‹ Journal de l'agriculture (volume 4)Chapitre 344 sur 737 · FRANÇAISES · texte numérisé non relu

FRANÇAISES

Extrait du discours de M. Méline, à l'Assemblée générale du 11 mars.

Messieurs, nous avons l'habitude, chaque année, à pareille époque, de passer la revue des événements qui se sont accomplis depuis la dernière assemblée générale, et je me fais un devoir de porter votre attention sur les questions dominantes du jour, sur celles qui préoccupent le plus vos esprits.

Régime économique. — Pendant longtemps notre conversation av&it presque toujours roulé sur un sujet qui commence à s'épuiser, sur la nécessité de défendre l'industrie et l'agriculture françaises contre la concurrence étrangère. C'est pour cette grande cause que nous avons livré tant de batailles, et, après une lutte héroïque, dans laquelle nous étions seuls à l'origine contre tout le monde, et où nous avons fini, grâce à la force de la vérité et à notre apostolat de tous les jours, par avoir tout le monde avec nous, la victoire nous est restée, et on pouvait croire que nous n'avions plus qu'à dormir sur nos lauriers.

C'était compter sans la ténacité, la passion et l'orgueil de nos adversaires, qui ne se rendront jamais que lorsqu'ils n'auront plus aucune chance de revanche. La revanche, ils l'ont cherchée partout depuis trois ans, profitant de tous les prétextes, de toutes les apparences, exploitant contre nous tous les faits du jour, tous les incidents, toutes les fatalités économiques qui sévissent inévitablement sur le monde à certaines époques, et qui jouent un rôle si considérable dans la vie d'une grande nation comme la nôtre. Après avoir haltu les buissons^ après avoir joué tantôt de l'intérêt du consommateur, qui n'a fait que profiter de notre nouveau régime, comme nous l'avions prédit, tantôt de la diminution apparente de nos recettes de douane, qui n'avait d'autre cause que les prévisions trop élevées de la commission du budget, après tous ces essais infructueux, ils ont fini par découvrir un phénomène d'un genre nouveau, un fait considérable resté inaperçu pendant longtemps et qui créait dans nos tableaux de douane un véritable trompe-l'œil tout à fait favorable à leurs desseins.

Ce fait considérable et longtemps ignoré, c'est la baisse extraordinaire et sans précédent du cours de nos principales marchandises et surtout des produits agricoles, qui s'accentue tous les jours, et qui a atteint dans ces dernières années des proportions inconnues.

On devine aisément la répercussion inévitable que cette diminution des prix de toutes les marchandises devait exercer sur les chiffres en valeur de noire commerce extérieur; il était bien impossible que nos importations et nos exportations restassent les mêmes, ou fussent en augmentation, avec des diminutions de 10 à 20 pour 100 dans la valeur des mêmes produits.

Nos adversaires ont merveilleusement compris le parti qu'ils pourraient tirer de ce fait économique. Ils n'ont plus eu qu'une idée fixe; c'était de s'en servir

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