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14 Travail répété à la bêche 106.0 136.5 144.6
Les quantités d'azote nitrifié sont très considérables; calculées en
1, Communication à l'Académie des sciences. — Séance du 13 avril.
SUR LA JACHERE. 669
nitrate de soude, elles correspondraient à un épandage variant de 500 à 876 kilog. par hectare. Ces nombres sont, au reste, tout à fait d'accord avec ceux que j'ai constatés les années précédentes, soit des cases en jachère, soit des terres nues contenues dans les pots de 50 kilog. qui m'ont servi pendant longtemps à étudier les eaux de drainage.
Ainsi, une terre nue produit, sans fumure, une quantité de nitrates qui atteint ou surpasse les besoins des récoltes les plus exigeantes, et puisque nous n'obtenons de forts rendements qu'à la condition de faire de grosses dépenses d'engrais, et notamment d'acquérir du nitrate de soude, il en faut conclure que les terres emblavées sont bien loin de produire des quantités de nitrates égales à celles qui apparaissent dans les terres nues.
La cause de ces différences est bien facile à pénétrer cette année; tandis que dès le milieu de novembre les terres nues ont été saturées d'humidité et ont laissé couler les eaux de drainage, les terres emblavées avaient été tellement desséchées par les plantes qu'elles ont portées, que les pluies d'hiver ont été impuissantes à les saturer et que, jusqu'à la fin de mars, on n'a rien recueilli. Les plantes herbacées sont, en effet, de puissants appareils d'évaporation ; les quantités d'eau qu'elles puisent dans le sol par leurs racines et qu'elles rejettent dans l'atmosphère par leurs feuilles sont formidables.
Si l'on se rappelle que l'humidité est la condition même de la nitrification, on comprendra comment les nitrates se produisent en bien plus grande quantité dans les terres en jachère que dans les terres emblavées ; on comprendra en outre comment, aux époques où les engrais étaient rares et l'emploi du nitrate de soude inconnu, on trouvait avantage à pratiquer la jachère, comment, enfin, l'abondance des engrais nous a conduit à y renoncer.
La solubilité des nitrates, leur facile entraînement par les eaux qui traversent le sol, exposent les terres nues à de grandes pertes d'azote; il est bien à remarquer, cependant, que les drains coulent rarement pendant l'été; les eaux n'apparaissent guère qu'en novembre; or, à ce moment-là, le blé qui succède à la jachère, est semé, levé; il a émis ses fines racines, qui retiennent très bien les nitrates ; il est facile, non seulement de les y reconnaître, mais encore de les doser; on a une nouvelle preuve de l'aptitude qu'ont les racines à retenir les nitrates en analysant comparativement les eaux de drainage qui s'écoulent de terres nues et de terres ensemencées en blé; les premières sont bien plus chargées que les secondes ; et comme dans l'assolement triennal, le blé est semé à l'automne de l'année de jachère, il profite des nitrates formés, pendant l'été, dans la terre restée humide, parce qu'elle ne portait aucune végétation.
Cette pratique de la jachère était donc parfaitement adaptée aux conditions dans lesquelles nos pères cultivaient. Ils n'avaient que peu de fumier, car l'absence de plantes fourragères les forçait à laisser les animaux sur la prairie plus souvent qu'à l'étable ; ils n'avaient pas d'engrais de commerce; les aliments des végétaux devaient surgir du sol lui-même ; c'est à cela que servait la jachère. La perte d'une année de récolte était compensée par l'apparition du plus puissant des agents de fertilité.