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La situation

Les premières semaines du printemps ont présenté à peu près les mêmes allures, sous le rap])ort météorologique, que la plus grande partie de l'hiver : la sécheresse est toujours le caractère dominant de la saison. Le mois d'avril a donné, dans la plus grande partie du pa3's, à peine la moitié de la quantité de pluie habituelle. Dans les terres fortes et même dans une grande partie des terres franches, les cultures ne souffrent pas encore de cette pénurie d'eau; mais il en est différemment dans les terres légères, oîi les céréales d'hiver, comme les cultures de printemps, poussent difficilement. Dans la région de l'Ouest notamment, où le climat est généralement humide, ces conditions exceptionnelles ne manquent pas que d'inspirer des inquiétudes qui deviennent légitimes. Mais c'est dans la région méridionale que la sécheresse a provoqué jusqu'ici des pertes réellement sérieuses; nous les avons déjà signalées, mais il n'est pas inutile d'y revenir. Les cultures de primeurs, qui forment une partie importante de la production dans les départements du Var, des Bouches-Julihône, de Vaucluse, ont été ou perdues ou du moins gravement compromises par l'absence d'eau: là où. les récoltes ont résisté, elles ne paraissent pouvoir donner désormais que de maigres produits. Il en est de même pour les cultures fourragères; les premières coupes des prairies et surtout des luzernes, ont été extrêmement réduites; dans certaines localités, elles ont été presque nulles. — En Algérie, si les pâturages de la région du Sud ont été depuis plusieurs mois éprouvés par la sécheresse, au point de provoquer des pertes énormes dans les troupeaux de moutons, par contre, les récoltes de légumes de primeur, notamment des pommes de terre, ont été abondantes; on ne saurait cependant considérer ce résultat comme une compensation.

Cependant, l'agriculture française est beaucoup moins éprouvée sous ce rapport que l'agriculture espagnole; la sécheresse a pris dans la péninsule des proportions telles que non seulement les cultures de fourrages, mais aussi celles de céréales sont absolument compromises; les pertes provoquées par la sécheresse sont évaluées à plus d'un milliard de francs. Le Gouvernement espagnol a décidé d'ouvrir des chantiers publics pour fournir du travail aux ouvriers agricoles qui n'en ont plus dans les fermes.

N" 1538. — Tome 1" de 1896. — 9 mai.

II. — V agriculture et le nouveau cabinet. Comme nous l'avons dit dans notre précédente chronique, l'avèncmenl du cabinet présidé par M. Méline, ministre de l'agriculture, a été accueilli avec un vif sentiment de satisfaction par les populations agricoles. Parmi les manifestations qui nous sont parvenues, nous citerons deux délibérations qui nous paraissent exprimer ces sentiments sous une forme très nette. — Dans la réunion qu'il a tenue le 2 mai, le Bureau du Comice agricole de l'arrondissement de Saint- Quentin (Aisnej, présidé par M. Alfred Carlier, a décidé d'envoyer l'adresse suivante au président du Conseil :

ce Au nom du Comice agricole de Saint-Quenlin, le Bureau est heureux de venir féliciter M. Méline de son courage, de son dévouement patriotique et de son succès.

« La France devra lui être d'autant plus reconnaissante d'avoir bien voulu accepter les charges et les responsabilités du pouvoir dans un moment aussi difficile, qu'il s'est engagé dans une politique d'apaisement, de paix et de progrès.

« Le Bureau constate, en outre, avec la plus grande satisfaction, que M. Méline, en s'attribuant le Ministère de l'agriculture, a voulu marquer ses préférences et que, tout en se consacrant à la direction générale des affaires du pays, il entend s'adonner en même temps et, d'une manière spéciale, à la direction des affaires agricoles. »

M. Stanislas Têtard, président du Syndicat des fabricants de sucre, nous communique l'adresse qu'il a envoyée à M. Méline :

ce M. le président, le Bureau du Syndicat des fabricants de sucre de France m'a donné la mission de vous adresser l'expression la plus sincère de ses sentiments de reconnaissance pour la nouvelle preuve de dévouement que vous venez de donner à la France entière, en acceptant la responsabilité du pouvoir dans des circonstances aussi graves et aussi difficiles.

ce Grâce à vous, monsieur le président, le drapeau de la liberté et du travail, que vous venez de relever d'une main si ferme et si virile, servira encore de point de ralliement à tous les hommes d'ordre et de bonne volonté ; ils viendront en masse se grouper autour de vous, et fiers de marcher au combat sous la direction d'un tel chef, en vous apportant le concours de leurs forces et de leur dévouement, ils assureront la victoire définitive du parti de l'ordre contre celui de la révolution sociale. «

Ce n'est pas seulement de France qu'arrivent les félicitations et les vœux. La République française vient de publier une lettre de M. A. Yermoloff, ministre de l'agriculture de Russie; dans celte lettre, il exprime au président du Conseil des sentiments qui n'étonneront aucun de ceux qui connaissent l'un et l'autre :

ce Je m'empresse de vous féliciter chaleureusement et de vous souhaiter de tout mon cœur un plein succès dans l'accomplissement de la tâche si difficile qui vous incombe.

ce Je suis heureux de vous savoir de nouveau à la tête du Ministère de l'agriculture, que vous avez géré avec tant d'éclat. Votre rentrée à ce ministère marquera certainement dans l'histoire de l'agriculture de votre belle France, que vous êtes en même temps appelé à faire marcher dans la voie paisible du progrès. »

Un ami de M. Viger nous fait observer que, dans notre précédente chronique, nous avons, à ses yeux, jugé trop sévèrement l'ancien ministre de l'agriculture, d'autant plus que celui-ci était adversaire du projet d'impôt sur le revenu, au sujet duquel il a été victime de la solidarité ministérielle. En appréciant la période qui vient de s'écouler, nous n'avons nullement nié le dévouement très certain de M. Viger

aux intérêts agricoles, dévouement auquel nous avons rendu justice à maintes reprises; nous avons même trouvé des excuses pour lui. Aujourd'hui, nous apprenons avec joie qu'on pourra le compter désormais parmi les adversaires du projet malencontreux, auquel il veut rester étranger. Nous ne pouvons que nous en féliciter très sincèrement. III. — Questions viticoles.

Le Journal d'agriculture suisse publie la note suivante sur l'état de l'invasion phylloxérique dans le canton de Genève :

« D'après les rapports officiels du commissaire et des experts cantonaux, on a trouvé en 1895 le phylloxéra dans 535 parcelles réparties entre 38 communes du canton. Le nombre des ceps phylloxérés a été de 58,460 et celui des ceps détruits de 168,938, jsoit une surface de 9 hectares 8 ares et 72 mètres. Les dépenses pour indemnités seulement s'élèvent à la somme de 44,872 fr. 05. On voit par tous ces chiffres (qui pourraient être encore augmentés pour être rigoureusement exacts] que le vignoble genevois marche rapidement à son anéantissement et que l'état actuel du mal justifie bien les nouvelles mesures prises en ce qui concerne la reconstitution des vignes par les plants américains. »

Nous n'avons plus à insister sur la nécessité de veiller avec le plus grand soin sur les vignes afin de lutter à temps contre les maladies cryptogamiques ; l'apparition de quelques taches sur un point doit inciter tous les voisins à exécuter rapidement les traitements nécessaires. M. Frédéric Vassillière, professeur départemental d'agriculture de la Gironde, vient de prendre à cet égard une initiative qu'il serait utile d'imiter. Voici la lettre qu'il nous adresse à ce sujet :

« Préoccupé des dangers que nous fait courir le Llack-rot, sachant que le cultivateur ne lit guère les affiches, qu'il n'a que le dimanche pour se rendre aux conférences et que le temps presse, j'ai songé à réunir en un même lieu, ùous les instituteurs de deux ou trois cantons, suivant les distances, et à leur faire une conférence, pratiquement très complète, sur les maladies cryptogamiques de la vigne. Le préfet et l'inspecteur d'académie ont trouvé l'idée bonne, si bien qu'au 20 mai, grâce au jour exceptionnel de congé qu'on leur accorde, tous les instituteurs des communes viticoles de la Gironde, seront pour moi des collaborateurs intelligents et pour les paysans dont ils ont l'oreille, des conseillers éclairés. Je leur fais voir en nature, au microscope et en projections, ce dont je leur parle • ils ont ou auront les maladies dans les yeux et, avec l'armée de moutards qu'ils vont dresser, je réponds de connaître la première tache de black-rot ou de mildiou parue dans les vingt-quatre heures de son éclosion. De là à se bien défendre la distance ne sera pas longue et presque tout le monde la franchira. »

Dans sa séance du 4 mai, la Société centrale d'agriculture de l'Hérault a décidé d'organiser à l'occasion de l'expasition de la ville de Montpellier, une exposition de raisim frais de toutes les variétés cultivées en France et à l'étranger. Cette exposition n'aura pas seulement pour but de mettre en relief les progrès réalisés dans la voie de la sélection par les viticulteurs, mais elle fournira encore de précieux documents aux études ampélographiques auxquelles se sont attachés de nombreux savants et qui sont aujourd'hui plus que jamais à l'ordre du jour. Une Commission spéciale a été nommée pour arrêter la date de cette exposition et le programme qui sera publié ultérieurement.

La Société française de viticulture et d'ampélographie se réunira eu assemblée générale à Paris, le samedi 23 mai à 3 heures du soir, en l'Hôtel de la Société d'encouragement pour l'industrie nationale, 44, rue de Rennes.

72(t CHRONIQUE AGRICOLE (9 MAI 1896).

IV. — Les admissions temporaires de blé. Il était inévitable que, dans les discussions relatives aux règlements sur l'admission temporaire des blés, on verrait surgir des propositions tendant sinon à la suppression, du moins à la suspension de ce mode d'importation. M. L. Lejosne, président du Syndicat de Bapaume et de Bertincourt (Pas-de-Calais), nous adresse une note dans laquelle il conclut : 1° à la suspension momentanée de l'admission temporaire; 2" à la confection d'une réglementation nouvelle, empruntée à la loi autrichienne et plus favorable à l'agriculture française qu'au commerce cosmopolite. « Il va de soi, ajoute-t-il, que la suspension de l'admission temporaire des grains ne préjudicierait pas à la sortie des farines dans le délai légal de trois mois. Elle aurait pour effet de désencombrer le marché et de prévenir les accaparements possibles en prévision d'une nouvelle législation. »

Dans sa réunion du 17 avril, le Comice de l'arrondissement de Château-Thierry (Aisne), présidé par M. Carré, a adopté, sur le rapport de M. Jary, les vœux, suivants : 1° la suspension momentanée du mode d'importation, dit en admission temporaire; 2° la confection d'une réglementation nouvelle, plus favorable à l'agriculture française qu'au commerce cosmopolite.

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