VI. — Nécrologie
Nous apprenons avec regret la mort de M. Alfred Debains, professeur de génie rural à l'Ecole nationale d'agriculture de Rennes, décédé à l'âge de 53 ans. Ancien élève de l'Ecole centrale des arts-et-manufactures, M. Debains s'est fait connaître d'abord par l'invention d'appareils ingénieux pour la culture à vapeur; on lui doit des études sur les instruments agricoles, dont un certain nombre ont paru dans nos colonnes, ainsi qu'un ouvrage important sur l'emploi des machines agricoles sur le terrain. Il avait été commissaire du groupe de la mécanique agricole à l'Exposition universelle de 1889.
M. le docteur Jeannel, inspecteur général honoraire du service de santé militaire, est mort à Yillefranche-sur-Mer (Alpes-Maritimes), à l'âge de 83 ans. Il a été le fondateur et l'inspirateur de la Société des amis des arbres, qu'il a développée avec un zèle et un dévouement infatigables.
VIL — Décorations pour services rendus à l'agriculture.
Le Journal officiel publie le décret suivant :
« Sur la proposition du Ministre de l'agriculture, par décret du Président de la République, en date du 22 avril 1896, rendu conformément à la décision du Conseil de l'ordre de la Légion d'honneur, en date du 20 avril 1896, la croix de chevalier de la Légion d'honneur a été conférée à M. Pierre Viala, docteur ès-sciences, professeur à l'Institut national agronomique; dix-sept ans de services dans l'enseignement agricole. Titres exceptionnels : mission à l'étranger. Services signalés rendus à la viticulture. Recherches et publications sur les cépages américains et sur les maladies de la vigne. »
ISous félicitons vivement M. Viala dont les travaux et les recherches sont trop connus pour qu'il soit utile de les rappeler à nouveau. VIII. — Conseil supérieur de V agriculture. Le Journal officiel fait connaître que, sur la proposition du Ministre " de l'agriculture, par décret du Président de la République ea date du 23 avril, M. Lugol, président de l'Union des associations agricoles du Sud-Est, vice-président du Syndicat des viticulteurs de France, a été nommé membre du Conseil supérieur de l'agriculture, en remplacement de M. Vialla, décédé. Ce choix sera approuvé unanimement dans toute la région méridionale.
Dans notre précédente chronique, nous avons signalé l'importance exceptionnelle du concours régional qui s'est tenu à Montpellier; le
prochain numéro renfermera le compte rendu de cette grande solennité, en même temps que la liste des prix décernés. Mais nous devons constater à nouveau la grande activité que le concours a démontrée dans le travail agricole dans toute la région. C'est naturellement la viticulture qui domine; les grands efforts qu'elle a poursuivis et qu'elle poursuit toujours ont été mis en relief dans le magistral rapport sur le concours de la prime d'honneur rédigé par M. Ricard, viceprésident de la Société d'agriculture de Yaucluse. Mais le concours de bétail a présenté, de son côté, une importance exceptionnelle qu'il faut citer également, car on n'en a jamais vu d'aussi complet dans une réunion de la région, principalement en ce qui concerne les bêtes bovines laitières, qu'on n'élève pas dans les plaines méridionales, mais dont on fait une consommation croissante, qui s'est développée parallèlement à la rénovation du vignoble.
A l'occasion du concours de Montpellier, nous avons pu constater aussi l'activité des associations agricoles de l'Hérault. Parmi ces associations, le Syndicat agricole de Montpellier et de T Hérault a tenu, le 7 avril, son assemblée générale annuelle, qui clôturait le dixième exercice depuis sa création en 1886. Le rapport du Conseil d'administration constate qu'en 1895 le nombre des adhérents est passé de 3,042 à 3,233, et que le chiffre des opérations a dépassé 3 millions de francs, sautant de 2,188,000 fr. en 1894 à 3,198,000 fr. en 1895. C'est surtout en faveur de la petite culture que' ces opérations sont faites ; en effet, sur 3,050 comptes ouverts à ses adhérents, on en relève 2,096 dont le mouvement est inférieur à 1,000 fr. et 789 dont le mouvement varie entre 1,000 et 5,000 fr., tandis que les comptes dont le mouvement est supérieur ne dépassent pas le nombre de 155. Aussi le Conseil d'administration a pu signaler les résultats obtenus dans les termes suivants :
ce Gomme nous n'avons cessé de vous le répéter, le but de notre association n'est pas de faire des bénéfices, mais de servir ses participants le mieux et le meilleur marché possible, en procurant immédiatement à chacun un avantage proportionnel à l'importance de ses opérations.
« Cet avantage n'est pas toujours direct, ou du moins il ne l'est pas pour tous nos adhérents : si, par nos magasins et nos entrepôts, par la facilité que nous laissons à nos syndiqués de fractionner presque indéfiniment leurs commandes, sans aucune majoration des prix de vente, nous avons conscience d'oflrir à la moyenne et à la petite propriété, même au plus modeste cultivateur, des facilités d'achat autrefois réservées aux grandes exploitations, par les prix courants affichés dans nos bureaux, par nos circulaires mensuelles devenues, bon gré mal gré, le principal régulateur des prix pour les denrées agricoles, nous avons vulgarisé, égalisé et abaissé les cours de ces denrées dans notre région, et nous permettons à la grosse propriété d'acheter, même en dehors de nous, à bon escient et à de bien meilleures conditions. C'est même là l'un des principaux services que nous lui rendons.
« Notre clientèle est surtout une clientèle de détail. Ce genre d'affaires ne va pas sans de nombreux magasins et entrepôts, sans de grosses accumulations de marchandises de toutes sortes, pouvant faire face à des demandes instantanées autant qu'imprévues, sans une comptabilité minutieuse et touft'ue, sans un personnel considérable. Nos frais généraux s'en ressentent et grandissent chaque année avec l'émiettement de nos affaires, sans grand profit pour nos gros adhérents, qui, eux, ne passent pas par nos magasins, mais qui bénéficient, dans une plus large mesure, des avantages indirects que nous vous signalions plus haut. »
Pour acquérir plus de liberté dans son action, le Syndicat s'est
transformé en société civile à capital variable; mais il a conservé son caractère primordial. En efYet, il résulte des comptes présentés à l'assemblée générale que, pour l'exercice 1895, et abstraction faite des cotisations, le bénéfice net n'a été que de 5,517 fr. 60, ce qui représente I fr. 70 pour 1000 fr. d'afYaires et par chaque adhérent. Le Conseil d'administration ajoute, après l'avoir constaté : « Nous ne tendons pas à réaliser des gains ; nous cherchons à être utiles, à faciliter, en l'allégeant des préoccupations et d'une partie des charges que nous appellerons extérieures, l'efîort colossal qui a abouti à la reconstitution de notre vignoble méditerranéen. Aous y travaillons dans une sphère terre à terre si l'on veut, mais qui, pour ne s'occuper que de matières et non de spéculations théoriques, n'en a que plus d'importance : primo vivere, cleinde philosophare... n Ce sont là des faits qu'il était utile de mettre en relief, car ils font honneur à l'esprit d'initiative et à la bonne direction donnée par ses administrateurs au Syndicat agricole de Montpellier.