FERTILISATION DES VIEILLES PATURES
MÉTHODE ÉCONOMIQUE POUR FERTILISER LES VIEILLES PATURES FROIDES ET AMÉLIORER A PEU DE FRAIS LA PLUPART DES AUTRES PRAIRIES
Le Man?, le 11 mai 1896.
Ces pâtures, à sol d'argile compacte, manquent presque entièrement de deux éléments, la chaux et l'acide phosphorique. Cependant l'argile du sous-sol, provenant le plus souvent de la décomposition des granits, contient généralement au-dessus de 2. 50 pour 1000 de potasse, laquelle s'y trouve sous la forme de silicate insoluble. Le sol est donc suffisamment riche en potasse. D'autre part, ces terrains glaiseux, par suite de l'absence du calcaire, sont dépourvus de nitrate et très pauvres en azote assimilable, d'où la pauvre végétation qui les caractérise.
Le problème à résoudre était de donner à ces pâtures un engrais complet avec une dépense aussi faible que possible.
En pratique, il s'agissait d'améliorer une vieille pâture froide, d'environ deux hectares, située à Bois-à-Bert, commune de Sainte-Suzanne (Mayenne), laquelle ne produisait que de l'herbe rare et de mauvaise qualité, fortement mélangée de petits genêts épineux {Ginesta anglica) et qui servait bien plutôt de sortie que de pâturage pour le bétail de la ferme.
Dans ce but, six sacs de phosphates de chaux (trois par hectare), à 23 pour 100 d'acide phosphorique, y ont été répandus à la fin d'octobre 1893.
Au mois de mars 1894, après que les pluies d'hiver eussent fait un peu pénétrer le phosphate en terre, un arrosage au purin a été fait sur toute la pâture, puis au commencement d'avril un chaulage avec huit pipes de menue chaux mélangée de terre suivant l'usage du pays, soit quatre pipes par hectare, ou environ 1 500 kilog.
En suite de ce traitement, dés la première année, on a obtenu une récolte d'herbe fauchable qui a été livrée au pâturage.
La seconde année, en 1895, même dose de phosphate, même traitement au purin, plus de chaux.
Le fauchage de l'ancienne pâture a donné 8,000 kilog. (4,000 par hectare) d" un excellent foin mêlé toutefois de touffes de petits genêts qui émergeaient de toutes parts.
Le pâturage qui a suivi la coupe a été abondant et de telle qualité que les bêtes de la ferme sautaient les haies ou barrières des anciennes prairies pour y venir pâturer.