‹ Journal de l'agriculture (volume 4)Chapitre 572 sur 737 · I. — La situation · texte numérisé non relu

I. — La situation

La situation ne s'est pas améliorée durant cette semaine. \è changeant pas, elle ne pouvait que devenir moins bonne. En effet, à part quelques orages locaux, survenus de ci de là, le régime de la sécheresse a persisté; les vents d'est et du nord-est dominent toujours. Dans ces conditions, les prairies, tant artificielles que naturelles, ne poussent pas, les plantes restent petites, et elles tendent à mûrir rapidement. Il est désormais acquis que les premières coupes resteront maigres, et qu'elles atteindront à peine la moitié du rendement d'une année moyenne. Quand bien même les conditions climatériques subiraient de profondes modifications, le mal n'en resterait pas moins réalisé, car le temps perdu au printemps pour la végétation des plantes fourragères, quelles qu'elles soient, et surtout des prairies, ne se récupère pas Les effets de cette sécheresse continuent à se manifester sur les céréales de printemps : les avoines ne poussent pas, et dans les terres légères elles commencent même à souffrir. Il en est de même pour les plantes sarclées, surtout pour les betteraves dans un certain nombre de localités; si, dans les bonnes terres, ces dernières plantes ont bien levé, ailleurs elles ne souffrent pas seulement de la sécheresse, mais surtout des insectes qui, dans beaucoup de localités, sont particulièrement nombreux cette année.

Sans qu'on aie à prévoir encore une disette fourragère aussi absolue qu'en 1893, les cultivateurs prévoyants ont commencé, comme nous le disions dans notre précédente chronique, à se préoccuper de donner une plus grande place, dans les terres libres ou qui le deviendront à brève échéance, aux cultures dérobées de fourrages d'été et d'automne. D'un autre côté, cet état de chose devait appeler la sollicitude éclairée du Ministre de l'agriculture. La note suivante, publiée le 16 mai, montre que celui-ci n'a pas perdu un instant dès qu'il a pu se rendre compte des difficultés de la situation :

« M. Méline, ministre de l'agricuhure, vient d'adresser aux préfets des départements où sévit la sécheresse, des instructions détaillées pour porter remède à cette situation fâcheuse.

« Les professeurs d'agriculture devront se mettre immédiatement en campagne pour indiquer aux cultivateurs les moyens de remédier à la pénurie des fourrages par les ensemencements de vesces, ma'is, moha et autres fourrages de saison et par l'utilisation des denrées qui peuvent, dans la ration, être^ substituées au foin, comme les pailles, les tourteaux, les sons et les grains, le bas prix de ces dernières denrées rendant même leur emploi avantageux pour l'entretien et l'engraissement

N» 1540. — Tome 1" de 189G. — "23 mai.

des animaux. Les professeurs devront, dans ce but, modifier, partout oij cela sera nécessaire, leur programme de conférences et se multiplier dans les campat^nes pour faire une active propagande des meilleurs procédés pour parer aux difficultés présentes. »

Lès instructions du Ministre de l'agriculture adressées aux professeurs départementaux sont destinées à l'usage de tous les cultivateurs; c'est pourquoi nous les publierons dès que nous en aurons le texte. En tout cas, elles arrivent en temps opportun, et les cultivateurs en sauront gré à leur inspirateur.

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