ACTION EXERCÉE PAR CERTAINS AGENTS CHIMIQUES SUR LA GERMINATION
S'il est des pratiques que le cultivateur condamne de parti-pris sans les avoir jamais essayées, ce n'est certes pas le cas de la préparation
des semences en vue de préserver les récoltes delà carie et du charbon. En effet, les bons effets du chaulage des semences de blé sont connus depuis fort longtemps, et au siècle dernier on employait l'arsenic associé au sel marin dissous dans l'eau de chaux. Depuis, sur les conseils de Mathieu de Dombasle, on a utilisé le sulfate de soude, et, plus récemment, le sulfate de cuivre est devenu d'un emploi courant.
D'autres modes de préparation des semences ont aussi été préconisés, et, parmi les agents chimiques utilisés, un certain nombre ont été l'objet d'essais, en même temps que les substances dont l'emploi rentre aujourd'hui dans le domaine de la pratique courante, c'est-à-dire le sulfate de cuivre et l'eau de chaux. Aussi, actuellement, est-on fixé sur l'influence qu'exercent ces divers agents chimiques sur les semences, et aussi sur les proportions exactes à employer, de ceux de ces agents préservateurs qui peuvent être sûrement recommandés en raison de leur action préservatrice et de leur innocuité sur la faculté germinative des semences.
Des essais récents entrepris au laboratoire de l'Ecole nationale d'agriculture de Grandjouan par MM. Seguin et Pailheret montrent l'action que peuvent exercer sur la germination divers agents chimiques : acides minéraux, acides organiques; antiseptiques puissants, tels que sulfate de fer, sulfate de cuivre; poisons, comme l'acétate de plomb, etc. Ces essais ont porté sur des grains de blé Victoria choisis de façon à avoir un pouvoir germinatif maximum, et placés pendant quatorze heures à la température de 20 degrés dans des tubes d'essais bouchés, en contact aux diverses solutions, la plupart étendues de façon à contenir 1 pour 100 des substances ci-dessus désignées. Après ce trempage les grains non altérés ont été essuyés et disposés dans un germoir Noble à la température de 20 degrés.
Ces expériences ont abouti aux observations suivantes :
L'eau de chlore et l'eau de chaux agissent comme l'eau distillée.
Les acides minéraux retardent la germination sans diminuer le pouvoir germinatif.
Des acides organiques, les uns sont des poisons violents pour l'embryon, d'autres retardent seulement la germination.
Le sulfate de fer et le sulfate de cuivre, et même des poisons violents comme l'acétate de plomb, permettent une germination de 100 p. 100.
Il y a quelques années déjà, d'autres expériences avaient été entreprises à l'Ecole de Grignon par le distingué professeur d'agriculture de cet établissement d'enseignement agricole, M. Berthault. Ces expériences avaient porté sur des blés de printemps et on avait utilisé, pour la préparation des semences, les substances suivantes :
1" Sulfate de cuivre, à raison de 15 grammes par litre d'eau; 2° sulfate de cuivre à raison de 30 grammes par litre d'eau ; 3° eau à 30 degrés ; 4° acide sulfurique à raison de 3 grammes par litre d'eau ; 5° acide sulfurique à raison de 5 grammes par litre d'eau.
Dans la troisième série, les grains étaient restés dix minutes dans l'eau à 30 degrés. Dans les séries 4 et 5, le contact des semences avec l'acide sulfurique dilué dans l'eau avait été moins prolongé.
Les grains préparés furent semés le 20 janvier. Les observations faites le 1 " février permettaient de constater les résultats suivants :
1,18 tiges bien sorties ; 2, 17 ; 3, 65 ; 4, -43 ; 5, 8. De nouvelles observations faites le 15 février, donnaient les résultats suivants :
Nombre de tiges. Végétation. Poids.
1 7G beaucoup d'irrégularité 5 gr. 70
2 64 végétation très accentuée 4 gr. 00
3 97 végétation régulière 10 gr. 20
4 88 quelques tiges rabougries 9 gr. 70
5 77 tiges déformées 4 gr. 70
Ces expériences, comme les précédentes, montrent que le sulfate de cuivre et l'acide sulfurique retardent la germination; mais il ressort surtout des dernières expériences que, si le sulfate de cuivre ne nuit pas à la faculté germinative des semences, il ne semble pas en être de même de l'acide sulfurique, lorsque cet agent chimique est employé en dose trop élevée. En efïet, à 3 grammes par litre, l'ensemble de la végétation ne présentait que quelques tiges rabougries dont il n'y avait pas trop lieu de tenir compte, alors qu'à la dose de 5 grammes, le nombre de tiges était moindre et toutes étaient rabougries.
Le danger provenant de l'emploi de l'acide sulfurique est donc assez considérable, et il ne faut utiliser cet acide qu'avec prépaution. Somme toute, parmi tous les agents chimiques essayés et préconisés, le sulfate de cuivre est celui qui réunit le plus de qualités, tout en n'offrant aucun danger dans son emploi.
11 m'a été permis, depuis trois ans, de constater en maintes occasions, les bons effets qui résultent de l'emploi, dans la préparation des semences, d'un mélange préconisé par M. Bernard, et composé de : 300 grammes de nitrate de soude, 300 grammes de sulfate d'ammoniaque^ 200 grammes de chlorure de potassium, 650 grammes de superphosphate riche et 50 grammes de sulfate de cuivre, soit en tout, 1 ,500 grammes, quantité suffisante pour préparer un hectolitre de semence. On opère par aspersion, après avoir dissous le mélange dans 1 0 litres d'eau seulement, volume suffisant par hectolitre de grain à préparer. Comme le blé est peu coulant, en le semant, on le praline avec des cendres ou des scories.
Le prix de revient ne dépasse pas 0 fr. 30 par hectolitre de semence.
Les bons efîets de cette préparation, qui se sont toujours montrés de beaucoup supérieurs à ceux résultant de l'emploi du sulfate de cuivre seul, sont dûs surtout à ce que le mélange formant un pralinage qui entoure chaque grain de semence, tient à la disposition immédiate des jeunes plantes des aliments essentiellement assimilables, qu'elles peuvent utiliser dès que leur système radiculaire est assez développé pour puiser dans le sol les aliments nutritifs dont elles ont besoin pour pourvoir à leur premier développement. Les blés provenant de semences ainsi préparées présentaient toujours à l'apparition des premiers froids une avance marquée sur ceux dont les semences avaient été traitées au sulfate de cuivre ou à l'eau de chaux, ce qui leur permettait de mieux supporter les rigueurs de l'hiver, notamment de l'hiver 1892-93. Cette avance dans la végétation s'est toujours traduite par un excédent de rendement qui a souvent dépassé trois hectolitres par hectare, avec un rendement en paille correspondant.
Le mélange préconisé par M. Bernard a, sur les produits simi-
laires livrés à ragriculture, Tavantage de jouir d'une inefficacité incontestable, d'être d'un prix de revient peu élevé, et, sa composition étant connue, de pouvoir être préparé par tous les cultivateurs qui emploient des engrais chimiques. P. Hoc.