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SUR LA JACHÈRE

Aujourd'hui que notre production de fumier s'est accrue, que nous pouvons acquérir du nitrate de soude, la pratique de la jachère, si utile à la culture qui souffre de lapunérie d'engrais, n'a plus de raison d'être. Elle disparaîtra d'autant plus sûrement que, plaçant en tête de l'assolement des betteraves ou des pommes de terre, faciles à sarcler, nous nous débarrassons aisément des adventices, des mauvaises herbes, dont on n'avait raison autrefois que pendant l'année de jachère.

P. -P. Dehérain,

Membre de la Société nationale d'agriculture.

Plusieurs signalent les plantations sur surfaces inutilisées des voies de communication, comme un moyen à nul autre pareil de diffusion de notions agricoles, d'enseignement. C'est un champ de démonstration s'étendant au loin, forçant le regard; économique, ce qui n'est pas à dédaigner, certainement rémunérateur; la critique ne peut l'atteindre, ce qui n'est pas le cas d'un grand nombre.

En certaines contrées, restreignons la critique au rayon visuel de notre observatoire. Les prévisions espérées, promises, se font attendre. On conserve bien le souvenir d'un carré de blé, d'une série de surfaces pareilles avec poteaux indicateurs, écriteaux à mentions variables. La végétation de la graminée était sensiblement supérieure aux champs voisins. Cette éblouissance de l'œil n'est pas suffisante, on attend mieux.

Ailleurs, c'est une vigne inscrite au tableau; par une ironie du sort, le poteau est resté, l'arbuste à vin a disparu. Ce phénomène est assez commun, il ne réclamait pas une démonstration nouvelle.

La démonstration, ou mieux l'enseignement demandé aux lignes d'arbres aurait moins d'aléas, répondrait à un plus grand nombre de faits, de desiderata de l'industrie rurale. L'exploitation rurale, la métairie bien tenue, se rencontre rarement dans le domaine rural du Sud-Ouest. La cause en vient peut-être de la diversité des productions que vise l'activité du producteur; n'est-il pas bon de lui montrer par un exemple, fût-il de ceux qu'il a le moins à suivre, ce que peut, dans une voie donnée, l'esprit de suite, de persévérance, aidé par l'étude. Le sentier n'est pas aussi détourné qu'il peut le paraître, ou comme excuse faut-il dire : trahit sua quemque volwptas.

Le sylviculteur, le vigneron se préoccupent d'abord des sympathies ou des répugnances de l'arbre, de l'arbuste qu'il veut planter pour la condition physique ou chimique du sol où il va les placer.

L'administration à laquelle incombe ce boisement qui nous occupe ne paraît guère en avoir cure. Le même kilomètre, parcourant un sol crayeux, un coteau à la roche sous-jacente non fissurée, percée à grand' peine pour atteindre les dimensions exigées de l'excavation reçoit tantôt l'orme, le platane, le frêne, l'acacia, se succédant entremêlés.

Cette recherche, garant du succès, serait un enseignement pour le cultivateur coopérant à l'œuvre du reboisement de quelque nature qu'il s'opère : bordure ou massif.

La leçon ne s'arrête pas à ce premier pas. L'arbre mis en place, quelques mutilations qu'il ait subies au sortir de la pépinière, lance à tout venant des jets, ou en direction de l'architecture spéciale à son espèce; le fréquent enlèvement du sommet de la tige, l'y contraint.

C'est par une taille heureusement calculée, méthodique que Ion le ramène à la forme qui lui est propre, suivant les positions qu'il occupe quelquefois de la modifier pour le rendre plus résistant au choc delà tempête, de l'ouragan si meurtrier pour certaines essences, en certaines positions. Ne peut-on pas chercher à rendre son ombre moins nuisible aux cultures voisines.

C'est toute une recherche, c'est tout un art. Le vocabulaire agricole a besoin de s'enrichir de deux mots qui auraient un contre-coup heureux dans son industrie; j'ose à peine dire un mot bien trouvé est utile sachant que personne ne Ta encore employé, l'inventeur doit être modeste s'il veut que son invention réussisse. Une expression condense bien des faits; elle leur donne force de loi. Lune serait : dendrotechnie, art de l'arbre; l'autre : dendrophylie, amour de l'arbre.

Ceux qui seraient chargés de l'exécution et de la conservation de ces plantations en bordure devraient mériter l'une et l'autre de ces qualifications. Jusqu'ici, en certains départements c'est par des aptitudes opposées que se sont signalés les divers travaux exécutés.

L'arbre est placé dans une excavation en général suffisante ; quelquefois une terre fertilisée par l'air et le soleil vient remplacer celle extraite; rarement^ c'est par une abondante submersion que l'on cherche à obtenir le tassement, à assurer le comblement des vides entre ses racines, si funestes à la reprise de l'arbre.

La démonstration la plus utile, la leçon d'arboriculture la plus importante, celle qui parle aux yeux, c'est la direction à donner à la charpente de l'arbre.

On l'abandonne au caprice de la végétation, caprice peu heureux, désordonné, provoqué par l'écimage au sortir de la pépinière, d'une utilité très contestable dans certains cas et certaines essences.

Après un certain nombre d'années, calculées disent les uns de telle sorte que le bois d'émondage paie les frais, on procède au nettoyage. Si toutefois on peut donner ce nom à l'abattage de très grosses branches, aussi brutalement exécuté que possible, sans se préoccuper des cicatrices, des tares inguérissables qu'aura la tige; alors que l'opération pratiquée à son heure n eût pas nui, loin de là; cette sève perdue eût hâté le moment où le végétal atteint le but économique ou ornemental cherché.

Sous un des régimes déchus, l'administration des forêts, dit-on, pratiquait des coupes dites sombres pour venir en aide aux exigences du budget : est-ce dans le même but que l'on pratique aujourd'hui des coupes lumineuses vrai gaspillage, attristant l'ami de l'arbre. Nous ne sommes pas arrivé à l'énumération dernière des méfaits de ce tableau qu'offre aux regards, même de lindjlïérent, la plantation qui nous occupe.

Le Conseil général, ou autre autorité compétente, ont statué que telle route départementale recevrait en bordure une ligne d'arbres; des fonds sont votés pour que du poteau kilométrique 1 au n" 10, la plantation soit exécutée. L'année suivante, quelque fois plus tard, mêmes ordres sont donnés pour continuer l'avenue. Souventes fois, il arrive, on en esquisse la cause que la moitié à peine des arbres a réussi; nulle préoccupation de combler ces lacunes, de faire disparaître

ces témoins d'ignorance ou d'incurie ; comme pour mieux en témoigner, ce sera quinze ans plus tard que s'apercevra du vide. Un frêle bâton sera fiché en terre, le platane sera placé à côté de l'ormeau qui avait bien réussi, si la main du cantonnier n'a pas rencontré un frêne, un acacia dans le tas qu'il a reçu.

En industrie rurale, comme en toute branche d'activité, le signe caractéristique de l'intelligence, de l'assurance du succès, c'est l'esprit de suite, la persévérance : on a choisi une voie, on en a calculé les difficultés, c'est dans la lutte continue qu'est la victoire. Le cultivateur peut échouer^ être entravé dans sa marche. Une administration ne rencontre jamais de pareils obstacles; elle fait œuvre agricole, elle doit avoir à honneur de donner l'exemple, tant ils sont rares ailleurs.

Quel témoignage de gaspillage des deniers publics.

On plante 200 arbres par kilomètre; mis en place, ils reviennent à 5 fr. l'un. Que vaut, dix ans après, la plantation sur ce même kilomètre? Les coupes lumineuses sont-elles destinées à un premier amortissement? on devrait le dire*.

Ce tableau, cet étalage de nos misères culturales, de nos mœurs astricoles, auquel on peut rêver un aspect tout contraire, un résultat tout autre, dans ces temps où l'on parle de leçon de choses, de diffusion de notions profitables aux choses des champs, a un couronnement : la série des mécomptes devrait être complète et sans lacune.

A . D UPU Y-MONTBRUN .

Vente de jus de tabac titrés '-.

Un procédé récemment découvert par le service technique des manufactures de l'Etat permet aujourd'hui de transformer les jus de tabac ordinaires en un liquide très riche en nicotine, dosé à un taux fixe, exempt, en outre, de matières fermentescibles et susceptible par suite de se conserver indéfiniment en vase clos.

Les résultats obtenus à l'aide de ce nouveau liquide en ayant consacré définitivement la valeur, la vente à l'intérieur en a été autorisée par une décision ministérielle du 8 juillet 1895 pour l'exécution de laquelle ont été concertées, avec l'administration des manufactures de l'Etat, les dispositions suivantes :

Conditions de la vente en France du nouveau jus titré. — A la différence de ce qui se pratique pour les jus ordinaires, purs ou goudronnés, la vente du jus titré sera affectuée dans les débits et les entrepôts, où le public pourra se le procurer librement comme le tabac.

Le liquide sera logé dans des bidons en fer-blanc soudés, munis d'une étiquette portant, avec l'indication sommaire du mode d'emploi, la marque de fabrique de la Régie, ainsi que la contenance et le prix des bidons.

Ces récipients seront de trois calibres différents contenant respectivement 5 litres, 1 litre et 1/2 litre.

Les bidons seront vendus à la pièce d'après le tarif suivant, qui comprend la valeur du récipient :

Prix de la vente

Contenance des bidons. aux débitants. aux consommateurs.

5 litres 16 fr. » 18 fr. »

1 litre 3 fr. bO 4 fr. »

1/2 litre -2 fr. » 2 fr. 30

Ce tarif, tout en réservant une remise de 12 0/0 environ aux débitants, ne

1. L'histoire de l'arijre en bordure ne serait pas complète, si à l'ignorance, Tincurie du début, à l'abandon de ses jeunes années, on ne joignait l'histoire fantastique de sa fin. Elle a ému un économiste russe, M. Mcolow. Ce récit occupe une place importante dans le volume les Gaspillages, page 133. Nous gaspillons beaucoup aux champs. Cette lecture est profitable, c'est un modèle; on la dirait humoristique, si ce n'était pas vrai.

2. Extrait d'uue circulaire de la Direction générale des contributions indirectes.

s'ëcarte pas sensiblement de la valeur des jus ordinaires majorés des frais d'emballage et de transport qui, pour ces derniers liquides, sont actuellement à la charge des acheteurs.

Les consommateurs seront admis à s'approvisionner directement dans les entrepôts, au prix de la vente au public dans les débits.

Maintien des disposilions anciennes concernant la vente des jus ordinaires, purs ou goudronnés. — En attendant que l'usage du jus riche se soit vulgarisé, et pour ne pas troubler trop brusquement les habitudes des consommateurs de jus ordinaires non titrés, ces derniers produits continueront provisoirement à être livrés dans les conditions actuelles.

Observations générales. — La mise en vente du jus de tabac titré, dans les entrepôts et les débits, constitue une innovation qui sera certainement accueillie avec faveur. Elle dispensera les acheteurs des formalités auxquelles ils ont été astreints jusqu'ici {demandes préalables, fourniture et envoi de récipients, etc.) et leur permettra de se procurer de suite et sans déplacements les produits qui leur seront nécessaires. De plus, grâce au titrage du liquide à un taux fixe, les consommateurs pourront désormais, au moyen de dilutions dont il leur sera facile de graduer la richesse à leur gré. faire du nouveau jus un emploi méthodique auquel ne se prêtent pas les jus ordinaires. Il est à remarquer enfin que le jus titré étant très pur et à peine coloré, il n'aura pas, comme les produits mis jusqu'à ce jour à la disposition du public, l'inconvénient d'encrasser les appareils de pulvérisation et de tacher les fleurs ainsi que la toison des animaux.

Le service est invité à signaler immédiatement l'apparition du nouveau produit à tous les intéressés {débitants de tabac, professeurs et sociétés d'agriculture, cultivateurs, propriétaires et éleveurs de bestiaux, etc.), en insistant sur ses nombreux avantages et sur les facilités d'achat accordées aux consommateurs. Il conviendra de leur faire observer :

1'^ Que le jus titré étant cinq ou six fois plus riche en nicotine que les jus ordinaires, il doit être étendu, avant l'emploi, d'une quantité d'eau beaucoup plus grande ; la proportion de ce mélange est, du reste, indiquée sur les étiquettes.

2' Que la manipulation du nouveau produit exige, à raison de son degré de concentration, plus de soin et d'attention que l'on n'en apportait d'ordinaire dans le maniement des jus simples ; qu'il sera bon, notamment, de ne pratiquer de fumigations dans les serres qu'à la fin de la journée et de se retirer sur le champ pour ne pas être incommodé par les vapeurs de nicotine.

(25 AVRIL 1896) l. — Situation générale.

Les affaires sont toujours aussi peu actives pour les grains; la situation ne s'améliore pas. Le commerce des vins reste également dans le grand calme. Les cours des autres denrées agricoles ne subissent que peu de changement. Les laines commencent à se vendre ; mais on connaît encore trop peu de cours pour pouvoir établir une situation. Les produits de laiterie et de basse-cour se vendent mal.

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