‹ Journal de l'agriculture (volume 4)Chapitre 418 sur 737 · DE FRANCE · texte numérisé non relu

DE FRANCE

M. Viala, amené à la tribune pour présenter un ouvrage de MM. Marre et Lavergne sur le traitement du black-rot, est invité par M. le marquis de Barbentane, président, à vouloir, bien répondre aux questions de ses collègues et à leur prêter le concours de sa haute expérience.

M. Sourbé demande à M. Viala quelle est la meilleure méthode pour combattre le black-rot : traitement simple ou traitement alternatif? à quelle époque faut-il traiter?

M. Viala répond que, certainement, aucun des procédés actuellement employés contre le black-rot ne présente l'efficacité absolue du traitement contre le mildew. Néanmoins, M. Viala croit pouvoir affirmer que ces procédés, tout imparfaits qu'ils soient et toii| en restant susceptibles de perfectionnements qu'on y introduira sans doute, sont actuellement suffisants pour combattre le black-rot du moins dans une large mesure. Aux yeux de M. Viala, le meilleur traitement est le traitement mixte. La première application du traitement liquide doit être faite lorsque les jeunes pousses ont de 8 à 10 centimètres de longueur, c'està-dire dans les premiers jours de mai ; la deuxième, quinze jours après; la troisième lorsque la vigne est en pleine floraison, et la quatrième un mois et demi après. Entre les deux ou trois dernières applications des traitements aux poudres doivent être intercalés.

— M. Sudre demande la parole pour donner lecture d'une communication de M. C.-H. Leygue, propriétaire dans la Haute-Garonne, relative à des expériences faites par lui contre le black-rot, et qu'il croit de nature à intéresser les viticulteurs. M. C.-H. Leygue possède, dans la commune de Fanga, deux vignobles d'un hectare environ chacun, en terrain silico-calcaire, plant greffé depuis cinq ans environ sur Riparias et jEstivalis.

En juillet 1893 première apparition du black-rot, traitement au sulfate de cuivre et au soufre sublimé.

En juin 1894 nouvelle apparition des pustules sur les feuilles; en

1. L'importance de la question nous incite à publier le compte rendu complet des discussions soulevées sur ce sujet à la Section de viticulture pendant la session de 1896.

juillet les grappes sont attaquées. Des sulfatages répétés maintiennent pendant quelques semaines la vigueur de la végétation, mais les dégâts commencent bientôt sérieusement sur les grappes. M. Leygue fait alors suivre un nouveau sulfatage de l'application de deux sortes de poudres : d'abord, pendant quatre jours, de stéatite cuprique qui ne produit pas grand effet, ensuite, le cinquième jour, d'un soufre combiné composé de 85 pour 100 de matière épurante de gaz décyanuré, de 10 pour 100 de chaux et de 5 pour 100 de sulfate de fer. Grâce à ce dernier mélange, l'arrêt du développement du black-rot est presque instantané, mais, sur les parties traitées après dix heures du matin, quelques brûlures apparaissent.

En 1895, nouvelle apparition du black-rot, d'abord assez discrète; cinq sulfatages successifs, complétés par une application de soufre sublimé. En juillet, les grappes sont néanmoins attaquées. Poursuivant son expérience, M. Leygue augmente les doses de cuivre des sulfatages sans le moindre succès. Il a recours, alors, à sa poudre de l'année précédente, mais il ajoute au soufre sublimé 1 pour 100 d'acide borique et 10 pour 100 d'hydrocarbonate Cazal en poudre. Cette poudre, appliquée immédiatement après une pulvérisation d'hydrocarbonate à la dose de 7 pour 100, arrête si bien les progrès du black-rot que la récolte, arrivée à maturité, donne un rendement moyen de 2 kil. 500 par pied.

M. Leygue croit voir dans ce fait l'application aux maladies de la vigne du principe fondamental de l'accumulation des antisepties, démontré par MM. Bouchard et Lépine, professeurs aux Facultés de médecine de Paris et de Lyon, et formulé ainsi par eux : « En associant plusieurs antiseptiques, leurs pouvoirs s'additionnent et le mélange est plus antiseptique que chacune des parties qui le composent en particulier. »

M. Leygue a conservé et examiné, dans le courant de l'hiver, des grains desséchés par le black-rot et d'autres arrivés à maturité. Paj'mi ces derniers, quelques-uns étaient desséchés partiellement et les parties qui paraissaient saines ont, en se desséchant, de même que les grains desséchés et restés dans les champs, laissé apercevoir des spores très semblables aux spores du black-rot. Pour être définitivement fixé sur la nature de ces végétations que M. Leygue a fait germer en quelques jours dans une température humide de 15 degrés, il faut attendre le mois de mai ou de juin.

On pourra voir alors, soit si ces grains développent les périthèces du black-rot, soit si l'inoculation des spores sur la vigne en végétation produit les pustules caractéristiques de ce dernier champignon. M. Leygue, jusque-là, n'a rien à dire de définitif sur ce point, pas plus que sur les essais d'arrêt de germination de ces spores qu'il a cru obtenir à l'aide de diverses substances. 11 fera connaître à la section de viticulture les résultats qu'il aura obtenus, et il tient des grains à rapide évolution à la disposition de tous ceux qui poursuivent l'étude de l'arrêt de germination des spores du black-rot.

La conclusion des expériences de M. Leygue, dit M. Sudre, est que le remède contre le black-rot réside dans l'accumulation des antiseptiques. Au congrès de Bordeaux, on a généralement admis l'efficacité

des traitements cupriques. Mais, celte confiance n'est pas partagée par tous les viticulteurs et, pour son compte, M. Sudre déclare qu'il ne la partage en aucune façon.

M. Sourbé s'élève avec énergie contre la confusion qui résulte de ces déclarations contradictoires. Si les viticulteurs doivent rester ainsi désarmés contre le black-rot, il est préférable, pour eux, d'arracher immédiatement leurs vignes. Mais peut-on admettre que, dans une assemblée qui réunit les hommes les plus marquants de la science viticole, aucun d'eux ne puisse répondre nettement à cette question : « Le traitement cuprique est-il, oui ou non, efficace contre le blackrot? »

M. Viala, directement mis en cause par M. Sourbé, renouvelle sa précédente déclaration, « Certainement, le traitement cuprique n'est pas parfait, il y a mieux à trouver et sans doute on trouvera mieux; mais, tel qu'il est, il est suffisant pour combattre le black-rot, à peu près partout, avec succès. »

Répondant à une autre question de M. Sourbé, M. Viala, parlant toujours seulement comme membre de la Société des agriculteurs de France, dit qu'il n'a pas à établir un rang de mérite entre les différentes bouillies, qui toutes sont efficaces à la condition d'être soigneusement préparées. Enfin, sur une question incidente de M. Robinet, M. Viala déclare qu'il est incontestable que, de même que pour le phylloxéra et lemildew, la nature du cépage a une influence réelle sur le développement du black-rot.

M. Couderc, appelé à la tribune par une invitation pressante de M. le président, déclare qu'il partage entièrement l'opinion de M. Viala en ce qui concerne la valeur des traitements cupriques employés contre le black-rot. Quand on ne fait pas ce que l'on veut, dit-il, on fait ce que l'on peut. Sans doute, les traitements cupriques ne sont pas la perfection ; mais ils n'en ont pas moins donné des résultats indéniables. M. Couderc a visité, cette année, l'Aveyron et le Gers, pays particulièrement maltraités par le black-rot, et il a vu sur bien des points les traitements cupriques employés avec succès. Chez M. le comte de Noailles, notamment, la maladie a été non seulement arrêtée, mais on peut dire vaincue, car les taches ont en partie disparu. Le régisseur de M. le comte de Noailles, M. Broca, assure que les sels de cuivre peuvent être efficaces, mais à la condition d'être employés à temps. C'est une opinion dont il faut tenir compte, comme de toutes celles qui émanent d'hommes ayant l'intelligence pratique et l'expérience de la viticulture.

Concurremment avec les sels de cuivre, le soufre sublimé a une action très grande, et M. Couderc croit pouvoir attribuer le peu d'importance de l'invasion du black-rot dans le Gard et l'Hérault, à ce que, dans ces départements, des soufrages sérieux avaient été faits contre l'oïdium. Dans les départements voisins, au contraire, où ces soufrages n'avaient pas été faits, l'éclosion du black-rot a été très grande. Donc, cette pratique du soufrage ne doit pas être négligée. Il faut soufrer la vigne comme il faut phosphater les champs. Effectué dès le début de la végétation, le soufrage empêche la coulure de printemps, s'oppose aux gelées tardives, enfin paraît avoir une action certaine sur le déve-

loppement du black-rot. Quelle en est l'explication? M. Couderc la cherche encore; mais l'expérience lui a prouvé la réalité de cette action.

En résumé, sels de cuivre et soufre sublimé : voilà le traitement qui paraît être le meilleur contre le black-rot.

Revenant de nouveau sur les réserves qu'il a précédemment faites au sujet de l'efficacité des traitements cupriques, M. Sudre cite un fait qui tendrait à prouver que les germes du black-roL peuvent se développer dans la bouillie elle-même. Dans une commune de la Haute- Garonne, de la bouillie ayant été préparée avec de l'eau souillée par des feuilles malades, la bouillie elle-même aurait communiqué aux vignes la maladie qui aurait fait son apparition sept ou huit jours après le sulfatage.

M. Viala est convaincu que, dans le fait cité par M. Sudre, les vignes attaquées avait déjà les germes du black-rot. D'ailleurs, la période d'incubation est, non pas de huit jours, mais de quinze.

M. Robinet partage l'opinion de M. Viala.

M. Sudre insiste, néanmoins, sur la supériorité que présentent, à ses yeux, les accumulations antiseptiques, et notamment la poudre dont il a donné la formule dans la communication de M. Leygue. Il faut que ces poudres soient bien ténues, et que trois applications en soient faites. Le coût est de 30 à 40 fr. par hectare.

M. le D' Despetis dit que, dans la Haute-Garonne, l'invasion du black-rot paraît, du moins cette année, avoir été, dans quelques régions, assez peu intense pour que les résultats qu'on croit devoir attribuer à certains traitements ne soient acceptés encore qu'avec certaines réserves.

Quant au principe de l'accumulation des effets antiseptiques, invoqué par M. Sudre, M. Despetis pense que l'on doit toujours, en fait de maladies cryptogamiques, tâcher, surtout pour la vigne, de tendre à la spécialisation. Les effets observés jusqu'ici nous le prouvent évidemment. Le soufre guérit l'oïdium et seulement l'oïdium ; le sulfate de fer paraît le spécifique de l'anthracnose ; le sulfate de cuivre, qui est inconstestablement celui du mildew, paraît agir dans une assez forte mesure contre le black-rot. C'est donc dans cette voie-là qu'on doit chercher, et dans cet ordre de recherches qu'on trouvera sûrement, et que quelques résultats déjà obtenus par quelques-uns de nos maîtres en cryptogamie, nous aideront à découvrir le moyen cherché contre le black-rot.

Ceci posé, il y a, dans les produits vantés par M. Sudre, quatre corps pouvant agir sur le black-rot. Ce sont : les matières épurantes du gaz, le sulfate de fer, l'hydrate de cuivre, l'acide borique. Quel est ou quels sont, parmi ces quatre corps, celui ou ceux qui agissent dans les poudres en question? On ne pourra le dire avec certitude que quand, par des expériences faites avec chacun de ces corps isolément d'abord, puis combinés deux à deux, trois à trois et enfin tous les quatre ensemble, on sera arrivé sûrement à savoir si la poudre ainsi composée agit réellement contre le Mack-rot, et quels sont, dans cette poudre, les éléments qui agissent réellement. M. Despetis croit que les corps proposés par M. Sudre doivent être signalés aux commissions chargées

des recherches contre le black-rot, afin qu'ils soient essayés, mais avec toutes les précautions nécessitées pour toute expérience physiologique.

M. Sourbé demande à relever un mot du discours de M. le D"" Despetis. L'invasion du black-rot dans la Haute-Garonne a été, au contraire, très considérable, et les caprices de la maladie ont été parfois déconcertants. M. Sourbé cite le cas de son propre vignoble qui a été ravagé, bien que plusieurs traitements y eussent été faits, tandis qu'un vignoble voisin, où un seul sulfatage avait été fait, a été entièrement préservé. Ce qu'il y a de plus étrange, c'est que dans un troisième vignoble, où des sulfatages avaient été faits, en tout ou en partie, à diverses époques, il n'y a eu de préservée que la partie sulfatée le même jour que chez le premier voisin de M. Sourbé.

M. Teissonnière, secrétaire généi'al, demande la parole. Il résulte de toute la discussion, dit-il, que le traitement contre le black-rot n'est pas invariablement trouvé. M. le marquis de Dam pierre, malgré les traitements cupriques, a été ravagé deux fois. Il en a été de même dans certaines parties de l'Hérault. Dans ces conditions, il importe d'étendre les recherches au delà des sels de cuivre. M. Teissonnière connaît des cas de guérison opérée par le cuivre ou le sulfate de fer. Sans doute, ces faits sont encore vagues et incertains ; mais il faut les grouper et il s'en dégagera sans doute, — nous avons le droit de l'espérer, — le moyen certain de sauver la viticulture française, si éprouvée mais si persévérante, de ce nouveau fléau.

En attendant, dit M. le D"" Despetis, le seul moyen de sauver sa récolte, c'est d'appliquer des traitements préventifs et, pendant la période dangereuse, de couvrir sa vigne de cuivre au meilleur marché possible.

Faut-il préférer les bouillies acides ou les bouillies neutres? Après avoir autrefois préféré les premières, M. le D"" Despetis est revenu aux bouillies strictement neutres.

M. Laudet dit que, dans le Gers, on a cru remarquer que les bouillies acides avaient plus d'efficacité.

M. Croquevielle préfère également les bouillies acides. C'est l'acidité, dit-il, qui détruit les spores; mais, pour éviter de brûler les feuilles, le traitement doit être très préventif; il doit être fait sur le bois en hiver et complété par un arrosage de sulfate de fer à haute dose.

M. Marre n'a pas employé les bouillies acides; mais il a obtenu de bons résultats avec des bouillies neutres, à la dose de 3 et même 4 kilog. de sulfate de cuivre. Avec des dosages plus faibles encore, M. Marre a obtenu des effets appréciables. Ce n'est donc pas tant le dosage élevé de sels de cuivre qui importe quelemiode d'application. Il faut que le traitement soit préventif et atteigne toutes les surfaces vertes.

M. le D' Despetis, questionné par M. R. Gavoty, dit que la question du dosage est à étudier par soi-même ; cependant, il lui semble qu'on doit revenir à l'ancienne formule de 6 kilog. de sulfate de cuivre et 8 ou 10 kilog. de chaux.

M. le président donne la parole à M. Couderc, pour résumer la discussion et formuler les conclusions qui s'en dégagent.

M. Couderc dit qu'on peut affirmer les Doints suivants :

1° Le soufre est la matière qui soppose le plus à l'invasion régionale du black-rot ;

2° Les sels de cuivre employés préventivement ont une action indéniable;

3" Les bouillies alcalines sont meilleures que les bouillies acides, mais elle airissent plus tard.

Enfin, au point de vue de la résistance des cépages, si les résultats jusqu'ici obtenus sont très contradictoires, il n'en est pas moins possible d'établir une échelle de résistance. Certains cépages présentent une immunité relative, ils sont atteints après les autres et plus facilement traitables. M. Couderc a pu observer que, parmi les cépages français, le Pinot, le Chenin blanc de Maine-et-Loire avaient une résistance sensible contre le black-rot ; il en est de même des cépages asiatiques, bien que ceux-ci résistent mal au mildew. La Mondeuse et le Chasselas peuvent être traités avec succès.

Parmi les cépages américains, la plupart sont très attaqués par le black-rot. Il en est d'autres, comme V Herbemont et le Cynthiana^ qui peuvent être plus facilement préservés que les cépages français. Le Cuningham est très résistant ; le Vitis rupestris l'est davantage, il est presque réfractaire. Aussi est-ce dans les hybridations de Rupestris qu'il faut chercher des plants réfractaires. Certainement, tous les hybrides ainsi obtenus n'ont pas été parfaits; mais quelques-uns ont été reconnus réfractaires au black-rot, même dans des régions très attaquées. Ils produisent, d'ailleurs, un vin très suffisant pour la consommation courante, si l'on a la précaution de vendanger de bonne heure et d'égrapper, suivant le procédé si bien indiqué et préconisé par notre collèsjue Coste-Floret.

En somme, dit M. Couderc, il faut réagir contre un découragement que les circonstances ne justifient pas. Il faut, d'une part, tenir compte de ce que la dernière invasion du black-rot a été d'une intensité vraiment exceptionnelle et, d'autre part, constater que les réussites très consolantes permettent d'espérer que la viticulture française ne sera pas vaincue par ce nouveau fléau.

COURRIER DU NORD-EST

Nancy, le 6 avril 1896.

Les froids survenus à la fin de mars ont changé l'aspect des cultures, la végétation s'est arrêtée subitement et cela au profit de toutes les plantes en général. Les neiges n'ont pas eu de durée; à l'heure présente il n'en reste plus dans notre région, excepté dans les Vosges où elles ont été abondantes. Constatons que toutes les céréales se présentent à merveille. Les fourrages promettent d'être abondants. Les semailles ayant été faites dans de bonnes conditions, même au printemps, il est plus que probable que l'année sera fructueuse.

Résumé des observations méléorologiques faites à Nancy en mars 1896. — Moyenne des températures maxima, 10". 08; moyenne des températures minima, 3°. 06; moyenne à S heures du matin, 5^02; plus haute température le 25, 20\; plus basse le 14, — 1». Moyenne barométrique du mois. 759™™. 08; plus haute pression, le 10, 770°"". 4; plus basse, le 4, 740'°°». Moyenne de l'humidité relative, 64°; maxima le 10, 100"; minima, 39" le 16. Moyenne de la tension delà vapeur d'eau, 8'"'". 61; maxima le 23, 12°"°. 35; minima le 27, 6°"°. 07. — Le mois se divise en 9 beaux jours, 16 nuageux, 6 couverts, 7 jours de gelée, 1 de neige, 5 de brouillard, et 18 de pluie. — Vents dominants des nuages : Ouest- Nord-Ouest. A. Bro.nsvick.

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