CONCOURS DE BÉTAIL A ROUEN
Le concours général d'animaux reproducteurs et d'animaux de boucherie organisé par la Société centrale d'agriculture de la Seine-Inférieure, s'est tenu à Rouen à la halle au blé les dimanche 29, lundi 30 et mardi 31 mars.
Les animaux de boucherie exposés, au nombre de 120, soit une diminution de 23 sur le chiffre de l'année dernière, étaient absolument remarquables; la plupart sont parfaits de forme et d'engraissement et font le plus grand honneur à leurs éleveurs. La Société d'agriculture a, cette année, atteint le but qu'elle se proposait, c'est-à-dire de réunir des animaux non pas chargés de graisse au défriment de la chair comme on en voit figurer dans certains concours, mais des sujets riches en viande, principes dont on peut tirer un prix élevé comparativement au suif dont la valeur diminue de jour en jour par suite des quantités considérables de ce produit qui nous sont envoyées d'Amérique.
Les animaux reproducteurs, au nombre de 75 étaient également d'une réelle beauté et faisaient l'admiration des connaisseurs, plusieurs du reste ont déjà figuré au concours du Palais de l'Industrie, à Paris, où ils ont été primés, et c'est principalement dans la catégorie des reproducteurs que les membres du jury ont éprouvé des difficultés à fixer Jeur choix.
Les 75 animaux faisant partie de cette catégorie se répartissent ainsi : 31 taureaux, pour la plupart inscrits au Herd-Book, 19 vaches, 19 béliers et 6 verrats.
Pendant la durée du concours et aux heures où le public était admis dans l'enceinte, une foule considérable n'a cessé de circuler. La plus grande partie des visiteurs se composait de cultivateurs et d'éleveurs, examinant en gens compétents les animaux exposés ; nombreux, étaient aussi les bouchers et les charcutiers de Rouen et des environs venus pour faire des achats.
Le prix d'honneur du concours de boucherie dans la classe des mâles est attribué pour la troisième fois de suite à M. E. Rochette. Le bœuf lauréat de cette année est un normand blond de 4 ans et 7 mois, {)esant 1,196 kilog. Il est non seulement le plus fort en poids de ses concurrents; il est aussi, d'après le jury, le plus parfait de formes comme qualité et finesse. Dans la catégorie des vaches grasses, c'est une croisée durham-normande, du poids de 942 kilog., appartenant également à M. Rochette, qui décroche la timbale.
Les plus gros poids de l'espèce porcine ont été atteints par deux porcs de 9 mois appartenant à M. Bailleul, de Petit-Quevilly. Ils pèsent respectivement 290 et 263 kilog.
Dans la catégorie des animaux reproducteurs, le premier prix a été remporté par un taureau caille-bringé de 26 mois, appartenant à M. Neveu, de Sainte- Geneviève. Le prix d'honneur des béliers revient à un antenois-cauchois, de 11 mois 15 jours, qui appartient au même propriétaire.
Dans la division des porcs, c'est un verrat yorkshire de 7 mois et 4 jours, appartenant à M. Ghéron, de Duclair, qui enlève le prix d'honneur.
Malgré le grand marché et le concours de boucherie qui se tenaient le dimanche à Dieppe, on peut dire que le concours de Rouen a été pleinement réussi, que rien n'a été oublié. Tout s'est passé dans le plus grand ordre, tant à la réception des animaux qu'à leur installation dans la partie de hall qui leur était réservée, aussi les organisateurs ont-ils droit à toutes nos félicitations.
Le mardi, la distribution des récompenses aux heureux lauréats de ce concours a eu lieu au marché aux bestiaux avec la solennité accoutumée.
M. Ghouillou, président de la Société, a ouvert la séance par une chaleureuse allocution dans laquelle il félicite les éleveurs des progrès accomplis jusqu'à ce jour, notamment dans le département de la Seine-Inférieure, progrès qui place la Normandie au premier rang pour l'élevage; il fait remarquer que dans un an, la Société qu'il préside organiserait son vingt-cinquième concours annuel et constate que le local actuellement affecté aux opérations du concours est trop exigu et se prête peu à leur organisation.
Ensuite M. le D"" Metton-Lepouzé adonné lecture du palmarès et la distribution des médailles, diplômes et primes commence aussitôt. On a chaudement applaudi les lauréats, notamment MM. Rochette et Neveu qui ont obtenu chacun deux diplômes d'honneur et de nombreux prix. Paul Noël.
Séance du l" avril 1896. — Présidence de M. Risler.
M. le Ministre de l'agriculture transmet ampliation de l'arrêté confirmant l'élection de M. Bouvier, comme correspondant.
M. Brandin remercie pour son élection comme associé national.
M. Alvarado pose sa candidature à une place de correspondant étranger, et M. Marcel Vacher, député, à une place de membre titulaire dans la section d'économie des animaux.
M. Quintaa, député, informe la Société que, trouvant une certaine analogie dans la maladie qui menace les plantations de châtaignier et celle qui a' dévasté les vignobles français, il a eu Tidée de greffer le châtaignier sur du chêne. Après des tâtonnements qui ont duré huit années, il a réussi et peut montrer, dans sa propriété de Portet (Basses- Pyrénées), des châtaigniers greffés sur chêne dont la vigueur est bien supérieure à celle des châtaigniers ordinaires. — La greffe doit être faite sur un jeune chêne de la grosseur du poignet. On doit choisir, de préférence^ un sujet de chêne-rouvre présentant une peau bJanche, tigrée et lisse, qu'on reconnaît facilement à la couleur rougeâtre des feuilles naissantes. Les greffes exécutées dans la première quinzaine de mai ont donné les meilleurs résultats. Le système employé a été celui delà greffe en couronne. — M.André dit que ce système ne peut être appliqué que par d'habiles greffeurs et à un moment précis. Les expériences qu'il a faites de greffage du châtaignier sur le chêne ne lui ont pas donné de résultats bien favorables. On doit se demander si le procédé de M. Quintaa, dont il le félicite sincèrement, pourra devenir d'un usage facile.
M. Cheysson présente trois brochures : ]° L assurance obligatoire contre l'insolvabilité en matières d'accidents; 2° L'assurance sur la vie et les habitations à bon marché ; 3° Rapport sur les travaux de la Société de médecine publique et d'hygiène professionnelle.
M. Renou résume les observations météorologiques du mois de mars, qui est publié plus haut.
M. Saint-Yves Ménard, au nom de M. Chauveau, présente un ouvrage de M. Boissier sur l'emploi du cheval de mine dans le bassin houiller du Gard. Renvoi à la Section d'économie des animaux.
M. Chatin présente un Atlas des meilleures variétés de fruits à cidre dû à M. Truelle ; puis un important mémoire de M. Louis Mangin sur la végétation, dans ses rapports avec l'aération du sol; enfin, une deuxième note de M. E. Roze sur deux nouvelles bactériacées de la pomme de terre.
M. le comte de Luçay offre l'ensemble des vœux émis par la Société des agriculteurs pendant la session qui vient de finir.
M. Aimé Girard communique les résultats obtenus par M. André Gouin dans des expériences sur le rôle respectif des matières azotées et des matières féculentes dans l'engraissement du bétail. Les intéressantes observations que renferme ce travail trouveront leur place dans le Journal.
La Société procède à l'élection d'un membre titulaire dans la Section des cultures spéciales. M. Bornet obtient 15 voix, M. de Lappa-
592 SOCIÉTÉ NATIOMALE D'AGRICULTURE.
rent 7, M. Couanon 6, M. Scliribaiix 2. La majorité absolue n'ayant pas été obtenue, le scrutin est renvoyé au mercredi 22 avril.
En comité secret, la Section de sylviculture propose, pour une place de membre étranger : en première ligne, M. de Blonay; en deuxième ligne, M. Cannon.
Séance du 8 avril 1896. — Présidence de M. Pdsler.
M. le Ministre de l'agriculture transmet ampliation du décret approuvant l'élection de M. Brandin, comme membre associé national dans la section de grande culture.
M. de Luçay fait hommage d'un ouvrage de M. le comte de Rocquigny intitulé : La coopération de production dans V agriculture.
M. Heuzé entretient la Société du puceron lanigère. 11 présente une branche de pommier attaquée depuis plusieurs années et complètement déformée. On a proposé de nombreux moyens de destruction, dont le badigeonnage à la chaux. L'échantillon présenté a reçu ces traitements depuis plusieurs années, et le puceron néanmoins n'a pas été détruit. M. Heuzé recommande le badigeonnage avec de l'eau de savon avec addition de un dixième de pétrole ou de phénol et une petite quantité de gros miel pour augmenter l'adhérence. Le duvet blanchâtre est d'abord détruit et on a la certitude que l'insecte ne persistera pas. Pour détruire l'insecte en hiver, au moment où il se met dans le sol, on répand de l'huile lourde à la base des arbres.
M- Tisserand présente, de la part de M. Rougier, un ouvrage intitulé : Manuel pratique de vinification, et un autre volume de M. Brocchi, ayant pour titre : La pisciculture dans les eaux douces.
M. Henry Sagnier présente un ouvrage américain de M. Lewis S. Ware sur la production, la sélection et les besoins de la graine de betterave à sucre. On sait que la culture de la betterave à sucre se développe aux Etats-Unis. Préoccupé d'instruire ses compatriotes sur les moyens de produire de bonne graine, l'auteur a parcouru toute l'Europe pour y étudier les conditions de production et de sélection des graines. On pourrait croire qu'il aurait puisé les meilleurs exemples en Allemagne; c'est, au contraire, en France qu'il les a pris. Il décrit surtout et préconise les procédés adoptés par un producteur français, M. Jules Legras, à Besny, dans le département de l'Aisne. C'est un fait qu'il est^bon de signaler pour l'honneur de l'agriculture française.
M. Yiala présente un ouvrage qu'il vient de publier avec M. Ravaz sur les vignes américaines, adaptation, greffage, pépinières, et un ouvrage de M. Ravaz intitulé : Beconstitution du vignoble.
M. Schribaux entretient la Société de la question du trèfle des prés et de son amélioration. Les trèfles étrangers d'Amérique et d'Italie ont déjà été signalés par lui comme peu intéressants, tant à cause de leur faible productivité que par les maladies qui les attaquent. Il fallait sélectionner les vieilles variétés de façon à les reconstituer; en 1892, il a étudié 41 échantillons différents, sans grandes différences morphologiques, mais les différences individuelles sont très considérables. Toutes les semences d'un même pied présentent une coloration uniforme, mais il y a de grandes différences de coloration d'un pied à l'autre. Peut-on fixer cette couleur? M. Schribaux le croit en se
mettant à l'abri de la fécondation croisée. Il espère être à même dans quelques années de pouvoir mettre des semences sélectionnées à la disposition des cultivateurs.
M. Chauveau offre diverses publications qu'il vient de faire sur les lois de la conservation delà force et de l'énergie dans la série animale. Il établit que ces lois peuvent se justifier comme pour les corps dénués de mouvement. Il a prouvé que le sucre produit le travail musculaire; les albuminoïdes n'y participent pas. Il y aura là des conclusions importantes à tirer pour l'hygiène de l'homme, des animaux.
M. Cheysson demande s'il n'y aurait pas une certaine équivalence entre le processus du travail manuel et celui du travail intellectuel. Les conclusions de M. Chauveau présentent donc un intérêt social considérable au point de vue de cette équivalence.
M. Chauveau répond que la question est résolue depuis longtemps. Lavoisier a parfaitement exprimé cette pensée que tous les travaux de l'organisme sont assimilables. Georges Marsais.
REVUE CaMMERGIALE ET PRIX GOURANT DES DENRÉES AGRICOLES
(11 AVRIL 1896) I. — Situation générale.
Les marchés agricoles ont été peu animés, comme nous l'avons dit, pendant la période des fêles de Pâques. A Paris, les huiles, sucres et spiritueux ont assez bien conservé leurs cours, malgré le calme des affaires. Pour les vins, l'attention se porte sur les dommages causés dans le Midi par les gelées printanières. Le bétail s'est un peu moins bien vendu.
II. — Grains, Les tableaux suivants résument les cours des céréales, par QUINTAL MÉTRIQUE sur les principaux marchés de la France et de l'étranger :
Blé. Seigle. Orge. Avoine.
fr. fr. fr. fr.
^^9erie. ■^'S®^/ Blé dur. .. . 19.00 » » »
Angleterre. Londres 15.20 11.85 16.60 16.65
Belgique. Bruxelles 14.50 10.25 14.25 14.50
— Liège 14.50 11.25 13.00 14.25
— Gand 15.50 11.35 16.50 15.50
Hollande. Groningue 15.00 » 13.15 12.15
Alsace-Lorraine. Cohnar 22.75 18.00 20.25 18.00
Allemagne. Berlin 19.50 15.30 » »
Autriche. Vienne 15.50 » » »
Hongrie. Budapest 14.90 » » »
Etats-Unis. New-York 15.55 » » 8.25
— Chicago 12.00 » » 6.95
Blés. — Le calme est général sur nos marchés, qui sont peu approvisionnés; les offres sur échantillons dépassent toujours les besoins et les prix restent faiblement tenus sans changements.
A la halle de Paris du mercredi 8 avril, les affaires ont été presque nulle et la tendance des prix est restée lourde. Les blés roux ont un peu Laissé et se sont cotés 17 fr. 50 à 18 fr. les 100 kilog.; les blés blancs, 18 fr. à 18 fr. 50. — Au marché de spéculation, les transactions sont également peu actives; on cote le blé disponible et courant du mois, 18 fr. à 18 fr. 25; le livrable mai-juin, 18 fr. 25 à 18 fr. 50; les autres termes, 18 fr. 50 à 18 fr. 75. — Les blés étrangers sont toujours sans affaires dans nos ports du Nord et de l'Ouest. A Marseille, les blés durs ont des cours un peu plus faibles; les tendres sont assez bien tenus; on a traité des Ghirkas Nicolaïeff' sous palan, 14 fr. 87 et des Burgos tendres, 18 fr. 65 à 18 fr. 72; les Danube sont offerts de 14 fr. 50 à 15 fr. 75 en entrepôt, et des blés de Californie à livrer, 15 fr. 75. — A Londres, les cours ont un peu haussé pour les blés exotiques. A Berlin, le blé est également mieux
BEVUE COMMERCIALE ET PRIX GOURANT
Blé. Seigle. Orge. Avoine
fr. fr. fr. fr.
Coifarfos. Bayeux 18.50 » 12.50 15.50
— Lisieux 17. oO » » 15.00
— Falaise 17. iS 9.70 13.10 16.00