‹ Journal de l'agriculture (volume 4)Chapitre 613 sur 737 · FERTILISATION DES VIEILLES PATURES · texte numérisé non relu

FERTILISATION DES VIEILLES PATURES

Enfin, après le même traitement au phosphate et au purin, cette année, en mai 1896, l'herbe est drue, de bonne venue et promet une bonne récolte de foin, si la sécheresse persistante ne vient pas la diminuer. Les bonnes herbes ont pris le dessus ; le petit genêt épineux a disparu, la pâture est devenue une bonne prairie, et rien de surprenant dans ce résultat.

En effet, en chaulant en 1893, on n'a pas seulement fourni au sol la chaux qui lui manquait, mais le carbonate de chaux qui s'est formé a, par son acide carbonique, dégagé du silicate une partie de potasse rendue assimilable et cet effet s'est prolongé pendant trois ans. Il a donc été fourni aux plantes en même temps chaux et potasse. De plus le bi-carbonate de potasse, le carbonate de magnésie et tous les autres sels de potasse et de soude que renferme le purin, agissant sur le phosphate tribasique de chaux qui est insolul)le, lui ont enlevé une base et l'ont rendu bibasique, soluble et assimilable. Le purin, d'ailleurs, a fourni Fazote nécessaire. L'herbe de la prairie a donc reçu, chaque année, un engrais complet, assimilable en quantité plus que suflisante.

Dépense par hectare :

Menue chauXj 4 pipes (soit 1,500 kilog. pour 3 ans), à 2 fr. l'une, 8 fr., par an 2 fr. 70

Phosphate de chaux (23 pour 100 d'acide phosphorique), 3 sacs à 4 fr. 40 13 fr. 20

Dépense totale par an 15 fr. 90

Ainsi la dépense par an et par hectare n'a été que de 1 5 fr. 90.

La potasse a été fournie par le sol, l'azote par le purin de la ferme conservé dans des fosses, alors que dans la plupart des fermes il se perd inutilement dans les cours. Voilà ce qui a été fait et comment le problème a été résolu.

Mais on peut observer que la moyenne de l'acide phosphorique prélevée par une récolte de 10,000 kilog. de foin et de regain étant seulement de 45 kilog., deux sacs de notre phosphate contenant 46 kilog. d'acide phosphorique auraient probablement suffi et alors le coût par hectare et par an se réduirait à I 1 fr. 70.

C'est une bien faible dépense pour un résultat aussi satisfaisant.

Cette méthode simple, facile, tout à fait rationnelle et si peu coûteuse, peut être appliquée avec grand profit pour la quantité et surtout pour la qualité du foin et du regain à toutes les prairies non irriguées dont le sol contient assez de potasse, c'est-à-dire à la presque totalité des prairies non irriguées de France. Riandière-Laroche.

Page 1