SITUATION AGRICOLE DANS LA RÉGION DU NORD
la sécheresse et par le vent qui, pendant six semaines, est resté presque constamment au nord-est; mais il est certain cependant qu'une notable partie des emblavures devra être reprise; les dernières faites ont eu le plus à souffrir, surtout dans les sols préparés de trop fraîche date : cette leçon sera-t-elle profitable à nos cultivateurs?
Les fourrages accusent aussi un retard marqué dans leur développement, et leur production sera certainement inférieure à celles des deux années précédentes, contrairement aux prévisions que l'on était en droit de formuler au début du printemps; les luzernes sont particulièrement atteintes. On paraît décidé à augmenter, dans certaines exploitations, l'étendue des cultures de maïs et de choux-fourragers : c'est une sage précaution que nous désirons voir se généraliser dans toute la région. Il ne faut pas oublier, en effet, que les prairies, déjà desséchées sous l'influence de la température exceptionnellement élevée du mois de septembre 1895, n'ont reçu, depuis l'automne dernier, qu'une quantité d'eau sensil3lement inférieure à la moyenne ordinaire; le mal s'est encore aggravé pendant le printemps, et il est à présumer aujourd'hui, étant donné l'époque avancée à laquelle nous sommes arrivés, que le sol ne pourra retrouver, avant de longs mois, son taux normal d'humidité : il faut donc, en donnant une place plus importante que par le passé aux cultures dérobées des fourrages d'été et d'automne, s'assurer, dès maintenant, contre la pénurie des fourrages qui pourrait résulter de cette situation.
Les blés d'hiver ont jauni sur de nombreux points; les céréales de printemps, les orges et surtout les avoines poussent difficilement; elles montrent des vides importants, atteignant 30 et même 40 pour 100 dans la plupart des cultures : de sérieux déboires sont à craindre de ce côté.
Tous nos marchés accusent une hausse assez sensible sur les différents grains. Les blés roux sont montés, à Lille, à 14 fr. 75, et les blés blancs, à 1 5 fr. 30 l'hectolitre, avec des écarts respectifs de 75 et de 55 centimes sur les cours du 6 mai. Les blés exotiques restent inabordables et sans affaires, avec 3 francs d'excédent par quintal sur les indigènes.
Les avoines de pays sont en hausse de 1 fr. à 1 fr. 25 à 16 fr. et 16 fr. 50 le quintal, suivant les places et qualités; les stocks en culture paraissent peu abondants, et d'importantes commandes sont faites en avoines d'Algérie, dit-on, par des négociants de la région du Nord. Les seigles et les maïs sont eux-mêmes en progrès: les premiers, de 12.25 à 12.40, et les seconds de 12 à 12.25 à Dunkerque.
J. Troude.