I. — L'agriculture ait Parlement
C'est le mardi 14 janvier que s'ouvre la nouvelle session du Parlement. Lors de la discussion du budget, le Ministre de l'agriculture a annoncé que le Gouvernement demanderait l'inscription à l'ordre du jour, immédiatement après le budget, de la loi sur le régime des amidons et des glucoses, qui reste en suspens depuis plus d'un an. En même temps, M. Viger a insisté sur l'urgence d'une solution, quelle qu'elle soit; « il est important, a-t-il dit, que cette décision inter- « vienne afin de rassurer des intérêts qui, en ce moment, sont exces- « sivement compromis par l'état d'incertitude dans lequel le Parle- «: ment laisse les cultivateurs de pommes de terre et les féculiers. » On ne pouvait pas parler plus clairement et mieux exposer la situation dans toute son amertume. Le moment est arrivé où le Gouvernement doit remplir l'engagement qu'il a pris; il serait vraiment coupable s'il manquait à cette parole donnée solennellement à la tribune. Nous disions précédemment combien l'année 1895 a été inféconde en ce qui concerne les réformes attendues par les cultivateurs; on doit tenter de sortir de ces errements néfastes. En apportant immédiatement la solution qu'on lui demande, la Chambre des députés donnera la preuve qu'elle veut renoncer à des atermoiements funestes, et qu'elle consent enfin à aborder les questions d'affaires qui attendent depuis si longtemps sans aboutir. En réparant l'injustice actuelle dans le régime des amidons, elle aura effacé une erreur dont les effets ont été si cruels. Mais elle a aussi d'autres réformes à réaliser sans retard, comme la loi du cadenas, la surtaxe des sucres coloniaux étrangers, la réforme du régime des entrepôts, l'organisation de la repi^ésentation légale de l'agriculture, etc. Le travail utile ne lui manque donc pas. Au Sénat, on nous annonce que la discussion sur le régime des boissons va commencer sans retard ; on doit espérer que la réforme tant attendue verra enfin le jour cette année, et qu'elle sera sauvée des embûches qui l'ont compromise jusqu'ici. La tâche ne manque pas au Parlement; puisse-t-il l'accomplir avec résolution !
U. — Crédit agricole.
A diverses reprises, nous avons eu à signaler les services que la
Banque de France peut rendre aux cultivateurs. En voici un nc<uvel
exemple. A la dernière réunion du Comice de l'arrondissement de
Sedan (Ardennes), son président, M. Jeanjean, a fait connaître la
N° 1521. — Tome I" de 1896. — U j.oyier.
proposition suivante qu'il avait reçue de ia succursale de la Banque de France à Sedan :
« Trois agriculteurs, ordinairement de la même famille, se réunissent pour souscrire, avaliser et endosser les billets qu'ils créent à quatre-vingt dix jours et qu'ils renouvellent très régulièrement à chaque échéance jusqu'à ce que, par la vente du bétail, ils soient en état de rembourser. Les agriculteurs commencent en général leurs opérafions en février ou mars; les remboursements doivent avoir lieu au plus tard entre le neuvième et le dixième mois suivant l'opération.
« Un dépôt de titres peut remplacer une des trois signatures.
« Des renseignements précis sont pris sur la fortune immobilière, l'étendue et la valeur des propriétés, la situation des agriculteurs qui doivent s'engager. Les syndicats peuvent sur ce point rendre de grands services à la Banque.
« L'emboucbeur est tenu, en même temps qu'il fait sa demande pour escompter à la Banque, de présenter un relevé négatif de sa situation hypothécaire.
« L'argent serait ainsi obtenu au taux d'intérêt de 2 pour 100. j?
II est certain que la création de ce papier d'embauché (et non embouclie, comme on dit souvent à tort) pourra être très utile aux cultivateurs de l'arrondissement de Sedan; c'est l'extension d'une pratique inaugurée à Nevers il y a longtemps déjà.
IIL — L'assurance contre la mortalité du bétail.
Parmi les entreprises auxquelles les syndicats agricoles peuvent s'adonner avec le plus d'utilité, figurent les caisses d'assurance mutuelle contre la mortalité du bétail. L'organisation de ces sortes d'associations, qui peuvent affecter la forme soit de sociétés réelles d'assurance mutuelle, soit de simples caisses^ a déjà tenté l'activité d'un certain nombre de syndicats. Une autre forme des mêmes associations est celle de syndicats spéciaux constitués conformément à la loi de 1884 et ayant l'assurance pour but exclusif. Tel est le cas pour deux sociétés d'assurance mutuelle contre la mortalité du bétail, créées l'une à Brecé, l'autre à Couesmes, dans le département de la Mayenne. Elles ont été constituées sur l'initiative de M. Le Moult, qui a acquis une grande et légitime notoriété par l'organisation des syndicats de hannetonage. Les règlements de ces deux associations sont établis sur les mêmes principes, mais ils diffèrent quelque peu dans les détails. La Société de Brecé a été constituée au mois d'octobre dernier, et celle de Couesmes au mois de décembre. A la fin de décembre, la première comptait 163 adhérents, et elle était en plein fonctionnement. C'est un excellent augure pour le succès de l'initiative prise par M. Le Moult, et pour les services qu'elle est appelée à rendre.
IV. — Société des agriculteurs de Finance. Dans sa dernière réunion, le conseil d'administration de la Société des agriculteurs de France a décidé que les concours pour la production du blé (prix Destrais et prix Godard) auront lieu en 1896 dans les départements suivants :
Prix Destrais : Alpes-Maritimes, Indre et Alger (prorogé). Prix Godard : Var, Seine-Inférieure, Bouches-du-Rhône et Seine-et-Oise (prorogé).
Dans cette même réunion, le conseil a décidé, sous la réserve de la réalisation de concours pécuniaires qui lui ont été offerts et sous celle du vote du budget de la Société pour 1896, qu'une subvention de 30,000 fr. serait allouée pour l'organisation d'un concours provincial
à Sainl-Brieuc en 1896. Les concours pécuniaires sont ceux du Conseil général des Côtes-du-Xord, du Conseil municipal de Saint-Brieuc, de l'Association bretonne et de la Société hippique des Cotes-du-Nord. Le concours aurait lieu entre le 15 juin et le I" juillet. — C'est la première réalisation de projets souvent agités, depuis longtemps déjà, devant la Société des agriculteurs de France, et qui n'avaient pas pu aboutir, par suite d'oppositions nombreuses qui y avaient été faites. En entrant dans la voie qui lui était indiquée, la Société des agriculteurs de France ajoutera un nouveau service à ceux qu'elle a déjà rendus; elle possède, en elYet, pour réussir dans cette voie, tous les éléments nécessaires; il n'y a qu'à savoir les mettre en œuvre. Y. — Union des associations agricoles du Sud-Ouest. L'Union des associations agricoles du Sud-Ouest a tenu sa \^^ session à Toulouse, le 30 novembre, sous la présidence de M. de Capèle. Quinze associations y étaient représentées. Voici le texte des vœux qui ont été adoptés :
« 1" Régime des boissons. — L'Union, considérant que la loi modifiant le régime des boissons et celle du 22 novembre 1895, votées par la Chambre des députés, qui Suppriment les droits perças sur les vins, bières, cidres, poirés et hydromels, ainsi que les droits d'octroi sur les boissons hygiéniques, réalisent une réforme aussi favorable aux intérêts de l'agriculture qu'au développement de la prospérité publique, émet le vœu : qu'elles soient, sans retard, discutées et adoptées par le Sénat.
« 2° Régime des céréales^ blés et farines. — L'Union, considérant le préjudice causé aux producteurs de céréales, privés de la rémunération de leur travail par l'avilissement des cours du blé qui ne représentent même pas le prix de revient de leur produit; émet le vœu : 1" que les blés et farines ne soient admis que dans des entrepôts réels établis par l'autorité publique, à l'exclusion de tous entrepôts fictifs; — 2*^ que ces entrepôts soit sévèrement réglementés;
« Considérant, en outre, que le régime actuel des admissions temporaires donne lieu à des abus qui empêchent les droits de douane de produire leur etiet ; émet le vœu : que les acquits temporaires et les acquits à caution soient supprimés; que tous les blés entrant en France acquittent intégralement et en numéraire les droits de douane et que les importateurs de blés étrangers, en vue de leur dénaturation et de leur exportation, soient remboursés à la sortie du montant de ce droit, après revision des types.
« 5° Loi dite du « Cadenas ». — L'Union, considérant que les modifications des tarifs douaniers sont trop souvent escomptées d'avance par la spéculation qui, pendant la piéparation et la discussion des projets de loi par le Parlement, se livre à des opérations de nature à en rendre, pour une longue période, l'application illusoire; émet le vœu : que la loi dite « du Cadenas », actuellement soumise à la Chambre des députés, soit votée dans le plus bref délai possible et appliquée, d'une manière générale et permanente, à dater du jour du dépôt par le Gouvernement de tout projet de modification des tarifs de douane.-
« 4° Loi sur les successions. — L'Union, considérant que la loi sur les successions récemment votée par la Chambre des députés impose de lourdes charges à l'agriculture; émet le vœu : qu'elle soit modifiée par le Sénat et que dans tous les cas la perception des droits édictés se fasse par annuités ne dépassant pas le revenu net annuel de la succession.
« 5° Prestations en nature. — L'Union émet le vœu : 1° que le régime actuel des prestations en nature soit maintenu; 2° que ces prestations soient affectées, à concurrence des deux tiers, aux chemins vicinaux et aux chemins ruraux.
« 6*^ Dépopuhition des campagnes. — L'Union, considérant la situation faite à l'agriculture par la tendance des populations rurales à quitter les travaux des champs pour émigrer dans les villes; émet le vœu : 1" que les institutions d'assistance, sociétés de secours mutuels, caisses de retraites, etc., créées dans le but d'améliorer le sort des ouvriers agricoles soient encouragées et multipliées;
4'i CHRONIQUE AGRICOLE (11 JANVIER 1896;.
2" qu'un enseignement professionnel agricole complet soit donné aux élèves des écoles primaires rurales.
« 7" Représenlalion de Va(jr'kidlure. — L'Union, renouvelant les vœux émis dans les sessions précédentes, demande que l'agriculture soit promptement dotée, comme le commerce et l'industrie, d'une représentation effective. »
En ce qui concerne le régime des successions, il est utile d'ajouter qu'il ressort de la discussion dans la réunion que les modifications demandées se rapportent surtout au rejet du principe de la progressivité et du relèvement des droits. C'est ce que M. de Capèle a parfaitement exposé comme il suit :
« Désormais, les dettes seront déduites de l'actif pour le payement des droits successoraux. Les taxes qui frappent simultanément l'usufruit et la nue-propriété seront établies d'une façon plus équitable. C'est là une mesure dont il ne faut méconnaître ni la justice, ni l'importance. Elle fait honneur à la Chambre qui l'a édictée. La part ainsi faite à l'éloge, peut-on dire que la loi ne soulève pas de sérieuses objections? Elle augmente dans une proportion excessive, les droits actuellement perçus, et substitue à la règle de la proportionnalité, base et principe de notre législation fiscale, celle de la progression de l'impôt. C'est peut-être aller bien loin dans la voie des réformes et ouvrir la porte à des abus dont on ne peut que trop prévoir les conséquences. La déduction du passif amènera pour le trésor une perte annuelle qu'on évalue à 34 millions environ. Pour les retrouver, on frappe la propriété immobilière, au grand détriment de l'agriculture. La richesse mobilière échappera à l'impôt. Les capitaux iront chercher à l'étranger un refuge contre les exigences du fisc. La charge retombera sur la terre qui ne peut se dissimuler. L'impossibilité d'acquitter des droits qui représentent le revenu de plusieurs années forcera les héritiers à vendre les propriétés qu'ils recueilleront. D'où la conséquence forcée dune dépréciation toujours croissante des terres dont la valeur vénale a subi, depuis quelques années, une diminution déjà considérable. N'est-ce pas un danger pour la richesse publique? D'autre part, les dégrèvements accordés aux petites successions constituent un avantage plus apparent que réel. L'assemblée aura à examiner s'ils lui paraissent suffisants pour accepter la loi telle qu'elle est sortie des délibérations delà Chambre des députés. Elle verra s'il y a lieu de la modifier dans son principe et dans ses dispositions et s'il convient a émettre un vœu demandant au Sénat de faire droit aux réclamations formulées dans la discussion et dont M. Méline, toujours prêt à défendre les intérêts de l'agriculture, s'est fait l'éloquent interprète. La question est grave et mérite un examen approfondi, »
On peut espérer que le Sénat ne se laissera pas entraîner à adopter le texte voté par la Chambre ; il méritera ainsi la reconnaissance de l'agriculture.
VL — Questions vilicoles.
Il est inutile de rappeler par quelles phases a passé la question de la reconstitution des vignes dans les terrains calcaires. Cette reconstitution, qui paraissait à peu près insoluble il y a peu d'années, peut être considérée comme possible à réaliser soit avec quelques hybrides nouveaux, soit avec certains cépages américains. Parmi ces derniers, le Berlandieri occupe le premier rang; certaines formes vigoureuses de ce cépage donnent les plus grandes espérances. Mais on lui a toujours reproché, et avec raison, sa difficulté de reprise au bouturage, qui a été le principal obstacle à sa multiplication. Cette difficulté est telle que la reprise, dans les conditions même les plus favorables, n'atteint que des proportions vraiment dérisoires. De nombreuses tentatives ont été poursuivies pour obtenir des reprises régulières ; les méthodes préconisées ont échoué. Dans une étude publiée récemment
dans la Revue de viticulture^ MM. Pierre Viala et Mazade font connaître qu'ils ont trouvé enfin la solution du problème. Cette solution qui résulte d'expériences faites depuis deux ans, consiste dans l'emploi de grefîes-boutures, au lieu de boutures simples. Après avoir rappelé comment ils ont été conduits à préconiser cette méthode, MM. Viala et Mazade la décrivent comme il suit :
« En 1894, pendant que les boutures ordinaires de Berlandieri donnaient 6 pour 100 de reprises, nous obtenions avec les greffes-boutures une moyenne de 39 pour 100. En 1895, nous avons tenu compte des observations cjue nous avions faites Tannée précédente, et les résultats obtenus ont été les suivants pour trois cépages :
ce Aî'amon. — 3,200 greffes-boutures; reprises, 1,865 : soit 58 pour 100. — Sur certaines rangées, la reprise atteignait 80 pour 100.
a Folle Blanche. — 750 greffes-boutures; reprises, 440 : soit 52 pour 100.
ce Pinot de la Loire (Ghenin). — 800 greffes-boutures; reprises, 370 : soit 46 pour 100.
ce Pour tous ces cépages, le total est donc de 4,750 greffes-boutures; reprises, 2,675 soit, 53 pour 100.
ce D'autre part, avec des greffes-boutures de Carignane sur Berlandieri, nous avons eu : 810 greffes-boutures; reprises, 160 : soit 20 pour 100.
« L'échec relatif avec ce cépage est intéressant, car, ainsi que nous le verrons, il confirme la technique et la valeur du procédé.
ce Les greffes-boutures que nous avons ainsi obtenues — et de nombreux viticulteurs ont pu le constater dans les pépinières de l'Ecole d'agriculture de Montpellier — sont d'une superbe végétation, plus belles que celles obtenues sur Riparia ou sur Rupestris dans les môme pépinières, surtout celles de Folle et de Pinot de la Loire. La soudure est parfaite et le talon des greffes-boutures porte de nombreuses et fortes racines.
ce Ces greffes-boutures ont été faites, en 1894 et en 1895, sans soins autres que ceux usités dans toutes les pépinières. Les bois ont été récoltés en hiver et mis en stratification dans le sable. Au printemps, les boutures de Berlandieri entêté sectionnées à. la longueur habituelle, et le talon était taillé au-dessous du dernier œil. On a implanté sur le mérithalle supérieur, par la greffe en fente anglaise, un greffon à deux yeux. Les greffes-boutures de Berlandieri n'ont été ni trempées, niinème écorcées. On les a ligaturées au raphia et on les a mises en terre, en les distançant de huit à dix centimètres les unes des autres sur la ligne ; elles ont été fortement buttées au moment de la plantation. Le sol de la pépinière est une terre franche, assez meuble et de fertilité moyenne. Les soins de culture ont été ceux que l'on donne aux pépinières, excepté, et c'est là le point essentiel, pour le sevrage des racines. La reprise a été, dans ces conditions normales, de 53 pour 100.
ce Mais on ne peut arriver à ce résultat qu'en sevrant les racines du greffon à temps. Si l'on suit activement le développement des greffes-boutures sur Berlandieri depuis la plantation jusqu'à la fia de l'été, on constate successivement les modifications suivantes. D'abord, les tissus de soudure commencent à se former aux points de contact du sujet et du greffon, et le greffon entre en végétation. Ce premier état est d'ailleurs commun à toutes les greffes-boutures, quel que soit le porte-greffe employé. Bientôt après, de jeunes radicelles prennent naissance sur le greffon, alors que le sujet (Berlandieri) ne présente encore à la section inférieure (talon) qu'un bourrelet légèrement accusé, formé par des tissus cicatriciels. La plante végète ainsi aux dépens des racines du greffon jusqu'en juillet, pendant deux mois; ce n'est que très tard (juillet-août) que le sujet (Berlandieri) émet sur le talon, à environ un demi-centimètre de sa base, quelques fines radicelles. Ces radicelles ont un accroissement très rapide et gagnent en peu de temps la tardivité de leur formation. Le développement herbacé du greffon a -donc lieu pendant deux mois aux dépens de ses propres racines. Les tissus de soudure continuent à se former progressivement et se développent aux dépens des matériaux élaborés parle greffon. C'est peut-être grâce aussi à la vie active du greffon que le sujet (Berlandieri), recevant par l'intermédiaire des tissus de soudure des matériaux élaborés, se trouve en état d'émettre plus facilement des racines
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que s'il était réduit à ses seules ressources, comme c'est le cas pour les simples Loutures.
« Si on supprime les racines du greffon au moment où les radicelles, d'abord fines et grêles, du Berlandieri sont sorties, on voit celles-ci se développer, ainsi que nous le disions, avec une très grande activité et arriver à être, à la fin de la végétation, aussi développées que les racines des Riparias ou des Rupestris multipliés de la même façon.
« Si, au contraire, on sèvre trop tôt les racines du greffon, avant que celles du sujet (Berlandieri) ne soient déjà sorties, il y a arrêt d'évolution de ces dernières cl le greffon, sevré de ses racines et non nourri par le sujet, se dessèche et meurt. Si encore on attend trop tardivement pour sevrer le greffon, les racines du Berlandieri évoluent très lentement; celles du greffon prennent une activité de plus en plus grande; le greffon finit par vivre d'une vie presque indépendante. La végétation du porte-greffe s'arrête et lorsqu'on supprime les racines du greffon, les frêles racines du porte-greffe ne peuvent suffire à la végétation de la greffe-bouture, qui ne larde pas à succomber.
a II faut donc sevrer les racines du greffon à temps, ni trop tôt, ni trop tard. C'est là le seul détail particulier que réclament les greffes-boutures de Berlandieri. Il est facile de préciser ce moment en notant que ce n'est pas avant la fin juillet que le sevrage doit être opéré et que, dans la région méridionale par exemple, la période du sevrage varie, suivant les années, du 20 juillet au 20 août. Mais, pour
Elus de sûreté, mieux vaut à cette période oi3server le talon de quelques greffesoutures en les débuttant et procéder au sevrage dès que l'on constate que les racines du Berlandieri ont commencé à pousser.
« L'époque du sevrage n'est pas la même pour tous les plants. Les Garignans par exemple, dont la poussée radiculaire du greffon est très active et très rapide, demandent à être sevrés plus tôt. L'échec relatif que nous signalions pour ces plants est dû à ce que les racines du greffon ont été supprimées trop tardivement. »
La conclusion de MM. Viala et Mazade est la suivante : « La multiplication du Berlandieri (les variétés pures et vigoureuses) est aussi facile que celle des porte-greffes les pltis communs : 1° en obtenant les pieds-mères producteurs de bois par le greffage du Berlandieri sur vieilles vignes vigoureuses; 2" en faisant avec ce bois des greffesboutures ordinaires dont la reprise moyenne est de 50 pour 100, reprise égale, sinon supérieure, à celle que donnent, dans les mêmes conditions, les lliparias et les Rupestris. » Il était utile d'appeler l'attention sur ces expériences et sur leurs conclusions, car outre qu'elles présentent une grande importance pour les viticulteurs, elles sont faciles à contrôler .
VIL — Nécrologie.
Nous apprenons la mort de Léon-Charles Pointelet, aviculteur^ décédé à Louveciennes (Seine-et-Oise), le 4 janvier, à l'âge de 54 ans. Il avait remporté un grand nombre de récompenses dans les concours généraux et régionaux pour ses animaux de basse-cour. Il était chevalier du Mérite agricole et membre du Conseil d'administration de la Société nationale d'aviculture.
YIII. — Etudes zoo techniques.
Sous le titre : V espèce bovine dam lAude^ M. Georges Barbut, professeur départemental d'agriculture, vient de publier un rapport très intéressant, présenté à la Société centrale d'agriculture de ce département sur les améliorations qu'il serait utile d'apporter dans l'élevage des bêtes bovines. Cette étude s'applique naturellement à la région montagneuse du département, c'est-à-dire au paj's de Sauli et à la
CHRONIQUE AGRICOLE (Il JANVIER 1896). 47
Montagne-Noire. Malgré des efforts poursuivis depuis assez longtemps pour améliorer cet état, le bétail de ces régions est tout à fait hétérogène et il ne donne pas les produits qu'on pourrait en attendre. Après avofr passé en revue les méthodes à adopter pour changer cet état de choses, M. Barbut propose les conclusions suivantes :
« Les mesures que nous proposons à l'adoption de la Société centrale d'agriculture de l'Aude, en vue d'améliorer les animaux de l'espèce bovine, peuvent se résumer ainsi :
« a) Acquisition de taureaux reproducteurs par une commission de trois membres : deux éleveurs et un vétérinaire;
« b) Organisation du service des « taureaux approuvés », consacrés pendant un an à la reproduction ;
« c) Amélioration des pâturages et des prairies par : distribution d'engrais phosphatés, récompenses accordées pour l'emploi de fumures appropriées et l'exécution de travaux d'irrigation et de drainage;
« il) Adoption de la race Gasconne améliorée, pour les deux régions d'élevage. Mise en pratique d'une sélection rigoureuse et soutenue;
« e) Pour la production des veaux de boucherie — et dans quelques situations privilégiées seulement — essai des croisements avec le limousin (La Société n'intervient en rien dans ce genre de spéculation et se borne à en indiquer la possibilité) ;
« /) Organisation des concours du Pays-de-Sault dans les centres d'élevage, à Espezel et à Axât, alternativement;
« g) Organisation d'un conco.urs annuel à Saissac et d'un concours éventuel à Cuxac-Gabardès et Villemagne. »
Dans le même ordre d'idées, il convient de signaler une très intéressante étude publiée par M. E. Marre, professeur d'agriculture de l'Aveyron, sur la race d'Aubrac et le fromage de Laguiole. C'est une monographie complète de la race qui peuple les pâturages du plateau d'Aubrac et une description des procédés de fabrication du fromage de Laguiole; M. Marre y a ajouté des indications très utiles sur les perfectionnements qu'on devrait introduire dans cette fabrication.
Profitant de l'exposition cantonale d Yverdon en 1895, le département de l'agriculture du canton de Vaud (Suisse) a fait exécuter des photographies de quelques-uns des plus beaux types de taureaux de la race bovine tachetée qui figuraient à cette exposition. Réunies dans un album élégant, les reproductions de ces photographies forment le complément de l'intéressante publication faite en 1894 sur les progrès réalisés par l'élevage dans le canton de Vaud.