I. — Le budget de l'agriculture au Sénat
La discussion du budget de l'agriculture devant le Sénat s'est poursuivie, dans les derniersjours de la session, avec une grande régularité. Elle a donné lieu néanmoins à quelques observations qu'il n'est pas inutile d'enregistrer. Il était inévitable qu'on ne demandât pas au Ministre de l'agriculture des explications sur le fonctionnement de l'admission temporaire des blés. C'est M. Le Breton qui a soulevé cette question ; il a rappelé avec précision comment les règlements actuels faussent la sincérité du régime douanier. M. Yiger, ministre de l'agriculture, a répondu qu'il s'entendra avec le Ministre du commerce et le Ministre des finances « à l'effet de prendre les mesures nécessaires pour que l'admission temporaire soit uniquement destinée à faciliter la réexportation des grains étrangers introduits sur le sol français pour être transformés en farines. » Il est nécessaire que ces promesses soient suivies d'une prompte réalisation. On annonce que la section permanente du Conseil supérieur de l'agriculture sera convoquée le 15 janvier pour étudier cette question, comme celles du régime des entrepôts, du cadenas, etc. — Il convient de signaler aussi les observations judicieuses présentées par M. le comte de Blois, sénateur de Maine-eL-Loire, sur l'opportunité d'accroître les subventions accordées pour les concours départementaux de bétail et les primes de culture décernées par les associations agricoles. C'est, en effet, par ces sortes de concours que les progrès se généralisent le plus, surtout parmi les petits cultivateurs.
IL — Les conserves de viande pour l'armée. Nous disions, dans notre précédente chronique, que l'année 1895
N» 1520. — Tome I" de 1896. — 4 janvier.
avait avorté au point de vue des réformes attendues par l'agriculture. Il faut néanmoins faire une exception. Dans la dernière séance de la session, le 28 décembre, le Sénat a adopté la proposition tendant à faire acheter exclusivement en France et dans les colonies les conserves de viande nécessaires pour l'approvisionnement de l'armée. Le texte n'en a pas été modifié; c'est celui donné dans le Journal du 21 décembre (page 951). On doit féliciter le Parlement d'avoir enfin résolu la question dans le sens le plus favorable aux intérêts agricoles.
111. ■ — Décorations dans l'ordre de la Légion d'honneur. Le Journal officiel du 1" janvier publie la liste des nominations dans la Légion d'honneur, faites sur la proposition du Ministre de l'agriculture. Ont été nommés chevaliers :
MM. G(»ST (Alphonse), éleveur à Gaen (Calvados). Lauréat des concours internationaux, régionaux et hippiques. Plus de 300 récompenses pour ses produits de l'espèce chevaline. Nombreux prix d'honneur à l'Exposition universelle de 1878. 32 ans de pratique agricole.
Thiry (Nicolas-Hippolyte), propriétaire agriculteur, directeur de l'Ecole pratique d'agriculture Mathieu-de-Dombasle (Meurthe-et-Moselle). 40 ans de pratique agricole dont 14 ans dans l'enseignement agricole. Médaille d'or à l'Exposition universelle de 188^.
CiiOLLET (André-Florimond), propriétaire viticulteur à Saint-Thomas-la- Garde, conseiller général de la Loire. Président depuis treize ans de la Société d'agriculture et de viticulture de la Loire. Organisation de syndicats agricoles. Création de champs d'expériences et d'écoles de greffage. Plantation d'un vignoble modèle. Plusieurs récompenses dans divers concours, dont une médaille d'or au concours général agricole de Paris (1894).
MuEL (Joseph-Edmond), conservateur des forêts àBordeaux; 38 ans de services.
Barbier (Guslave-Joseph-Victor), professeur à l'Ecole vétérinaire d'Alfort; 20 acs de services. Nombreuses et importantes publications scientifiques.
Hérisson (Albert-Julien), inspecteur général de l'enseignement agricole, hors cadre, professeur à l'Institut national agronomique ; 19 ans de services. Titres exceptionnels. Missions à l'étranger.
Lezé (Georges-René), professeur à l'Ecole nationale d'agriculture de Grignon ; 16 ans de services. Titres exceptionnels. Plusieurs missions à l'étranger. Travaux spéciaux et publications concernant l'industrie laitière.
Le Journal officiel publie, en même temps, la note suivante :
« A l'occasion de l'inauguration du monument élevé à la mémoire de Pierre Joigneaux à l'Ecole d'horticulture de Versailles, sur la proposition du Ministre de l'agriculture, par décret du président de la République en date du 31 décembre 1895, la croix de chevalier de la Légion d'honneur a été conférée à M. Nanot (Jules-Grégoire-E tienne), directeur de l'Ecole nationale d'horticulture de Versailles. Titres exceptionnels. Auteur de pluseurs ouvrages sur la botanique agricole, l'arboriculture fruitière et le séchage des fruits. »
Les services rendus dans l'enseignement agricole par MM. Hérisson, Nanot, Lezé, Thiry, comme ceux rendus à la science vétérinaire par M. Barrier, justifient complètement les distinctions dont ils sont l'objet. M. Gost est un des éleveurs les plus justement réputés de Normandie, comme M. ChoUet est un des plus habiles viticulteurs de l'arrondissement de Montbrison.
Parmi les décorations attribuées par d'autres ministères, il faut signaler celles de M. Sornay, président du Conseil général du Rhône, maire de Villié-Morgon , qui a rendu de très grands services à la viticulture dans la lutte contre le phylloxéra, de M. Chavet, conseiller
général de Saùne-et-Loire, membre de la Chambre consultative d'aoriculture, et de M. Emile Alglave, professeur à la Faculté de droit de Paris, bien connu pour ses études sur le monopole de l'alcool.
A l'occasion du centenaire de l'Institut, M. Duclaux, membre de l'Académie des sciences et de la Société nationale d'agriculture, directeur de l'Institut Pasteur, a été promu au grade de commandeur; ses beaux travaux sont trop connus pour qu'il soit utile de les rappeler. Deux autres membres de la Société nationale d'agriculture ont été promus, M. Levasseur au grade de commandeur, et M. Paul Leroy- Beaulieu an grade d'officier. Notre excellent collaborateiir et ami, M. Auguste Houzeau^ correspondant de l'Académie des sciences, directeur de la Station agronomique de Rouen, a été promu au grade d'olficier; nous lui adressons nos très cordiales félicitations.