, en petits lots, doit subir des modifications, surtout pourla diminution du prix et l'amortissement en un plus long temps; autrement beaucoup d'acheteurs renonceront à ces lots, faute des m-oyens de les payer.

L'état des récoltes en terre est bon pour les blés et les seigles, mais le colza a péri en grande partie. Excepté dans le Nord de. la Moldavie, la neige fait défaut. Mais le froid n'est pas rigoureux.

Le prix du vin est très bas, grâce à la grande production des vignes non phylloxérées.

Les céréales, à raison de l'interruption de l'exportation par la voie du Danube qui est gelé, ne se vendent presque pas. On fait quelques petites affaires par notre port de la mer Noire, Constance, qui est maintenant relié avec le pays par le magnifique pont sur le Danube à ïetesci. C.-C. Datculescu,

Député.

Séance du 19 février 1896. — Présidence de M. Risler. La correspondance imprimée renferme les ouvrages suivants : Annuaire de Vohservaloire municipal de Montsouris pour l'année 1896; — Les tabacs, par M. Berc; — La culture de la luzerne dans la République Argentine, par M. Gibson; en Angleterre, par M. Fream ; — Les phœnix cultivés dans les jardins de Nice, le Phœnix melanocnrpa de la villa Henry-de-Cessole, par M. Sauvaig:o; — Hygiène des animaux domestiques dans la production du lait, par M. Calixte Pages.

M. Louis Passy donne lecture du discours qu'il a prononcé, au nom delà Société, aux obsèques de M. le marquis de Dampierre. Comme toujours, M. Louis Passy a su exceller dans ce dernier témoignage d'estime et d'affection donné à un collègue.

M. Bornet pose sa candidature à la place de membre titulaire vacante dans la section des cultures spéciales par le décès de M. Pasteur,

M. Léon Dru, après avoir analysé l'ouvrage de M. Sauvaigo sur les phœnix cultivés, présente à la Société une brochure intitulée : Vestiges de la période de Iransilion dans la grotte du Mas d'Azil, par M. Ed. Piette.

M. de Lacaze-Duthiers présente, de la part de M. Yung, une note sur une épidémie de pneumonie veimineuse du lièvre, causée par le Strongylus 7-etortœformis. Les cadavres des lièvres ont été ramassés par centaines, à la surface du sol, dans le voisinage des habitations. Le parasite attaque l'intestin grêle du lièvre et du lapin de garenne; c'est la première fois qu'on signale sa présence dans les bronches.

M. Dufaure, au nom de la section de mécanique agricole et des irrigations, rend compte d'un mémoire de M. Ringelmann, sur la répartition de la pression dans les pressoirs. Il continue cette communication par la comparaison des résultats qu'il a obtenus dans ses propriétés des Charentes par Temploi des pressoirs continus et des pressoirs ordinaires.

M. Henry Sagnier présente, delà part de M. Gaston De Vaux, une brochure intitulée : Le blé à 27 francs les 100 kilog. L'auteur étudie l'emploi du froment sous 'outes ses formes dans l'alimentation du bétail et il arrive à cette conclusion qu'on peut, par ce moyen, retirer du blé un prix plus élevé. Renvoi à la section de grande culture.

M. le comte des Cars présente des échantillons de peupliers du Canada atteints par un chancre qu'il a déjà signalé l'année dernière et qui, cette année, cause des ravages assez considérables.

La Société déclare la vacance d'une place d'associé étranger dans la section d'arboriculture et de sylviculture.

Il est ensuite procédé à l'élection d'un correspondant étranger dans la section de grande culture. M. Fischer est élu par 35 voix contre 6 à M. de Solsky.

La Société se forme en comité secret pour entendre la lecture des rapports sur les titres des candidats à une place de membre étranger dans la section hors cadre. La commission spéciale présente : en première ligne, M. Yermoloff; en seconde ligne, M. von Mueller. — L'élection aura lieu le 26 février. Georges Marsais.

REVUE COMMERCIALE ET PRIX GOURANT DES DENRÉES AGRICOLES

(22 FÉVRIER 1896) I. — Situation générale.

Pour les graius, la culture tient bien ses prix, la demaude ayant été un peu meilleure; mais ce n'est pas encore un courant en hausse. Les vins, les huiles eî les sucres conservent péniblement leurs cours. Les sucres sont en hausse sur tous les marchés ; la situation des fécules continue à s'améliorer. La verdure s'est uu peu mieux vendue.

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