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PRÉPARATION DES LINS SECS POUR LE ROUISSAGE

Les liniculteurs des Flandres sont occupés actuellenient à Végrenage du lin brut destiné à la prochaine saison de rouissage; l'exécu-

tion de ce travail est assez délicate, et par suite de son importance, elle réclame des soins assez sérieux.

Depuis longtemps on a essayé, dans les principaux teillages français et étrangers, et, principalement en Russie et en Angleterre, dans quelques grandes exploitations, de substituer le travail mécanique pratiqué au moyen de machines spéciales dites égrenemes à l'ancien procédé manuel^du maillotage {maiUage ou maillochage) ; de nombreux appareils ont été construits dans ce but, mais ils se sont peu répandus; ils sont très coûteux, et pour la plupart encore très imparfaits.

Dans un système mixte, surtout particulier à l'Irlande, on traite les tiges avec un instrument {crushing machine) composé essentiellement de deux cylindres en fonte ou en bois, unis ou cannelés, montés horizontalement et parallèlement sur les deux bras d'une potence; le cylindre inférieur est actionné, par l'intermédiaire d'une courroie de transmission et d'une poulie calée sur son axe, au moyen d un volant mû, le plus ordinairement, à bras d'homme; le cylindre supérieur est monté sur des coussinets mobiles ; les tiges sont introduites par leur pied entre les deux cylindres tournant en sens inverse, et après deux ou trois passages elles sont presque complètement débarrassées des capsules; elles sont ensuite resserrées en poignées, puis frappées fortement sur le bord d'un tonneau pour achever de faire tomber les graines et les paillettes qui auraient pu y rester attachées. M. J. Dalle, un de nos meilleurs liniculteurs, considère cette méthode comme très imparfaite, ce non seulement, dit-il, parce que la manœuvre de la machine fatigue beaucoup les ouvriers, mais surtout parce qu'elle force ces derniers à diviser les lins en capsules par petites poignées ; or, chacun sait que les lins en capsules sont toujours très enchevêtrés. » {Guide jjratique^ p. 83).

Le même auteur préfère, avec la grande majorité de ses collègues du nord de la France et de la Belgique, le travail à la main exécuté au moyen de la hatie (battoir ou maille) en bois ; celle-ci est formée d'une plaque de bois rectangulaire de 25 à 30 centimètres de longueur et de 15 à 20 centimètres de largeur, au-dessus de laquelle est fixé un manche recourbé de 80 à 90 centimètres de longueur.

Les bottes à égrener sont déliées, puis étendues sur l'aire de la grange bien nettoyée au préalable, ou mieux, recouverte d'une bâche; on frappe ensuite leur tête avec la batte, en prenant grand soin de ne pas briser les tiges et de ne pas détruire le parallélisme de ces dernières : c'est dire que ce travail, d'ailleurs très fatigant, ne doit être confié qu'à des ouvriers expérimentés; les bottes sont retournées et battues de nouveau et enfin relevées par poignées que l'on secoue fortement pour en faire sortir les graines et les paillettes (enveloppes des graines). Elles sont ensuite reliées avec la plus grande régularité possible, en égalisant bien leur base et en écartant les tiges de trop grande longueur. Les liens ne doivent pas être serrés trop fortement ; les brins se gonflent beaucoup pendant le rouissage, et si les bottes étaient trop denses avant leur mise à l'eau, elles risqueraient de ne pas être traversées facilement dans leur entier, et le trempage resterait incomplet.

Le lin ne reçoit, le plus souvent, aucune autre préparation avant le rouissage. On peut cependant augmenter, dans une grande mesure,

sa valeur commerciale en lui faisant subir des triages complémentaires. Ces opérations, qui exigent une certaine habileté de la part des ouvriers et occasionnent une grande dépense de main-d'œuvre, conviennent par excellence, pour les lins de qualité supérieure ; elles sont pour eux toujours très rémunératrices. Même lorsque la végétation s'est effectuée de façon normale, et que la plantation a conservé, de la levée à l'arrachage, un aspect régulier, on rencontre en effet, dans la récolte une certaine proportion de tiges versées, de tiges vertes ou tachées, de liges trop fortes ou trop faibles. A ces diverses catégories de produits correspondent des propriétés et des qualités très différentes, et la durée du rouissage doit varier pour chacune d'elles. Ainsi les lins versés ou quelque peu tachés doivent rester moins de temps à l'eau que les lins droits, sains et vigoureux; les longues tiges sont plus faciles à rouir que les veines courtes, etc. Pour cette raison on voit parfois le triage des lins s'étendre « jusqu'après le rouissage, et il existe tel fabricant qui, n'envisageant que les avantages qu'il en retire, ne craint pas de trier le lin trois fois avant de le leiller, quelque importants que soient les frais que ce travail nécessite ^^ (J. Dalle). Le premier triage a lieu après l'égrenage, il se fait dans la grange; le second entre les deux rouissages, et le dernier, lorsque le rouissage est entièrement achevé.

Les bottes sont ouvertes et divisées en petites poignées; celle-ci sont étalées une à une en éventail pour y rechercher les tiges vertes et les tiges tachées que l'on met à part; on égalise ensuite la base de chaque poignée en la frappant sur le sol ou sur une table; on en extrait alors les tiges trop longues; puis l'ouvrier, après les avoir placées entre ses genoux, en sépare, en les tirant par leur tête, les tiges d'égale longueur dont il forme de nouvelles bottes de grosseur convenable, à deux ou trois liens, suivant les régions et la dimension; les tiges trop courtes ou avortées restent entre les genoux de l'ouvrier : elles constituent une cinquième catégorie de produits.

Les triages sont toujours très dispendieux et beaucoup de bons liniculteurs même n'y ont que rarement recours. Si l'on songe cependant que les belles qualités fines de lin sont aujourd'hui très recherchées et obtiennent une forte prime, on ne saurait trop en recommander la pratique. J. ÏROUDE.

La Société d'agriculture de l'Indre vient de donner son patronage au Herd'Book de la race ovine berrichonne du département de rindre, qui a pour but de fixer la race au point de vue de la pureté et de contribuer par une sélection rigoureusement appliquée et suivie à son amélioration et à son extension.

Ce relèvement d'une race qui, à toutes époques de l'histoire, est réputée comme la première richesse du Berry, s'imposait.

Le mieux est souvent l'ennemi du bien. A force de vouloir emprunter à des éléments étrangers pour corriger de prétendus défauts, pour faire plus lourde on est arrivé trop généralement à la déchéance, au décousu, à la variabilité désordonnée. Les efforts faits pour c?^éer une

1. Extrait du Bulletin de la Société d'agriculture de l'Indre. (Voir la chronique du 29 février, page 328.)

race meilleure étaient illusoires, L'élevage y a perdu. Les caractères primitifs de nos variétés indigènes ont été profondément altérés. Ils tendent à disparaître dans un grand nombre de bergeries devenues, par suite de ces alliances trop diverses et trop multipliées, vraiment cosmopolites.

La tentative desélection faite aujourd'hui par la création d'un T/ert/- Book remédiera d'une façon pratique, nous aimons à l'espérer, à cette reconstitution de notre race en détresse. Elle répond à un mouvement d'opinion très manifeste, aux desiderata souvent exprimés dans les comptes rendus de nos concours et de nos ventes.

A première vue, l'ouverture d'un Herd-Book pour des moutons peut étonner, d'autant plus peut-être que la chose est nouvelle. Nous connaissons bien des Herd-Book^ des Stud-Book de grands animaux dont l'existence est plus longue, conservés comme reproducteurs de prix, ayant, ainsi que leurs descendants directs, leur cote ou registre généalogique, leur nom, leur état-civil, et en quelque sorte leurs titres de noblesse. Nous n'avons pas entendu parler de Herd-Book de races ovines chez lesquelles la généalogie, la filiation ne peuvent être suivies de même manière.

Il ne s'agit en effet, dans le projet actuel, que d'inscriptions par bergeries dans lesquelles la pureté de la race aura été reconnue. Les reproducteurs ovins ne figureront pas au registre individuellement, mais d'une façon collective par troupeau. Ils porteront toutefois chacun à l'oreille droite le cachet du Herd-Book, et par cela seront toujours reconnaissables.

La sélection poursuivie entre les meilleurs animaux de bergeries inscrites, déterminera peu à peu le progrès désirable, l'uniformité dans l'élevage, la régularité dans la production. Grâce à la publication annuelle du Bulletin du Herd-Book, la recherche des animaux de race pure, jugés tels par la Commission, sera singulièrement facilitée. Les transactions seront développées pour le plus grand intérêt des éleveurs.

Notre race Berrichonne aura donc son livre d'or et formera comme un syndicat de sang noble, contribuant par le choix des alliances, à l'amélioration, à la fixité, à l'extension de nos gentils moutons dans leur aire géographique naturelle.

Ces moutons se distinguent dans l'Indre en plusieurs variétés berrichonnes, appartenant toutes à une seule et même race, la race de la Loire dont l'aire géographique comprend plusieurs départements du plateau central et du Centre, et s'étendait jadis dans le Soissonnais, les Ardennes, le Jura, les landes de Bretagne, et même, à une certaine époque, en Angleterre, dans le pays de Galles.

Dans sa belle étude sur le mouton berrichon, publiée en 1889, notre collègue et ami M. Ch. de Bellefond fait, de nos variétés Berrichonnes, le portrait suivant :

« On connaît généralement quatre sortes de moutons berrichons : « 1" Les Grevant qui se trouvent aux environs de la Vallée Noire, dans l'arrondissement de La Châtre, autour du bourg de Grevant, qui est considéré comme le berceau de la race toute entière;

« 2° Les moutons de la Champagne qui se rencontrent dans les plaines calcaires des environs de Ghâteauroux, d'Issoudun et de Bourges. Le centre de leur aire géographique est le bourg de la Champenoise, entre Brion et Issoudun;'

« 3" Les moutons du Boischaud dont les centres de production se trouvent aux environs de Dun-le-Roi, Châteauneuf-sur-Gher et Saint-Amand;

« 4" Enfin la variété de Brenne qui rayonne aux environs de Mézières, dans l'Indre. Ces variétés diffèrent entre elles par la taille et le poids vif cfui vont en diminuant du GrevanUau Brenou, de 0 m. 70 à 0 m. 40, de 50 à 30 kilog. ; par leur conformation, parleur laine toujours blanche mais plus ou moins fine, depuis le mouton de Ghampagne qui accuse encore des traces d'un ancien croisement avec le mérinos jusqu'au Brenou à toison noire et sèche.

« Mais jamais ces variétés ne peuvent se confondre avec les moutons Solognots, dont la tête et les pattes sont roussâtres, la toison également rousse, rude, grossière et pleine de jarre. Gette variété s'étend dans la Sologne, depuis Valençay jusqu'à Gien, en passant par Romorantin.

« Malgré ces différences, ces diverses variétés de moutons présentent tous les caractères communs de la race à laquelle ils se rattachent (race du bassin de la Loire) se résumant ainsi : tète longue, étroite du front ^ pyoftl presque droit, nez légèrement incurvé et pincé à la narine, face triangulaire à base étroite.

« Ges caractères sont différents de ceux des variétés anglaises à la tête large et courte, Southdown, Dishley, New-Kent, de ceux de la race mérinc, race à tête longue, mais à face toujours couverte, tandis que les berrichons sont décoltés, race mérine à laine ondulée, qui par ce fait, ne peut être confondue avec aucune autre race. »

Le Herd-Book n'est ouvert qu'aux deux variétés vraiment intéressantes de notre département constituant notre race berrichonne., cette race qui, par une anomalie étrange, n'a pas, au concours général agricole, sa place au soleil, alors que les croisements New-Kent Berrichons de la Cliarmoise sont officiellemsnt catalogués et classés en honneur sous le nom de race delà Charmoise.

Ces deux variétés sont celles de Crevant et de Champagne.

« C'est dans l'arrondissement de La Châtre, dit M. de Bellefond, aux environs de Crevant, que se fabrique le reproducteur berrichon pur sang. Le pays est plantureux, accidenté, boisé, le sol granitique et assaini convient admirablement à la bête à laine; l'herbe abondante et riche aide à son développement rapide ; le mouton de Crevant est, parmi ses frères berrichons, de haute taille et d'un poids élevé. — La taille et le poids sont la conséquence naturelle du régime et de l'éducation. Une ferme des environs de Crevant possède de 20 à 60 brebis qui produisent annuellement de 18 à 50 agneaux.

« La moitié environ, 9 ou 25, sont généralement des femelles ; elles restent au domaine pour renouveler le troupeau ; l'autre moitié, les mâles, est destinée à la vente. Ces jeunes animaux reçoivent en plus du lait des mères, elles-mêmes fortement nourries, du son et de l'avoine, dès l'âge de 2 à 3 mois. Sous l'influence de ce régime tonique et intensif, les agneaux se développent très vite et sont achetés de 6 mois à 1 an en moyenne 100 francs pièce pour faire des béliers. Mais avant de mettre en vente ses produits, l'éleveur ne manque pas de prélever un ou deux individus parmi les meilleurs, pour son usage personnel; ce sont eux qu'il réserve pour faire sa lutte, à moins qu'il ne réussisse à mettre la main sur un sujet supérieur pris dans un troupeau voisin. » Quant à la variété de Champagne, de plus petite taille, 50 à 60 centimètres, moins lourde (25 à 30 kilog. vifs), n'est-elle pas par sa rusticité, sa sobriété, le vrai trésor de ces plaines calcaires où la vigne a vécu? Combien de domaines ne seraient exploitables qu'à perte si le profit de ces animaux en était retranché?

Seuls ils utilisent à merveille ces herbes courtes et rares qui émergent des pierres couvrant le sol de beaucoup de nos champs; et dans les jachères, et dans les parcours de grandes fermes, ils trouvent leur vie, et les éléments de leur qualité; seuls^ ils y sont bien à leur place.

Est-il besoin d'insister sur la finesse, la saveur délicate de leur chair, sur la réputation de leurs gigots dodus, au manche fin.

Ce sont ces berrichons indispensables dans ces domaines où l'on pratique l'élevage, qu'il faut conserver en les triant, en les favorisant.

Ce sont les plus résistants, les plus féconds et les plus avantageux dans les systèmes de culture qui ne permettent pas l'engraissement du mouton, la production industrielle des agneaux de boucherie par le croisement.

Ne vaut -il pas mieux avoir des animaux rustiques, parfaitement acclimatés, se contentant de peu, et en élever davantage, que des bêtes d'un plus fort poids, de moindre fécondité, délicates, exigeantes, demandant des ressources alimentaires beaucoup plus abondantes?

La sélection de reproducteurs bien charpentés et musclés, habilement conduite, rigoureusement suivie par les éleveurs delà Champagne berrichonne, déterminera avec une meilleure alimentation fournie par les artificiels, les qualités perfectibles de cette variété Champenoise si parfaitement acclimatée à notre sol.

Le Herd-Book est ouvert. Aux éleveurs qui ont résisté à l'entraînement exagéré d'une vogue mal définie d'en couvrir les premières pages.

Il nous a paru intéressant de faire quelques recherches sur la réputation des moutons berrichons depuis quelques siècles, sans remonter à Pline ou Columelle qui, dans leur livre des choses l'ustiques, en ont fait mention.

Au seizième siècle, l'historien Jean Chaumeau parle du Berry comme de l'ancien propre et naturel territoire de la berbiaille, toujours verdoyant et riche de pasquiers limeux.

Pascuis dines Biturix et altis Neustria sylvis.

La Neustrie a grandes forêts Le Berri pâtis et marais

Les forêts de la Neustrie ont disparu, mais le Berri a gardé ses pâturages, sinon ses marais.

A la fin de ce même siècle, le sieur Catherinot, dans son Prest gratuit, écrit : « Le Berry est riche en bleds, vins, chanvre, fer et ocre, particulièrement en moutons. Les moutons du Berry sont aussi célèbres que les chouettes d'Athènes. La capitale de notre province en a pris trois pour ses armes. Les laines de ces moutons étaient si estimées que, dans les contrats de mariage le futur époux stipulait que la future épouse serait vêtue de drap de Berry ».

Un siècle plus tard, l'avocat au Parlement Pallet* parle de la grande renommée des bêtes à laine, trésor du Berry, et des fines laines de Chàteauroux, Argenton, Issoudun, employées en partie à la manufacture de Chàteauroux :

« 11 est sorti de cette manufacture de très belles ratines et des draps légers que l'Asie et l'Amérique méridionale préfèrent aux draps plus forts. On en fait

1. Nouvelle histoire du berry, contenant son origin3, ses antiquités les plus reculées tant gauloises que romaines. — Bourges, 1783.

des envois dans l'Inde que les Grands achetaient pour en caparaçonner avec faste leurs éléphants chargés de hagages ».

A l'Assemblée provinciale du mois d'août 1779, dans un discours lu sous l'anonyme, un citoyen zélé pour le bien public, M. Heurtault, seigneurde la Penisse, pour ne pas le nommer, s'exprime ainsi :

ce Voyons à l'aide du calcul, s'il est un commerce qui rapporte plus. Vous achetez la paire de beaux moutons âgés d'un an, 15 fr.; vous les vendez gras, à 4 ans, 24 livres au plus. Vous les avez gardés trois ans. Ils ont produit dans les trois années 18 fr. de laine à 20 sols la livre et 6 fr. de fumier. De l'achat à la vente vous aurez gagné en tout 33 livres; il convient de distraire de cette somme le quart pour les événements; ainsi le gain net est de 24 livres 15 sols par an et par conséquent plus de 50 pour 100 que vous ont rapporté vos 15 livres.

« Le produit des brebis est encore plus considérable. Supposons qu'une belle brebis vous coûte à un an 7 livres 10 sols, elle donne un agneau qui, au bout d'un an, est vendu 7 fr. et avait produit 30 sols de laine et 10 sols de fumier, parce que nous n'estimons ces derniers objets qu'à la moitié de ce qu'un mouton les fait produire. Il résulte de ce calcul qu'une hrebis rapporte dans l'année 9 fr., par conséquent 25 pour 100. Retranchons la moitié du revenu, au lieu du quart, pour les accidents plus fréquents chez les agneaux que chez les moutons et il restera 60 pour 100 de gain net. Quel est le commerce qui produit autant? Ajoutons en faveur des brebis, qu'après le premier déboursé, il n'y a point de nouveau. Les agnelles remplacent les vieilles, et elles sont acclimatées. Plus on élève de brebis, plus on multiplie l'espèce; ainsi le bien général et l'intérêt particulier se réunissent en leur faveur. >>

Certes nous sommes plus pressés aujourd'hui, et nos bergeries se renouvellent dans un moindre temps. La laine n'est plus qu'un accessoire de la production des bêtes à laine. Un kilog. de laine ne représente pas la valeur d'une livre d'autrefois, mais le prix de la viande a subi une progression inverse ; or c'est la viande qui fait le poids et par suite le prix élevé du mouton. Quand nos bonnes brebis berrichonnes d'une valeur de 30 fr. nous donnent annuellement un produit vendu de huit à neuf mois de 20 à 25 fr. et mieux parfois, élevé à peu de frais, n'est-ce pas un capital doublé; et, tous comptes faits, un gain se rapprochant beaucoup des chifîres cités il y a plus d'un siècle.

En 1776, à l'instigation du célèbre naturaliste Daubenton, le ministre Turgot fit venir d'Espagne un troupeau de mérinos qui fut partagé entre le marquis de Barbancois, Daubenton, Dupin, et de Trudaine. Ces mérinos, à la lourde toison, réputés pour les qualités de leur laine, furent conservés très longtemps à Villegongis. Le marquis de Barbancois père transmit à son fils, le premier président de notre Société d'agriculture, le troupeau qui lui avait été confié, dans sa pureté primitive. Puis plusieurs troupeaux furent formés aux environs de Villegongis et Levroux, à Argy, à Diors, à Valençay. Le croisement de cette race exotique avec notre race indigène fut ainsi provoqué. Dans un almanach du département pour l'an XIV de l'ère française, nous trouvons l'avis suivant :

ce M. de Barbancois, domicilié à Villegongis, près Ghâteauroux, propriétaire d'un ancien et très beau troupeau de bêtes à laine de race espagnole mérinos et d'une grande quantité de métis de la plus belle espèce croisée avec des races du Berry, lequel a remporté le premier prix pour l'amélioration des laines, à la séance de nivôse an XIII, de la Société d'encouragement pour l'industrie nationale à Paris, prévient les personnes qui désireraient avoir des bêtes de ces diverses

races pures ou métisses, de lui adresser leurs demandes avant le 20 |floréal de chaque année.

« On trouvera chez lui, à cette époque des agneaux de race pure, âgés d'environ six mois, pour le prix de trois ou quatre louis pièce, selon leur beauté, et des métis en vassives, vassiveaux ou antenais et agneaux, à un prix très modéré ».

MM. de Barbançois et Amelin distribuèrent gratuitement, vers 1820, un certain nombre de ces béliers à plusieurs cultivateurs, et en mirent à la disposition de la Société, qui, en y joignant des primes en numéraires, les décerna à titre d'encouragement et de récompense. La pratique du métissage fut ainsi développée. Ces animaux ont laissé longtemps leurs traces dans la toison de nos Berrichons.

Les laines de Champagne, déjà très réputées avant la constitution du troupeau de Villegongis et le croisement avec la race mérinos, beaucoup plus tassées, fines, élastiques et moelleuses que celles du Boischaut qui passaient pour grosses et dures, probablement par suite de la différence de qualité des herbages, gagnèrent-elles beaucoup à cette tentative?

Au point de vue de la qualité de la viande, de la rusticité de la race, la variété berrichonne de Champagne ne put être dépassée. Les demandes importantes faites par les grands centres d'approvisionnement, prouvent en quelle estime on tenait le mouton berrichon. En 1810, dans une description statistique, nous lisons que le département exportait chaque année 140,000 moutons pour l'approvisionnement de Paris et de Lyon. La population ovine était alors évaluée à 900,000 têtes*. Les villes principales qui se livraient à la préparation et au commerce des laines étaient Châteauroux, Issoudun, Vatan, Buzançais, La Châtre, Levroux. Les ventes étaient faites en dehors de leur utilisation dans le département pour les fabriques de Rouen, Elbeuf, Reims, Sedan, Orléans.

Dans un rapport présenté au Conseil du département de l'Indre, à la session de 1 823, un membre de la Société d'agriculture écrit : « Les bêtes à laines sont chez nous, ce qu'était le bœuf Apis en Egypte, l'objet d'un culte spécial, comme elles sont l'une de nos principales sources de richesses, la Société s'est occupée de leur éducation avec une sollicitude constante et particulière. Elle s'est plu à étudier ses conditions d'existence et ses maladies. La création de vastes prairies artificielles a permis de donner à cette branche d'industrie une extension plus générale et plus rapide. Mieux soignées et mieux nourries, placées dans les locaux plus aérés et plus sains, leur nombre s'est accru avec une prodigieuse activité. Mais cette branche essentielle de notre agriculture exige de nouveaux et constants encouragements; elle n'a pas encore atteint le degré d'amélioration dont elle est susceptible. »

Vers 1840," plusieurs tentatives de croisement de bêtes anglaises à longue laines importées (Dishley) avec la race de Crevant, sont signalées comme donnant de beaux produits de santé robuste, et d'une rusticité précieuse. Depuis le Dishley ou Leicester, de race plus ou moins pure, a toujours été en faveur dans la région de la Châtre à cause de sa résistance plus grande à la cachexie aqueuse, à craindre dans les endroits humides. Actuellement, toutefois, dans grand nombre

1. Elle est aujourd'hui de 600,000 tètes environ. Celte diminution n'implique pas une diminution dans la quantité de viande produite annuellement.

de bergeries, où l'engraissement est poursuivi, il semble céder le pas au SoutlidoNvn, également précoce, donnant une viande de meilleure qualité, mais souvent moins fécond.

Tour à tour, ou en même temps Dishley, New-Kent, Shropsbiredown, Southdown, Mérinos, Disbley-Mérinos, croisements divers et métis, interviennent. Le Berrichon pur est laissé à l'ombre ou défiguré ; il est dépaysé chez lui. Il disparaît trop des concours et des ventes qui auraient dû aider plus particulièrement à sa défense.

Espérons donc que le Ilerd-Book dont les statuts viennent d'être lancés, rendra au berrichon la place qu'il n'aurait pas dû perdre dans notre élevage, et à laquelle il a droit par d'incontestables qualités.

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