‹ Journal de l'agriculture (volume 4)Chapitre 524 sur 737 · AMÉLIORATION DE LA CULTURE DE LA POMME DE TERRE · texte numérisé non relu

AMÉLIORATION DE LA CULTURE DE LA POMME DE TERRE

Chacun aujourd'hui laboure à 0 m. 20 ou 0 m. 25 au moins; beaucoup descendent à 0 m. 30 à 0 m. 40 et s'en irouvent bien.

Les engrais, en général, sont donnés avec l'abondance que la pomme de terre exige; fumier et engrais complémentaires sont, chez presque tous les bons cultivateurs, employés simultanément à la fertilisation du sol.

A de rares exceptions près, c'est par tubercules entiers qu'ont eu lieu en 1894 et 1895 toutes les plantations faites par mes collaborateurs; l'expérience leur a, bien souvent déjà, démontré l'infériorité du système de plantation par fragments de tubercules.

L'espacement adopté est généralement celui que j'ai conseillé: 0 m. 50 et G m. 60, il permet de donner à l'aide d'outils à traction de cheval toutes les façons que la culture exige, en même temps qu'il laisse à la plante l'espace nécessaire à son développement aérien.

Tous les conseils, en un mot, que mes recherches m'ont conduit à. donner aux cultivateurs qui ont bien voulu me donner leur concours, sont aujourd'hui suivis par eux avec une méthode qui, dans des circonstances normales, leur assure le succès.

Parmi ces conseils cependant, il en est un que trop de cultivateurs en France ont négligé en 1894 et dont l'oubli a été, pour beaucoup d'entre eux, la cause d'un véritable désastre; ce conseil, c'est celui que j'ai bien souvent répété, de combattre toujours prévcntiveinent la maladie de la pomme de terre au moyen des bouillies cuivriques.

Lorsque, le 9 mai 1894, je présentais à la Société nationale d'agriculture les résultats de la campagne de 1893, je disais : « Nulle part la maladie n'a sévi en 1893; la température élevée, la sécheresse de l'atmosphère ont mis obstacle au développement du Phythophlora infestans. Mais tuus les cultivateurs doivent être persuadés que cette immunité est certainement passagère et que pour l'année actuelle, il devront prudemment recourir aux traitements préventifs qu'ils ont généralement négligés l'année dernière. "

Ce conseil n'a malheureusement été écoulé que par un petit nombre de cultivateurs. En 1893, la maladie avait été entravée par la sécheresse et la chaleur, et ceux-là même qui n'avaient pas sulfaté leurs champs n'ont de ce côté éprouvé aucun dommage. De là à conclure à l'inutilité du sulfatage, il n'y avait qu'un pas ; ce pas, beaucoup l'ont franchi en 1894.

Il en a été ainsi même parmi mes collaborateurs directs et la Société nationale d'agriculture sera sans doute étonnée d'apprendre (ju'en 1894, parmi les 88 cultivateurs qui ont bien voulu me fournir des renseignements à ce sujet, il en est 66 qui, pour la plupart, ayant sulfaté les années précédentes, mais convaincus que la maladie, parce qu'elle n'avait pas paru en 1893, ne reviendrait plus, ont renoncé pour cette campagne, au sulfatage. Cette erreur a d'ailleurs coiité cher à beaucoup d'entre eux; 38, en effet, ont vu, dans ces conditions, la maladie envahir leurs cultures, réduire leurs récoltes et quelquefois les détruire.

Cette leçon, il faut l'espérer, ne sera pas perdue et nos cultivateurs, dorénavant, se souvenant que tous les ans, et malgré tout, la maladie les guette, n'oublieront plus de la combattre préventivement en pulvérisant leurs champs dès la fin du mois de juin à l'aide des bouillies cuivriques.

Tels sont les résultats obtenus en 1894 et 1895 par ceux de mes collaborateurs dont j'ai continué à suivre les travaux. On ne saurait en concevoir de plus encourageants. Poursuivie pendant trois années consécutives par des conditions météorologiques défavorables au premier chef, la culture améliorée de la pomme de terre, conduite d'après les procédés rationnels et intensifs dont j"ai, si souvent déjà, développé les avantages, n'en a pas moins pendant ces trois années, obtenu des rendements rémunérateurs, alors qu'à côté d'elle, la culture routinière cantonnée dans les procédés rudimentaires d'autrefois aboutissait à des récoltes insignifiantes, quelquefois à peine supérieures aux poids des tubercules plantés.

Les procédés à l'aide desquels les agriculteurs grands ou petits peuvent réaliser, et à coup sur, l'amélioration de la culture de la pomme de terre, appartiennent aujourd'hui au domaine régulier de l'économie rurale, et leur place est désormais acquise parmi les procédés scientifiques qui doivent assurer l'avenir de l'agriculture française. AiiMÉ Girard,

Membre de rAcadémie des sciences et de la Société nationale d'agriculture

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