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La situation

Les conditions météorologiques sont redevenues, depuis le commencement de cette semaine, celles du printemps, mais d'un printemps sec. La quantité de pluie tombée pendant le mois de mars, a été sensiblement inférieure à la proportion normale, et ce régime s'est maintenu depuis le commencement du mois d'avril. Sans doute, la plupart des récoltes continuent à présenter de belles apparences; mais il ne faudrait pas que cette situation durât encore quelque temps, car elle provoquerait de légitimes inquiétudes. Déjà, dans une partie de la région de l'Ouest, on se plaint que la sécheresse ait empêché les fourrages de printemps de pousser normalement et de donner le produit sur lequel on comptait, surtout dans les terres légères; on redoute aussi ses effets sur les céréales, dans les terres peu profondes ; néanmoins, la situation ne deviendrait réellement inquiétante que si des changements profonds ne se produisaient pas bientôt dans le régime météorologique.

Les discussions qui se sont déroulées à la Chambre des députés sur le projet d'impôt global progressif sur le revenu présenté par le Gouvernement ont produit une impression profonde dans tout le pays. On comprend désormais combien étaient illusoires et mensongères les promesses de dégrèvement en faveur des petits cultivateurs, on a saisi combien la déclaration et la taxation cachaient de mesures arbitraires ou despotiques. Aussi, de tous les côtés, on s'indigne qu'un tel projet ait pu être présenté et soutenu devant le Parlement. Il importe désormais qu'il soit définitivement écarté, sous quelque forme qu'on essaie de le ressusciter. Il appartient aux agriculteurs, dans toutes les régions, de profiler des vacances parlementaires pour agir à cet égard sur leurs représentants. C'est par une action analogue qu'ils ont pu obtenir naguère une majorité suffisante pour réaliser la réforme douanière; les questions qui s'agitent aujourd'hui sont tout aussi graves, tout aussi dangereuses pour l'avenir. Le bon sens doit finir par l'emporter; mais ce ne sera qu'au prix d'efforts énergiques.

IL — Le-i pJiosphates algériens.

On sait que le Gouvernement a présenté à la Chambre des députés,

dans sa séance du 20 janvier, un projet de loi relatifà l'exploitation des

gisements de phosphates de chaux en Algérie; ce projet, provoqué par

la pression de la Chambre, a principalement pour objet de remplacer le

N» 1534. — Tome I- de IRfG — 11 avril.

décret du 12 octobre dernier, dont nous avons fait connaître les principales dispositions [Journal du 19 octobre 1895, p. 593). Tout en rendant justice aux sentiments qui ont guidé les auteurs du projet, on doit constater qu'ils ont complètement dépassé la mesure; aussi les dispositions qu'ils préconisent ont suscité une très vive émotion en Algérie. Les Associations agricoles, les Chambres de commerce protestent contre les mesures proposées, à raison des conséquences néfastes qu'elles auraient pour la propriété agricole. En effet, le décret du 12 octobre établissait une distinction fondamentale entre la propriété privée bien assise d'un part, et les terrains domaniaux ou placés sous la tutelle de l'Etat d'autre part; il indiquait les règles suivant lesquelles les amodiations de gisements pourraient être faites sur ces derniers terrains, sans apporter d'entraves au fonctionnement légitime de la propriété privée. Le projet de loi ne connaît plus cette distinction fondamentale; il confisque la propriété privée et la livre, dans toute la colonie, à l'arbitraire de l'administration. Il y a donc là un vice contre lequel on ne saurait protester trop vivement; c'est pourquoi les protestations qu'il soulève en Algérie se comprennent facilement. On doit espérer que la Commission de la (Chambre chargée d'examiner le projet du Gouvernement sera frappée, comme elle doit l'être, par le danger des mesures qui lui sont proposées, et qu'elle se refusera à les sanctionner. On peut tirer un excellent parti des gisements de phosphates algériens, sans adopter des errements aussi révolutionnaires; on peut prendre des mesures suffisantes pour assurer l'usage le plus complet de ces richesses par l'agriculture française sans bouleverser les bases de la propriété privée. C'est là une affaire administrative, qui doit se régler par des décrets appropriés aux circonstances; la spoliation des propriétaires du sol, sous prétexte de l'intérêt supérieur de l'agriculture, ne sera jamais admise par les agriculteurs.

IIL — Nécrologie.

Nous apprenons avec un vif regret la mort de M. Louis Yialla, ancien président de la Société centrale d'agriculture de l'Hérault, décédé le 24 mars, après une longue carrière, consacrée tout entière à la viticulture. Dès avant l'invasion phylloxérique, M. Louis Vialla avait acquis une grande autorité comme viticulteur par les résultats qu'il avait réalisés sur son domaine de Saporta, près Montpellier. Il fut plus tard un des partisans les plus éclairés de la reconstitution par les vignes américaines; c'est lui qui dégagea la nécessité de l'adaptation de ces vignes aux sols sur lesquels on les plantait, et qui donna ainsi un des éléments les plus sérieux pour le succès des replantations. Il était membre du Conseil supérieur de l'agriculture.

M. Jean-Baptiste Bureau, fondateur et directeur du Journal des fabricants de sucre, est mort à Paris le 3 avril à l'âge de 75 ans. Voué depuis cinquante ans à l'étude de toutes les questions qui se rattachent à l'industrie sucrière, M. Bureau a développé, pendant cette longue carrière, les qualités de l'écrivain le plus consciencieux et du technicien le plus expérimenté. On doit rappeler qu'il fut, dès 1877, le promoteur infatigable de la transformation du réi2;ime fiscal des sucres par l'impôt sur la betterave, et qu'il ne cessa de lutter avec énergie jusqu'en 1884 pour la réalisation de cette réforme ; il a rendu ainsi le

plus grand service à ragriciilture et à l'industrie sucrière. Outre ses articles dans son journal, il a publié plusieurs ouvrages importants sur l'industrie du sucre, dont le principal est l'histoire des tranformations et des progrès de cette industrie depuis 1860 jusqu'en 1890.

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