‹ Journal de l'agriculture (volume 4)Chapitre 662 sur 737 · V. — Nécrologie · texte numérisé non relu

V. — Nécrologie

Nous avons le regret d'annoncer la mort de M. le comte Rœderer, propriétaire-agriculteur, membre de la Société nationale d'agriculture dans la section d'économie du bétail. Agriculteur et éleveur de premier ordre, M. le comte Rœderer a été lauréat delà prime d'honneur en 1873 pour son domaine de Bois-Roussel, commune de Bursard (Orne), où

il avait introduit les perfectionnements les plus complets dans le système de culture; il fut un des premiers à pratiquer et à propager l'ensilage du maïs vert. Il avait créé une étable de race durbam pure qui- lui a valu de nombreux succès dans les concours, et une écurie de chevaux de pur sang qui a conquis une renommée universelle.

YI. — Questions viticoles.

Le Journal officiel fait connaître que, par arrêté préfectoral en date du 12 mai, la libre introduction des plants de vignes de toutes provenances est autorisée sur le territoire des communes de Bonneville, Ayse, Contamine-sur-Arve, Marignier, Thiez, canton de Bonneville; Cluses et Châtillon, canton du Cluses, arrondissement de Bonneville; Anthy, Cervens, Margencel, Marin, Perrignier,Tbonon, canton de Thonon-les- Bains; Ballaison, Bons, Brens, Chens, Douvaine, Loisin, Lully, Fessy, Veigy-Foncenex, canton de Douvaine; et de Publier, canton d'Evian,. arrondissement de Thonon-les-Bains (Haute-Savoie) ; — et que, par arrêté préfectoral en date du 22 mai, la libre introduction des cépages de toutes provenances est autorisée sur le territoire de la commune de Chàtel-de-Neuvre, canton de Montet, arrondissement de Moulins (Allier).

Les traitements mixtes, c'est-à-dire les traitements alternatifs aux liquides et aux poudres, sontceuxqui sont le plus recommandés contre les maladies cryptogamiques de la vigne. Les poudres que l'on emploie sont généralement composées de soufre -et de sels de cuivre. Dans une note que nous recevons sur ce sujet, M. P. Caries, dont nous avons publié récemment une note très intéressante sur les traitements liquides, rappelle les conditions nécessaires pour l'efficacité de ces poudres^ c'est-à-dire l'homogénéité et lapulvérulence irréprochables, et il conclut comme il suit :

« Toutes ces exigences réunies font qu'il est difficile de se procurer le produit qui, en synthétisant tous ces avantages, donne des résultats réels et d'une efficacité incontestable. Combien trouverons-nous dans le commerce de pareilles poudres? Une seule, à notre connaissance, nous paraît apte à remplir les conditions demandées et c'est parce qu'elle est seule que nous la prendrons comme exemple et sujet d'étude. C'est du soufre à l'hydrate de bioxyde de cuivre de MM. JuUian frères que nous voulons parler. Grâce à la quantité de soufre que cette poudre contient, elle peut agir à la fois sur l'oïdium, les rots et le mildew, car elle possède le soufre nécessaire (70 pour 100) pour détruire l'oïdium et le cuivre, sous forme d'hydrate de bioxyde de cuivre obtenu par le procédé de M. Pons.

« A ces avantages, le soufre qui forme l'élément dominant est assemblé au sel de cuivre par précipitation ; le mélange est donc intime, la répartition ne peut être irrégulière et les dangers de brûlure sont de ce fait absolument bannis. Ce dernier point est surtout à retenir, car si on ne veut traiter qu'aux poudres, on peut employer cette matière pour les premiers traitements et l'expérience a montré à tous les viticulteurs qui, ces dernières années, ont utilisé ce produit industriel que les pousses de dix centimètres de long ne sont nullement incommodées par le cuivre que l'on répend sur elles.

« Si nous revenons au soufre, nous voyons qu'il est en quantité voulue pour stimuler la végétation; le fruit sous son influence noue mieux et la coulure est diminuée d'autant. Enfin, l'adhérence de la poudre obtenue par l'ajout d'une matière alumino-calcique est excellente comme le prouvent les essais qui en ont été faits dans le département de l'Hérault, par M. B. Virenque, agrégé de l'Université, et notamment dans le bassin de la Garonne, par M. Martin Alazard, professeur d'horticulture et d'arhoriculture à l'Ecole normale de Montauban. On voit donc les avantages que l'on peut retirer d'un pareil produit soit utilisé seul ou employé dans les traitements mixtes.

« Eii résumé et en ne spécialisant pas nos études sur tel ou tel produit déterminé, il nous paraît aujourd'hui absolument important que le viticulteuf qui a décidé d'user dans son exploitation de poudres pour le traitement des cryptogames de la vigne, doit autant c{ue possible rechercher un produit qui agisse à la fois contre le mildew, les rots et l'oïdium : de ce chef il réalise un bénéfice sur la main-d'œuvre. De plus le propriétaire doit choisir une substance qui ne brûle aucunement la vigne et qui par une pulvérulence parfaite pénètre partout, recouvre tous les organes pouvant être attaqués. Enfin la valeur de la matière employée sera encore accrue, si par une application ratiounelle on peut utiliser les bons effets, sur la végétation, des corps contenus dans les poudres que l'on applique. »

On a beaucoup discuté sur la valeur comparée des bouillies plus ou moins acides pour le traitement des maladies cryptogamiques. Un viticulteur habile du Médoc, M. Bacon de la Vergne, a demandé récemment à la Société d'agriculture de la Gironde d'organiser des expériences sur ce sujet, dans une note intéressante dont voici la partie principale :

« Malgré les quelques avantages qu'elle présente, la bouillie bordelaise devrait céder le pas aux bouillies à bases de carbonates de soude ou de potasse, si l'on ne trouvait pas le moyen de supprimer ses défauts tout en lui conservant ses avantages. Il ne s'agit pour cela que de faire disparaître l'excès de chaux dont le plus grave danger n'est peut-être pas dans la diminution de l'efficacité du remède.

« Après des essais dont le premier remonte à 1887, mais que j'ai repris en 1895 et 1896, il m'est permis d'affirmer qu'on peut pratiquement préparer une bouillie contenant un excès de sel de cuivre libre au lieu d'un excès de chaux. Le procédé de préparation est presque aussi simple et, dans tous les cas, plus sûr que la méthode actuelle, qui manque de contrôle et ne préserve pas toujours des accidents. 11 suffit d'une démonstration pour qu'un simple vigneron, tant soit peu intelligent, puisse préparer de la bouillie avec un maximum d'acidité.

« Avec la bouillie acide que je propose, 2 kilog. de sulfate de cuivre pour 100 litres d'eau peuvent être considérés comme la dose maxima qu'il est inutile de dépasser, mais on pourra généralement s'en tenir à 1,500 grammes et même descendre à 1 kilog., surtout pour les deux premiers traitements.

« Le mode de préparation consiste (si nous adoptons la dose de 2 kilog.) à faire dissoudre 1,800 grammes de sulfate de cuivre dans 90 litres d'eau et 200 grammes dans 10 autres litres. Le lait de cbaux, qu'on fera de préférence aussi concentré que possible, tout en veillant à ce qu'il soit bien coulant, peut être préparé en une seule fois pour toute la journée.

« Aussitôt le sulfate de cuivre fondu, on agite fortement la dissolution avec un bâton et on verse très lentement le lait de chaux, jusqu'à ce que la bouillie cesse de colorer en rouge le papier à teinture de tournesol, ce dont on s'assure en

Êassant fréquemment le bout du bâton, taillé en spatule très amincie, sur la ande de papier qu'on peut fixer sur une planchette pour plus de commodité. « Aussitôt que le trait tracé sur le papier tournesol par la spatule qui sert à brasser le liquide est bleuâtre au lieu d'être rouge, la mixture a cessé d'être acide et contient assez de lait de chaux. On verse alors les 200 gramme^ de. sulfate dissous séparément sur les 90 litres de bouillie neutre qui doit se trouver ainsi ramenée à l'acidité. Si, après avoir fortement brassé, la spatule trace un trait rouge sur le tournesol, on a bien opéré et il ne reste qu'à employer la bouillie, qui sera légèrement acide, mais d'une complète innocuité puisqu'elle conserve moins de 200 grammes de sel de cuivre libre.

« Mais il peut arriver que, par suite d'une distraction, l'opérateur ait versé trop de lait de chaux et que la bouillie fortement alcaline ne soit pas ramenée, du premier coup, à l'acidité; dans ce cas. il suffira d'ajouter encore 200 grammes de sulfate délayé dans 10 litres d'eau pour conserver le dosage de 2 pour 100 et obtenir l'acidité voulue. Si même la nécessité en était démontrée, il serait assez facile de mesurer le degré d'acidité.

« Si on ne veut pas faire l'acquisition d'un certain nombre de vases de 6 à 10 litres pour préparer à l'avance plusieurs doses de 200 grammes, on pourra utiliser la propriété qu'a l'eau bouillante de dissoudre assez rapidement plus de

200 pour 100 de son poids de sulfate de cuivre. Mais il faut refroidir avant d'opérer le mélange.

« Il est également possible de préparer une solution très concentrée et exactement dosée dans laquelle on prendrait une quantité de liquide correspondant à 200 grammes de sulfate de cuivre, mais cette méthode ne présenterait pas toujours la même sécurité. Il est donc prudent de préparer séparément les doses complémentaires de 200 grammes.

« Quand, au lieu du dosage de 2 pour 100, on voudra ceux de 1 ou 1 et demi, la manière d'opérer sera la même. On mettra fondre dans les 90 litres d'eau 800 ou 1,300 grammes de sulfate, on versera ensuite du lait de chaux jusqu'à neutralisation complète et en ajoutera la solution de 200 grammes.

a La quantité de chaux pure pour neutraliser tout le cuivre contenu dans 100 grammes de sulfate étant de 22 gr. et demi, il semble qu'en employant 27 à 30 grammes de chaux de bonne qualité on doive obtenir un dosage convenable, mais le pesage de la chaux ne permettra jamais d'opérer avec précision et sécurité.

« La bouillie acide présente incontestablement trois grands avantages sur la bouillie usuelle : économie importante, plus grande efficacité et surtout absence de carbonate de chaux dans la cuve.

« Qui n'a pas remarqué une notable décoloration, dans certains vins, pendant les premiers mois c[ui suivent le déeuvage?

« Si nous admettons que pour obtenir une préservation complète dans les 1,800,000 hectares, environ, qui constituent le vignoble de la France, on doive faire cinq traitements avec la formule à 3 pour 100 qu'on préconise et que beaucoup considèrent comme classique, il ne faudrait pas moins, à raison de 7 hectolitres de liquide par hectare et par opération, de 105 kilog. de sulfate de cuivre I)ar hectare et par an, soit 189,000 tonnes coûtant plus de 113,400,000 francs à a viticulture française entièrement tributaire -de l'étranger. A cause des prix de transport dans l'intérieur, le sulfate de cuivre revient à plus de 0 fr. 60 le kilog. à la moyenne des viticulteurs; en tablant sur ces chiffres, l'économie du tiers dépasserait 37 millions de francs, mais je me hâte d'ajouter que jusqu'ici, à tort peut-être, la consommation ne semble pas avoir dépassé 20,000 tonnes.

« Une diminution dans le dosage sera d'ailleurs le meilleur moyen de faire baisser les prétentions de l'industrie étrangère, qui a déjà considérablement élevé ses prix de début.

« Il est on ne peut plus désirable que des expériences officiellement et rigoureusement contrôlées viennent démontrer aux viticulteurs la possibilité d'un grand progrès à réaliser dans le traitement des maladies cryptogamiques.

H. Bacon de la Vergne.

La Société d'agriculture de la Gironde a organisé les expériences demandées par M. Bacon de la Vergne. Les premiers essais faits sous la direction de celui-ci ont complètement répondu à ses prévisions quant à l'innocuité de la bouillie acide et à la facilité de sa préparation ; sa plus prompte et plus complète efficacité ne saurait être contestée.

VIL — Ecole pratique d'agriculture et de viticulture de Beaune. Les examens d'admission et le concours pour l'attribution des bourses à l'Ecole pratique d'agriculture et de viticulture de Beaune (Côte-d'Or) auront lieu au siège de l'établissement, le 1" août. Les demandes d'inscription, rédigées sur papier timbré (0 fr. 60), doivent être parvenues à l'Ecole quinze jours avant la date de l'examen. Les demandes de bourses et les pièces qui les accompagnent seront reçues jusqu'au 8 juillet au plus tard. Placée au centre de la région viticole de la Bourgogne, l'Ecole s'occupe plus spécialement delà viticulture. Les conditions d'admission et le programme des cours seront envoyés à toute personne qui en fera la demande à M. Durand, directeur de l'Ecole, à Beaune.

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